Disgaea 6, quand le macro gameplay devient micro (et vice et versa).
(jeu et captures d’écran fournis par l’éditeur, test réalisé sur la version Nintendo Switch après 30h de jeu)
Disgaea est l’une de ces licences que je n’arrive pas à jouer bien que je reconnaisse volontiers ses grandes qualités. A l’instar des Zelda ou encore des Metal Gear Solid, ce sont des séries dont j’achète systématiquement tous les jeux sans jamais réussir à m’y investir. Généralement, la manette me tombe des mains au bout de quelques heures, je lâche alors un “Je m’y mets tranquillement le week-end prochain”; inutile de vous préciser que le week-end suivant, je suis occupé à autre chose. Bref, je suis auteur d’une belle procrastination ludo-localisée sur certaines licences dont Disgaea.
Et pourtant, les tactics, c’est plutôt mon truc à la base et la promesse de nouveau départ qui accompagne Disgaea 6 à de quoi séduire, à tel point que l’on se demande si le jeu n’aurait pas dû être titré parallèlement à la série canonique.
Un nouveau départ ?
Lorsque vous lancez Disgaea 6 pour la première fois, la chose qui vous saute à la face, c’est qu’il y a pas mal d’opus et autant de corpus de règles en amont de ce que vous jouez : le jeu croule sous les mécaniques et elles vous seront présentées en début de partie. Cela peut sembler intimidant de prime abord et sincèrement, ça l’est un peu; il y a vraiment beaucoup de paramètres à gérer dans Disgaea 6. Pour autant, ces paramètres ne sont pas tant liés aux phases de combat mais plus à l’aspect macro du jeu et le twist de Disgaea se situe justement là .
Disgaea 6 retourne et inverse les boucles de gameplay telles qu’on se les représente dans un T-RPG. Les combats peuvent maintenant se lancer en auto 99% du temps et les maps s'enchaînent à la vitesse du vent. Là où le jeu va vous demander de l’investissement, c’est dans ses phases de macro-gestion, c’est dans celle-ci que vous devrez faire des arbitrages sur les stats à faire progresser, les items à pexer, les unités à invoquer etc. Vous pourrez également programmer l’IA de vos unités de manière étonnement fine et profonde. Un véritable jeu dans le jeu de mon point de vue de développeur.
Le jeu regorge de jauges à faire progresser, à tel point que cela rappelle les dynamiques que l’on croise dans les gacha game free2play sur plateforme mobile : des combats qui font office de feedbacks que l’on traverse en mode auto / fast farm, du craft d’équipement et des stats “over 9000” à faire progresser constamment (et sans fin)...
Si le jeu permet la personnalisation poussées des séquences de T-RPG, elles sont si nombreuses, les séquences animées si répétitives (bien que sympathiques dans leurs mises en scène) que j’ai du mal à imaginer quelqu’un jouer de manière traditionnelle à Disgaea 6. Concrètement, on se retrouve vite en mode auto / vitesse x4 et sans animation qui pourraient nous faire perdre du temps afin de farmer les cartes tout en optimisant au max le temps de jeu. Les mouvements de caméra sont alors relativement désagréables puisque cette dernière se meut un peu dans tous les sens et de manière hachée.
Techniquement, le jeu opte pour une revitalisation de ses assets graphiques avec un passage à des modèles 3D pour les personnages. La série reste cependant parfaitement identifiable et la direction artistique ne pâtit pas trop de ce passage à la 3D qui trop souvent avale l’âme des jeux concernés.
Les dialogues en français dans le texte sont souvent drôles et les situations régulièrement délirantes, c’est efficace, bien débile et toujours très “parodie japonaise pour gaijin” dans l’approche narrative. L’adaptation française semble de qualité puisqu’elle réussit à ne pas se faire remarquer outre mesure, ce qui est généralement bon signe.
Pour conclure, Disgaea 6 est un bon jeu pour celui ou celle qui lui offrira le temps nécessaire à l’imprégnation du gameplay chez le joueur, en effet, le renversement façon tarte tatin des boucles de gameplay est une proposition forte pour l’amateur de T-RPG, cependant si l’idée fonctionne elle peut aussi ne pas plaire du tout et d’autres y verront la négation des codes du genre au profit des logiques de gameplay appliquées dans le jeu mobile.
En un mot comme en cent, n’hésitez pas à tester la démo du jeu avant de passer à la caisse. Disgaea n’est vraiment pas un T-RPG comme les autres.




















