âAref el Rayess et les annĂ©es 60 et 70 Ă Beyrouthâ
ConfĂ©rence Ă lâALBA, Beyrouth
Catherine David, Joseph Tarrab, Grégory Buchakjian, Amal Traboulsi,
Retranscription partielle:
Joseph Tarrab : les annĂ©es soixante commencent dans les annĂ©es 50. Câest Ă dire quâau dĂ©but des annĂ©es 50, en 52, la rĂ©volution Ă©gyptienne, la nationalisation en Syrie. Ces grands bouleversements sociaux Ă©conomiques et dĂ©mographiques ont provoquĂ© des exils, au moins de la bourgeoisie, de la bourgeoisie argentĂ©e vers le Liban. La bourgeoisie Ă©gyptienne qui Ă©tait une bourgeoisie professionnelle, bancaires surtout. Ils ont pu constituĂ© le cadre des nouvelles banques auLiban. Et la bourgeoisie syrienne qui elle Ă©tait une bourgeoisie industrielle et marchande. Câest elle qui a pratiquement crĂ©e lâindustrie libanaise pendant cette pĂ©riode l0. Câest ce qui explique le dĂ©veloppement de Hamra. Hamra est un endroit qui pratiquement a Ă©tĂ© peuplĂ©  par les syriens, les palestiniens, les Ă©gyptiens.Câest eux qui ont donnĂ© lâimpulsion Ă ce quartier qui est le marqueur de la modernitĂ© au Liban.
Ce phĂ©nomĂšne dĂ©mographique a plutĂŽt accentuĂ© le phĂ©nomĂšne des cafĂ©s, littĂ©raires, artistiques et aussi les cafĂ©s de dĂ©bat dâidĂ©es. Les dĂ©bats dâidĂ©e qui Ă©taient trĂšs intensifs, comme le faubourg du Lundi, etc. A part ce mouvement dĂ©mographique qui a aussi tĂ© un lx dâargent, il faut parler de lâimportance de lâargent du pĂ©trole ; Câest Ă ce moment lĂ que le pĂ©trole commence Ă arriver au Liban. Parce quâil y avait le cadre bancaire habilitĂ© Ă le recevoir. Et cela a imposĂ© le dĂ©veloppement de la ville . Maintenant le dĂ©veloppement de labile, ces nouvelles constructions, toutes ces nouvelles constructions ont constituĂ© un phĂ©nomĂšne trĂšs important pour ce qui concerne notre sujet qui est plâar. Parce quâavec tout ce dĂ©veloppement, ces gens qui avaient de lâargent avait besoin de d'horner leurs murs.
La nouvelle gĂ©nĂ©ration de "dĂ©corateurs" issus de lâALBA Ă©tait trĂšs importante, elle a Ă©duquĂ© et inculquĂ© lâidĂ©e que... les murs Ă©taient vides⊠sauf les portraits des ancĂȘtres, mais Ă part ça il nây avait rien. Ils ont inculquĂ© lâidĂ©e au client quâil fallait mettre de la peinture sur les murs ou de la tapisserie et cela a considĂ©rablement menĂ© Ă lâapparition du mouvement artistique . Mais cela est en mĂȘme temps, nous assistons Ă tous ls bouleversements idĂ©ologiques dans le monde arabe et nous assistons Ă un phĂ©nomĂšne de refuge au Liban dâactivistes et hommes politiques. Fuyant, ce qui a Ă©videmment influencĂ© considĂ©rablement le dĂ©bat idĂ©ologique qui vient sâinscrire dans le dĂ©bat entourant la question palestinienne.
Pour comprendre cette pĂ©riode il faut sâimaginer que tous les gens que vous rencontriez alors avaient des valeurs. Ils avaient des valeurs morales, des valeurs culturelles, politique, idĂ©ologiques et tous les dĂ©bats quâil y avait Ă Beyrouth Ă ce moment lĂ portaient sur ces questions lĂ . Donc il y avait une effervescence intellectuelle fabuleuse.
Donc pour rĂ©pondre Ă cela, il y a eu la presse, une explosion de la presse, de lâĂ©dition, du mouvement théùtral, dans pratiquement tous les domaines et cette explosion a permis de par exemple, Ă la poĂ©sie moderne, qui avait provoquĂ© un dĂ©bat formidable entre les tenants de la tradition et de la modernitĂ©. Cela câest passĂ© avec la revue She3, avec la revue Mawakis de Adonis. Et donc ces revues drainaient ce quâil avait de meilleur dans le monde arabe qui venaient ici se faire consacrer mais il y avait aussi avec eux des artistes arabes . Quand un soudanais voulait ĂȘtre connu, il venait Ă Beyrouth exposer Ă la galerie One et son nom partait aux quatre coins du monde arabe avec les journaux libanais. Donc nous avons lĂ une espĂšce de pĂ©piniĂšre, de foyer de culture. Un bouillon de culture. Pour porter cela mais aussi il faut ajouter que ce qui a aussi permis cela câest la structure mĂȘme de la ville de Beyrouth. Beyrouth Ă©tait Ă lâĂ©poque un centre oĂč toutes les fonctions urbaines Ă©taient mĂ©langĂ©es de façon invraisemblance. Vous aviez un bordel, un cimetiĂšre, une pĂątisserie, un joran,l un souk de ceci, un souk de cela, dans une joie qui permettait un mĂ©lange de toutes les classes sociales. Et en mĂȘme temps la place des canons Ă©tait le lieu dâarrivĂ©e et de dĂ©part de toutes les lignes dâautobus et de dĂ©part vers tout le Liban. Donc vous aviez non seulement  les citadins mais aussi les nouveaux citadins, les gens du jure⊠Les gens se mĂ©langeaient dans les cafĂ©s, les cinĂ©mas⊠Donc il y avait continuellement une friction entre des gens qui avaient des modes de vie diffĂ©rents, des modes dâĂȘtre diffĂ©rents et se frĂ©quentaient et se supportaient. Et cela se retrouvait dans les cafĂ©s oĂč les gens pareillement avaient des idĂ©es diffĂ©rentes. Je me souviens que Ouraj Daoud qui Ă©tait un cafĂ© sur pilotis. Vous aviez un directeur de banque en train de siroter son cafĂ© et soudain un cireur de chaussure venait sâinstaller Ă la table et discuter familiĂšrement sans aucune pression sociale. Au cafĂ© tout le monde Ă©tait Ă©gal. Et je crois que si la guerre et tout le reste, tous les autres quartiers de Beyrouth Ă©taient des quartiers dortoirs. CâĂ©tait des quartiers qui Ă©taient identifier socialement et confessionnelement, câĂ©tait des quartiers dortoirs. Par exemple Achrafieh Ă©tait un dĂ©sert, il nây avait pas une boutique, ou presque. Ceux qui connaissent aujourdâhui ne peuvent pas sâimaginer ce que câĂ©tait Ă lâĂ©poque.
