Crozier, le Capitaine Zigzag giflé par la CGT
Chronique dâun uppercut
Le courrier de la CGT FAPT du 4 mars 2026 nâest pas une main tendue. Câest une claque. Propre, argumentĂ©e, et envoyĂ©e sans trembler Ă la CFE-CGC dâOrange. Le dĂ©but est poli. Trop poli. « Nous avons bien reçu⊠». Traduction : on vous a lus, et maintenant on va vous dĂ©monter. Car derriĂšre lâaccord de façade sur la politique salariale « scandaleuse », la CGT enclenche immĂ©diatement le tir de barrage.
Premier coup : lâunitĂ© syndicale.
Oui, mais non. Pas avec quelquâun qui, dans le mĂȘme temps, conteste votre reprĂ©sentativitĂ© devant les tribunaux. La CGT met les pieds dans le plat : difficile de jouer collectif quand votre partenaire passe plus de temps Ă dĂ©poser des recours quâĂ construire du rapport de force.
Et lĂ , impossible de ne pas voir la cible : le fameux âcapitaine du dialogue⊠en zigzagâ, alias SĂ©bastien Crozier. Une figure devenue incontournable⊠et de plus en plus prĂ©visible dans son imprĂ©visibilitĂ©. Toujours en costume de rassembleur, mais avec une fĂącheuse tendance Ă sortir le sifflet⊠contre ses propres alliĂ©s.
La CGT ne dit pas quâil bloque le jeu. Elle dit pire : quâil le fragilise.
DeuxiÚme coup : la cohérence.
La CGT rappelle, sĂšchement, que la CFE-CGC rĂ©clame lâunitĂ© aujourdâhui⊠aprĂšs avoir jouĂ© solo hier. Et pas quâun peu. Courriers en direct Ă la direction, demandes dâintĂ©ressement « exceptionnel », stratĂ©gies parallĂšles. Bref, une partition personnelle dans un orchestre censĂ© jouer Ă lâunisson.
TroisiĂšme coup : les conditions.
Et lĂ , on entre dans le dur.
La CGT pose ses rĂšgles : reconnaĂźtre sa reprĂ©sentativitĂ©, arrĂȘter les contentieux, clarifier certaines positions, rectifier des propos jugĂ©s insultants, se positionner politiquement sans ambiguĂŻtĂ©.
Autrement dit : vous voulez lâunitĂ© ? Commencez par arrĂȘter de jouer contre nous.
Ce nâest plus une discussion. Câest un ultimatum.
Et le plus piquant, câest que tout cela est Ă©crit dans un langage parfaitement maĂźtrisĂ©, presque administratif. Pas dâinsulte. Pas de dĂ©bordement. Juste une dĂ©monstration froide, mĂ©thodique, qui laisse peu de place Ă la rĂ©plique sans perte de face.
Ce courrier rĂ©vĂšle surtout une chose : le dialogue social chez Orange ressemble de plus en plus Ă une partie dâĂ©checs oĂč chacun accuse lâautre de dĂ©placer les piĂšces hors rĂšgles.
Dâun cĂŽtĂ©, une CGT qui revendique la ligne collective, offensive, structurĂ©e. De lâautre, une CFE-CGC emmenĂ©e par un capitaine du dialogue en zigzag, qui avance, recule, contourne⊠mais finit par donner le sentiment de jouer une partie parallĂšle.
RĂ©sultat : tout le monde parle dâunitĂ©. Personne ne la construit.
Et pendant ce temps, le sujet initial â la baisse de lâintĂ©ressement â passe au second plan. Comme souvent.
Ce courrier nâest donc pas un simple Ă©change syndical. Câest un signal. Clair : la confiance est rompue. Et sans confiance, lâunitĂ© nâest quâun slogan.
Reste Ă voir si le Capitaine Zigzag corrigera sa trajectoire⊠ou sâil continuera Ă naviguer seul, persuadĂ© dâĂȘtre suivi.
Spoiler : pour lâinstant, lâĂ©quipage regarde surtout la carte⊠avec un doute sĂ©rieux sur la destination.










