Luc Lang, l'art de prendre lentement son temps
Rencontre avec cette grande plume, publiée dans le journal Le Montreuillois.
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@alocqueneaux
Luc Lang, l'art de prendre lentement son temps
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Dafné Khritaras : la voix de l'envoûtement
Telle une CircĂ© cĂ©leste, DafnĂ© Khritaras mĂ©duse par sa voix si puissante et cristalline, comme les denses ondes quâelle fait vibrer au trĂ©fonds de chacun de nous dans une transe extatique.
Impossible de ne pas se laisser prendre à ses filets⊠de voix bercés de bouzouki, duduk et autres sons orientaux.
GrĂšce, Anatolie, ArmĂ©nie dans quel pays transporte lâensorceleuse ? Ici, lĂ -bas, ailleurs, partout, avec pour ligne de fond : lâhumanisme. La magicienne Ă©voque lâexil, le deuil mais aussi la folle joie (Xara) avec fougue, force et Ă©lĂ©gance, tout en se faisant parfois chantre du fĂ©minisme. Car lâenchanteresse, limite chamane, porte aussi la voix de celles et ceux quâon ne voit, de celles et ceux quâon nâentend pas ou plus.
AprĂšs Varka, la belle HellĂšne continue de nous embarquer, avec son nouvel album Pryer & Sin et sa tournĂ©e, sur les rives de lâEgĂ©e pour une plongĂ©e au cĆur des Ă©motions Ă la fois profondĂ©ment abyssale, ancestrale. Une Ă©coute et une expĂ©rience qui se font en apnĂ©e pour finir en apesanteur. Bref, ena polykalo taxidi, comme on dit en grec, passĂ© par le théùtre du ChĂątelet le 19 janvier.
La suite toujours en tournée...
https://shotgun.live/fr/artists/dafn-kritharas
Anne Locqueneaux
#musique #égée #grÚce #rebetiko #Ano Kato #Horizon Musiques
La chanteuse au talent de conteuse publie son troisiĂšme album, quâelle prĂ©sente en tournĂ©e.
Plume café, le caféministe
Il faut ĂȘtre un peu frappĂ©, comme peut lâĂȘtre parfois le cafĂ©, et avoir un petit grain pour se lancer dans le cafĂ© de femmes et de spĂ©cialitĂ©. Ce dĂ©fi fou, Alexandra Tronel lâa relevĂ© avec son Plume cafĂ©. Welcome on board de ce coffee shop ambulant qui met les femmes en avant. Rencontre dans son jus avec la barista et torrĂ©factrice du sourire.
Pourquoi Plume café ?
Plume est une rĂ©fĂ©rence Ă mon monde dâavant. Jâai travaillĂ© 20 ans dans lâaĂ©rien. Et puis jâaimais les sonoritĂ©s du mot, sa fĂ©minitĂ©, sa lĂ©gĂšretĂ©. En fait, ce nom nâa rien Ă voir avec le cafĂ©. Quant Ă celui des cafĂ©s du moment, Rama, Susu, Adanesh, Mildred, ils sont directement inspirĂ©s par les prĂ©noms des productrices que je prends soin de sĂ©lectionner. Car Plume cafĂ© est engagĂ© dans une dĂ©marche responsable comme de soutien aux femmes.
Proposer un café de femmes te donne-t-il plus de grain à moudre ?
Câest en tout cas une contrainte supplĂ©mentaire pour le sourcing. En fait, jâai rĂ©alisĂ©, quand je me suis formĂ©e au monde du cafĂ©, que les femmes y Ă©taient trĂšs prĂ©sentes mais quâelles Ă©taient surtout les petites mains. Et puis que le cafĂ© Ă©tait produit dans des pays oĂč les femmes ont souvent besoin de lutter pour gagner leur place, comme au Burundi par exemple, oĂč elles n'ont mĂȘme pas le droit Ă la propriĂ©tĂ© ! Donc jâai voulu soutenir ces femmes qui parfois se montent en coopĂ©rative et font en sorte que dâautres femmes puissent travailler dans leur exploitation. Un moyen parfois pour elles dâaccĂ©der Ă une forme dâautonomie et dâindĂ©pendance.
Comment tu fais tes sélections ?
Je fais ma sĂ©lection auprĂšs des quelques importateurs europĂ©ens de cafĂ©s de spĂ©cialitĂ©. Des cafĂ©s de haute qualitĂ©, dont la production est artisanale, associĂ©e Ă une dĂ©marche engagĂ©e et respectueuse de l'environnement, impliquant une rĂ©colte manuelle, avec un process de traitement post-rĂ©colte maĂźtrisĂ© et une traçabilitĂ© jusqu'Ă la ferme. Et pour sĂ©lectionner les cafĂ©s parmi un grand nombre dâĂ©chantillons, je fais du cupping (dĂ©gustation) avec plusieurs torrĂ©facteurs. Lâoccasion aussi d'Ă©changer avec eux lors des torrĂ©factions que je fais Ă Nantes chez Kultivar. Câest sympa et convivial.
Est-ce pour veiller au grain que tu as choisi la torréfaction maison ?
Câest une autre partie du taf que je kiffe ! Jâaime voir se transformer le produit. Le grain vert, pas du tout consommable Ă la base. La torrĂ©faction est une Ă©tape importante qui permet de rĂ©vĂ©ler la qualitĂ© des cafĂ©s. Chaque cafĂ© est diffĂ©rent. Tout un tas de paramĂštres (taux dâhumiditĂ©, densitĂ© du grain, altitude de production etc.) sont pris en compte pour adapter la meilleure torrĂ©faction Ă chacun des cafĂ©s. Puis les cafĂ©s sont dĂ©gustĂ©s, les courbes de torrĂ©faction analysĂ©es afin de dĂ©finir le meilleur couple temps / tempĂ©rature pour les prochaines torrĂ©factions. Cette partie me donne lâimpression dâavoir vraiment la main sur ce que je fais.
DâoĂč te vient ce goĂ»t du cafĂ© ?
Le cafĂ© est un produit qui me plaĂźt depuis longtemps. La premiĂšre fois que jâai bu un cafĂ© qui mâa vraiment plu, câĂ©tait Ă Amsterdam oĂč jâai vĂ©cu. Le pays a une trĂšs bonne culture du cafĂ©. En tĂ©moignent les coffee shops qui sây sont dĂ©veloppĂ©s depuis longtemps. En plus ce produit est unique, trĂšs peu transformĂ©. Au-delĂ , quand tu bois du cafĂ©, en gĂ©nĂ©ral, tu passes un bon moment. Le cafĂ©, câest aussi une situation induisant une notion dâĂ©change. Une boisson souvent associĂ©e Ă une pause dans la journĂ©e. Toujours avec cette idĂ©e de plaisir et de partage.