La guerre est venu dĂ©truire ce centre, couper les liens entre les diffĂ©rents villages. On peut dire que la guerre a voulu dĂ©truire ce centre prĂ©cisĂ©ment parce que câĂ©tait un centre dâinteraction, dâinterculturelsâŠ
Câest dans ce cadre lĂ que le mouvement pictural Ă pu se dĂ©velopper.
Il faut prendre en compte tous ces facteurs pour comprendre comment soudain la presse, la littĂ©rature mais aussi lâart ont pu se dĂ©velopper grĂące Ă une nouvelle vision de ce que peut ĂȘtre un appartement.
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Catherine David : est-ce vous pourriez ajouter des choses sur la fin de la période
GrĂ©gory Buchakjian  : tout le monde dans la salle est conscient d'Ă quel point 75 est une rupture Ă lâĂ©chelle de la ville, Ă lâĂ©chelle du paysâŠ
Catherine David : il existe des continuitĂ©s qui sont plus secrĂštes mais tout ne sâarrĂȘte pas . Je sais bien que la situation est trĂšs diffĂ©rente mais jâai travaillĂ© beaucoup ces deux derniĂšres annĂ©es sur lâIran de la rĂ©volution et la rĂ©volution nâest pas du tout la in quâon a voulu nous vendre. Il y a beaucoup de continuitĂ©, dâartistes qui travaillent avant, pendant, aprĂšs
GrĂ©gory Buchakjian  : oui il y a des artistes qui Ă©taient jeunes avant la guerre, qui commencent avec la guerre (Mohammed El Rayas) . Rayes a fait ses premier travaux graphiques Ă lâĂ©tranger, Manoukian aussi qui peignait aussi pendant les annĂ©es 60 mais leur style atteint une maturitĂ© avec la guerre. Contrairement Ă ce quâon a longtemps voulu nous faire croire, les quinze annĂ©es de guerre sont loin dâĂȘtre un dĂ©sertâŠ
Une galeriste ici a travaillé pendant toute la période de la guerre;
Catherine David : oui la date officielle de la galerie on sâen fiche un peu ce qui important câest le travail
Amal Traboulsi : Lâouverture de la galerie a eu lieu en 1979 mais il y a eu une chose que je voudrai dire. Joseph Tarrab a parlĂ© de cette immigration qui a ramenĂ© de lâargent. Et je pense que maintenant il y a le phĂ©nomĂšne des pays arabes et de Christies et qui a inters de nouveau les collectionneurs libanais a achetĂ© de nouveau.  Et moi je vais vous parler de ce qui sâest passĂ© entre ces deux pĂ©riodes qui Ă©tait trĂšs difficile. Beaucoup de gens vont demander pourquoi. Câest simplement parce quâon ne savait pas que la guerre allait durer trente ans. Don chaque annĂ©es on se disait , bon, dans deux ans ça ira mieux, voilĂ ce quâon peut faire. Il y a avait effectivement Ă ce moment plus ou moins un vide artistique. Donc grĂące Ă un professeur dâhistoire de lâart qui Ă©tait professeur Ă lâAUB nous avons ouvert une galerie dâart pour voir un peu se qui se faisait Ă lâinternational. Nous avons ramassĂ© un peu partout des oeuvres dâart international et nous avons appelĂ© lâexposition « aspects of the seventies » qui Ă©tait lâart contemporain qui se passait dans le monde. Nous avons eu une rĂ©ponse tellement nĂ©gative que nous avons du abandonnĂ© toutes ces Ćuvres qui avaient Ă lâĂ©poque une valeur vraiment importante. Nous Ă©tions Ă une Ă©poque oĂč les gens ne voulaient achetĂ© que des Ćuvres qui Ă lâĂ©poque reprĂ©sentaient le Liban et essentiellement des Ćuvres qui reprĂ©sentaient le Liban en lui mĂȘme, le beau Liban. La maison aux tuiles rouge, etc. Ca a Ă©tĂ© une pĂ©riode trĂšs importante et nous attendions avec une grande impatience les pĂ©riodes de NoĂ«l et LâĂ©tĂ© car il y avait ceux que nous appelions les Ă©migrĂ©s nostalgiques  qui arrivaient pour acheter des aquarelles libanaises pour les accrocher dans leur maison, pour se rappeler quâil y avait un Liban qui Ă©tait beau, un soleil jaune, des tuiles rouges, etc, etc. Ca ça a Ă©tĂ© une pĂ©riode trĂšs importante au dĂ©but et puis on sâest rendu compte quâil y avait des peintres qui commençaient Ă Ă©merger et il fallait quâon les mette en valeur. Il nây avait pas dâargent dans le pays Ă part lâargent, on disait que câĂ©tait lâargent des milices qui tournait un petit peu, il y avait un peu de cash mais il y avait encore des coups de coeur et câest quelque chose que je dĂ©plore les coups de coeur ont pratiquement disparu. Presque, on a plus de coups de coeur pour un peintre quâon ne connait pas. Qui nâa pas Ă©tĂ© vendu Ă Christies. On est en train de sâassurer que un tel se vend bien. A ce moment lĂ on achĂšte. Câest dommage parce que nous avons eu dâexcellents peintre et on a beaucoup de mal Ă les mettre en valeur parce que justement ils n'ont pas eu la chance dâavoir un vrai public qui a cru en eux et qui a su les mettre en valeur. Ce que je dĂ©plore aussi, ce qui se passe dans les pays arabes aussi, nous nâavons pas dans les salles de vente des libanais qui soient prĂȘts Ă faire monter les prix des libanais pour en faire vraiment des artistes internationaux et ce ci et du au fait je pense que  - câest un avis personnel - que dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale je me rend compte que le libanais, n'est pas , nous ne faisons pas parti des peuples qui sont solidaires. Et ceci me dĂ©sole infiniment, jâespĂšre quâun jour on arrivera Ă mettre au point ce genre de choses et quâon arrivera Ă aller vers des choses beaucoup plus importantes et quâon rĂ©alisera quâon a un patrimoine et des jeunes artistes qui nâont rien Ă envier aux artistes internationaux et que nous devons les mettre en valeur.
