23 octobre (Les ravaleurs de façade des voisins attaquent le mur au marteau-burin alors que le soleil nâest mĂȘme pas encore complĂštement lev
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23 octobre (Les ravaleurs de façade des voisins attaquent le mur au marteau-burin alors que le soleil nâest mĂȘme pas encore complĂštement lev

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Avril, le fil
Les aventures du mois dâavril, sur Bonheur Portatif.
Les aventures de âOne book a day...â seront dĂ©sormais Ă suivre sur Bonheur Portatif (et ressembleront plus probablement Ă âSeveral books a month...â) (et seront noyĂ©es dans un flux dâannotations quotidiennes). Au plaisir de vous y retrouver, nĂ©anmoins, Philippe
One book a day...
â La gĂ©nĂ©ration de YoshirĂŽ croyait quâil y avait une maniĂšre correcte dâĂ©plucher une orange, ou quâil fallait utiliser une cuillĂšre spĂ©ciale pour les pamplemousses, bref, quâon devait respecter certaines rĂšgles quand on mange un fruit. Elle croyait quâen unifiant et en ritualisant ces bonnes maniĂšres, les cellules neutraliseraient le signal dâalarme dĂ©clenchĂ© par lâaciditĂ©. Mais ces astuces tout juste bonnes Ă berner les mĂŽmes ne pouvaient pas tromper la gĂ©nĂ©ration de Mumei. Quelle que soit leur façon de manger, le signal cachĂ© dans le fruit se mettait immanquablement Ă retentir. DifficultĂ©s Ă respirer avec le kiwi, langue engourdie au contact du jus de citron... Dâailleurs, les fruits nâĂ©taient pas seuls en cause. Les Ă©pinards provoquaient des brĂ»lures dâestomac, et les champignons, des vertiges. Mumei ne pouvait pas oublier une seule seconde que les aliments sont dangereux.â
One book a day...
â 121
Nâinvestissez pas vos propres limites
Vous sortez du mĂ©tro Vavin sous une pluie battante, et vous croisez un homme qui se promĂšne sous la pluie, son parapluie sous le bras. Quand vous lui demandez pourquoi il ne lâouvre pas, il rĂ©pond : âJe nâaime pas me sentir au bout de mes possibilitĂ©sâ.
Se changer en situationniste, allez au 42
Pour rĂ©gner sur un monde avariĂ©, allez au 58âł

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One book a day...
â CâĂ©tait douloureux mais de lettres en dossiers, de tiroirs en armoires, jâai lu, rangĂ©, jetĂ©, parfois conservĂ©, remontĂ© calmement le fil de tout un tas dâhistoires et dĂ©couvert que, pour la plupart, elles nâĂ©taient pas toujours aussi tragiques que ce quâon mâavait racontĂ©. Ils avaient eu des vies difficiles, certes, marquĂ©es dans lâenfance, et ça nâĂ©tait vraiment pas rien, par la guerre. Ils avaient manquĂ© de tout puis travaillĂ©, achetĂ© des voitures, de bonnes moquettes, des linos en promo, des Tupperware, des fours, des livres, des vĂ©los et des machines Ă laver, entretenu vaguement quelques hobbies, laissĂ© leur porte ouverte et accueilli des Ă©trangers, perdu leurs parents trĂšs tĂŽt, rencontrĂ© des difficultĂ©s, subi inlassablement des choses qui ne leur convenaient pas et marchĂ© globalement complĂštement Ă cĂŽtĂ© de leur destin, croyant, comme tous les gens dâorigine modeste de leur gĂ©nĂ©ration, nâavoir aucun choix en la matiĂšre. Ils sâĂ©taient beaucoup fait de mal mais dans lâensemble, ils Ă©taient restĂ©s dâaccord sur lâessentiel. Ils nous avaient aimĂ©s, poussĂ©s, et compte tenu des circonstances, on pouvait dire quâils avaient fait de leur mieux.â
One book a day...
â Or, lĂ prĂ©cisĂ©ment oĂč [lâĂ©corce, le cortex] adhĂšre au tronc - le derme, en quelque sorte - les latins ont inventĂ© un second mot qui donne lâautre face, exactement, du premier : câest le mot liber, qui dĂ©signe la partie dâĂ©corce qui sert plus facilement que le cortex lui-mĂȘme de matĂ©riau pour lâĂ©criture. Il a donc naturellement donnĂ© son nom Ă ces choses si nĂ©cessaires pour inscrire les lambeaux de nos mĂ©moires : ces choses faites de surfaces, de bouts de cellulose dĂ©coupĂ©s, extraits des arbres, et oĂč viennent se rĂ©unir les mots et les images. Ces choses qui tombent de notre pensĂ©e, et que lâon nomme des livres. Ces choses qui tombent de nos Ă©corchements, ces Ă©corces dâimages et de textes montĂ©s, phrasĂ©s ensemble.â
One book a day...