Tu fais partie de la nouvelle scĂšne cafĂ©. Une scĂšne en Ă©bullition, dit-on. 0Ăč rencontrer Plume ?
A Nantes, sur les marchĂ©s hebdomadaires de Toutes Aides (mercredi), Zola (jeudi) et Vieux-Doulon (dimanche). Je participe aussi Ă des Ă©vĂ©nements ou festivals⊠Le prochain est organisĂ© par Le Voyage Ă Nantes et aura lieu sous les nefs des machines de lâĂźle, le 10 septembre prochain. Il sâagit du Grand MarchĂ© des Pays de la Loire oĂč les meilleurs producteurs et artisans de la rĂ©gion viennent animer le lieu, transformĂ© en une gigantesque halle gourmande pour lâoccasion. Et Plume cafĂ© fait partie des deux torrĂ©facteurs sĂ©lectionnĂ©s (avec Cime) ! Je suis aussi prĂ©sente dans les coffee shop nantais, comme Chop Chop qui propose mon nouveau cafĂ© Ă©thiopien, servi en filtre, ou Ă l'Artichaut qui vend mes paquets. Et bientĂŽt, un nouveau restaurant Ă Nantes proposera Ă©galement mes cafĂ©sâŠ
Anne Locqueneaux
photos @paulinetheon
+Net
plumecafe.fr, Instagram @plume.cafe.nantes, tél. 07 85 04 50 60.
HumĂ©, lâair du temps avec humour et en circuits court
Ze french quiches, jâme tiens au jus, jâme fais une bignouse⊠sont quelques-unes des propositions maison et de saison de Fred et Elodie. Chez HumĂ©, lâhumeur est Ă lâhumour. On le savoure au pâtit dej, dĂ©jeuner ou au goĂ»ter comme les jus de fruits moches issus des produits "invendus" de petits producteurs de Laval et embouteillĂ©s par Fred qui presse aussi un bon jus de citron bioâŠ
La mission mets est assumée par Elodie avec ses supers soupes de légumes du moment, ses supers desserts et autres douceurs ou sandwichs.
Dans cette adresse toute cosy et toute proche de la gare de Saint-Nazaire, on se régale entre deux bouquins, une partie de dominos ou de mikados, en attendant ou pas son train⊠Coté salades, je ne vous en raconte pas, elles sont autant copieuses que délicieuses ! Vivement le prochain voyage pour un prochain snacking !
Anne Locqueneaux
+Net
https://www.facebook.com, 5 place Pierre-Semard, 44600 Saint-Nazaire. Tél. 02 40 22 06 42Plume café, le caféministe
Le bon goût de Glouglou
Avant je ne trouvais pas beaucoup de tables Ă mon goĂ»t en PresquâĂźle. Mais ça, câĂ©tait avant. Avant Glouglou notamment. Une cave Ă manger de trĂšs bonne tenue Ă Pornichet.
Sur leur carte... de visite, Marie Le Damany et Guillaume FerronniĂšre affichent de beaux trophĂ©es : le Louis XV de Monaco, le Saint-James de Bouliac, La Mare aux Oiseaux de Saint-Joachim ou encore la Maison d'Ă CĂŽtĂ© de Montlivault-Chambord. AprĂšs ces expĂ©riences auprĂšs de ces chefs, toquĂ©s pour la majoritĂ©, ils ont ouvert leur propre maison Ă Pornichet : Glouglou. Clin dâoeil appuyĂ© Ă Mimi, Fifi et Glouglou, ce cĂ©lĂšbre petit traitĂ© de dĂ©gustation illustrĂ©. Objectif : «  crĂ©er un lieu qui nous ressemble, proche des tablĂ©es de nos enfances et oĂč le talent des vignerons est mis Ă l'honneur. »
Cuisine maison et produits de saison
GrĂące Ă leur carnet dâadresse et Ă la mention sommellerie qui les a introduit dans la sphĂšre du vin en 2017, les sommeliers proposent 300 rĂ©fĂ©rences de vin plutĂŽt bio ou en biodynamie, comme lâexcellent pĂ©tillant Solessence dont le nom Ă lui seul est un voyage. CĂŽtĂ© solide, ces enfants de la mer travaillent en circuit court pour monter 10 assiettes Ă partager⊠ou pas : homard bleu, crevettes panko pimpĂ©es avec une sauce wazabi, courgettes tandooriâŠ, « imaginĂ©s autour de la saisonnalitĂ©. Notre cuisine s'inspire des influences locales, des produits de la mer pĂȘchĂ©s durablement et des fruits et lĂ©gumes cultivĂ©s dans la rĂ©gion. » Le tiramisu, lui, vient de plus loin⊠de la Mama, la grand-mĂšre italienne de Marie.
Un esprit de partage qui se prolonge
Quant au cadre, il est Ă lâimage du service : impeccable. Lâaccueil est chaleureux, souriant et bienveillant. Pour preuve, les coups de cĆur gastronomiques de la rĂ©gion ou dâailleurs affichĂ©s par Marie et Guillaume. Brut, Topaze, Le Maju⊠pour ne nommer que les tables du coin. Encore un beau partage, comme lâoccasion aussi pour le client de faire son marchĂ© de bonnes adresses. Et puis Ă la fin, un petit goĂ»t de reviens-y aussi...
Anne Locqueneaux
+Net
63 Av. du Général de Gaulle, 44380 Pornichet, + 33(0)2 40 61 75 15

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A AthĂšnes, Ai Weiwei veut âcrĂ©er un art qui attirera l'attention sur la crise des rĂ©fugiĂ©sâ
Connu pour son fameux colodactylo* dressĂ© comme une provocation devant les plus cĂ©lĂšbres monuments du monde,  lâartiste contestataire Ai Weiwei se montre aujourdâhui trĂšs prĂ©occupĂ© par le sort des rĂ©fugiĂ©s. InvitĂ© du museum of Cycladic jusquâau 30 octobre, il veut âcrĂ©er un art qui attirera lâattention sur la crise des rĂ©fugiĂ©sâ. Ai Weiwei at cycladic est la premiĂšre grande exposition de l'activiste chinois dans un musĂ©e archĂ©ologique en GrĂšce.