Ceci, je ne vous ai pas assez parlĂ© de la galerie mais pendant ces annĂ©es de guerre, jâavoue si jâai un jour le temps de compter le nombre de toiles qui ont Ă©tĂ© achetĂ©es, Ă lâĂ©poque. Les prix Ă©taient trĂšs bas et on osait pas mettre des prix Ă©levĂ©s ; mais les gens achetaient pendant la guerre, les gens avaient des coups de coeur, se jetaient sur les toiles? On avait des listes oĂč toute lâexposition se vendait en un soir et pas nĂ©cessairement que des choses qui nâavaient pas de valeur. Mais effectivement il y avait quelque chose que je nâai jamais compris, parce quâil nây avait pas de mur, donc on mettait de cĂŽtĂ© les toiles, il nây avait pas de vitres. On habitait des maisons oĂč le nilon remplaçait les vitres. Et ce qui me fait plaisir câest que beaucoup dâartistes qui ont commencĂ© sous les bombardements ; je ne vous raconterai pas le nombre de foi oĂč nous avons du changer sur les cartons dâinvitation les dates. Parce que un tel Ă©tai mort, parce quâon avait assassinĂ© je ne sais pas qui, parce que il y avait le samedi noir, parce que ceci. Et on le faisait, on le faisait Ă la main, il nây avait pas encore lâordinateur. Mais on le faisait, et les gens rĂ©pondait, et les gens venaient sous les bombes. Et il y a eu des moments extraordinaires oĂč sont les vernissages , les gens sâĂ©clataient parce que Justement i nâavait plus ces cafĂ©s dont parlaient Jo oĂč oĂč on se retrouvait pour parler dâart. Il y avait donc lâespace de la galerie.Et je reprends lĂ un peu âlissoir de Areef qui est importante dans lâhistoire du Liban. Aref,  a fait une exposition trĂšs importante sur le bordel de Beyrouth. Ca sâappelait lâavenue Moutanabeh.Des fleurs de la rue Moutanabeh
Joseph Tarrab : câest trĂšs important car ce sont les fleurs qui poussent sur le fumier de la sociĂ©tĂ©.
Amal Traboulsi : Dâaccord.
JT : câest ça la phrase
Amal Traboulsi : En rentrant un soir de ce lieu oĂč il y avait frĂ©quentĂ© les fleurs de la rue Moutanabe* (?) , il est passĂ© devant le Horse Shoe oĂč on se trouvait installes et on lâa appelĂ©. Il y avait Ă cĂŽtĂ© un ancien prĂ©sident de la rĂ©publique et un ministre actuel; Et Aref nous dit « je viens dâun lieu trĂšs pur et je ne veux pas me salir, je ne veux pas rester.» On insiste et il est quand mĂȘme restĂ©. Et maintenant, je connais une oeuvre qui se trouve chez Hallah et qui reprĂ©sente un fleur assise de cĂŽtĂ© toute nue, et un personnage Ă la tĂȘte, au cran e chauve. Qui Ă©tait effectivement celui du prĂ©sident de la rĂ©publique qui Ă©tait Ă cĂŽtĂ© de nous et qui dans cette oeuvre est la personne, excusez moi ce mot le maquereau, qui est en train de vendre la fille. Ceux caisson VoilĂ pourquoi Aref a vraiment fait partie de lâhistoire du Liban de ces annĂ©es lĂ . Car il prenait position, parce quâil Ă©crivait, parce quâil avait le courage donner des opinions.
En 80, il Ă©tait dĂ©sespĂ©rĂ© et il mâa dit « personne ne veut plus voir ce que je fais parce que câest trĂšs violent ». Et il ne faut pas oublier que Aref a peint la guerre, avant la guerre. Quand, le ⊠en 67? La premiĂšre exposition sâĂ©tait,
JT : CâĂ©tait au West Hall de lâUniversitĂ© AmĂ©ricaine
GB: Celle qui sâappelait du sang de quelque chose
Amal Traboulsi : Oui. 69⊠bravo. Bon, euh⊠et câĂ©tait un visionnaire. Je dois absolument liĂ© ce que Catherine veut dire dans cette rĂ©union câest quâen regardant les archives, elle sâest rendue compte quâil sâĂ©tait passĂ© beaucoup de choses, câest via Aref quâelle sâest rendue compte quâil y eut une histoire de lâart importante pendant les annĂ©es 60 / 70. Et câest comme ça quâil sâest passĂ© quelque chose. Cela dit en 80 il nâarrivait plus Ă vendre ou quoi que ce soit et il a fait des fleurs. Il mâa dit, je veux faire une exposition chez toi. Et Ă©videmment nous avons vendu toute lâexposition le soir mĂȘme. CâĂ©tait les fleurs.
Des vraies fleurs. Des fleurs de printemps. En 93 jâai entendu dire que Aref avait eu des problĂšmes, que son atelier avait Ă©tĂ© bombardĂ© . Je suis montĂ©e le voir, il Ă©tait assez dĂ©sespĂ©rĂ© et il nâosait pas rentrer dans lâatelier de peur de voir ce quâil y avait dedans. Alors nous avons dĂ©cidĂ© de rentrer ensemble. Nous avons cassĂ© la porte. Je ne vous dit pas ce que jâai vu Ă lâintĂ©rieur. Lâatelier avait reçu un obus Ă lâintĂ©rieur. tout Ă©tait dans un Ă©tat lamentable. Nous avons sorti les oeuvres. CâĂ©tait des jets dâeau; Des jets dâeau pour voir quel toile Ă©tait trouĂ©e ou pas. Et lâeau sortait de lâautre cĂŽtĂ©, donc on mettait de cĂŽtĂ© les toiles qui Ă©taient dĂ©chirĂ©es et Ă partir de lĂ ,jâai organisĂ© une petite retropective Ă la gelrie en 93. Qui Ă©tait trĂšs intĂ©ressante. Evidemment pas beaucoup dâintĂ©rĂȘt parce que les oeuvres de Aref ne sont pas plaisante;
JE crois que je mâarrĂȘte lĂ . Moi jâai arrĂȘtĂ© la galerie et jâai travaillĂ© un petit peu dans les pays arabes et avec les français Ă art paris et je me suis rendu compte que nous sommes Ă un moment oĂč lâargentt a trop dâimportance et oĂč lâart perd de son importance . Et lĂ je prĂ©fĂšre garder mes illusions sur les bons peintres et lâart et non pas les peintres qui vendent.
Merci.
CD : on ne va pas quitter le fil de la discussion mais passer Ă un autre chapitre. Je voulais juste faire une remarque, Saleh a notĂ© 69 pour parler de cette exposition de 69 qui allait ĂȘtre suivies de quelques autres effectivement trĂšs prĂ©monitoires de ce qui allait se passer plus tard ici. PrĂ©monitoires mais quâon a complĂštement tapĂ©, parce que justement on a pas accĂšs aux archives, parce quâelles ne sont pas publiques et pas assez consultĂ©es. On est totalement passĂ© Ă cĂŽtĂ© de ce moment oĂč Beyrouth Ă©tait totalement parti de ce quâon pourrait appelĂ© lâinternational rĂ©volutionnaire;
Aujourdâhui on nous bassine de soit disant Ă©mergences en oubliant des pans entiers de lâhistoire et en fait quand on regarde un petit peu prĂ©cisĂ©ment  on sâaperçoit quâun certain nombre de capitales que cela soit dans le monde arabe, que cela soit en Inde, que cela soit en AmĂ©rique Latine ou mĂȘme dans certaines capitales africaines; il nây a vraiment eu un moment exceptionnellement dynamique alors qui câest accompagnĂ© ou pas dâart visuel⊠important mais il y a eu un trĂšs trĂšs grand moment de lâinternational rĂ©volutionnaire. LĂ je suis en traine retravailler sur * Wifredo Lam qui est un peintre qui mâa beaucoup occupĂ© quand jâĂ©tais plus jeune Ă©tudiante et conservateur et je crois que si on veut bien regarder son oeuvre il faut la regarder dĂšs les annĂ©es 20, lâarrivĂ©e en Espagne et lĂ on voit que câest vraiment une vie dans le siĂšcle qui est totalement lien avec toute une vie internationale qui se donne in avant les dĂ©colonisations et qui est beaucoup plus complexe, beaucoup plus divers que ce quâon appelle un peu bĂȘtement le post-colonial, qui est en plus une expression qui me dĂ©range un peu parce que jâai lâimpression que dans certains espaces du monde, on a peut-ĂȘtre changer le nom mais ces situations perdures. Donc post, oui, mais post quoi?
