Trump président : comment en est-on arrivé là ?
Commençons par le commencementâŠou plutĂŽt par la fin : Hillary Clinton a bien gagnĂ© une majoritĂ© des suffrages des Ă©lecteur-trice-s des Etats-Unis. Selon les derniers rĂ©sultats provisoires, elle et son co-listier Tim Kaine ont en effet obtenu 64 925 492 soit 48 % des voix contre 62 562 131 soit 46,25 % des voix pour Donald Trump et son co-listier Mike Pence, avec un taux de participation de 58,4 % (1). Et pourtant, câest Donald Trump qui a Ă©tĂ© annoncĂ© vainqueur et qui devrait ĂȘtre formellement confirmĂ© comme tel le 19 dĂ©cembre prochain par le collĂšge Ă©lectoral puisquâil aurait remportĂ© 290 Ă 306 des 538 « grand-e-s Ă©lecteur-trice-s » qui composent ce dernier.
ArchaĂŻsme institutionnel   Â
LâĂ©lection prĂ©sidentielle Ă©tats-unienne est en effet une Ă©lection au suffrage universel indirect. Le jour de lâĂ©lection, mĂȘme si les bulletins de vote portent les noms de candidat-e-s Ă la prĂ©sidence et Ă la vice-prĂ©sidence, les Ă©lecteur-trice-s Ă©lisent en fait un collĂšge (electoral vote) de « grand-e-s Ă©lecteur-trice-s » (presidential electors). Ce sont ces grand-e-s Ă©lecteur-trice-s, dĂ©signĂ©-e-s Etat par Etat, qui Ă©lisent ensuite, aprĂšs le « vote populaire » (popular vote), le binĂŽme prĂ©sidentiel. Les candidat-e-s comme grand-e-s Ă©lecteur-trice-s sont nommĂ©-e-s par les partis politiques des diffĂ©rents Etats dans les mois qui prĂ©cĂšdent lâĂ©lection. Chaque Etat reçoit autant de grand-e-s Ă©lecteur-trice-s quâil possĂšde de membres au CongrĂšs (Chambre des reprĂ©sentant-e-s et SĂ©nat), soit au minimum trois grand-e-s Ă©lecteur-trice-s (2). A deux exceptions prĂšs, tous les Etats utilisent ensuite la mĂ©thode du winner-takes-all (« le-la gagnant-e prend tout ») qui attribue en bloc lâintĂ©gralitĂ© des grand-e-s Ă©lecteur-trice-s Ă la candidate ou au candidat ayant reçu la majoritĂ© des suffrages dans lâEtat en question. Les grand-e-s Ă©lecteur-trice-s ainsi dĂ©terminĂ©-e-s se rĂ©unissent ensuite dans la capitale de leur Etat respectif et votent, en gĂ©nĂ©ral, en faveur de la paire de candidat-e-s pour laquelle elles et ils ont Ă©tĂ© Ă©lu-e-s. Un binĂŽme prĂ©sidentiel doit recevoir la majoritĂ© absolue des votes (soit 270 voix) pour ĂȘtre Ă©lu.
A lâorigine, fin 18e-dĂ©but 19e siĂšcle, ce systĂšme aurait Ă©tĂ© mis en place pour au moins deux raisons importantes. Tout dâabord par dĂ©fiance envers la majoritĂ© de la population qui Ă©tait jugĂ©e trop ignorante et incompĂ©tente pour pouvoir choisir directement son prĂ©sident. Mais aussi pour permettre aux Etats esclavagistes du sud dâavoir autant voire plus de voix au sein du collĂšge Ă©lectoral que ceux nord, en leur permettant dâinclure dans le recensement de leurs populations (et donc dans le calcul de leur proportion de grands Ă©lecteurs) leur trĂšs grand nombre dâesclaves qui nâavaient pourtant pas le droit de vote et ne reprĂ©sentaient Ă lâĂ©poque que les 3/5e dâun homme blanc (3). A la lumiĂšre de cette petite histoire, que Donald Trump puisse ĂȘtre Ă©lu prĂ©sident sur la base dâun systĂšme inĂ©galitaire littĂ©ralement conçu sur le dos des esclaves nâest finalement pas si Ă©tonnant que cela (4)... Mais au-delĂ de son incongruitĂ© institutionnelle et mathĂ©matique, la « victoire » de Trump, qui sâappuie sur une vote plus contrastĂ© quâil nây parait, rĂ©vĂšle aussi lâĂ©tendu de la « dĂ©faite » de Clinton, la faillite des deux mandats dâObama et le rejet par une part significative du peuple Ă©tats-unien de son oligarchie.
Un vote partisan contrasté
Victoire et dĂ©faite se sont jouĂ©es dans une poignĂ©e dâEtats. Six Etats et une partie du Maine quâObama avait gagnĂ©s en 2012, et dont certaines circonscriptions votaient dĂ©mocrates depuis des dĂ©cennies, sont passĂ©s Ă Trump.