Trois drapeaux volent au-dessus de la majestueuse villa qui accueille le musĂ©e d'Art cycladique dâAthĂšnes (MCA). Le premier est le drapeau de la GrĂšce. Le deuxiĂšme, celui de l'Union europĂ©enne et le troisiĂšme reprĂ©sente le contour du corps dâAylan Kurdi. Cet enfant syrien noyĂ© dans la mer ĂgĂ©e en septembre dernier. Ces trois drapeaux, en or et argent satinĂ©, Ă©voquent les couvertures thermiques d'urgence donnĂ©s aux rĂ©fugiĂ©s. Elles sont toutes les Ćuvres du chinois Ai Weiwei pour qui âl'or et l'argent sont les premiĂšres couleurs que les enfants voient quand ils arrivent sur l'Ăźle grecque de Lesbosâ. ConviĂ© par le MCA Ă faire dialoguer art contemporain et archĂ©ologie, l'artiste a voulu en tout premier lieu visiter AthĂšnes et Lesbos. TrĂšs prĂ©occupĂ© par la crise des rĂ©fugiĂ©s, il a installĂ© un studio sur l'Ăźle pour ârendre tout le monde conscient de leur lutteâ. RĂ©sultat, la moitiĂ© de son exposition est consacrĂ©e Ă des Ćuvres qui reflĂštent cette crise humanitaire engloutissant lâEurope. A commencer par iPhone Wallpaper (2016), un collage de 12 030 images et selfies rĂ©alisĂ©s entre janvier 2015 et avril 2016, et des courts mĂ©trages tournĂ©s dans les eaux Ă©geennes. Lâoccasion de âdonner un visage humain Ă la criseâ, pour le commissaire de l'exposition Michael Frahm.
Faire converser l'art contemporain avec des objets du passé
Ses derniĂšres oeuvres sont exposĂ©es au cĂŽtĂ© de ses piĂšces emblĂ©matiques : Divina Proportione (2012), Masque (2011), Cao (2014) et les raisins (2011). Elles conversent avec lâimpressionnante collection permanente, sublimĂ©e par une intelligente scĂ©nographie. Ainsi Tear bottle/Tear gas canister juxtapose des gaz lacrymogĂšnes utilisĂ©s sur les rĂ©fugiĂ©s dans le camp dâIdomeni et des lacrymatoires antiques qui servaient de rĂ©ceptacle aux larmes des pleureuses.
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Le temps imaginaire de Pierre & Gilles
Lâexposition Le temps imaginaire prĂ©sente 25 nouvelles Ćuvres de Pierre & Gilles, les icĂŽnes de la culture pop des annĂ©es 80 Ă nos jours. A voir jusquâau 10 mars Ă la galerie Templon de Paris.
Tout le monde a vu au moins une fois du Pierre & Gilles. On ne se souvient plus comment, ni oĂč, mais les toiles des artistes habitent nos quotidiens. Appartiennent Ă l'inconscient collectif. Certes. Mais qui de Pierre ou de Gilles est photographe ? Qui de Gilles ou de Pierre est peintre ? Car de la rencontre de leurs deux univers est nĂ© un style hybride entre photographie et peinture. Depuis 40 ans maintenant, les artistes fusionnent leur art en faisant oeuvres communes. TirĂ©es sur toile, les photographies de Pierre sont peintes directement Ă la main par Gilles. Sâils procĂšdent toujours selon le mĂȘme modus operandi, lâexposition Le temps imaginaire prĂ©sente des rĂ©sonances un peu diffĂ©rentes des prĂ©cĂ©dentes.
Ode à la tolérance et la liberté
Ces tableaux, rĂ©alisĂ©s en 2016 et 2017, entraĂźnent le spectateur dans un monde plus introspectif, plus intimiste. MarquĂ© par les attentats de 2015, le couple a voulu rendre hommage Ă la jeunesse, notamment parisienne. Et le ton est donnĂ© dĂšs les premiĂšres toiles. Elles placent le spectateur sous des cieux protecteurs et religieux. Ceux dâun jeune musulman priant (La priĂšre du soir). En Ă©cho, sous un ciel bleu magnifiĂ©, de style Renaissance, des fleurs synthĂ©tiques ceignent un soldat de lâopĂ©ration Sentinelle comme un hĂ©ros des temps modernes, comme pour signifier la menace qui pĂšse sur lâinsouciance, les valeurs quâelle renferme et leur nĂ©cessaire protection. Suivent des danseurs, chanteurs, instagramers, influents⊠qui forment une galerie de portraits dâanonymes illustrant un certain esprit français, Ă lâinstar de GĂ©rard Ă la campagne. Ce jeune homme Ă mobylette en mode les Valseuses tenant Ă la main un beau bouquet bleu blanc rouge. Le cadre, qui entre toujours dans la comprĂ©hension du modĂšle, dans la composition mĂȘme du tableau, est Ă©maillĂ© de noisettes comme un lĂ©ger parfum de Trenet et un prolongement du sujet. Dans Love from Paris, il cerne de smileys et de pastilles multicolores une fille et deux garçons sur un fond floutĂ© de Paris en carte postale. Ce trouple rĂ©el de jeunes blogueurs et de mannequins Ă©voque une sorte de modernitĂ©, une nouvelle facette de la jeunesse avec ce trio amoureux. Quelle est la vision de la France ? Quelle en est la reprĂ©sentation ? sont les questions qui interrogent le parcours de lâexposition dans laquelle Pierre & Gilles se mettent aussi en scĂšne. Avec lâautoportrait Route nationale, ils dĂ©voilent leur perception de cette France sur la route des vacances : un homme avec une casquette du PSG au cĂŽtĂ© dâune femme voilĂ©e. Une façon sans doute de dĂ©dramatiser le dĂ©bat sur le port du voile...
Héros égéries
Dans la deuxiĂšme partie de lâexpo, place aux Ă©gĂ©ries, hĂ©ros, faste et paillettes des temps modernes avec les portraits Loving you, hommage Ă Michael Jackson, et Fujiyama mon amour (Sylvie Vartan). RĂ©alisĂ©s Ă lâacrylique sur photographie imprimĂ©e sur toile, ils cĂ©lĂšbrent les deux chanteurs par une profusion de couleurs. InspirĂ© dâun mausolĂ©e indien, Loving you est la seule oeuvre qui, en 40 ans, nâait pas Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e avec un vrai modĂšle. Pierre & Gilles avaient pourtant approchĂ© MJ. Mais le gourmand aurait demandĂ© une contrepartie de 35 oeuvres !