Donc pour revenir ) notre dĂ©bat et Ă ce moment de lâinternational rĂ©volutionnaire au Liban comme ailleurs. Une question quâon sâest posĂ© entre nous, concerne si on veut faire un travail historique, avec quoi? les archives? Câest Ă dire que cela soit les archives des galeries qui ont travaillĂ© avant la guerre, pendant la guerre. Quel est le statut des archives des artistes? Quel est le statut des archives de personnes que moi je qualifierai dans certains espaces du monde arabes, sans doute dans dâautres parties du monde mais dans certains espaces du monde arabe câest trĂšs trĂšs Ă©vident, que jâappellerai les passeurs ou les connaisseurs non acadĂ©miques. Câest Ă dire un certain nombre de personnes, de personnalitĂ©s qui ont, pour des raisons qui ont Ă voir avec ⊠lâagitation politique, lâĂ©conomie, les structures sociales, etc. Qui nâont pas eu accĂšs Ă lâuniversitĂ©, comme professeur surement pas, et comme Ă©tudiant. Et qui sont des connaisseurs, comme des bibliothĂšques vivantes qui quand ils ferment les yeux⊠bon voilà ⊠TerminĂ©, ce quâils savaient est perdu. Et que ça demanderait un certain type dâinterventions. Ca demande pas dâĂȘtre un grand malin, ça pourrait passer par des entretiens filmĂ©s, je veux dire entretien filmĂ©, jâai trop de respect pour le cinĂ©ma et les cinĂ©astes pour imaginer que quand on filme quelquâun, encore faut-il bien lâĂ©clairer et bien le filmer, on fasse une oeuvre dâart mais au moins on fait une oeuvre de documentation et dâhistoire. Donc oui , surtout dans un moment au Liban comme ailleurs, encore quâici la question de lâinexistence dâun musĂ©e dâart moderne, dâun musĂ©e nationale dâart moderne , et quand je pose la question câest pas du tout sur le mode ni douloureux ni nostalgique, jâai le sentiment⊠ et de pus en plus en voyageant et en confrontant les questionnements de collĂšgues et dâĂ©tudiants qui viennent dâhorizon gĂ©o culturels trĂšs divers, que le moment du musĂ©e dâart moderne quâon nous a bassinĂ© câst un moment trĂšs particulier, câest un paradigme, ça nâest pas un bĂątiment comme pensent certains autoritĂ©s du golf. Ca passe par un bĂątiment Ă©videment mais câest une structure institutionnelle, idĂ©ologique⊠culturelle et que si certains Ă©lĂ©ments du paradigme ne sont pas lĂ et in ça n'a pas lieu ou ça a lieu de maniĂšre perverse ou incomplĂšte, dĂ©raillante comme ça  pu se passer dans certaines espaces d'AmĂ©rique Latine par exemple et que dans d'autres espaces ça n'a pas lieu du tout et ça n'est pas pour ça qu'il n'y a pas de transmission ou de conservation de la mĂ©moire.. je pense Ă L'Inde oĂč il y a trĂšs peu de muse.. alors il y a des musĂ©es ! je suis bien prĂ©cise, je dit pas qu'il n'y a pas de musĂ©e, je parle du musĂ©e d'art moderne, qui est quand mĂȘme une instance extrĂȘmement prĂ©cise et spĂ©cifique. Une fois j'ai parlĂ© au Caire et j'ai commencĂ© Ă me faire insulter parce que les gens avaient entendu musĂ©e. Alors Ă©videmment le musĂ©e pharaonique je connais, le musĂ©e d'art islamique je connais... ça n'est pas de ça dont je parlais, je parlais du musĂ©e d'art moderne et au Caire c'est trĂšs trĂšs sensible, parce qu'il y en a un mais il est particuliĂšrement mauvais et innĂ©fficace. Donc je pense que dans certains cas il vaut mieux s'abstenir et que dans le moment qui nous occupe, Il me semble aujourd'hui il y a trop de part le monde de ce que j'appellerai des "modernitĂ© sans musĂ©es" pour que ... on aborde la question sur un mode nostalgique.. sur le mode du manque.. je pense que quand certaines Ă©vĂšnements ne se sont pas passĂ©s et qu'une certaine sĂ©quence historique s'est dĂ©roulĂ©e et bien il faut penser Ă autre chose, faire autre chose en tout cas, ne pas penser autre chose.. ;se dĂ©tacher et dire ben tant pis mais penser autrement et c'est vrai que en ce moment il y a plusieurs solutions .l'une qui n'a Ă©videmment pas mes faveurs Ă©tant ce que j'appelle la suture, le Guggenheim. C'est Ă dire vous voulez du musĂ©e on va vous en donnĂ©. C'est tout prĂȘt c'est tout cuit, c'est comme un patch et voilĂ . Prenez le et vous vous sentirez mieux. Et je pense effectivement que cela ne fonctionne pas et c'est pour cela que je suis beaucoup plus impressionĂ©e par ce qui peut se passer en Inde oĂč il y a tout un travail de la jeune gĂ©nĂ©ration sur les archives , sur la façon de montrer des archives. Sur la façon de les partager avec des publics qui ont de compĂ©tences culturelles diverses. J'ai pas dit des niveaux, j'ai dit des compĂ©tences, c'est quand mĂȘme autre chose. Pour moi en tout cas ça veut dire autre chose politiquement. Et que cela peut aussi trĂšs trĂšs bien se passer. Donc une fois encore quand je dis Ă Beyrouth il n'y a pas eu ce, un musĂ©e national d'art moderne.. mais il y a des possibilitĂ©s d'ouverture, alors d'un certain nombre de musĂ©es par diverses intenses privĂ©es, et ma question, je ne dis pas mon soucis, le soucis c'est le votre. Moi, je n'ai rien... (rire), bous ĂȘtes chez vous. Ma question est plutĂŽt de quid, dans une situation oĂč justement on voit bien que tout ce moment de la tradition moderne au Liban qui est trĂšs forte, trĂšs vive, trĂšs complexe, n'est pas vraiment enregist... pas enregistrer. Il y a des gens la preuve qui ont une parfaite mĂ©moire, qui se souviennent trĂšs bien, il y a des gens qui ont gardĂ© des archives mais Ă partir du moment oĂč il y a pas une... mĂȘme pas une centralisation mais oĂč les archives ne sont pas quelque part assurĂ©es, conservĂ©es, Ă©tudiĂ©es. Qu'il n'y a pas de transmission de certains Ă©vĂšnements, ça devient effectivement trĂšs compliquĂ©. Quand j'entendais Amal parler de Rayes et bien ça donne si vous ĂȘtes complĂštement, si vous n'avez pas accĂšs aux archives, si vous ne connaissez pas les histoires, ce qui se passait autour de lui, si vous ne connaissez pas ses