En Floride il obtient 49,1 % contre 47,8 % pour Clinton (un Ă©cart dâĂ peine 120 000 voix) et emporte les 29 grand-e-s Ă©lecteur-trice-s de lâEtat. En Pennsylvanie il obtient 48,8 % contre 47,6 % (un Ă©cart de moins de 100 000 voix) et 20 grand-e-s Ă©lecteur-trice-s. Dans le Wisconsin, câest encore plus serré : 47,9 % contre 46,9 % pour Clinton (Ă peine 20 000 voix dâĂ©cart) et 10 grand-e-s Ă©lecteur-trice-s. Pareil dans le Michigan : 47,6 % contre 47,3 % (quelque chose comme 10 000 voix dâĂ©cart) et 16 grand-e-s Ă©lecteur-trice-s. Il a une plus grande marge dans lâOhio : 52,1% contre 43,5 % soit 18 grand-e-s Ă©lecteur-trice-s ; et dans lâIowa : 51,8 % contre 42,2 % soit 6 grand-e-s Ă©lecteur-trice-s. Dans le Maine, le seul autre Etat avec le Nebraska qui applique une proportionnelle locale pour lâattribution des votes du collĂšge Ă©lectoral, il fait 45,2 % et obtient un des trois votes. Au total, Trump aurait ainsi gagnĂ© la majoritĂ© dans 30 Etats et un district soit lâĂ©quivalent de 100 votes (dont 75 gagnĂ©s sur le fil) du collĂšge Ă©lectoral de plus que le candidat rĂ©publicain Mitt Romney en 2012, et qui sont autant de votes perdus pour Clinton.
Certaines tendances relevĂ©es au niveau national, au travers notamment des sondages de sortie des urnes, corrĂ©lĂ©es avec ceux de lâĂ©lection prĂ©cĂ©dente en 2012, peuvent aider Ă saisir ce qui sâest jouĂ© dans les diffĂ©rents Ă©lectorats (6). Par exemple, le fait que, mĂȘme si Hillary Clinton obtient une majoritĂ© des votes des personnes dont les revenus sont les plus modestes, sa marge chez les revenus en dessous de 30 000 $ par an (53 % contre 41 % pour Trump) et chez les revenus entre 30 000 et 49 999 $ par an (51 % contre 42 %) est beaucoup plus Ă©troite que celle de Barack Obama en 2012 (respectivement 63 % contre 35 % pour Romney et 57 % contre 42 %). Clinton fait Ă©galement moins bien quâObama auprĂšs des syndiquĂ©-e-s : elle est majoritaire dans cet Ă©lectorat Ă 51 % contre 43 % pour Trump lĂ oĂč Obama obtenait 58 % contre 40 % pour Romney.
(Source : « Election 2016: Exit Polls », The New York Times, 8 novembre 2016)
Elle progresse par contre dans les deux tranches de revenus supérieures suivantes : chez les électeur-trice-s gagnant entre 50 000 $ et 99 999 $ et celles et ceux gagnant entre 100 000 $ et 199 999 $ par an. Et elle fait quasiment jeu égal avec Trump pour les deux derniÚres tranches chez les électeur-trice-s gagnant entre 200 000 $ et 249 999 $ et celles et ceux gagnant plus de 250 000 $ par an.
Si lâon sâintĂ©resse maintenant aux distinctions de genre, on note que Clinton obtient Ă peu prĂšs les mĂȘmes marges quâObama en ce qui concerne le vote des femmes : elle est majoritaire Ă 54 % contre 42 % pour Trump quand Obama obtenait 55 % contre 44 % pour Romney. Les femmes ont ainsi votĂ© moins pour Trump que pour Romney, mais aussi un peu moins pour Clinton que pour Obama. Chez les hommes, câest Trump qui est majoritaire, mais, avec ses 53 % contre 41 % pour Clinton, il rĂ©alise Ă peu prĂšs les mĂȘmes scores que Romney qui avait obtenu 52 % contre 45 % pour Obama. Les hommes nâont pas beaucoup plus votĂ© pour Trump que pour Romney et ont moins votĂ© pour Clinton que pour Obama.
Enfin, en ce qui concerne les diffĂ©rentes communautĂ©s ethnoculturelles, on sâaperçoit que sâil est majoritaire chez les Blanc-he-s, Trump fait Ă peu prĂšs les mĂȘmes scores que Romney dans cet Ă©lectorat et que Clinton fait un peu moins bien quâObama: 58 % (contre 37 % pour Clinton) lĂ oĂč Romney faisait 59% (contre 39 % pour Obama). Par contre, lĂ oĂč Trump semble avoir progressĂ© par rapport Ă Romney et lĂ oĂč Clinton, tout en Ă©tant majoritaire, a rĂ©gressĂ© par rapport Ă Obama, câest dans les Ă©lectorats des minoritĂ©s : il fait 8 % contre 88 % pour Clinton lĂ oĂč Romney faisait 6 % et 93 % chez les Noir-e-s ; 29 % chez les Latinx et les Asiatiques lĂ oĂč Romney faisait 27 % et 26 % respectivement.
(Source : « Election 2016: Exit Polls », The New York Times, 8 novembre 2016)
Le taux de participation devrait bientĂŽt Ă©galer voire lĂ©gĂšrement dĂ©passer celui 2012. Mais alors que le nombre de votes pour Trump dĂ©passe maintenant largement celui de Romney (plus dâ1 million voix en plus malgrĂ© une part du vote lĂ©gĂšrement infĂ©rieur de moins dâ1 %), celui des votes pour Clinton est toujours en deçà du score dâObama (environ 1 million de voix et 3 % en moins). Elle obtient  RapportĂ© MĂȘme si ce diffĂ©rentiel devait se rĂ©duire, les dynamiques partisanes locales et nationales trĂšs diffĂ©renciĂ©es qui sâesquissent Ă la lecture tous ces diffĂ©rents chiffres aident Ă un peu mieux comprendre le rĂ©sultat final.