Au cĂŽtĂ© de ces visions idylliques figurent des tableaux beaucoup plus sombres comme La Mort de Bernard Buffet, Ă©vocation frontale du suicide du peintre. Dans une alcĂŽve de la galerie, le couple rend hommage Ă celui qui les a beaucoup inspirĂ© tout en soulignant sa mĂ©galomanie. Le peintre expressionniste avait en effet scĂ©narisĂ© sa mort en s'asphyxiant avec un sac Ă son effigie. Lâoeuvre met en scĂšne le mot quâil aurait laissĂ©, deux livres de sa main, des Ă©lĂ©ments dont le spectateur se demande sâils fonctionnent ou pas ensemble. Comme dans un tableau du maĂźtre en fait. Avec la reprise de ses codes picturaux, Pierre & Gilles questionnent encore le spectateur. Est-ce un vrai Buffet ? poussant la confusion jusquâĂ signer Bernard Buffet au dos du tableau. Finalement cette scĂšne sombre renvoie Ă un air du temps troublĂ©, un temps imaginaire âtiraillĂ© entre humanisme, ouverture aux autres dâun cĂŽtĂ© et repli sur soi protecteur ou nĂ©cessitĂ© de rĂ©sistance de lâautre.â
Anne Locqueneaux
Mime pas peur !
AprĂšs avoir jouĂ© 1300 reprĂ©sentations dans le monde entier avec Imagine-toi, Julien Cottereau revient Ă Paris avec ce spectacle classĂ© culte. A voir au théùtre des Mathurins jusquâau 6 mai 2018.
Julien Cottereau est un mime qui laisse sans voix ! Ce grand pantin dĂ©sarticulĂ©, MoliĂšre 2007 de la rĂ©vĂ©lation masculine, ose tout. Vider le sac d'une spectatrice. Inviter un enfant sur scĂšne pour un jongle imaginaire. Gober les mouches. Choper les 06 des spectatrices. Parsemer ses impros de gags burlesques... Avec son look improbable, ses airs de grand enfant, un peu benĂȘt, et son physique incertain, Ă mi-chemin entre le clown et le mime, il emmĂšne son public sur scĂšne comme dans son monde peuplĂ© de monstres, de princesses, de shĂ©rifs... Le spectateur entre dans son antre. Une grotte au dragon, une cage aux lions, une maison hantĂ©e⊠On ne sait pas trop. On imagine juste. Car ici, point de dĂ©cor et dâaccessoires ! Le show de cet ex-bruiteur au Cirque du Soleil est assurĂ© par ses gesticulations maĂźtrisĂ©es et le frisson assurĂ© par ses âchuip-chuipâ, âpchit-pchitâ ou autres sifflements et borborygmes. Alors le public, embarquĂ© avec lui dans son univers imaginaire, nâa dâautre choix que de jouer avec lui et de se prendre aussi comme lui au jeu... du merveilleux.
Anne Locqueneaux
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THĂĂTRE DES MATHURINS, 36 rue des Mathurins 75008 PARIS RĂ©servations, 01 42 65 90 00, du mardi au vendredi de 14 h Ă 18 h
Carmen(s), câest moi !
En clamant haut et fort son appĂ©tit de vivre, on a tous envie de sâĂ©crier avec les danseurs et danseuses de Carmen(s) : âCarmen, câest moi !â Dans le dernier spectacle de JosĂ© Montalvo, lâhĂ©roĂŻne dĂ©multipliĂ©e reprĂ©sente autant de styles de danse diffĂ©rents que l'Ă©mancipation de la femme du XIXe siĂšcle. « Elle rentre en rĂ©sonance sensible avec les femmes de cette Ă©poque, les Camille Claudel, Louise Michel⊠J'essaie de retrouver cet esprit de rĂ©volte des femmes, explique le chorĂ©graphe. Pour moi, Carmen est libĂ©ratrice. Elle s'Ă©mancipe, ce qu'elle veut, c'est conserver sa libertĂ© de femme, mĂȘme Ă la fin de l'opĂ©ra plutĂŽt que de se soumettre au dĂ©sir de quelquâun qu'elle n'aime plus. » Bref, Carmen, c'est la rĂ©volte en dansant ! La rĂ©volte rouge sang comme les robes des flamenca bondissantes.
Il n'y a rien de plus populaire et de plus universel dans le monde que Carmen. JosĂ© Montalvo estime que toutes les femmes ont quelque chose de ce personnage libre et flamboyant de MĂ©rimĂ©e. Il existerait donc autant de Carmen que de femmes comme le suggĂšre le fĂ©minin pluriel du titre choisi par Montalvo. Il suffit dâailleurs dâĂ©couter les danseurs et danseuses de son ballet mĂ©tissé et engagĂ© pour comprendre que chacun en a sa vision. SinguliĂšre. Pour lâune, Carmen est celle qui l'arrime Ă l'Espagne, pour lâautre la tragique qui va mourir, pour une autre encore la libertĂ©. Et puis, nous dit Montalvo, il y a dans cette piĂšce, « la dimension de l'immigration car lâhĂ©roĂŻne vient d'une communautĂ© dont l'origine est l'exode. Elle est emblĂ©matique d'un peuple errant » et trouve dans notre monde qui se rĂ©trĂ©cit aujourdâhui un triste Ă©cho...
Anne Locqueneaux
+Net
Jusqu'au 23 février, Théùtre national de Chaillot, 1, place du Trocadéro, 75116 paris, tél. : 01 53 65 30 00.
Les 50 nuances de bleu de Mathieu Lehanneur
Avec 50 Seas, le designer Mathieu Lehanneur veut âmontrer que quelque soit le point du globe, le bleu ne sera jamais le mĂȘme.â Son expo de 50 piĂšces en cĂ©ramique Ă©maillĂ©e reprĂ©sentant chacune un fragment des mers du globe, Ă©tait Ă voir chez Christieâs.