voyages. Un certain nombre d'Ă©lĂ©ments peuvent passer pour de la pure anecdote alors que cela a Ă voir avec le travail de chronique d'un artiste moderne. C'est un mode de l'artiste. Il y a des modes de l'artiste qui sont dans le dĂ©tachement, dans la distance et il y a aussi des modes de fonctionnement moderne et comme par hasard trĂšs souvent dans des pays oĂč l'histoire est extrĂȘmement violente et agitĂ©e, oĂč un artiste parfaitement moderne peut aussi Ă sa façon assumer la chronique de son Ă©poque et de son contexte, lĂ oĂč il travaille. Et ce qui n'a rien Ă voir avec refait qu'un artiste voyage ou ne voyage pas. Ca n'est une histoire de passeport ou de timbre et de combien de fois ou combien de jours vous avez Ă©tĂ© hors du pays. La question c'est d'ĂȘtre dans so espace, de comprendre ce qui se passe et de le commenter... De le... de lui donner un avis et de produire des formes face Ă des situations. Donc ma.. c'st ma question.. serait comment on peut fonctionner en ouvrant des musĂ©es alors que un pans considĂ©rable du moment moderne n'est pas disponible, pas visible? C'est-Ă -dire que bon pour un Libanais, un jeune, un Ă©tudiant... Alors je vous dis des bĂȘtises. Un Ă©tudiant s'est pas Ă©vident d'avoir une idĂ©e de ce qui s'est passĂ© entre 56  et 58 et le dĂ©but de le guerre. Comment il fait? Alors vous allez me dire il y a des livres. Mais je crois qu'il n'y a mĂȘme pas un livre sĂ©quencĂ© sur le mode que Joe Tarrab a exposĂ©. Quid de cette  transmission, de cette accĂšs et de cette publicitĂ© au sens, je vais pas dire noble, parce que la pub n'est pas honteuse, mais la publicitĂ© au sens d'Habermas, dĂ©bat publique, circulation des informations, contestation.. et...
Gregory Buchakjian : On est en plein lĂ dedans, c'est Ă dire qu'on est en plein lĂ dedans par rapport au muĂ©e .C'est le dĂ©bat est lĂ ; il est ouvert, il est en cours. Un certain nombre de personnes qui sont impliquĂ©es dans ces projets sont dans cette salle et justement qu'est ce qu'on veut? Il y a des projets de musĂ©es plus ou moins concret. Alors donc vous avez donnĂ© l'exemple du Guggenheim. Je vais vous raconter une anecdote qui n'a rien Ă voir avec notre histoire mais qui je trouve est assez pertinente. la semaine derniĂšre il y a eu sur internet un poisson d'avril avant l'heure. Je ne sais pas si c'Ă©tait un poisson d'avril, il y a eu un faux site du Guggenheim, mais un vrai site web, avec un vrai logo du Guggenheim. Un site complet et ils annonçaient que la fondation Guggenheim avait pris acte de toutes les critiques qui ont Ă©tĂ© faites par rapport Ă ce projet qui Ă©tait trop dispencieux, trop pharaoniques. Par rapport Ă tous les problĂšmes des ouvriers sur le chantier, par rapport au fait que le projet bref, tout ce qui a Ă©tĂ© dit, sachant que c'est unchantier interminable; Ca va faire dix ans qu'on voit rien, et donc que la fondation Guggenheim remet en question le projet de Franck Gerry, bien qu'il soit trĂšs beau et qu'ils veulent faire un projet sustainable et qu'ils lancent un concours d'architecture... Mais honnĂȘtement quand j'ai vu la page c'Ă©tait tellement bien prĂ©sentĂ© je l'ai cru. Et juste Ă l'instant oĂč e vois la page, quelqu'un post sur Facebook et dit "est-ce que c'est Walid Raad qui a encore frappĂ©?" *rires* Ben jesias pas peut-ĂȘtre. Mais en tout cas il s'avĂ©rait que c'Ă©tait une farce, remarquable. Mais qui vient aussi Ă point nommĂ©. Qu'attend-t-on d'un musĂ©e? Qu'attend-on d'un musĂ©e ici et maintenant? A Beyrouth dans les annĂ©es 2010-2020? C'est quand mĂȘme intĂ©ressant parce qu'on est en train de parler de ces annĂ©es 60 /70 et ... on ..; c'est assez drĂŽle comment on vit l'histoire. C'est Ă dire qu'il y a eu les annĂ©es 90 / 2000 oĂč s'est construite une gĂ©nĂ©ration qui Ă©tait montante et qui lĂ est montĂ©e. Donc ... c'Ă©tait les nouvelles pratiques d'aprĂšs guerre... Akram Zaatari, Khalil et Johanna Joreige etc, et aujourd'hui il y a ce retour d'intĂ©rĂȘt vers la pĂ©riode de l'avant guerre, de la guerre, de la modernitĂ© et on a vu une nombre trĂšs important d'expositions monographiques qui ont Ă©tĂ© consacrĂ©es Ă des artistes. Donc il y a eu Saloua Radoua Choucair, Chafic Aboud.. il y en a d'autres qui sont en prĂ©paration. Et ces expositions sont l'occasion de plonger dans ces archives... Et le problĂšme des archives c'est qu'elles sont dissĂ©minĂ©es. C'est Ă dire qu'on a pas une institution qui est gardienne de ces archives. Elles existent elles sont lĂ et chaque fois que j'ai eu l'occasion de plonger quelque part j'ai trouvĂ© des trĂ©sors. Et on a envie que ces trĂ©sors puissent ĂȘtre ensemble. Donc il y'a  certains trĂ©sors qu'on trouve tout simplement dans les archives des galeries. C'est Ă dire que vous allez dans des galeries qui reprĂ©sentent des artistes, vous demandez le dossier de presse et ... j'ai fait l'exercice la semaine derriĂšre et bon on trouve des choses absolument incroyables...  une femme artiste qui expose chez une autre et puis il y a une caricature qui parait dans le carnet de mondain de l'Orient le jour  qui s'appelait "Midi Minuit de l'Ă©poque". Il y a l'aspect comique, l'aspect ludique. Il y a un rapport avec l'art qui a quelque chose d'Ă la fois trĂšs engagĂ© trĂšs militant. On parlait du cĂŽtĂ© prĂ©monitoire de Rayes, il faut quand mĂȘme prĂ©cisĂ© que quinze ans avant la guerre il peint la rĂ©volution algĂ©rienne, un tableau Ă©norme qui fait trois mĂštres de large. Et c'est quand mĂȘme ce cĂŽtĂ© militant n'est pas que dans les arts visuels, il faut le prĂ©ciser. Une histoire, ça c'est une parenthĂšse avant de revenir aux archives - c'est l'histoire de Maj Daloun, une piĂšce de théùtre de Rogers Assaf avec Nidal Achar au théùtre de Beirut qui est interdite par les autoritĂ©s. Ils l'a jouent quand mĂȘme, la police intervient, ils vont au Ourson, la police les