La défaite de la candidate du systÚme
Trump a rĂ©ussi, malgrĂ© lâhostilitĂ© dâune partie significative de la direction du Parti rĂ©publicain, Ă mobiliser sa base Ă©lectorale traditionnelle et Ă gagner des marges dans quelques secteurs ciblĂ©s parmi lâĂ©lectorat majoritairement Blanc, aux revenus modestes, de quelques anciens bastions dĂ©mocrates. Clinton, elle, malgrĂ© le soutien de tout lâappareil du Parti dĂ©mocrate, de la majoritĂ© des mĂ©dias et des cĂ©lĂ©britĂ©s et mĂȘme dâun nombre non nĂ©gligeable de dirigeant-e-s rĂ©publicain-e-s, nâa pas rĂ©ussi Ă mobiliser suffisamment ni les Ă©lecteur-trice-s dĂ©mocrates ni le reste des abstentionnistes dans les Etats clĂ©s.Â
Les obstacles institutionnels Ă lâinscription sur les listes Ă©lectorales mis en place dans certains Etats ont probablement eu un impact, notamment parmi les populations les plus vulnĂ©rables (pauvres, minoritĂ©sâŠ) qui auraient eu plutĂŽt tendance Ă voter dĂ©mocrate. Et bien sur le sexisme, le racisme et la xĂ©nophobie des discours de Donald Trump ont sans conteste jouĂ© un rĂŽle dans la mobilisation des secteurs de la population les plus conservateurs et rĂ©actionnaires, Ă commencer par lâĂ©lectorat traditionnel du parti rĂ©publicain, composĂ© aussi bien de trĂšs (trĂšs) riches que de milieux populaires. Sa rhĂ©torique identitaire et nationaliste a mĂȘme certainement eu un Ă©cho bien au-delĂ de ces sphĂšres, dans un pays dominant, impĂ©rialiste, aussi structurellement raciste et patriarcal que les Etats-Unis.
Mais ces facteurs nâexpliquent quâune partie la dĂ©faite dâHillary Clinton. AprĂšs tout, le mĂȘme Ă©lectorat majoritairement Blanc des Etats pivots avait votĂ© en 2008 et en 2012 pour un certain Barack Hussein Obama, fils dâun Ă©tudiant noir africain et dâune femme blanche, mariĂ© Ă une grande, belle et brillante femme noire Ă la peau foncĂ©e, et dont jusquâĂ prĂ©sent beaucoup sont encore persuadĂ©-e-s quâil nâest pas nĂ© sur le sol Ă©tats-unien et/ou quâil est de confession musulmane. Les Etats-Unis nâĂ©taient pas moins racistes, sexistes et homophobes Ă lâĂ©poque, surtout pas aprĂšs les deux mandats de Georges W. Bush et le lancement de la guerre sans fin « contre le terrorisme ». Trump nâa pas non plus fait significativement mieux que Romney dans ce mĂȘme Ă©lectorat (blanc, masculinâŠ). Et puis, rappelons-le, au niveau national une majoritĂ© des Ă©lecteur-trice-s (dont le nombre devrait augmenter une fois le dĂ©pouillement complĂ©tĂ©), a bel et bien votĂ© contre Donald Trump et tout ce quâil reprĂ©sente.
Et pourtant il a gagnĂ©. Il a gagnĂ© avec des marges petites, mais suffisantes, dans quelques Etats clĂ©s. Les principaux Etats qui ont fait dĂ©faut Ă Clinton et permis la victoire de Trump sont situĂ©s dans la rĂ©gion du nord est, autour des Grands Lacs, appelĂ©e la Rust Belt, lâancienne ceinture industrielle dĂ©sormais toute rouillĂ©e, oĂč les Ă©lecteur-trice-s, majoritairement Blanc-he-s, ont rompu leur alliance traditionnelle avec Parti dĂ©mocrate. Ancien centre industriel du pays (qui compte tout de mĂȘme encore pour 40 % de sa production), elle est tombĂ©e en dĂ©clin Ă partir du milieu du 20e siĂšcle en raison des transferts de production (dâabord vers lâouest, puis Ă lâĂ©tranger), de la baisse dâattractivitĂ© du charbon et de lâacier, de lâautomatisation accrue, etc. Dans les annĂ©es 1990, les accords internationaux comme que lâAccord de libre-Ă©change nord-amĂ©ricain (Alena/Nafta) ont dramatiquement accĂ©lĂ©rĂ© le phĂ©nomĂšne (8). Â
DâaprĂšs lâEconomic Policy Institute, un centre de recherche basĂ© Ă Washington, les salaires des travailleur-euse-s Ă©tats-unien-ne-s stagnent depuis des dĂ©cennies, le salaire minimum rĂ©el ayant lui diminuĂ© depuis 1970. La plupart des « gains » Ă©conomiques se sont faits en haut de la pyramide salariale et sociale. Et ces profits se sont traduits par plus de pouvoir et dâinfluence politiques pour les plus riches, leur obtenant des subventions publiques, des niches fiscales, des accords commerciaux favorables, ou encore, comme en 2008, le sauvetage de leurs banques mis Ă sac par leur mauvaise gestion. Les rĂ©cents indicateurs Ă©conomiques dont se prĂ©vaut Obama dans son bilan ont beau ĂȘtre prĂ©sentĂ©s comme positifs, ils ne rendent pas compte de lâinsĂ©curitĂ© sociale que connaissent bon nombre dâEtats-unien-ne-s, de la peur constante du dĂ©classement, de la colĂšre quâelles et ils ressentent face Ă la dĂ©gradation de leurs conditions de travail et de leur qualitĂ© de vie, ni de la dĂ©saffection grandissante vis-Ă -vis des institutions et du pouvoir politique (9).