LâidĂ©e du projet 50 Seas est de âmontrer, et peut-ĂȘtre de me montrer, quâon a tendance de façon rapide et simpliste Ă considĂ©rer que, dans ce monde qui nous dĂ©passe par son Ă©chelle, son ampleur, sa complexitĂ©, la terre est dure et meuble et que lâeau est bleue et profonde un peu partout.â Câest cette globalitĂ©, cette complexitĂ© du monde marin et ocĂ©anique que Mathieu Lehanneur a eu lâambition de restituer au travers de 50 piĂšces de cĂ©ramique bleues. Ce nombre fait rĂ©fĂ©rence aux Inuits, qui ont 50 termes pour dĂ©signer la neige alors âjâai sĂ©lectionnĂ© 50 teintes pour dĂ©finir la mer. Car finalement quelque soit le point du globe, ce bleu ne sera jamais le mĂȘme. Parfois mĂȘme il nâest plus bleu du tout en certains points et pour certaines raisons. Il vire au vert et le vert au grĂšge.â En s'astreignant Ă une forme de protocole scientifique, oĂč lâidĂ©e nâĂ©tait pas juste de choisir un bleu dans la subjectivitĂ©, le designer a voulu rendre compte âde la rĂ©alitĂ© de la nature en train de se faireâ.
A lâimage de la palette chromatique des mers, chaque teinte est unique
Et pour trouver ces bleus dans âcette rĂ©alitĂ© en train de se faireâ, lâartiste a pris un planisphĂšre sur lequel il a plantĂ© dans les mers et ocĂ©ans du globe 50 Ă©pingles. Relativement au hasard, en essayant nĂ©anmoins de couvrir un maximum lâĂ©tendue de la surface de la terre. Il avoue quâil a aussi mis des points oĂč il pressentait quâil allait se passer des variations parce quâĂ proximitĂ© dâun littoral, au niveau dâun dĂ©troit ou dâun golfe, Ă cause de trĂšs grandes profondeurs, prĂšs dâun rĂ©cif corallien, dâune mĂ©galopole qui impacte forcĂ©ment la couleur des ocĂ©ans... AprĂšs avoir plantĂ© ces aiguilles, il a âenvoyĂ© Ă des spĂ©cialistes de l'imagerie satellite une liste de 50 points GPS qui sont devenus des images.â Ainsi sous chacune de ses piĂšces sont indiquĂ©es les coordonnĂ©es GPS, le lieu, la mer en question et une partie du relief cĂŽtier. Câest le cĂŽtĂ© scientifique de sa dĂ©marche. A partir de ces photos satellites devenues des images, âlâenjeu a Ă©tĂ© ensuite dâessayer de restituer de façon la plus exacte possible, la plus scientifique possible, le bleu en question, Ă lâaide de la faĂŻence et des Ă©maux.â Car lâĂ©mail a cette capacitĂ© Ă crĂ©er cette profondeur naturellement, notamment parce qu'aprĂšs cuisson, il devient comme une couche de verre. Il en a fallu des tests et Ă©chantillons pour ĂȘtre au plus proche de la vraie couleur. Il a parfois fallu mixer deux ou trois Ă©maux diffĂ©rents pour la reproduire. âJe ne pouvais pas me dire que tel bleu ne me plaisait pas ou lâabandonner en dĂ©plaçant un peu lâĂ©pingle parce que je nâarrivais pas Ă lâobtenir.â 50 Seas, câest donc cette succession de bleu de mer, toutes diffĂ©rentes, parfois sensiblement, et parfois sensiblement identiques. Et jamais les mĂȘmes lieux. Jamais les mĂȘmes cuissons. Car ici la couleur vit, mĂȘme si elle est statique, en fonction de la lumiĂšre, du reflet, comme la vision de bord de lâeau qui nâest pas la mĂȘme selon le lieu oĂč lâon se trouve. En revanche, les formes sont toutes identiques. Car lâartiste ne voulait pas que âle relief ramĂšne des infos supplĂ©mentaires.â Toutes ses crĂ©ations ont donc la forme ronde comme un  carottage, âune dĂ©coupe dâun morceau de mer dans des points stratĂ©giques du globe, un tube oĂč je serai allĂ© tremper un pinceauâ.
Anne Locqueneaux
Photo : Felipe Ribon

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Les saveurs du palais de Kyrimai
A Gerolimenas, la jeune chef Stavriani Zervakakou remet au goût du jour la cuisine oubliée du Magne. Cette péninsule hellÚne située au sud du PéloponnÚse entre les golfes sauvages et spectaculaires de Messénie et de Laconie.
A quelques kilomĂštres du point le plus au sud de la pĂ©ninsule de Tainaron, Ă la pointe quasi-extrĂȘme du Magne, lĂ oĂč la mer Ionienne embrasse bientĂŽt lâĂgĂ©e, dâanciens entrepĂŽts commerciaux du XIXe siĂšcle se sont muĂ©s en bel hĂŽtel : le Kyrimai*. AncrĂ© dans lâhistoire jusque dans le nom hĂ©ritĂ© du byzantin "Kyrie imon" (notre Seigneur), le temps semble y ĂȘtre suspendu. Ici, au bout du monde et de la baie bienveillante de Gerolimenas, face Ă la mer cristalline, la magie opĂšre jusque dans lâassiette. Une magie qui doit beaucoup Ă la jeune chef Stavriani Zervakakou. Originaire de la rĂ©gion, elle a remis au goĂ»t du jour les saveurs et recettes oubliĂ©es de la Laconie au cĂŽtĂ© de Serkan Sanu quâelle a rencontrĂ© Ă Istanbul. AprĂšs un diplĂŽme de troisiĂšme cycle en relations internationales, Stavriani Zervakakou change dâorientation, direction la restauration. âQuand jâai terminĂ© mes Ă©tudes, j'ai rĂ©alisĂ© que je ne voulais pas travailler dans un bureau. Je traĂźnais sur le marchĂ© tout le temps, je cuisinais. EncouragĂ©e par mon entourage, j'ai dĂ©crochĂ© une bourse pour une Ă©cole de cuisine et je me suis lancĂ©e.â AprĂšs avoir officiĂ© comme chef de restos stambouliotes pendant quatre ans, la voici donc de retour dans le Magne avec cet objectif : faire ressortir le caractĂšre unique de la gastronomie de cette rĂ©gion Ă l'authenticitĂ© rugueuse et Ă lâidentitĂ© trĂšs marquĂ©e. Une ambition qui devrait faire recette, mĂȘme si le Magne, ça se gagne !
