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Qui est le Diable ?
Nous allons aborder un sujet sombre et passionnant : Le prince des ténÚbres.
 « Le Diable, Satan, BelzĂ©buth, Lucifer », tous ces personnages, en rĂ©alitĂ©, ne font quâun :    Â
-Le diable (du grec « diabolos », le calomniateur) dâorigine chrĂ©tienne est le nom employĂ©, dans les contes et milieux populaires pour dĂ©signer le prince des enfers, il est le chef des dĂ©mons qui sâopposa Ă Dieu, il incarne le mal et les pĂȘchĂ©s.                                                       Â
-Lucifer (du latin âluxâ, lumiĂšre et âferreâ, porter, littĂ©ralement : âPorteur de lumiĂšreâ) Lucifer Ă©tait le plus beau des anges et le plus brillant dis « lâĂ©toile du matin » Il reprĂ©sentait lâair et personnifiait la connaissance mais, par aviditĂ© de pouvoir il voulut Ă©galer Dieu et conduisit la rĂ©bellion contre lui. Plus tard il perdit la bataille et fut banni du paradis.              Â
-Satan (de lâhĂ©breu « haschtan », lâadversaire) câest le nom donnĂ© Ă lâange Lucifer aprĂšs sa chute. Câest sous ce nom, que, dans la Bible, il prend la forme dâun serpent pour tenter Ăve.
 Tout au long de ce blog, nous allons donc dĂ©couvrir comment le diable, reprĂ©sentatif de tous nos vices reprĂ©sente pour lâhomme un objet de dĂ©culpabilisation.                           Â
 Il serait intĂ©ressant de se demander dans quelle mesure le Diable reflĂšte-t'il le mal chez l'Homme et dans la sociĂ©tĂ©, du Moyen Ăge Ă l'Ă©poque Contemporaine
Le Diable au Moyen Ăge
Pendant le Moyen Ăge le Diable est reprĂ©sentĂ© sur les pierres sculptĂ©es, les vitraux des Ă©glises et les peintures de lâĂ©poque. On le reprĂ©sente sous la forme dâun dragon, un mi-homme mi-bouc, une gargouille, un serpent, un homme avec des ailes de chauve-souris. Selon le moine Raoul Glaber le Diable a « le cou grĂȘler, la face maigre, le front Ă©troit, les lĂšvres gonflĂ©es, une barbe de bouc, des cornes droites et pointues, des dents de chien, la poitrine et le dos en bosse ». Cette image dĂ©gradante du Diable est crĂ©e pour Ă©voquer la peur chez les hommes et aussi pour le montrer comme lâadversaire de Dieu et de lâHomme.Â
Ă cette Ă©poque lâĂglise dirige les populations. DâaprĂšs les thĂ©ologiens, JĂ©sus nâa jamais ris, donc les chrĂ©tiens doivent suivre cet exemple. Rire, câest ne plus se contrĂŽler. Ainsi, nous pouvons constater que les gens sur les portraits datant du Moyen Ăge ne sourient pas, (nous pouvons voir ceci sur la mosaĂŻque si dessous, reprĂ©sentant le Christ entourĂ© de Constantin IX et de son Ă©pouse).Â
Eglise Sainte Sophie (Istanbul) © The Yorck Project 10 000 chefs-dâĆuvre de la peinture, DIRECTMEDIA Publishing GmbH
Rire est un pĂ©chĂ© et sâils le commettent, cela leur empĂȘchera dâaccĂ©der au Paradis, au salut Ă©ternel. Le rire est en effet symbole de mĂ©prise, dâindĂ©cence, de laideur⊠et est souvent associĂ© au Diable, dâoĂč lâexpression « un rire diabolique ». Quelques fois certains moments de joie sont acceptĂ©s, mais il faut alors savoir faire la diffĂ©rence entre bon et mauvais rire. Paradoxalement, mĂȘme si le rire est condamnĂ© par lâĂglise, au Moyen Ăge la comĂ©die fait son apparition en France.Â
La superstition est Ă©galement quelque chose dâomniprĂ©sent au Moyen Ăge. En effet, le Diable est craint de tous, il est le pĂšre des tentations et des vices et lâennemi de Dieu. Le dogme catholique promet une lutte contre le Diable et les dĂ©mons, ainsi les populations se rattachent Ă lâĂglise, craignant ce prince des tĂ©nĂšbres. Ă cette Ă©poque les gens pensent que si ils commettent le moindre pĂ©chĂ© ils iront en Enfer, chacun croit en lâexistence du Diable. Pour eux, il se manifeste tant moralement que physiquement, en insufflant de mauvaises pensĂ©es ou en possĂ©dant certaines personnes.Â
Satan au milieu des enfers
"Les TrĂšs Riches Heures du duc de Berry"
Cette miniature, dont lâauteur prĂ©sumĂ© serait Jean de Limbourg, est inspirĂ©e dâun texte du milieu du XIIe siĂšcle, Les visions de Tondale, rĂ©cit dâun moine irlandais dĂ©nommĂ© Marcus dĂ©crivant une vision de lâenfer et qui a beaucoup influencĂ© lâimaginaire mĂ©diĂ©val.