Câest pourtant ces sentiments que reflĂštent les sondages de sorties des urnes auprĂšs des Ă©lecteur-trice-s de Trump : parmi les 62 % de personnes interrogĂ©es qui estiment que leur pays a « sĂ©rieusement dĂ©raillé » 69 % sont des Ă©lecteur-trice-s de Trump ; elles et ils sont aussi 79 % parmi les 21 % des sondĂ©-e-s qui trouvent que la situation du pays est mauvaise, 78 % parmi les 27 % qui estiment leur situation Ă©conomique est pire quâavant et 63 % des 34 % qui pensent que la situation sera pire pour la prochaine gĂ©nĂ©ration.
(Source : « Election 2016: Exit Polls », The New York Times, 8 novembre 2016)
Donald Trump a su parler Ă suffisamment dâĂ©lecteur-trice-s au sein de ces communautĂ©s ravagĂ©es par le nĂ©olibĂ©ralisme sauvage et sans complexe des administrations dĂ©mocrates et rĂ©publicaines successives, en lĂ©gitimant leur colĂšre et leur rejet de lâestablishment, en promettant dây remĂ©dier tout en dĂ©voyant une bonne partie vers dâautres cibles tout aussi vulnĂ©rables et opprimĂ©es : les immigrĂ©-e-s, les Noir-e-s, les fĂ©ministes, les personnes LGBTâŠA lâopposĂ©, Hillary Clinton, qui a dĂ©laissĂ© un partie de ces Etats pendant sa trĂšs onĂ©reuse campagne, nâa cessĂ© de mettre en avant ses annĂ©es dâexpĂ©riences au sein mĂȘme du systĂšme dont elles et ils voulaient se dĂ©barrasser. Alors quâelles et ils rĂ©clamaient du changement, tout ce quâelle leur a proposĂ© câest fondamentalement de maintenir le statu quo (10).
Faillite du social-libéralisme
Un tel aveuglement nâest pas le fait de la seule candidate Hillary Clinton. La victoire de Trump met Ă nu la faillite du Parti dĂ©mocrate et du social-libĂ©ralisme Ă©tats-unien qui a tant inspirĂ© ses homologues europĂ©ens (Blair, Schröeder, HollandeâŠ.). Le Parti dĂ©mocrate nâa jamais Ă©tĂ© un parti ouvrier ou mĂȘme de gauche, comme lâa par exemple Ă©tĂ© le Labour Party en Grande-Bretagne ou mĂȘme le Parti socialiste/SFIO en France. Mais Ă partir du milieu du 20e siĂšcle, il Ă©tait devenu le parti « progressiste » soutenu par la plupart des grandes centrales syndicales et pour lequel les minoritĂ©s ethnoculturelles et sexuelles votaient majoritairement. Le tournant nĂ©oconservateur et nĂ©olibĂ©ral des annĂ©es 1980 passĂ©es sous les trois mandats rĂ©publicains (Reagan puis Bush senior) a progressivement eu raisons de ces avancĂ©es. La victoire de Bill Clinton en 1992 consacra ainsi celle de son courant de pensĂ©e, les New Democrats (les « nouveaux et nouvelles dĂ©mocrates ») qui poussĂšrent le parti vers le centre, adoptant ce quâAnthony Gidens conceptualisera plus tard comme la « troisiĂšme voie » (11).
Ce sont ces « nĂ©o-dĂ©mocrates » au pouvoir Ă Washington qui vont, les premier-e-s, mettre en Ćuvre les politiques nĂ©olibĂ©rales que lâon connaĂźt maintenant trop bien aujourdâhui et donner ses lettres de noblesse au « social-libĂ©ralisme » qui va ensuite essaimer en Europe. RĂšgle de lâĂ©quilibre budgĂ©taire, rĂ©duction acharnĂ©e des dĂ©penses publiques, affaiblissement du droit de travail et des syndicats, prĂ©carisation des salariĂ©-e-s, dĂ©mantĂšlement accĂ©lĂ©rĂ© de la protection sociale, stigmatisation et criminalisation des pauvres, rhĂ©torique de lâ « égalitĂ© des chances » et de la responsabilisation personnelle, dĂ©rĂ©glementation Ă©conomique (notamment dans lâagriculture et les tĂ©lĂ©communications), signature des traitĂ©s de libre-Ă©change dont le tristement fameux Alena, etc. Clinton a Ă©galement prĂ©sidĂ© Ă lâadoption de la trĂšs controversĂ©e loi sur le contrĂŽle de la criminalitĂ© (le Violent Crime Control and Law Enforcement Act) dont une partie des dispositions a conduit Ă des taux dâincarcĂ©ration records (notamment des pauvres et des minoritĂ©s), Ă la dĂ©cimation de communautĂ©s entiĂšres et au dĂ©veloppement de la trĂšs lucrative industrie pĂ©nitentiaire.