suivent.. enfin.. C'est quand mĂȘme, il y avait vĂ©ritablement un art engagĂ©, un art politique Ă tous les sens du terme et je crois qu'aujourd'hui on est plus vraiment lĂ ... Enfin jeune dis pas que les artistes ne sont pas sĂ©pcifiquement engagĂ©s mais pas cmm ils l'ont Ă©tĂ© dans les annĂ©es 60. Alors c'est vrai que la scĂšne politique locale et globale a changĂ©, que aujourd'hui dire qu'on est rĂ©volutionnaire c'est.. C'est un peu ringard et ĂȘtre rĂ©volutionnaire pour proposer quoi. Donc ça c''Ă©tait une parenthĂšse. Par rapport Ă ces archives, il y a un certain nombre d'archives qui sont chez les artistes eux mĂȘmes. Certains sont vivants d'autres sont morts et lĂ aussi il y a un travail de dĂ©frichage. Vous  travaillez sur Rayes, j'ai eu l'occasion de travailler sur d'autres, alors il y'a aussi bien des artistes organisĂ©s qui ont par exemple toutes leurs coupures de presse qui sont classĂ©es dans des albums soigneusement volĂ©s, soigneusement, donc il y a quand mĂȘme un travail qui a Ă©tĂ© fait par l'artiste lui mĂȘme de son vivant et d'autres chez qui ont a des boites avec un fouillis absolument pas possible on trouve pelle melle des photos de voyage, des plans d'architecture, on se demande aussi pourquoi ces plans sont lĂ ... Des articles de presse... parfois des originaux, parfois des photocopies, et lĂ aussi on se dit, mais il faudrait une armĂ©e de scribes pour pouvoir classer tout cela et il y a vraiment des choses fantastiques. J'ai eu l'occasion de tomber sur les archives de Michel Basbous oĂč il y a des photos de ses voyages aux Etats-Unis. Et on voit les photos de voyage de ce sculpteur et on voit sa sculpture dans ses photos de  voyage, enfin dans les choses qui, pas seulement aux Etats-Unis, aussi en Irak ou ailleurs ; enfin, en voyant ce qu'il photographie, on comprend sa sculpture, donc ces archives nous apprenne quand mĂȘme des choses considĂ©rables. Alors il y a d'autres archives qui sont plus difficiles Ă gĂ©rer je dirai , c'est tout ce qu'il y a Ă©tĂ© Ă©crit dans les journaux et qui nest pas forcĂ©ment... C'est Ă dire aller Ă la bibliothĂšque orientale de l'USJ et prendre tous les pĂ©riodiques et s'amuser Ă alors je sais pas si vous imaginez qu'est ce que ça reprĂ©sente comme travail et j'ai eu l'occasion pour diffĂ©rentes recherches par rapport par exemple Ă lire l'Orient le Jour, la Revue du Liban ou le Nahar sur une pĂ©riode donnĂ©e, mais c'est fanstatique. Vous ouvrez la revue du Liban des annĂ©es trente ou quarante ou vous dĂ©couvrez que le palais prĂ©sidentiel ou rĂ©sidait le prĂ©sident Bachar el Khoury Ă©tait rempli de tableaux de Cesar Gemayel et d'autres grands artistes, des tableaux Ă©normes. OĂč sont ces talbeaux, que sont-ils devenus? Il y avait un dĂ©cors absolument sublime et ça je le trouve pas hasard sans le chercher. Alors Ă©videmment je l'ai fait scanner, je vous rassure, je n'ai pas perdu la rĂ©fĂ©rence mais ... que faudrait-il pour pouvoir numĂ©riser tout ce quoi a Ă©tĂ© Ă©crit sur l'art. Pareil Hawayek, pionnier de la sculpture libanaise qui propose de construire un monument gigantesque un peu Ă la Etienne Giboulet, aussi dans un article des annĂ©es 30 ou 40. Ca se sont des choses qu'on trouve par hasard, c'est dire Ă quel point on est sur un iceberg, on a une masse d'information et lĂ j'ai pas parlĂ© des gens dont vous avez parlĂ©, les gens qui sont vivants, les tĂ©moins, parce que lĂ aussi les gens qui ont des choses Ă dire, Joe Tarrab, Amal Traboulsi qui sont Ă cĂŽtĂ© de moi, mais ces gens il faudrait leur mettre une camĂ©ra et les faire parler. Sale Barakat qui est lĂ il faudrait lui mettre une camĂ©ra 24heures sur 24 enregistrer sa vie et ses conversations parce qu'on pourrait avoir mille heures d'enseignement.. C'est des gens qui ont des informations... Alors que faire de tout ce patrimoine vivant? Alors ce ne sont pas forcĂ©ment des personnes ĂągĂ©s mais il y a beaucoup de gens qui ont vĂ©cu et qui ne sont mĂȘme pas des artistes et qui sont tĂ©moins, il y a des gens.. J'ai eu l'occasion d'interviewĂ© il y a quelques annĂ©es un ancien directeur du Goethe Institute, et ... donc qui Ă©tait allemand Hein Rich Rein Straum et qui m'a racontĂ© son expĂ©rience du Goethe Ă Beyrouth et en fait il m'a comparĂ© son expĂ©rience du Goethe avec la seconde guerre mondiale... qu'il avait vĂ©cue. Et il m'a racontĂ© que pendant la secodne guerre mondiale dans cette apocalypse absolue qu'il vivait il continuait Ă faire de la musique et c'est comme ça qu'on est restĂ©s civilisĂ©s. c'est comme ça qu'on est restĂ©s humains et c'est Ă travers ce paradigme de la deuxiĂšme guerre mondiale qu'il m'a racontĂ© cette ambiance des activitĂ©s qu'il y avait au Goethe institute pendant la guerre, un lieu qui malheureusmenet n'existe plus, ou qui a dĂ©mĂ©nagĂ© mais qui Ă©tait dans un local assez extraordinaire Ă la fin de la rue Bliss et qui pendant les annĂ©es 70 /80 Ă©tait une ruche ... donc pendant les annĂ©es de guerre dĂšs que ça se calmait il y avait des expos , des concerts, des choses assez incroyables qui se sont passĂ©es dans cet endroit. Les lieux aussi changent. Il y a des lieux oĂč l'institution est toujours lĂ mais elle n'est plus ce phare qu'elle Ă©tait. MĂȘme par exemple pendant les annĂ©es 90, une pĂ©riode plus rĂ©cente, le Centre Culturel Français Ă©tait une institution beaucoup plus prĂ©sente qu'elle ne l'est aujourd'hui. Avec tout mon respect pour l'Institut français
Amal Traboulsi : La France n'est plus intéressé à donner un budget pour le Liban
GB : mais c'est pas ça seulement c'est aussi qu'Ă l'Ă©poque il n"y avait pas le Beirut Art Center, il n'y avait pas l'espace de Ashkal Alan.C'Ă©tait si on voulait pas ĂȘtre nias une galerie, on allait au Centre Culturel Français ou au Goethe, C'Ă©tait les deux lieux... non commerciaux pour voir de l'art ou de la Culture.
