Le tableau Untitled No 1 de Paula Rego fait partie de sa série Abortion Series, une collection d'ouvrages que l'artiste a lancée en 1998 à la suite du référendum négatif au Portugal concernant la dépénalisation de l'IVG. Furieuse face au résultat du référendum, qui assurait la criminalisation continuelle de la procédure, Rego a visé à créer cette série afin de présenter sans concession la réalité de l'avortement clandestin et celles des femmes qui le subissaient.
En discutant de ses oeuvres, Rego atteste que son but principal a été d'approcher le sujet d'une maniÚre assez clinique ou aseptisée. Comme un scientiste disséquant une grenouille ou analysant un phénomÚne tout à fait naturel, elle voulait capter le thÚme politiquement tendu de l'avortement sans sensationnalisme afin de dévoiler la réalité de cette procédure surtout subie en clandestinité. C'est la raison pour laquelle on ne voit pas de sang ni de violence dans les oeuvres de Rego ; elle dénonce la marque d'infamie attachée à l'IVG en illustrant les moments lors d'un avortement clandestin dont on ne se rend pas compte quand on y réfléchit.
Tout comme Annie Ernaux dans son roman L'Ă©vĂšnement, dans lequel elle raconte son propre avortement clandestin, elle s'efforce de « descendre dans chaque image », ou chaque moindre dĂ©tail, jusqu'Ă ce que le spectateur ressent « la sensation physique de la « rejoindre »» (Ernaux 26). Elle « [affronte], dans sa rĂ©alitĂ©, cet Ă©vĂ©nement inoubliable » (27) - elle ne dĂ©peint pas Ă sensation les femmes qui se font avorter clandestinement, c'est-Ă -dire, elle rĂ©duit l'avortement d'une affaire politique Ă une affaire individuelle, un choix personnel nĂ© du dĂ©sespoir, de l'Ă©mancipation, ou de la nĂ©cessitĂ©. Quant au sujet de l'oeuvre de Rego ci-dessus, la femme qui va se faire avorter regard le spectateur stoĂŻquement. Ă travers ses yeux, on voit son caractĂšre dĂ©terminĂ© ; comme la narratrice du roman, elle est fiĂšre, mais elle ressent quand mĂȘme la lourdeur de sa dĂ©cision, et on a l'impression que cette dĂ©cision l'a dĂ©jĂ profondĂ©ment marquĂ©e. On voit que les femmes qui choisissent de se faire avorter malgrĂ© l'illĂ©galitĂ© de la procĂ©dure ne sont pas des mĂ©chantes, ni des victimes, mais simplement des femmes qui font un choix pour elles-mĂȘmes. Comme illustre le roman d'Ernaux et la sĂ©rie de Rego, afin de vraiment saisir l'impact d'un avortement, il faut dĂ©noncer la clandestinitĂ© de cette procĂ©dure.