Cette premiĂšre gĂ©nĂ©ration de nĂ©o-dems Ă©tait aussi trĂšs conservatrice du point socioculturel. Câest en effet sous lâadministration Clinton quâa Ă©tĂ© signĂ©e la loi DoMA (le Defense of Marriage Act) interdisant au gouvernement fĂ©dĂ©ral de reconnaĂźtre les mariages homosexuels, ainsi que lâarrĂȘtĂ© « Do not Ask, Do not Tell » interdisant aux personnes ouvertement homosexuelles de servir dans lâarmĂ©e. Sâil a Ă©tĂ© plus progressiste que Bill Clinton sur ces questions (il a appuyĂ© lâabrogation de « Do not Ask, Do not Tell » en 2010 et le rejet la loi DoMA en 2013) (12), Barack Obama, de son propre aveu un « nouveau dĂ©mocrate », sâest inscrit dans cette mĂȘme tradition nĂ©olibĂ©rale, sĂ©curitaire et impĂ©rialiste, en plus dâune politique dâexpulsion massive des immigrĂ©-e-s qui lui a valu de perdre le soutien dâimportantes associations latino de dĂ©fense des droits civiques et de gagner le surnom dâ « expulseur en chef » (Deporter-in-chief) (13).
Dans les annĂ©es 1990, Hillary Clinton a pour sa part Ă©tĂ© en premiĂšre ligne dans le dĂ©veloppement du courant de la « TroisiĂšme voie » centriste au niveau international. Elle a Ă©galement fait partie de la branche au SĂ©nat de la Coalition des nouveaux dĂ©mocrates de 2001 Ă 2009 (14). Tout  au long de sa campagne elle nâa cessĂ© de dĂ©fendre le bilan des annĂ©es Clinton/Obama et sâest prĂ©sentĂ©e comme la continuatrice de leur hĂ©ritage politique. Les quelques inflexions apparues dans sa plate-forme (gratuitĂ© des frais dâinscription Ă lâuniversitĂ©, opposition au TaftaâŠ) lâont Ă©tĂ© sous la pression du mouvement de son adversaire Ă la primaire dĂ©mocrate, le sĂ©nateur (ex-IndĂ©pendant) du Vermont Bernie Sanders, et nâont sonnĂ© pour beaucoup que comme des vĆux pieux concĂ©dĂ©s par opportunisme Ă©lectoral plutĂŽt que par rĂ©elle conviction. Et ces soupçons dâinsincĂ©ritĂ© ont Ă©tĂ© en grande partie confirmĂ©s par la publication dâextraits dâemails de John Podesta, ancien chef de cabinet de Bill Clinton et directeur de la campagne de 2016 dâHillary Clinton.
Bill Clinton a Ă©tĂ© pendant ses deux mandats un fervent promoteur des nouvelles technologies de lâinformation (et du pouvoir de leur industrie aujourdâhui multimilliardaire dans la Silicon Valley). Ce nâest donc que par un juste retour des choses que lâincurie et la corruption de lâappareil du nouveau Parti dĂ©mocrate quâil a forgĂ© aient Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©es au grand jour par le premier rĂ©seau informationnel pirate au monde quâest Wikileaks. Et quâun « mercenaire » politique tel que Trump, qui a Ă©tĂ© affiliĂ© au Parti dĂ©mocrate de 2001 Ă 2008, qui a contribuĂ© au financement des campagnes Ă©lectorales de plusieurs de ses membres, qui a dĂ©clarĂ© que Bill Clinton Ă©tait son prĂ©sident prĂ©fĂ©rĂ©, et que la direction de campagne dâHillary Clinton, dans le cadre de sa si brillante stratĂ©gie du « Joueur de flĂ»te » (Pied Piper), avait listĂ© comme un des trois candidats parmi les plus extrĂȘmes de la primaire rĂ©publicaine Ă faire mousser dans les mĂ©dia, soit celui dont la victoire sonne peut-ĂȘtre (enfin !) la fin du « Clintonisme », des nouveaux dĂ©mocrate et de la « troisiĂšme voie » centriste (15).Â
Manifestation anti-Trump post-Ă©lection Ă Miami en Floride (Capture dâĂ©cran).
Trump est devenu, dans la nuit de mardi 8 Ă mercredi 9 novembre 2016, le 45e prĂ©sident-Ă©lu des Etats-Unis dâAmĂ©rique. AprĂšs lâannonce de sa « victoire », des manifestations de rue ont lieu dans plusieurs grandes villes du pays, une pĂ©tition en ligne appelant les grand-e-s Ă©lecteur-trice-s rĂ©publicain-e-s Ă changer leur vote en dĂ©cembre a rassemblĂ© Ă ce jour plus de 4 millions de signatures et Jill Stein, la candidate du Green Party, a engagĂ© une procĂ©dure pour faire recompter les voix dans le Wisconsin et les autres Etats oĂč Trump est arrivĂ© en tĂȘte de justesse. Pourtant, il est aujourdâhui quasiment certain quâil va devenir en janvier le prĂ©sident en exercice et le resterâŠau moins pendant quelques temps. Hillary Clinton, son adversaire, a reconnu sa dĂ©faite et lui a concĂ©dĂ© la victoire ; Barack Obama, le prĂ©sident en exercice jusquâen janvier prochain, lui a fait visiter la Maison-Blanche ; et les services du dĂ©partement dâEtat et des services secrets ont commencĂ© le briefer sur tous les cadavres qui peuplent les placards du Pentagone.