CD : Et est ce que vous avez l'impression qu'il y a dans la nouvelle gĂ©nĂ©ration un vrai intĂ©rĂȘt pour la relecture de ces histoires rĂ©centes ?
CD : On en est convaincus...
AT : Je crois qu'il y a un intĂ©rĂȘt pour tout le monde de la relecture... Ca ne s'applique pas qu'Ă la scĂšne artistique il y a ... euh... un problĂšme de mĂ©moire je ne suis pas le premier Ă en parler, je crois que tous les artistes libanais ds annĂ©es 90 ont parlĂ© de ce problĂšme de mĂ©moire et ce problĂšme de mĂ©moire est du aussi bien Ă la rupture que constitue la guerre qu'Ă la rupture que constitue l'aprĂšs guerre et qui se vit jusqu'Ă aujourd'hui avec la destruction de Beyrouth. Beyrouth est aujourd'hui une ville qui tous les jours se dĂ©truit, tous les jours il y a des bĂątiments qui sont dĂ©molis, alors un bĂątiment seul qui est dĂ©moli... bon... C'est pas un drame en soit mais ce qui est en train de se passer c'est que des quartiers entiers sont en train de changer et ce n'est pas seulement un problĂšme esthĂ©tique, ça n'est pas le problĂšme que c'est la jolie maison au toit rouge ou le bel immeuble art dĂ©co qu'on est en train  d'enlever, c'est aussi les habitants qu'y trouvaient! Parce qu'un certain nombre de ces immeubles Ă©taient habitĂ©s par des gens, des anciens locataires. Donc ces gens s'en vont, vont ĂȘtre relocalisĂ©s ailleurs parce qu'ils peuvent se permettre un loyer Ă Beyrouth et on construit Ă la place des tours qui sont gĂ©nĂ©ralement vides. Ou on vend rien ou on vend Ă des gens du Golf. Enfin maintenant les gen du Golf ne viennent plus mais la plupart de ces tours de trente quarante Ă©tages avec des appartements Ă des prix absolument astronomiques sont inhabitĂ©s.. donc... le pays est confrontĂ© Ă un problĂšme de mĂ©moire et il y a une soif de mĂ©moire et je rencontre des gens, je rencontre de plus en plus de gens qui font des recherches sur des sujets absolument Ă©tonnant qui vont de l'origine des noms de rue, ça c'est une personne que j'ai rencontrĂ© la semaine derniĂšre, Ă aux pratiques artistiques, Ă la musique.. enfin toutes sortes de sujets et ce sont des gens qui appartiennent Ă toute sorte de gĂ©nĂ©rations confondues. C'est Ă dire qu'il y a aussi bien des jeunes, que des moins jeunes, que des vieux. Il y a pas de... mais il y a vraiment chez une partie de la population que ce soit des... Et ça aussi c'est intĂ©ressant, c'est des gens qui viennent de back ground assez diffĂ©rents. C'est Ă dire que certains sont des universitaires ou des artistes ou des enseignants mais certains sont dans des professions qui n'ont absolument rien Ă voir avec ça, ça peut ĂȘtre des entrepreneurs, ça peut -ĂȘtre des avocats, ça peut ĂȘtre des gens qui sont dans les affairs et qui consacrent une partie de leur temps Ă un travail ui peut-ĂȘtre aboutira Ă une publication ou Ă autre chose ou en tout cas Ă un Ă©change d'idĂ©e mais il y a un vrai ... je crois il y a une soif, de la part des gens pour pour cette histoire, pour ces histoires. Parce qu'il n'y a pas une histoire. Et c'Ă©tait  aussi un dĂ©bat ; quel histoire doit raconter un musĂ©e? Mais il n'y a pas une histoire, on ne doit pas ĂȘtre dogmatique, il y a des histoires comme dan l'histoire del 'art , il y a des histoires de l'art, il y a des histoires de .. il y a des artistes qui avaient des choses Ă dire. A un certain moment il y a eu cette modernitĂ© dont nous avons parlĂ© , donc Aref Rayes Ă©tait prĂ©sent... euh Chafic Aboud, (...) Basbous.. etc. Et finalement chacun y a contribuĂ© Ă sa maniĂšre. On Ă©voquait le travail de Rayes.. Enfin chacun a donnĂ© son impulsion et finalement  on peut analyser cette histoire qui n'a jamais Ă©tĂ© Ă©crite effectivement en temps .. Ce qui est regrettable. Par exemple il y a eu gros bouquin qui est sorti il y a deux ans qui est L'art au Liban; un pavĂ© de 900 pages aux Libans oĂč il y a quelques articles, quelques essais, Joe et moi avons Ă©tĂ© des contributeurs. Mais mon grand degrĂ©s... Et le reste se sont des biographies des artistes avec des reproductions. Mon grand regret c'est que ce livre n'est pas Ă©tĂ© une histoire ou des histoires. C'est Ă dire que ce ne soit pas un livre qui essaye de traverser le vingtiĂšme siĂšcle ou bien une partie du vingtiĂšme siĂšcle mais d'un autre cĂŽtĂ©... il est toujours temps de le faire. Enfin on est lĂ , il y a beaucoup de personnes et je vois beaucoup de visages dans la salle qui sont des gens qui contribuent Ă Ă©crire ces histoires. Une des personnes qui est dans cette salle a donnĂ© une confĂšrence assez Ă©poustouflante il y a deux semaines sur une exposition internationale qui a eu lieu Ă Beyrouth pendant la guerre sur la Palestine. Quand mĂȘme un projet assez fantastique. Qui est presque aussi Ă la limite du Walid Raad. C'est Ă dire on pourrait croire que bon... c'est... c'est.. un projet documentĂ© mais on pourrait imaginer qu'elles ont tout inventĂ© parce qu'elles sont deux et que c'est une fiction donc il y a quand mĂȘme.C'est assez beau de voir ces intĂ©rĂȘts multiples de gens qui sont de sensibilitĂ©s diffĂ©rentes, qui donc n'ont pas tous la mĂȘme maniĂšre de voir, qui ne viennent pas tous, qui ne sont pas tous entrer de la mĂȘme porte. Certains sont entrĂ©s par la porte des collections, d'autres par la porte de la politique, d'autres par la porte de l'esthĂ©tique et.. voilĂ .. Donc chacun suit son chemin, chacun ouvre des dĂ©bats, chacun ouvre des questions...