â Au dĂ©part, je voulais offrir Ă ma femme des vacances dignes de ce nom, un beau voyage au soleil. A cet instant, je me suis demandĂ© : quoi de plus prĂ©cieux que des vacances au soleil ? Et, de ce fait, jâĂ©tais dĂ©solĂ©, la tournure des Ă©vĂ©nements me dĂ©solait. Jâai souhaitĂ© du fond du cĆur quâon en finisse avec cette histoire qui ne tenait pas debout, et pourquoi ne tenait-elle pas debout ? en toute logique ? parce que le patron, au milieu de son atelier, qui essuyait maintenant ses mains dans un chiffon imbibĂ© de cambouis, nâavait pas fait son travail.â
One book a day...
â Virgil pour sa part avait eu lâoutrecuidance de se penser Ă©crivain sans jamais prendre la peine dâentrer dans la littĂ©rature française contemporaine, dây Ă©tudier ce qui pouvait bien sây passer, de la lire. Il sây appliqua tranquillement, Ă son rythme, Ă partir de cette annĂ©e-lĂ . (...) il prit lâhabitude dâajouter quelques opus vĂ©ritablement contemporains Ă ses cueillettes routiniĂšres. Et de ce cĂŽtĂ© les nouvelles nâĂ©taient pas trĂšs bonnes, quoique la situation ne fĂ»t pas dĂ©sespĂ©rĂ©e. Une littĂ©rature de la cruautĂ© alliĂ©e Ă divers Ăąnonnements sonorisĂ©s dominait le champ des Ă©critures expĂ©rimentales, cependant que le gros de la production Ă©tait encore et toujours orientĂ© dâintrigues Ćdipiennes prenant lâaccent de confessions ou de dĂ©voilements qui eussent dĂ» avoir Ă©tĂ© prĂ©alablement dĂ©frichĂ©s auprĂšs du psychothĂ©rapeute quâil aurait fallu, mais dans la plupart des cas lâon nâavait visiblement mĂȘme pas commencĂ© de chercher un tel recours prĂ©alable, et malgrĂ© la sobriĂ©tĂ© dâexposĂ©s assez convenablement réécrits, on quittait rarement lâunivers de la plainte relative Ă une mĂšre maltraitante, un grand-pĂšre hĂ©roĂŻque et plusieurs amants sadiques.â
One book a day...
â Il y a les macchabĂ©es locaux, les contes dâhorreur mort-nĂ©s, les petits faits divers sans envergure, et il y a les affaires qui âprennentâ. Comment passe-t-on de lâentrefilet, parcouru dâun Ćil distrait dans le journal du soir, au drame national qui occupe les mĂ©dias pendant des semaines ?   Un fait divers Ă©merge, naĂźt Ă la conscience publique, parce quâil se trouve Ă lâintersection dâune histoire, dâun terrain mĂ©diatique, dâune sensibilitĂ© et dâun contexte politique. (...) Ces convulsions horrifiques et baroques ne flattent pas tant la perversitĂ© du lecteur quâelles le purgent, comme une catharsis, en lâaidant Ă surmonter les traumatismes du temps et Ă apprivoiser la mort.â

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One book a day...
â La journĂ©e dâĂ©cole disparaissait derriĂšre moi et la soirĂ©e Ă venir nâexistait pas, jâĂ©tais entiĂšrement prĂ©sent dans lâacte de jouer, dans les actions qui se dĂ©roulaient Ă travers ces saynĂštes miniatures. Câetait le pacte fou que je nâarrivais plus Ă passer ces temps-ci. Je nâarrivais plus Ă me raconter des histoires et, mĂȘme lorsquâil mâarrivait de le faire, je nây croyais plus vraiment. Cette part de magie Ă©tait en train de me quitter. Pourquoi cette forme dâĂ©merveillement sâĂ©tiolait-elle Ă mesure que lâon vieillissait ? Jâavais essayĂ© dâentretenir ce charme enchanteur en immergeant ma vie dâadulte dans la littĂ©rature et la crĂ©ation artistique. Elles Ă©taient finalement le prolongement le plus naturel de ces jeux dâenfants, et cela avait marchĂ© un temps. Mais, mĂȘme durant cette pĂ©riode, les choses nâavaient jamais Ă©galĂ© en intensitĂ© le bonheur simple et lĂ©gitime de croire Ă mes rĂ©cits dâautrefois.â
One book a day...