AprĂšs avoir usĂ© dâun nĂ©potisme sans fard pour constituer son groupe de conseiller-e-s, il a commencĂ© Ă nommer de son Ă©quipe gouvernementale de transition, qui sera dirigĂ©e par son lugubre vice-prĂ©sident Mike Pence. Et les noms qui circulent actuellement donnent froid dans le dos. Avec des figures comme lâex-maire de New York, Rudolph « Stop and Frisk » Giuliani, pressenti comme ministre des Affaires Ă©trangĂšres (Secretary of State), directeur des Renseignements (Director of Nationa Intelligence) ou secrĂ©taire Ă la SĂ©curitĂ© intĂ©rieure (Secretary of Homeland Security) et Sarah Palin, lâex-gouverneure complĂštement givrĂ©e de lâEtat dâAlaska, qui pourrait devenir ministre de lâIntĂ©rieur (Interior Secretary) ou de lâEnergie (Energy Secretary), câest un vĂ©ritable musĂ©e des horreurs. GrĂące Ă sa courte majoritĂ© au CongrĂšs, il a aujourdâhui les moyens de mettre en Ćuvre les aspects les plus rĂ©actionnaires de son programme au niveau fĂ©dĂ©ral (notamment Ă travers la possible nomination de 2 Ă 3 juges de la Cour SuprĂȘme) : en sâattaquant aux droits des femmes, des LGBTQIA, etc. Il va pouvoir sâappuyer sur les secteurs dâextrĂȘme droite qui ont Ă©tĂ© revivifiĂ©s par sa campagne (Alt-Right, Tea Party, Ku Klux KlanâŠ) et dont il vient de nommer un des hĂ©rauts, Steve Bannon comme « stratĂšge en chef » (Chief Strategist) au sein de son Ă©quipe. Mais il est moins certain quâil puisse (ou veuille) remettre en cause les grandes orientations Ă©conomiques et gĂ©ostratĂ©giques des Etats-Unis : une des personnes pressenties pour le poste de ministre des Finances (Secretary of Treasury) est Steven Munchin, un ancien de Goldman & Sachs, pas vraiment du genre Ă©conomiste populiste⊠Au-delĂ dâune certaine inflexion de forme, tout indique donc que Donald Trump entend continuer, voire accentuer les stratĂ©gies nĂ©o-libĂ©rales et impĂ©rialistes menĂ©es par Obama avant lui.
Mais les mobilisations anti-Trump sont importantes Ă plusieurs titres. Dâabord comme un moyen de rĂ©agir et de donner confiance Ă celles et ceux qui subissent actuellement des attaques racistes, sexiste et homophobes. Elles permettent Ă des milliers de personnes dâexprimer activement et collectivement leur rejet dâun prĂ©sident aussi ouvertement raciste, sexiste et xĂ©nophobe que Trump et des institutions dĂ©passĂ©es qui ont permis sa victoire. Mais elles rappellent aussi que les polarisations Ă lâĆuvre dans ce pays depuis plusieurs annĂ©es, et qui ont donnĂ© naissance Ă dâimportants mouvements sociaux, dâOccupy Wall Street Ă #NoDAPL (16) en passant par la lutte pour le salaire minimum Ă 15 $ et Black Lives Matter, sont loin, trĂšs loin dâĂȘtre surmontĂ©es. Au contraire, elles devraient mĂȘme plutĂŽt sâexacerber. Et puis un autre effet de la victoire de Trump et de la dĂ©faite de Clinton concerne la lutte de pouvoir qui va sâouvrir au sein du parti dĂ©mocrate. Plusieurs grandes voix de la gauche du parti commencent Ă appeler Ă sa transformation. Câest le cas par exemple de Robert Reich, ancien « ministre du travail » (Secretary of Labor) sous lâadministration Clinton (17). Dans une tribune parue il y a quelques jours dans le New York Times, Bernie Sanders annonce quâil va Ă©galement proposer une sĂ©rie de rĂ©formes dans ce sens. Il dĂ©clare notamment :
« I believe strongly that the party must break loose from its corporate establishment ties and, once again, become a grass-roots party of working people, the elderly and the poor. We must open the doors of the party to welcome in the idealism and energy of young people and all Americans who are fighting for economic, social, racial and environmental justice. We must have the courage to take on the greed and power of Wall Street, the drug companies, the insurance companies and the fossil fuel industry. When my presidential campaign came to an end, I pledged to my supporters that the political revolution would continue. And now, more than ever, that must happen. We are the wealthiest nation in the history of the world. When we stand together and donât let demagogues divide us up by race, gender or national origin, there is nothing we cannot accomplish. We must go forward, not backward. » (18)
La rĂ©volution « bernicienne » parviendra-t-elle Ă rĂ©former de fond en comble le Parti dĂ©mocrate ? En tout cas, les bases politiques et lâĂ©nergie militante existent pour pousser dans ce sens, dans et en dehors du parti. Jill Stein, la candidate du Green Party, qui avait proposĂ© Ă Bernie Sanders une place sur son ticket prĂ©sidentiel, a pu se qualifier pour apparaitre sur les bulletins de vote de 45 Etats (plus trois autres oĂč on pouvait Ă©crire directement le nom de son ticket). MalgrĂ© lâintense campagne de dĂ©nigrement menĂ©e sans relĂąche contre elle par la machine dĂ©mocrate elle a obtenu un peu plus dâ1 million de voix, rĂ©alisant ainsi le meilleur vote pour ce parti depuisâŠRalph Nader en 2000.Â
Au niveau international, le meilleur soutien que lâon puisse apporter aux mouvements Ă©tats-uniens passe, dâune part, par la mobilisation dans toutes ces luttes qui nous sont communes : pour lâĂ©galitĂ© des droits, la justice sociale et climatique, contre les traitĂ©s de libre-Ă©change comme le Tafta, les guerres sans fin « contre le terrorisme », les idĂ©es rĂ©actionnaires (racisme, sexisme, homophobieâŠ), les politiques migratoires rĂ©pressivesâŠMais cette solidaritĂ© dans les luttes doit aussi sâaccompagner dâune rĂ©ponse au niveau politique : en faisant Ă©merger une alternative de gauche au social-libĂ©ralisme « troisiĂšme voix » des Clinton/Obama et leurs affidĂ©s europĂ©ens comme François Hollande qui fut un des premiers au sein du Parti socialiste Ă diffuser les Ă©crits des New Democrats.