AT : Puisque toi et Joe vous avez participé à ce fameux bouquin sur l'art au Liban, pourquoi vous ne l'avez pas complété? Vous auriez pu faire deux volumes, un volume plus complet avec des archives, avec... quelque chose de plus intéressant. parce que tu sens que c'est un besoin.
GB : Amal je dois préciser en ce qui me concerne que en ce moment j'écris un article, deux livres, et une thÚse de doctorat, euh... Je ne sais pas à quel point je peux faire plus...
Question dans la salle : il y a plein de choses mais moi je voudrais savoir qui pourrait ĂȘtre chargĂ© de faire cette archivage lĂ ... (inaudible) y'a des galeries... dans les pays "normaux" comment ça se passe? Qui est chargĂ© de regrouper? Qui est responsable? Et je crois que ...
CD : VoilĂ . Oui il est temps d'ouvrir..
MĂȘme dame dans la salle : il y a plein de choses, il y a des trĂ©sors  partout et on se dit bon d'accord, qui est supposĂ© le faire est ce que c'est le gouvernement? Est-ce que c'est un manque d'identitĂ© libanaise ? On a mĂȘme pas un livre d'histoire, aujourd'hui moi mes enfants apprennent l'histoire d'avant 75 ; j'ai l'impression de leur relire le mĂȘme livre. Est-ce qu'il y a des problĂšmes beaucoup plus profond que ça. Il faut parler du problĂšme parce que le..; tout est lĂ .. donc j'aimerais savoir dans les pays "normaux" qui est responsable
GB : On est pas un pays normal?
JT : Pardon permettez moi de répondre. Dans les pays "normaux" il y a des institutions qui existent. N'est-ce pas. Par exemple, il y a à Paris une institution qui s'occupe des archives des écrivains. n'est ce pas. L'écrivain ou sa femme ou ses enfants, ses héritiers lÚguent toutes les archives de l'écrivain à cette institution...
JT : Oui mais ici on ne peut pas compter sur l'état, on sait trÚs bien ça. Ici tout doit se faire. Comme je le disais tout à l'heure à Catherine et Amal.. j'avais proposé il y a longtemps la constitution d'un institut d'histoire de non pas, de l'art, mais de la période de cette période dont on parle. donc... 60 - 75 - 50 -75. Parce qu'alors que tous ces acteurs étaient encore vivants on aurait pu les faire parler, les photographier... les filmer etc... et Ils auraient pu -livrer leurs archives. Je cherchais en vain quelqu'un qui accepte de financer une chose pareille. évidemment il faut un lieu... Personne n'était intéressé à ça. C'est seulement des instituts comme ça qui peuvent faire le travail.
Question salle : * inaudible* Au Liban nous ne pouvons pas compter sur le gouvernement mais nous pouvons compter sur les institutions universitaires, nous avons... dans une institution universitaire nous pouvons faire un travail d'archives, nous avons une formidalbe force qui est les Ă©lĂšves qui peuvent aider, un dĂ©partement d'archives et nous pouvons mais bien sur que ça va ĂȘtre petit Ă petit ça peut se faire mais dans une institution universitaire ça peut se faire
AT : Moi j'ai trente ans  d'archives de la galerie prÚt. Est-ce qu'il y a un élÚve ici qui voudrait m'aider à venir.. travailler sur ces archives?
Voix dans la salle : Avec grand plaisir, avec grand plaisir.
MĂȘme voix dans la salle : un dĂ©partement d'archives  à l'intĂ©rieur d'un dĂ©partement universitaire on peut faire du travail, un travail de fourmis  mais on peut faire du travail
AT : Vous trouverez tout ce qui a été exposé. Tout ce  qui a été écrit, tout ce qui a été vendu, l'importance des choses qui se sont passées mais il faut que quelqu'un s'y intéresse vraiment, parce qu'on ne peut pas tout faire.
MĂȘme voix dans la salle : ce qui est intĂ©ressant dans une institution universitaire Madame c'est que ça peut se faire au cours des ans, c'est Ă dire que ça peut se faire lentement mais surement. Alors que dans d'aurtres.. C'est sur que ça prend du temps mais ça peut se faire et on peut...
AT : il y a des choses qui se passe. Il y a des personnes qui se sont intéressées à la mémoire et qui ont écrit si on cherche un petit peu
Autre voix : il y a aussi  un département d'histoire à l'ALBA..
Autre voix : Y a-t-il un département d'histoire à l'ALBA? Je ne parle pas de deux heures d'histoire de l'art par semaine. Je parle d'un.. Vous parlez d'archives. Peut-on parler d'archives quand on ne parle pas d'historien en formation?
JT : Oui il faut qu'il y ait des historiens pour s'occuper de ça
MĂȘme voix : Et que l'ALBA ait son dĂ©partement d'histoire... Il a son musĂ©e...
Autre voix dans la salle : il y a deux institutions auxquelles il faudrait donner un peu de...  en fait... en naissance c'est l'USEC il y a le dĂ©partement, la bibliothĂšque qui fait un travail d'archivages de collectes de travaux d'acteurs, de metteurs en scĂšnes, de je ne sais quoi d'art plastiques et Ă Balaman (?) le musĂ©e d'histoire est en train de fonder aussi un travail qui est assez Ă©norme mais qui commence par rapport Ă ce travail d'archivage. Donc les deux institutions sont en train de faire un travail de collecte, d'informations, chacun dans son domaine, l'un sur les auteurs littĂ©raires, et le théùtre et l'autre sur le musĂ©e imaginaire.. enfin virtuel qu'ils vont faire Ă propos des archives et ils ont commencĂ© ce travail il y a deux ans dĂ©jĂ
JT : Mais ce travail, il devrait s'étendre non seulement à l'art, au théùtre, à la littérature mais à tous les domaines qui ont fait, qui ont contribué à ... à la ... l'épanouissement culturel de cette période là ... et continuer également sur les nouvelles périodes... maintenant je voudrais dire une chose aussi, que l'ALBA a été le point de départ de cette vague moderniste dans l'art du moins. C'est ici que la plupart des peintres libanais, pas tous mais la plupart, ont commencé leur révolte contre le pÚre. N'est-ce-pas, quand ils se sont révolté contre Gemayel... enfin tous les classiques et qui ont fondé la modernité libanaise, et en ce sens la modernité fait partie intégrante de cette vague...
Voix dans la salle : Oui je voudrais dire une chose trĂšs importante, vous savez l'ALBA en elle mĂȘme s'est une histoire qui accompagne tout ce dont vous avez parlĂ© tout Ă l'heure. Mais si je me donnais Ă faire une archive sĂ©rieuse. On a annoncĂ© Ă l'ALBA depuis deux ans, un poste d'archive qui n'existait pas malheureusement au dĂ©part...