Au centre de la composition, Satan est allongĂ© sur un gigantesque gril duquel il saisit les Ăąmes pour les jeter vers le haut par la puissance de son souffle brĂ»lant.Â
Le Diable, un personnage profondément humain
Dans la Bible, le Diable est l'ange dĂ©chu pour avoir voulu ĂȘtre plus puissant que Dieu. Dans le Nouveau Testament il est humanisĂ©, se montrant Ă JĂ©sus et le le tentant dans le dĂ©sert. Dans l'Ă©vangile de St Luc, il lui propose le pouvoir. Aux hommes il cherche Ă les convaincre d'assouvir des dĂ©sirs typiquement humains : de gloire, de pouvoir, de richesse, de sĂ©duction, d'amour... Le Diable est un personnage créé par l'Homme qui reflĂšte ses idĂ©es et sa façon de penser. En effet, au Moyen Ăge le Diable est reprĂ©sentĂ© riant sans cesse, se moquant, or le rire est le propre de l'homme. Il est souvent reprĂ©sentĂ© difforme et inhumain pour l'Ă©loigner le plus possible de l'homme mais cela reflĂšte l'idĂ©e des hommes selon laquelle le mal est associĂ© Ă la laideur. Les chrĂ©tiens de l'Ă©poque attribuent ces traits hideux aux nombreux vices et maux qui l'ont rongĂ©s, et ce physique ingrat est mis en avant afin d'encourager les hommes Ă ne pas pĂ©cher.
Le Diable en Enfer, d'Hans Memling (1435-1494)
Ici nous pouvons voir un dĂ©mon reprĂ©sentĂ© au Moyen Ăge avec des trĂšs hideux. Il piĂ©tine trois damnĂ©s dans une grande gueule enflammĂ©e, qui est lâentrĂ©e des Enfers. Au dessus de lui est Ă©crit : « En Enfer pas de rĂ©demption (In inferno nulla est redemptio) ».

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L'Enfer, du Jardin des DĂ©licesÂ
(1480-1490)
Voici lâEnfer, reprĂ©sentĂ© dans le cĂŽtĂ© droit du triptyque de JĂ©rĂŽme Bosch (1450-1516). Cette partie de lâĆuvre est Ă©galement divisĂ©e en trois grandes parties. En effet au premier plan nous pouvons voir la dĂ©nonciation de certains vices du monde. Puis, au second plan, les punitions et tortures physiques. Enfin, Ă lâarriĂšre-plan se trouve la reprĂ©sentation du monde en pleine apocalypse.Â
Le Diable et les sept péchés capitaux
Le Diable se retrouve souvent dans des contes pour symboliser les vices humains, il reprĂ©sente les plaisirs coupables et les dĂ©sirs de lâhomme. Câest Ă dire les Sept PĂ©chĂ©s capitaux. Chaque pĂ©chĂ© est reprĂ©sentĂ© par un dĂ©mon : Mammon pour lâavarice, Satan pour la colĂšre (sa colĂšre contre Dieu), LĂ©viathan pour lâenvie, BelzĂ©buth pour la gourmandise, AsmodĂ©e pour la luxure, BelphĂ©gor pour la paresse et Lucifer pour lâorgueil.
Mammon dans le Dictionnaire Infernal de Colin de Plancy
Mammon, signifie « riche » mais dans le Nouveau Testament le mot « Mammon » signifie « possession », il est mentionnĂ© dans la Bible : « Aucun homme ne peut servir deux maitres : car toujours il haĂŻra lâun et aimera lâautre. On ne peut servir Ă la fois Dieu et Mammon » (Matthieu 6 :24).
"Lucifer Tricéphale" de Gustave Doré.