â Aujourdâhui, Ă©crire voyage et paysages ne peut plus se faire Ă lâabri de la rumeur gĂ©opolitique du monde. Je ne sais pas exactement ce que doit ĂȘtre une Ă©criture contemporaine aussi gĂ©nĂ©reuse et prĂ©cise que celle de Bouvier, mais je la vois diffĂ©rente. Pour moi, elle sera plus blanche encore et dâune ironie plus grinçante. Pour rendre compte du regard que les indigĂšnes posent sur moi, possible que jâaie besoin de la fiction. (...)   Bruce Chatwin a Ă©crit un livre qui sâappelle Quâest-ce que je fais lĂ . Plus dâune fois sous la plume de Nicolas se trouve la mĂȘme expression. Chez lâun et chez lâautre, elle surgit quand ils se sentent perdus Ă lâautre bout de leur voyage. DĂ©sormais cette question se pose Ă nous non pas Ă lâarrivĂ©e, mais au dĂ©part dĂ©jĂ .â
One book a day...
â Il aurait fallu pouvoir tout mettre dans un livre, lĂ©ger, complet, facile Ă emporter en cas dâincendie et qui fonctionnerait comme la molaire permettant de reconstituer le dinosaure entier. Un registre de visages, de prĂ©noms et dâhistoires. Les vidĂ©os reçues, les photographies perdues, les requĂȘtes pour des appartements que je nâai pas obtenus ou que jâai dĂ©jĂ quittĂ©s. Les rues de quelques villes, le ciel en fin de journĂ©e - celui des poĂšmes de Marthe D., cette lumiĂšre, vers huit heures du soir en juillet, qui dĂ©compose les gestes comme sâils Ă©taient des phrases et donne lâimpression de vivre dans un roman. Les livres que jâai lus, ceux que jâai lus en partie et ceux que je nâai pas lus. La voix de mon filleul, les expressions de ma mĂšre, les Ă©vĂ©nements du monde, les personnes que je nâai pas connues. Ce qui nâa pas laissĂ© de traces, ou trĂšs peu, juste assez pour souligner le manque. Ce qui nâest jamais arrivĂ© et que je voudrais ne pas voir disparaĂźtre. Certains silences. Enregistrer un mouvement, lâĂ©trangetĂ© gĂ©nĂ©rale quâil y a Ă vivre quand on y pense. Mais sâil avait fallu Ă©crire ce livre en parallĂšle, jâaurais mis des annĂ©es Ă vider lâappartement.â
Câest Ă©crit sur les murs
Un grand merci Ă David Pontille et ses complices de Scriptopolis de publier aujourdâhui ma petite contribution Ă leur excellente entreprise de collecte de nos traces Ă©crites. Un site que je vous invite Ă©videmment Ă dĂ©couvrir et Ă explorer.
One book a day...
â Au dĂ©but du vingt et uniĂšme siĂšcle, nous sommes dans lâimpossibilitĂ© de nous trouver un ârĂ©elâ sur lequel nous accorder : mĂȘme les rĂ©cits de la fin du monde ne parviennent plus Ă nous rĂ©unir. Câest dans cette intense fragmentation que nous cherchons les termes dâune vie commune.â

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One book a day...
â Nous partageons au quotidien diffĂ©rentes pratiques sans solution de continuitĂ© entre lâart et la vie : nous racontons des histoires, jouons aux pirates, interprĂ©tons un personnage de théùtre, un rĂŽle social, nous faisons des projets, mentons, dĂ©lirons, rĂȘvons, parlons aux fantĂŽmes ou aux anges, communiquons avec le rĂšgne vĂ©gĂ©tal, animal, lisons lâavenir dans les tarots, dans les astres, jetons des sorts, Ă©crivons des romans, etc. On pourrait penser quâil existe une nette diffĂ©rence entre toutes ces pratiques. Leur point commun est quâil y est fait usage de la fiction, qui, comme la divination, fait ĂȘtre ce qui est dit.â
One book a day...
â Câest ma peur, la grande excavatrice. Ma grande peur faite de toutes mes peurs enfantines et adolescentes, la peur dâAnne, la peur de Florence, la peur de Muriel, la peur de Delphine, la peur du gros Lambert, la peur de Monsieur Trossard, la peur de Monsieur Benneteau, la peur de Monsieur Andrillon, toutes ces peurs tournent furieusement, fĂ©rocement, comme des mĂšches de tariĂšres, comme des foreuses, elles sapent le sol sous mes pieds, le monde disparaĂźt avec moi dans le puits qui mâavale, mon vertige nâest que la forme de son Ă©vanouissement.â