La cuisine en majesté
Comme lâĂ©quipe du restaurant Kyrimai quâelle rejoint en 2016, Stavriani est persuadĂ©e que la meilleure façon de comprendre et d'apprĂ©cier ce territoire aux tours de pierres austĂšres est âde le dĂ©couvrir par les produits de bouche du terroir. En redĂ©couvrant notre propre passĂ©, nous voulons en profiter pour offrir aux visiteurs des expĂ©riences culinaires sans prĂ©cĂ©dent.â Et elles commencent Ă ses cĂŽtĂ©s, dans les cuisines, pour qui a faim de dĂ©couvertes et soif de jolies rencontres. Car Stavriani, dans sa passion partageuse, invite gracieusement les rĂ©sidents du Kyrimai Ă dĂ©couvrir les secrets de ses recettes hĂ©ritĂ©es de ses tantes et grand-mĂšre. Une initiative gĂ©nĂ©reuse pour celle qui semble ne jamais se dĂ©partir de sa bonne humeur, malgrĂ© ses 12 heures quotidiennes au coeur de son âdiamant cachĂ©â. Stavriani ne doit dâailleurs pas ĂȘtre Ă©trangĂšre au prix de l'hospitalitĂ© reçu par l'Ă©tablissement lâan passé⊠Le soir venu ou lors du petit dĂ©jeuner, Ă©videmment typique et servi sur la terrasse sâouvrant sur la mer et la montagne, ces chanceux qui auront Ă©tĂ© initiĂ©s aux secrets de fabrication de ces recettes revisitĂ©es, inventives et crĂ©atives, pourront savourer les paysages comme les spĂ©cialitĂ©s concoctĂ©es aux cĂŽtĂ©s de Stavriani et Serkan, toujours inspirĂ©s. Une fiertĂ© doublĂ©e par le sentiment de recevoir a posteriori un traitement privilĂ©giĂ© quand la souriante chef vient sâenquĂ©rir de lâavis des clients du restaurant.
âJe veux moderniser les recettes traditionnelles sans ridiculiser les platsâ
CĂŽtĂ© carte, la chef allie donc des saveurs familiĂšres avec un sens de l'innovation certain, mais toujours dans le respect de la tradition. Elle nâutilise dâailleurs pas de beurre puisque âdans le Magne nous n'en avions pas. La cuisine a donc dĂ» sâadapter en le remplaçant par de lâhuile d'olive maniotte. Il fallait faire preuve de crĂ©ativitĂ© avec les ingrĂ©dients que nous avions. Cette huile est un produit terrible, Ă lâarĂŽme merveilleux et rĂ©compensĂ©e dans les compĂ©titions internationales. Moi je perpĂ©tue cet hĂ©ritage. Je ne me sers pas de beurre et j'en suis fiĂšre.â Et pour prouver toute la magie de cette huile, pas besoin de frotter de pseudo lampe ! Ce gĂ©nie crĂ©atif se contente dâen verser dans une assiette quâelle sale, avant dâen imbiber un bon morceau de pain de sa fabrication pour dĂ©gustation. CĂŽtĂ© dĂ©co, la trentenaire agrĂ©mente ses assiettes de petites fleurs bleues Ă la belle saison et de trĂ©sors verts (chĂȘnes, oliviersâŠ) dont la rĂ©gion abonde, donnant ainsi une autre dimension Ă sa cuisine. Poisson, fruits de mer, viande, elle sait combiner Ă merveille ces produits pour donner une Ăąme Ă sa cuisine, celle de sa rĂ©gion. âLa gastronomie me rend trĂšs Ă©motive parce que je me cherche Ă travers la nourriture. C'est aussi une partie de mon passĂ© tellement importante.â Une histoire qui la ramĂšne Ă sa grand-mĂšre, Ă ses tantes. Elle se souvient quâelles sillonnaient toute la GrĂšce continentale Ă chaque repas de fĂȘte en quĂȘte des meilleurs produits du pays : artichaux de Nauplie, olives de Kalamata⊠Quant Ă la philosophie de cette cuisine rĂ©manente, de toute Ă©vidence influencĂ©e par son passage Ă Constantinople, elle repose sur deux principes trĂšs basiques : la saisonnalitĂ© et la localitĂ©. âIl y a un temps et une saison pour tout. Et quand les cycles sont respectĂ©s, les choses nâen sont que meilleuresâ. En tout cas, nous, on a bien dĂ©gustĂ© et on est devenu complĂštement food de Stavriani et de sa cuisine magnâifique du bout du monde.
*Récompenses : hÎtel historique le plus romantique 2017, Gourmet Award 2018 décernés par les HÎtels historiques d'Europe
Anne Locqueneaux
 ©photos : Kyrimai hÎtel
Louise Thiolon : Le goût du chagrin comme remÚde à la mélancolie
Louise Thiolon, câest notre musique du moment. Le coup de coeur aussi des programmateurs de FIP dont la station diffuse les cinq titres de son premier EP* en boucle. Sans pub ni promo, juste parce que ça sonne bien...
Petite pĂ©pite aux yeux sombres qui pĂ©tillent ; des cheveux corbeaux qui contrastent avec un sourire aux Ă©clats lumineux irradiant un visage aux traits trĂšs fins, la jeune femme fluette Ă la douce voix fluide a Le goĂ»t du chagrin joyeux. Ses refrains donnent de lâentrain. Lâenvie aussi de savourer sans modĂ©ration le premier opus de son petit bijou si dĂ©licieux.
LâexpĂ©rience corporelle du goĂ»t du chagrin
âViens, avec moi, LĂ -basâŠâ, Le GoĂ»t du chagrin, premier single de Louise Thiolon est une invitation Ă lâintrospection. Une invitation au voyage, Ă aller vers ses Ă©motions, Ă renouer avec elles. âCe voyage au cours duquel tu ressens le goĂ»t du chagrin mais plus au sens de saveur que dâamour pour cette humeur. Car quand on a ressenti le chagrin, on peut parfois aller mieuxâ, estime la brunette. Le rapport au corps est trĂšs prĂ©sent dans ce titre, comme dans son clip oĂč il sâagit de retrouver ses Ă©motions cette fois dans lâeffort, Ă travers le sport. âJâai voulu que lâon ressente ce truc du corps comme dans un documentaire et dâailleurs filmĂ© comme tel. Le message de ce clip, rĂ©alisĂ© par Stella Ramsden, est dâapprendre Ă faire quelque chose (qi gong, boxe, course), comme dans la chanson avec cette idĂ©e de progression, lâimpression dâune dynamique.â La recette de ce qui contient les ingrĂ©dients dâun tube tient justement Ă la progression harmonique de cette chanson qui met en mouvement. Un rythme prenant, facile Ă aimer, des harmonies qui reviennent en boucle. Lâauteur interprĂšte, qui a aussi des lettres... classiques, sait envoyer des frissons de tendresse et se faire poĂšte quand elle Ă©voque âdĂšs que tremble la terre, les Cariatides prisonniĂšres, invisibles dâĂȘtre bellesâ.