Satan, le nom de Lucifer aprÚs sa chute. Il est associé a la colÚre pour sa colÚre contre Dieu. Le Lucifer Tricéphale apparait dans "La Divine Comédie" de Dante Alighieri.
"Destruction de LĂ©viathan" de Gustave DorĂ©Â
Un monstre marin Ă©voquĂ© dans la Bible, il peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme lâĂ©vocation dâun cataclysme terrifiant capable de modifier la planĂšte. Il serait lâun des quatre monstres prĂ©sents au Banquet de lâApocalypse.
Asmodée dans le Dictionnaire Infernal de Colin de Plancy
Il est reprĂ©sentĂ© avec un bas de bouc, lâanimal de la luxure.
 Belphégor dans le Dictionnaire Infernal de Colin de Plancy
Gravure de Lucifer par Gustave DorĂ©Â
Lucifer, le plus brillant des anges, le porteur de lumiĂšre est reprĂ©sentĂ© par lâorgueil, car son orgueil l'a poussĂ© Ă se rebeller contre Dieu.Â
  Dans la genĂšse, le Diable qui Ă©tait reprĂ©sentĂ© sous forme de serpent, pousse Ăve Ă pĂ©cher. Il lui dit « Dieu a-t-il rĂ©ellement dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin » et Ăve rĂ©pondit au serpent « Nous mangeons du fruit des arbres du jardin. Mais quant au fruit de lâarbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous nâen mangerez point et vous nây toucherez point, de peur de que vous ne mouriez » donc pour pousser Ăve a manger le fruit, il lui dit « Vous ne mourrez point : mais Dieu sait que, le jour oĂč vous en mangerez, vos yeux sâouvreront, et que vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal ». Le Diable est alors lâincarnation mĂȘme du cĂŽtĂ© sombre de la femme, il est son envie de pĂ©cher. Dans Faust il encourage Lâalchimiste dans ses projets dĂ©mesurĂ©s. Il incarne ses envies inavouĂ©es.
Un personnage qui évolue avec la société
Au Moyen Ăge, les hommes sont trĂšs attachĂ©s Ă la religion, le cĂŽtĂ© sombre de lâhomme rĂ©side donc dans sa tendance Ă commettre des pĂ©chĂ©s capitaux. Ă cette Ă©poque, le Diable est donc lâincarnation mĂȘme de ces pĂ©chĂ©s : la peau rouge pour la colĂšre, le bas de bouc pour la luxureâŠÂ Dans la GenĂšse, le Diable est la source du pĂ©chĂ© câest lui qui pousse Ăve Ă commettre lâirrĂ©parable. Dâailleurs, dans le passage oĂč le Diable (sous forme de serpent) pousse Ăve Ă pĂ©cher, la discussion entre Ăve et le Diable ressemble Ă©trangement Ă un combat se livrant dans lâEsprit d'Ăve, pesant le pour et le contre. Vers lâĂ©poque moderne le Diable, tout comme les hommes, se dĂ©tache progressivement de la religion, bien quâil incarne toujours les pĂ©chĂ©s, il incarne dĂ©sormais Ă©galement de nouvelles valeurs nĂ©gatives telles que la jalousie, la fourberie ... Le Diable devient un professionnel de la dissimulation et ment, dĂ©forme la vĂ©ritĂ©. Or, câest Ă cette pĂ©riode quâavec le dĂ©veloppement du commerce et de lâindustrie, la figure du marchand qui dissimule et dĂ©forme la vĂ©ritĂ© se dĂ©veloppe. Le Diable est alors associĂ© Ă un commerçant rusĂ©, fourbe et avare correspondant donc Ă cette figure du «nouveau mĂ©chant ». Le conte populaire datant de lâĂ©poque moderne : « Le conte du sac empli dâor » reprĂ©sente dâailleurs trĂšs bien cette association du diable au statut de marchand : un paysan, enfoncĂ© dans les dettes se trouve obligĂ©, pour sâen sortir de conclure un pacte avec le Diable, il y a un extrait, en particulier, qui illustre parfaitement cette attitude dâhomme dâaffaire :                                « -En me remettant cent Ă©cus vous me feriez un grand plaisir           - Cent Ă©cus ? HĂ©, pauvre cornard que te ferons cent Ă©cus ? Ai donc lâesprit de voir un peu plus large, un peu dâallant, allons, un peu de tour et dâhardiesse ! Sors pour un coup de ton innocence champĂȘtre : veux-tu ? Faisons affaire ! » .
