Photo à gauche : Des membres de l’ethnie autochtone Awá Guajá, dans l’État du Maranhão, se reposent après avoir chassé des singes hurleurs bruns. ©Almudena Hernando, août 2006 Almudena Hernando [1]…
Je me bats pour la reconnaissance de la complexité cognitive et culturelle des sociétés orales, qu’elles soient contemporaines ou ancestrales dans leur localisation temporelle. Je me bats pour que les pré-historiens comprennent que s’ils continuent d’interpréter le passé à travers la projection de leur propre « sens commun », qu’ils considèrent comme « universel », ils se limitent à renforcer un discours de légitimation du présent occidental qui nous mène à l’effondrement, sans percevoir l’incommensurable différence intrinsèque de l’oralité, et sa distance radicale avec la logique de la pensée des Lumières.
Pourvu que le monde occidental laisse en paix ce qu’il reste de sociétés de l’oralité sur la planète. À défaut, une fois qu’on leur aura appris à lire et à écrire, leur expérience de l’individu et du monde se transformera inévitablement. Si jamais ces sociétés disparaissaient, nous pourrions penser que la subjectivité humaine est toujours la même, que tous les êtres humains construisent le monde et les individus de la même manière, sans comprendre la merveilleuse versatilité de l’esprit humain, ses multiples formes d’être, de vivre et de nous mettre en relation dans ce monde si complexe. On aurait alors fait disparaître les véritables protecteurs de la planète, parce que les sociétés de l’oralité sont celles qui s’en sentent partie prenante (et pas seulement « s’en considèrent »). Et l’on aurait finalement réalisé le rêve de la pensée des Lumières : répartir tous les êtres humains selon leur degré de conformité à « l’ordre et au progrès » [2], dans l’échelle comparative qui définit les classifications historiques.
Almudena Hernando











