Pourquoi on ne veut pas enseigner lâHistoire de lâĂducation Nationale
Jâai bientĂŽt trente ans, et je dĂ©couvre : la France empire colonial, la France esclavagiste, la France qui massacre et torture.
Je suis allĂ©e Ă lâĂ©cole, mais Ă lâĂ©cole, quand on parlait dâesclavage, on parlait des noirs dans les champs de coton. Ăa concernait les Ătats-Unis, pas la France.
Quand on parlait guerre, on parlait victoire, fierté française, victoire sur le nazisme. Grande guerre, guerre mondiale.
Jâai longtemps cru, dâailleurs, que la guerre Ă©tait une situation exceptionnelle : le 20iĂšme siĂšcle le montrait bien ! Il nây avait eu que deux guerres ! Bon... Immense, certes, mais... des bavures, des exceptions, dans la grande Histoire de lâHumanitĂ©. Et puis câĂ©tait pas nous les mĂ©chants.
Puis jâai fait une licence dâAnglais. Il est toujours plus facile de reconnaĂźtre les bavures des autres. On nous les enseignait Ă lâuniversitĂ©. Alors jâai appris lâimpĂ©rialisme amĂ©ricain. De A Ă Z, une histoire de violence du peuple europĂ©en sur dâautres peuples. Quand les amĂ©rindien·ne·s furent dĂ©cimé·e·s, les amĂ©ricains sont passĂ©s au reste du monde. Pour la dĂ©mocratie. Pour la libertĂ©. Il nây avait pas une annĂ©e sans guerre. Pas forcĂ©ment sur leur sol - de prĂ©fĂ©rence pas sur leur sol. Pas une guerre sans massacre, sans dĂ©portation, sans tortures. Les temps de paix semblaient exceptionnels.
Jâai rencontrĂ© le colonialisme dans lâhistoire dâun autre pays. La France semblait douce, en regard de lâHistoire du âNouveau Mondeâ.
Puis ces hommes, dans nos familles : taiseux. Dans un coin. Qui ne parleront jamais. Qui ne diront jamais rien. Qui ne raconteront pas. Ne raconteront pas leur histoire de la guerre dâAlgĂ©rie. Qui ne savent plus parler. Sâils parlent Ă©motion, ça dĂ©gueule, ça dĂ©lire-post-traumatique, ça cauchemarde sec. Ils ne peuvent pas. Ils ne peuvent plus parler de rien, dâailleurs. Il nây a plus que le cerveau qui marche, le reste est mort lĂ -bas. Si on ouvre la joie, on ouvre la grande boĂźte des Ă©motions. Et dedans, il y a des monstres.
Ăa en dit long sur lâhorreur.
LâĂducation Nationale est juge et partie. Elle ne mâa jamais rien racontĂ©. Aujourdâhui, je rencontre une histoire qui pĂšse sur la gĂ©nĂ©ration de mes grands-pĂšres, sans doute sur mes grands-mĂšres aussi.
Tortures, viols, massacres, dĂ©faite, racisme, colonialisme. Câest moins joli comme tableau, nâest-ce pas... ?
Je nâai pas envie que mes filles apprennent une histoire lacunaire. Pas cette berceuse que lâon mâa chantĂ©e.
Alors lorsque je parlerai Histoire avec mes filles, je ne mâappesantirai pas sur la victoire, lâhymne national, ou les dates de la Grande Histoire - celle que la France veut bien regarder en face. Je leur apprendrai les violences policiĂšres, les crimes du 17 octobre 1961, les lois sur les archives qui protĂšgent les criminels, la corruption, les abus de pouvoir.
Il faut savoir reconnaĂźtre ses torts, ses crimes, sa violence. Les mĂ©moires sont comme des fantĂŽmes qui cherchent leur salut. Je ne cautionne pas lâenseignement de lâHistoire que jâai reçue, et temps que lâĂducation Nationale sera partie prenante dans cet enseignement, je ne lui ferai pas confiance pour transmettre leur dĂ» aux enfants de la France, hĂ©ritier·e·s des crimes de lâĂtat Français.
Rendez-nous la vĂ©ritĂ©, aprĂšs, on choisira peut-ĂȘtre de lâaimer, la France.