Dans ce passage, le Diable adopte des stratĂ©gies totalement commerciales pour parvenir Ă ses fins. Il montre au paysan le peu dâusage quâil pourra faire de ce quâil demande et lâincite Ă voir plus grand. Il excite Ă©galement son amour-propre « sort un peu de ton innocence champĂȘtre ». Et associe la question rhĂ©torique « veux-tu » Ă une affirmation « faisons affaire ». Faisant croire au paysan quâil a le choix alors quâil est Ă©vident que ce nâest pas le cas. Le diable sâadapte donc aux temps moderne. Le cĂŽtĂ© marchand/ commerçant est dâailleurs toujours prĂ©sent de nos jours dans lâimage du Diable. Cependant, un important changement est Ă noter de lâĂ©poque moderne Ă lâĂ©poque contemporaine. La laideur du Diable tend Ă sâeffacer au profit dâune beautĂ© Ă©clatante. Cela est sans doute du au fait que, de nos jours les hommes dâaffaires, avocats et autres hommes jouissant dâun bon statut social et rĂ©putĂ©s pour leur manque dâhonnĂȘtetĂ© parviennent Ă leurs fins personnelles en utilisant leur beautĂ© et leur charisme. Ce changement dans lâapparence du Diable sâadapte parfaitement Ă lâadage « les apparences sont trompeuses » qui caractĂ©rise bien la sociĂ©tĂ© dâaujourdâhui.
Le Diable, un bouc émissaire parfait
Le Diable est donc la « quintessence » des vices de lâhomme. Ainsi, dĂšs le Moyen-Ăge les hommes se servent du Diable pour expliquer lâorigine des vices de lâhomme dĂ©chargeant toutes leurs fautes sur une crĂ©ature chimĂ©rique. Il semblerait dâailleurs que le Diable nâa Ă©tĂ© créé que pour servir de bouc Ă©missaire aux hommes. Le Diable est, pour les religieux, responsable de la mĂ©diocre condition des hommes, chassĂ©s du paradis et condamnĂ©s Ă vivre sur terre dans la souffrance, puisque câest lui qui pousse Ăve Ă commettre le pĂ©chĂ© originel.. Cette vocation de bouc Ă©missaire est plus forte au Moyen Ăge oĂč la science avait encore de grands progrĂšs Ă faire, et la religion faisait office de loi, poussant les hommes dans la superstition. Tous les phĂ©nomĂšnes inexpliquĂ©s Ă©taient alors causĂ©s par le Malin. Cependant si, dĂšs la renaissance certains mouvement tentent de combattre cette tendance Ă dĂ©charger  toutes les fautes sur le Diable (humanisme combattant lâobscurantisme, raison, avancĂ©es scientifiques), le phĂ©nomĂšne est encore largement prĂ©sent ; MĂȘme jusquâĂ lâĂ©poque contemporaine comme le montre le passage suivant de maĂźtre Zacharius ou lâhorloger qui avait perdu son Ăąme, datĂ© de 1854 : En effet ce roman Ă visĂ©e satirique montre quâune certaine catĂ©gorie de personnes trĂšs religieuses aux idĂ©es moyenĂągeuses, reprĂ©sentĂ©e ici par Scholastique (dont le nom parle tout seul puisque la scolastique Ă©tait lâenseignement de la philosophie et de la thĂ©ologie dans les universitĂ©s au moyen Ăąge). Utilisent encore le diable comme prĂ©texte pour tout
De tout temps Ă©galement on « met sur le dos » du diable des Ă©vĂ©nements catastrophiques et on le soupçonne de toutes sortes de complots ; Comme au XV oĂč apparaĂźt chez Alexandre V et certains inquisiteurs la croyance de lâexistence dâun complot de sorciĂšres ayant conclu un pacte avec le diable visant Ă renverser lâEglise ChrĂ©tienne. Plus rĂ©cemment est Ă©galement apparue une thĂ©orie selon laquelle lâattenta du 11 septembre 2001 serait un « immense rituel-sacrifice » visant Ă crĂ©er lâanarchie et la panique et Ă dĂ©fier dieu :
         Ce genre de thĂ©orie est la preuve quâencore aujourdâhui les hommes ne peuvent sâempĂȘcher de dĂ©charger leurs fautes sur le diable, refusant de voir la rĂ©alitĂ© et se servant encore de lui comme bouc Ă©missaire.