Croire en son « bon moment »
âJâĂ©cris des chansons depuis que je suis toute petite mais ce sont des bouts de textes, jamais totalement terminĂ©s. JusquâĂ prĂ©sent ce qui mâempĂȘchait de me lancer, câest cette incapacitĂ© Ă achever mes morceaux. Pour moi le plus dur, câest de les finir. Mais en fait ils sont finis quand tu le dĂ©cides !â Et puis un ami lui a offert pour son anniversaire une journĂ©e en studio au cours de laquelle elle a pu enregistrer deux chansons quâelle avait Ă©crites : Les couleurs du ciel et Folle Ă lier. Un beau cadeau qui lâa obligĂ©e Ă se jeter Ă lâeau. âJe pense que câĂ©tait mon bon moment. Ensuite, le succĂšs dĂ©pend de plein de coĂŻncidences. DĂ©jĂ il faut y croire. Si tu y crois, tu es convaincante.Â
Pommerat fait renaĂźtre le mythe de ses Cendr...illon
AprĂšs TĂ©lĂ©phone pour qui âCendrillon pour ses vingt ans est la plus jolie des enfants...â, JoĂ«l Pommerat sâattaque au mythe de Cendrillon. Il fait renaĂźtre lâhĂ©roĂŻne de Charles Perrault de ses cendres dans une piĂšce Rock&drĂŽle, malgrĂ© les thĂšmes âdĂ©licats du deuil, du dĂ©sir de vivre, du pouvoir de lâimagination et des mensonges des adultes. Une analyse fine des questions graves et vitales de toute enfanceâ, incarnĂ©e par des acteurs forcĂ©ment fantastiques. Cendrillon Ă voir vite, Ă partager, Ă rire et Ă pleurer, au Théùtre de la Porte Saint-Martin !
Anne Locqueneaux
Gary Cook : le blockbuster de la rentrée est un roman jeunesse
Les talentueux trentenaires tout terrain, Antoine Jaunin et Romain Quirot se lancent dans une nouvelle aventure, celle de la littérature jeunesse avec le premier opus de leur trilogie : Gary Cook. Sortie le 31 août !
Ne leur dites pas trop quâils sont les prochains JK Rowling ! âComme sâil nâexistait quâun seul livre de littĂ©rature jeunesse alors quâelle est foisonnante !â, relĂšve gentiment Antoine Jaunin. Reste que tous les ingrĂ©dients du best seller sont rĂ©unis dans ce premier roman co-Ă©crit avec Romain Quirot. Entre eux, tout a commencĂ© par une rencontre autour dâun projet de documentaire sur le hip hop. Le rĂ©alisateur et scĂ©nariste quâest Romain a Ă©tĂ© sĂ©duit par le profil dâAntoine, montĂ© sur hauts talents comme lui. Journaliste, musicien, illustrateurâŠ, Antoine est tout terrain. Ca tombe bien, Romain aussi. Leur premiĂšre collaboration voit donc le jour en 2013 avec la rĂ©alisation du docu Un jour peut-ĂȘtre, une autre histoire du rap français. Mais dĂ©jĂ Romain a les dĂ©cors de Gary Cook en tĂȘte, un univers de brume recouvert par les eaux ; lâidĂ©e aussi dâune bande dâados plongĂ©e dans un monde post apocalyptique. Un synopsis digne dâun Spielberg, oĂč âla seule chance de survie est dâembarquer Ă bord de gigantesques navettes spatialesâ, appuyĂ© par un trailer efficace rĂ©alisĂ© par Romain et prĂ©sentĂ© au cinĂ©ma Max Linder en juin dernier. De mĂ©moire dâAntoine Jaunin,âun lancement de roman en film comme il doit en exister aux USA, cela ne sâĂ©tait jamais vu en France !â
Le monde des ados comme terre dâexploration
Pourtant, ce nâest pas la forme cinĂ©matographique que les jeunes auteurs choisissent pour transcrire cette fantastique fable. âUn film Ă©tait trĂšs ambitieux et aurait engendrĂ© trop de frustrations techniques alors que le livre permet de repousser les frontiĂšres de lâimagination.â Et elles nâont pas de limite chez ce duo effervescent qui cherche Ă explorer lâadolescence, âpĂ©riode oĂč tout est amplifiĂ©. Le temps des premiĂšres fois, de la perte dâinnocence, de la prise progressive de libertĂ©. Avec Gary Cook, nous voulions ĂȘtre au plus proche de lâintimitĂ© adolescente dans un cadre spectaculaire et fantastique, parler du manque de courage, y compris de notre hĂ©ros Gary. Un jeune gars, qui a grandi sous le pont des OubliĂ©s, lâun des derniers refuges sur une Terre condamnĂ©e. Mal Ă lâaise avec les filles, timide, il est un peu jaloux de son meilleur ami avec qui il passe le plus clair de son temps Ă bord du Neptune, leur modeste bateau de pĂȘche. Mais il apprend Ă se dĂ©passer pour grandir.â Si Romain et Antoine ont bien entendu lu les classiques de la littĂ©rature SF Ă
Jean-Claude Grumberg un auteur tragique, âle plus drĂŽle de sa gĂ©nĂ©rationâ
Entre rire et larmes, rencontre avec Jean-Claude Grumberg, âlâun des seuls auteurs dramatiques contemporains français vivants Ă ĂȘtre Ă©tudiĂ© Ă lâĂ©coleâ. Un auteur-scĂ©nariste-dramaturge prolixe dont la piĂšce Votre maman est jouĂ©e jusquâau 10 juin 2017 au théùtre de lâAtelier.