La reconfiguration du champ politique sâaccĂ©lĂšre. Construire des forces politiques de gauche, Ă©cologistes, internationalistes, capables dâarticuler les questions de classe, de race et de genre tout en Ă©tant des solutions politiques crĂ©dibles pour le plus grand nombre nâest plus une perspective lointaine. La victoire de Jeremy Corbyn, le candidat de gauche anti-guerre et anti-austĂ©ritĂ©, portĂ© par un mouvement de masse Ă la tĂȘte du Parti travailliste britannique contre son propre appareil, a assĂ©nĂ© un coup quâon espĂšre mortel au blairisme. La repolitisation du pays qui lâaccompagne porte en elle la possibilitĂ© dâune alternative. En France, oĂč lâĂ©chĂ©ance est encore plus rapprochĂ©e, la reconstitution dâune gauche politique Ă vocation majoritaire est Ă la traine. ĂparpillĂ©es, souvent refermĂ©es sur leurs dĂ©bats internes, les multiples organisations de la gauche radicale survivantes du 20e siĂšcle sont rĂ©duites Ă lâimpuissance. Dans ce paysage de dĂ©solation, la dynamique autour de la candidature de Jean-Luc MĂ©lenchon tranche. A quelques mois des prĂ©sidentielles, elle sâest imposĂ©e comme le seul pĂŽle capable de proposer, sur le plan Ă©lectoral, une alternative politique de gauche crĂ©dible  face Ă la droite et Ă lâextrĂȘme droite.
Au delĂ de la diversitĂ© des rythmes nationaux, la sĂ©quence historique ouverte par la crise de 2008 est dĂ©sormais pleinement entrĂ©e dans la phase des turbulences politiques. Dâabord confinĂ©es au pourtour  mĂ©diterranĂ©en, celles-ci se dĂ©chainent dĂ©sormais au centre du capitalisme mondial. AprĂšs le Brexit et lâĂ©lection de Trump, la droite radicale a le vent en poupe. Les grands pays de lâEurope continentale sont clairement en ligne de mire. Interrompre la sĂ©rie noire tient essentiellement dans la capacitĂ© de la gauche Ă dĂ©fendre une solution politique de rupture avec le nĂ©olibĂ©ralisme et de reconquĂȘte de la dĂ©mocratie.
(1) Parmi les principaux autres candidat-e-s Gary Johnson et William Feld, du Libertarian Party, auraient obtenu 4 444 752 voix soit 3,29 % ; et Jill Stein et son colistier Ajamu Baraka du Green Party auraient obtenu 1 418 522 voix soit 1,05 %. Au total, en rajoutant les diffĂ©rents autres bulletins, 135 257 516 votes auraient pour le moment Ă©tĂ© enregistrĂ©s. En 2016, la population ayant lâĂąge de voter (Voting Age Population) se monte Ă 251 107 404 personnes et celle en ayant effectivement le droit (Voting Eligible Population, câest-Ă -dire sans notamment les ex-dĂ©tenu-e-s et les Ă©tranger-e-s qui sont privĂ©-e-s de droit de vote et dont les proportions ont beaucoup augmentĂ© depuis les annĂ©es 1970) Ă 231 556 622. Le taux de participation de la population ayant le droit de vote serait donc de 58,4 % (et de 53,8 % pour la population en Ăąge de voter) soit Ă peu prĂšs Ă©gal Ă celui de 2012 qui Ă©tait de 58,56 %. Les votes nâayant pas encore fini dâĂȘtre comptĂ©s et agrĂ©gĂ©s dans un certain nombre dâEtats le comptage Ă©tant en cours, ces chiffres devraient encore augmenter. Les rĂ©sultats dĂ©finitifs ne seront pas connus avant encore plusieurs jours. Chiffres provisoires et projections : Dave Leip, « United States Presidential Election Results », US election atlas, 30 novembre 2016 ; « United States presidential election 2016 », Wikipedia, 30 novembre 2016 ; « AP Election Results », Associated Press, 30 novembre 2016 ; « Presidential Election Results: Donald J. Trump Wins », The New York Times, 30 novembre 2016 ; « Presidential results », CNN, 30 novembre 2016.  Â
(2) Chaque Etat Ă©lit au CongrĂšs un nombre fixe de deux sĂ©nateur-trice-s et au moins un-e reprĂ©sentant-e, le nombre total de ces dernier-e-s dĂ©pendant de la population de lâEtat. En 2016, les six Etats possĂ©dant le plus de grand-e-s Ă©lecteur-trice-s sont la Californie (55), le Texas (38), New York (29), la Floride (29), la Pennsylvanie (20) et lâIllinois (20). Les sept Etats les moins peuplĂ©s â lâAlaska, le Dakota du Nord, le Dakota du Sud, le Delaware, le Montana, le Vermont et le Wyoming â en ont trois.
(3) Akhil Reed Amar, « The Troubling Reason the Electoral College Exists », Time Magazine, 9 novembre 2016.