Le Diable et la superstition
Comme nous l'avons vu plus bas, au Moyen Ăge le Diable faisait peur, suscitait la crainte et selon lâĂglise, tous les maux venait de lui. Ainsi, Ă la Renaissance cette vision change, le Diable est alors perçu comme un objet de l'obscurantisme, c'est-Ă -dire de l'opposition Ă l'instruction, Ă la raison et au progrĂšs. Avec l'arrivĂ©e d'humanistes, l'humain est mis en valeur ainsi que la possibilitĂ© de se rĂ©aliser par les seules forces de la nature. L'accent mis sur lâindividualisme va attĂ©nuer l'impact de la religion et donc le pouvoir du Diable dans la croyance. Ă la Renaissance l'Ă©tude des classiques redevient Ă la mode et permet aux humanistes tels que Brandt, Rabelais ou Machiavel de combattre les superstitions et l'obscurantisme mĂ©diĂ©val. Le Diable n'est plus pensĂ© comme une superstition, le Diable devient un homme, il n'apparaĂźt plus sous forme animale ou avec des ailes et des cornes, mais sous des traits dĂ©formĂ©s par le vice et l'homme en lui-mĂȘme.Â
Le Diable est celui qui encourage les hommes à commettre des péchés, on peut constater cela en lisant Faust de Goethe.
Illustration du pacte entre Méphisto et Faust, de Julius Nisle, 1840
Ce livre commence par un monologue sur le dĂ©goĂ»t du savoir, Faust sait presque tout mais ce savoir ne lui permet pas de vivre des expĂ©riences. Plus tard, le dĂ©mon MĂ©phistophĂ©lĂšs (l'un des sept princes de l'Enfer qui incarne le Diable sur Terre), vient Ă lui et lui propose son Ăąme contre la dĂ©couverte des jouissances de la vie. Il lui dit "engage-toi; tu verras ces jours-ci tout ce que mon art peut procurer de plaisir; je te donnerai ce qu'aucun homme n'a pu mĂȘme encore entrevoir". Ce Diable encourage l'ivrognerie et la paillardise . Goethe semble supposer que dĂ©sormais l'homme porte en lui-mĂȘme assez de faiblesses et de contradictions pour pouvoir souvent se passer du dĂ©mon. Plus tard, en 1874 dans l'horloger qui avait perdu son Ăąme, le personnage de scolastique reprĂ©sente les superstitieux, elle  est par ailleurs tournĂ©e en ridicule, elle  associe toute chose mystĂ©rieuse au diable et est assez ignorante en opposition Ă Â la figure de GĂ©rande, qui semble guidĂ©e par la raison:
il se passe un fait absolument incomprĂ©hensible. Toutes les montres que votre pĂšre a faites et vendues depuis quelques annĂ©es s'arrĂȘtent subitement. On lui en a rapportĂ© un grand nombre. Il les a dĂ©montĂ©es avec soin ; les ressorts Ă©taient en bon Ă©tat et les rouages parfaitement Ă©tablis. Il les a remontĂ©es avec plus de soin encore ; mais, en dĂ©pit de son habiletĂ©, elles n'ont plus marchĂ©.
â Il y a du diable lĂ -dessous ! s'Ă©cria Scholastique.
â Que veux-tu dire ? demanda GĂ©rande. Ce fait me semble naturel. Tout est bornĂ© sur terre, et l'infini ne peut sortir de la main des hommes.
On retrouve ici deux thÚses opposées :d'un cÎté,"les choses mystérieuses sont dues au diable" et de l'autre "il y a une explication raisonnable et scientifique à tout". Jules Verne semble ici prendre le parti de la raison, c'est sa maniÚre de lutter contre les superstitieux récalcitrants.
 Aujourd'hui, les superstitions sont beaucoup moins prĂ©sentes et mĂȘme tournĂ©es en dĂ©rision dans les mĂ©dias.

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Du Mal incarné au tentateur
Au VIe siĂšcle, les chrĂ©tiens de lâĂ©poque attribuent au Diable un physique terrifiant et hideux. Ses traits sont associĂ©s aux vices et maux de lâhomme. Cela les encourageait Ă ne pas pĂ©cher. On remarque que son physique joue un rĂŽle trĂšs important. Par exemple, dans La Divine comĂ©die de Dante Alighieri, le Diable est reprĂ©sentĂ© comme un dĂ©mon gelĂ© au centre dâun enfer glacé : image terrifiante Ă©voquant le mal par excellence : cela fait penser Ă l'expression « avoir un cĆur de glace ». Dante dĂ©crit le Diable comme ayant trois tĂȘtes alignĂ©es verticalement et des ailes de chauve-souris. Lorsque le Diable bat des ailes, il créé un vent glacial qui traverse tout lâenfer.