Jean-Claude Grumberg aime se raconter. Il aime partager Ă travers des anecdotes tantĂŽt lĂ©gĂšres tantĂŽt dramatiques, sa vie, ce qui lâa amenĂ© Ă Ă©crire, Ă âsâexprimerâ. Pourtant, rien ne le destinait Ă une carriĂšre littĂ©raire. Il a dâabord suivi les traces de son pĂšre et de son grand-pĂšre en apprenant dĂšs lâĂąge de 14 ans le mĂ©tier de tailleur. MĂ©tier qui lui inspira lâune de ses piĂšces les plus connues : LâAtelier. Puis câest le costume de comĂ©dien quâil a revĂȘtu. Un peu par hasard : âJe nâĂ©tais pas trĂšs douĂ© pour le mĂ©tier de tailleur et jâai commencĂ© Ă faire du théùtre, Ă lâĂąge de 15-16 ans.â Pour lui, ĂȘtre comĂ©dien consiste alors âĂ dormir jusquâĂ midi en attendant que le tĂ©lĂ©phone sonne. Sachant que nous nâavions pas le tĂ©lĂ©phoneâ, plaisante le septuagĂ©naire malicieux. Câest ainsi grĂące Ă tout ce temps libre quâil commence Ă Ă©crire. âEcrire câest chercher Ă se dĂ©sennuyerâ âEcrire câest chercher Ă se dĂ©sennuyerâ. Câest aussi entretenir la mĂ©moire, parler de ceux qui ne sont plus lĂ . La disparition de son pĂšre, arrĂȘtĂ© Ă son domicile parisien et envoyĂ© en camp de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale, celle de son enfant victime de la mort subite du nourrisson, sont autant de pertes qui Ă©maillent ses oeuvres. âCe nâest pas parce que je cherche Ă faire rire les autres que je ne traite pas le sujet !â, dĂ©clare-t-il lors dâune rencontre avec des lycĂ©ens dans une librairie parisienne. La lecture de ses piĂšces nous plonge en effet souvent dans les tourments de ses personnages tout en insufflant de temps Ă autre un vent de lĂ©gĂšretĂ© et mĂȘme le rire. Son talent se rĂ©sume Ă la perfection dans cet oxymore : âdire les choses qui font rire les autres, mais sĂ©rieusement.â LâĂ©crivain et poĂšte Claude Roy dit dâailleurs de lui quâil est âlâauteur tragique le plus drĂŽle de sa gĂ©nĂ©rationâ.
âJe hais les jeunesâ En dĂ©pit dâune boutade sur les jeunes auteurs quâil dit haĂŻr, il rĂ©ussit le tour de force de captiver son jeune auditoire lorsquâil prĂ©sente quelques morceaux

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La vie comme elle va a 1 an aujourd'hui ! Et ben mon cochon...
AgnĂšs b., modĂšle dâhumanisme et dâhumanitĂ© au top
Paris, New-York, Tokyo, Hong Kong, AgnĂšs b. explore bien dâautres territoires que ceux de la mode et du monde. PassionnĂ©e dâart contemporain, mĂ©cĂšne, collectionneuse, la styliste est aussi philosophe et philanthrope engagĂ©e.
Styliste de gĂ©nie. Enfant de mai 68 en 2017. Elle a plus de 300 boutiques. Elle est Ă la tĂȘte dâune entreprise familiale et citoyenne qui compte plus de 2000 salariĂ©s dans le monde. Mais comment AgnĂšs b. concilie art et conviction ? âDĂ©jĂ , je suis gourmandeâ, confie la solaire styliste septuagĂ©naire au regard et aux cheveux dâange. âJe ne voulais pas faire tout çaâ, semble-t-elle sâexcuser, comme une petite fille qui serait encore tout Ă©merveillĂ©e dâavoir cousu sur-mesure un rĂȘve de fĂ©e presquâĂ son insu. âJe voulais ĂȘtre conservateur de musĂ©eâ, rappelle-t-elle. Mais il se trouve que la vie en a dĂ©cidĂ© autrement. MariĂ©e Ă 17 ans, mĂšre de jumeaux Ă 19, elle se sĂ©pare de son mari, l'Ă©diteur Christian Bourgois, Ă 21 ans, dont elle garde lâinitiale.
"Je suis toujours en train de boire au futurâ A cette Ă©poque, confie-t-elle, âje mâhabillais aux Puces. Je nâavais pas dâargent. Et puis un jour, jâen ai eu assez de chercher des vĂȘtements. Câest ennuyeux en fait. Du coup jâai prĂ©fĂ©rĂ© devenir styliste et les fabriquer moi-mĂȘmeâ aprĂšs une parenthĂšse de rĂ©dactrice de mode pour le magazine Elle. En 1975, elle ouvre sa premiĂšre boutique, rue du jour Ă Paris, dans une ancienne boucherie des Halles. Un quartier alors en pleine rĂ©novation. Devant cette boutique qui sert de bureau, dâatelier, de lieu dâexpression et de rencontre, âmes enfants jouaient dehors, dans le caniveauâ. FascinĂ©e et attirĂ©e par la culture moderne comme le cosmopolitisme, elle met ensuite le cap sur New-York. A Soho prĂ©cisĂ©ment qui, un peu comme les Halles de Paris, est en pleine mĂ©tamorphose. âOn Ă©tait dans une ambiance portuaire, sombre, humideâŠâ LĂ , elle a encore une fois lâintuition du lieu, du potentiel de ce quartier Ă lâĂ©poque sordide de Big apple. Elle a le pressentiment aussi de ce que sera le mouvement du graffiti, alors naissant. Un mouvement dont elle suivra toujours lâĂ©volution avec passion. Et puis un jour, un Japonais flashe sur sa boutique, ses collections. Câest le dĂ©but de lâaventure au pays du soleil levant. Nous sommes en 1984. EngagĂ©e auprĂšs des plus dĂ©munis et dans lâenvironnement, la femme dâaffaires lâest aussi depuis longtemps. Elle aime dâailleurs exhiber lâun de ses blousons quâelle porte depuis 30 ans ! Preuve de son cĂŽtĂ© âless is moreâ, sâil en est. Elle rappelle que depuis 2003, sa goĂ©lette dâexploration Tara sillonne les ocĂ©ans afin de mieux comprendre lâimpact du rĂ©chauffement climatique sur les Ă©cosystĂšmes. Toujours optimiste, la blonde lĂ©gendaire a aujourdâhui 76 ans. Elle ârĂȘve encore au lendemain, adore la nuitâ. Elle rĂ©pĂšte dâailleurs Ă lâenvi que âchaque soir est un cadeau du ciel. Je suis toujours en train de boire au futur. Et ça fait 40 ans que je me rĂ©gale Ă faire ce que je fais ! Alors si jâai un conseil Ă donner : entreprenez mais entreprenez dans ce que vous aimez. Engagez-vous, aimez et partagez !â
Anne Locqueneaux