(4) Le 19 dĂ©cembre prochain, si les grand-e-s Ă©lecteur-trice-s rĂ©publicain-e-s confirment le vote de leur Etat (et rien ne semble indiquer quâil en aille autrement), ce sera la cinquiĂšme fois dans lâhistoire Ă©tats-unienne que, en toute vraisemblance, le collĂšge Ă©lectoral nâĂ©lira pas la personne ayant recueilli la majoritĂ© des suffrages populaires. La derniĂšre en date remonte Ă lâĂ©lection de 2000 quand, aprĂšs un vote contestĂ© pour ses irrĂ©gularitĂ©s, la majoritĂ© des suffrages de lâEtat de Floride a Ă©tĂ© attribuĂ©e au rĂ©publicain G. W. Bush ce qui a fait basculer le collĂšge Ă©lectoral en sa faveur alors que son opposant dĂ©mocrate Al Gore avait obtenu une majoritĂ© du suffrage populaire au niveau national.
(5) Kevin Uhrmacher, Kevin Schaul et Dan Keating, « These former Obama strongholds sealed the election for Trump », The Washington Post, 9 novembre 2016 ; Kim Soffen, Ted Mellnik, Samuel Granados et John Muyskens, « In a crucial Democratic stronghold, Trump surged. Clinton didnât. », The Washington Post, 11 novembre 2016.
(6) Jon Huang, Samuel Jacoby, K. K. Rebecca Lai et Michael Strickland, « Election 2016: Exit Polls », The New York Times, 8 novembre 2016 ; « Exit polls », CNN, 9 novembre 2016 ; Jedediah Purdy, « How Trump Won », The Jacobin, 11 novembre 2016.
(7) En 2012, Barack Obama avait obtenu 65 915 795 de voix soit 51,1% des suffrages contre 60 933 504 de voix soit 47,2% des suffrages pour Mitt Romney, 1 275 923 voix soit 0,99% pour le libertarien Gary Johnson,  469 015 soit 0,36 % pour Jill Stein du Green Party, 639 790 voix cumulĂ©es soit 0,55% pour une vingtaine de divers autres candidat-e-s. Le taux de participation de la population ayant le droit de vote Ă©tait 58% (et celle en Ăąge de voter de 54,9%). Le plus fort taux des 50 derniĂšres annĂ©es a Ă©tĂ© atteint en 2008 avec une participation de la population ayant le droit de voter de 61,6 % (et celle en Ăąge de voter de 57,1 %). Un tel niveau nâavait pas Ă©tĂ© atteint depuis 1968.
(8) Cf. Adam Davidson, « Blaming Trade and Voting Trump in the Rust Belt », The New York Times Magazine, 6 juillet 2016; Jedediah Purdy, « How Trump Won », The Jacobin, 11 novembre 2016.
(9) Jeff Guo, « A new theory for why Trump voters are so angry â that actually makes sense », The Washington Post, 8 novembre 2016.
(10) Cf. Michael Brull, « Why Donald Trump Won: What The Numbers Tell Us (And Itâs Probably Not What You Think) », New Matilda, 12 novembre 2016.
(11) Cf. Michael Lind, « Obama: Last of the âNew Democratsâ? », Salon, 30 octobre 2012; Premilla Nadasen, « How a Democrat Killed Welfare », The Jacobin, n°20, 2016 ; Alex Cachinero-Gorman, « The Imaginary Center », losartilugios, 9 novembre 2016 ; Ed Kilgore, « The End of the Clinton Era of Democratic Politics », New York Magazine, 10 novembre 2016.
(12) Au-delĂ des diffĂ©rences de trajectoires politiques, le progressisme dâObama sâexplique aussi par (ou du moins reflĂšte) le second dĂ©placement de la cible Ă©lectorale du Parti dĂ©mocrate sous la houlette des « nouveaux dĂ©mocrates », aprĂšs ĂȘtre dĂ©jĂ passĂ© pendant le mandat de Clinton, des ex-Etats confĂ©rĂ©s du Sud Ă Wall Street, comme lâexplique notamment Michael Lind (op. cit.) : « During the two terms of George W. Bush, the evolving New Democrat or âneoliberalâ movement was dominated by socially liberal economic conservatives in Wall Street and Silicon Valley. These centrist Democrats jettisoned the white working-class Southerners and Westerners who had been wooed by the original New Democrats, and focused instead on winning over former moderate Republicans in the Northeast and West Coast who combined liberal attitudes on abortion, gay rights and environmentalism with opposition to âbig governmentâ and concern about federal deficits ».
(13) Cf. Reid J. Epstein, « NCLR head: Obama âdeporter-in-chiefâ», Politico, 4 mars 2014.
(14) Cf. Curtis Atkins, « The Third Way International », The Jacobin, n°20, 2016.
(15) Cf. Zachary Newkirk, « Donald Trumpâs Donations to Democrats, Club for Growthâs Busy Day and More in Capital Eye Opener », Center for Responsive Politics, OpenSecrets.org, 17 fĂ©vrier 2011; Will Cabaniss, « Donald Trumpâs campaign contributions to Democrats and Republicans », PolitiFact.com, 9 juillet 2015; Adam B. Lerner, « Donald Trump names his favorite prez: Bill Clinton », Politico, 17 juin 2015.
(16) Lâopposition Ă la construction dâun olĂ©oduc sur les terres de la nation Sioux de Standing Rock dans Le nord de lâEtat du Dakota. Cf. https://nodaplsolidarity.org/.
(17) Cf. Robert Reich, « Why We Need a New Democratic Party », 10 novembre 2016.
(18) Cf. Bernie Sanders, « Where the Democrats Go from Here », The New York Times, 11 novembre 2016.