 « Deux ailes s'étendaient dessous chaque figure,
Mesurant sur lâoiseau leur Ă©norme envergure.
Les voiles de la mer envieraient leur hauteur.
 Le monstre battait lâair avec ces ailes fauves,
Sans plumes, comme on voit celles des souris-chauves.
Trois vents sâen Ă©chappaient et soufflaient furieux,
 Et tout autour de lui se gelait le Cocyte.
Bavant, suant le sang, cette larve maudite
Versait sur trois mentions les pleurs de ses six yeux.
 Ses dents en mĂȘme temps broyaient dans chaque gueule
Un pĂ©cher, lâĂ©crasant comme un grain sous la meule :
Ils étaient ainsi trois à la fois torturés.
 Pour celui de devant, câĂ©tait peu des morsures :
Les griffes lui faisaient de bien autres blessures.
La peau des chairs pendait sur les flancs déchirés !
 -Cette ùme, dont là -haut, plus cruelle est la peine,
Dit mon maßtre, celui qui si fort se démÚne,
La tĂȘte au fond, le corps au dehors, câest Judas.
 Cette autre suspendu a la figure noire,
Et qui, la tĂȘte en bas, pend hors de la mĂąchoire,
Câest Brutus : il se tord, mais il ne parle pas.
 Et lâautre qui paraĂźt si membrue, autre traĂźtre :
Cassius ! Mais la nuit commence a reparaßtre ;
Il est temps de partir, car nous avons tout vu.
 Alors, suivant son ordre, a son cou je mâenlace.
Lui, saisissant a point et lâinstant et la place
-Lucifer ouvrant lâaile, - a son rĂąble velu »
  LâEnfer, Chant XXXIV, Dante Alighieri
 Ici, il est reprĂ©sentĂ© comme lâincarnation du Mal (il punit les trois traĂźtres), il est source de souffrances atroces : champ lexical de la souffrance: "torturĂ©s, morsures, blessures, peau des chairs, flancs dĂ©chirĂ©s". Il est lâallĂ©gorie du chĂątiment infini.
Mais au cours du temps Le Diable devient, petit Ă petit, un tentateur qui incite lâhomme au mal.
Pendant la Renaissance, le Diable change de statut, il est plus fin, plus malin, il est lâacteur de la chute de lâhomme et non plus le chĂątiment mĂȘme de lâhomme, il le sĂ©duit et le tente. Il devient moins malĂ©fique encore pendant lâĂ©poque Moderne. Il est plutĂŽt reprĂ©sentĂ© comme un tentateur. Son rĂŽle est de sĂ©duire lâhomme en Ă©change de son Ăąme. Le Diable sâancre dans la littĂ©rature et devient un personnage. Son aspect physique devient moins effrayant et il prend souvent la forme dâun homme comme sâil vivait parmi nous. On parle maintenant dâun pacte avec le Diable, un thĂšme rĂ©curant dans la littĂ©rature.
Bibliographie et sitographie
Bibliographie
- CHEVALIER Jean et Alain GHEERBRANT,  Dictionnaire des symboles. Mythes, rĂȘves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres, Ă©ditions Robert Laffont et Jupiter, Paris, 1969, 1110 pages.
 - DANTE ALIGHIERI, Inferno. Volume I Of The Divine Comedy, Penguin Books, The Penguin Group, New York, 2013, 2011 pages.
 - GOETHE, Faust, Traduction de Gérard de Nerval, Malesherbes, GF Flammarion, 173 pages.
 - LAVEY Sandro Anton, The Satanic Bible, Avon Books, New York, 2005, 272 pages.
 - MUCHEMBLED Robert, Une histoire du diable. XIIe â XXe siĂšcle, Ă©tions du Seuil, collection Points, 2000, 404 pages.
 - VINCENT Jean-Didier,  La chair et le diable, éditions Odile Jacob, Paris, 1996, 287 pages.
 Sitographie
- GANEAUX Yves, « Images du Diable et Parodie au début du XIXe SiÚcle », http://hicsa.univ-paris1.fr/documents/pdf/CIRHAC/La%20Parodie_%20Gagneux%201.pdf
 - GILLET Thomas, « La Représentation du Diable », http://thomas.gillet.free.fr/sites/culture_et_metiers/Moyen-Age%20et%20Renaissance/index.html