Et WRONG COPS (2013) Le maître de l’absurde, c’est Quentin Dupieux/Mr.Oizo: comment ne pas aimer ce réalisateur hors-normes, de par sa maîtrise de l’objectif et de son sens de l’humour décalé? Succédant à STEAK (2007), RUBBER (2010) et WRONG (2012), WRONG COPS ne parle pas que de flics débiles: cette comédie franco-américaine développe d’autres thématiques chères à Dupieux, la musique -ici un des éléments importants du long-métrage-, et cet humour typique cette fois plus “direct” que subtil. On peut aussi lancer la notion de “Dupieuxverse” avec WRONG COPS, notamment grâce à cette mise en abyme rigolote -des personnages qui regardent RUBBER sur une vieille télévision-, et de par ces protagonistes/acteurs récurrents qu’on retrouve régulièrement dans les œuvres du réalisateur: par exemple, on croisera Dolph, l’antihéros de WRONG, passer par là avec son chien, ou mieux, le policier Duke -Mark Burnham-, un -si ce n’est LE- personnage important du film. Et puisque on parle de casting, autant lever le voile: le vétéran Eric Roberts en... acteur fumeur de weed, Marilyn Manson en ado attardé -génial dans son rôle- et malmené, l’inévitable Eric Judor en flic borgne musicien à ses heures perdues, l’humoriste géant Eric Wareheim, et la déjantée Arden Myrin -une habituée-: tout un programme de drôlerie et de musique donc, dédié à l’esprit inventif de Dupieux. WRONG COPS est différent, dans son fond et dans sa forme: et ce n’est pas juste parce qu’un des Chivers tout droit sorti de STEAK achète de l’herbe à Duke, ni parce que ce dernier va insulter de l’handicapée sur fauteuil roulant entre deux séquences biscornues, non. Car à l’origine, la conception de WRONG COPS a été construite de manière épisodique, avant que Dupieux écarte ce format pour monter ces “chapitres” en un seul film: les premiers spectateurs chanceux eurent l’honneur de recevoir un morceau de pellicule de RUBBER, tandis qu’une voiture de police du film sillonnait les rues parisiennes pour le promouvoir. Court-métrage devenu long, on ne peut déceler ces évidences que si on a eu connaissance de cette étrange gestation à l’avance. Mais cela n’empêche en rien d’apprécier le visionnage de WRONG COPS, leçon géniale de musique, et jolie critique de cet univers: toujours en accord avec son propos, Dupieux se fait un plaisir monstre avec le mélomane Duke, accro à l’électro, jugeant dès qu’il le peut les goûts musicaux des autres. Cet aspect donne lieu à des scènes extrêmement drôles, que ce soit en interagissant avec les personnages joués par Judor ou Manson: et bien sûr, la bande originale du film est signée Mr.Oizo, indissociable de sa façon de filmer, avec une focale très poussée floutant le contour de l’écran. Cette ambiance, ce rendu visuel tout de suite identifiable placent WRONG COPS sans mal au cœur du “Dupieuxverse”, et ce avec une cohérence inter-films rare -loin de MARVEL, on est dans un autre registre-: comment ne pas s’acrouler de rire lorsqu’une victime mourante se fait balloter de droite à gauche pendant les deux tiers du long-métrage, où qu’un flic ripoux tombe la face devant une paire de moobs dévoilée à contrecœur? Et à l’inverse de WRONG, un semblant de logique s’émane de WRONG COPS, qui ne s’ajuste pas avec facilité sur de l’absurde pur, grâce aux dialogues souvent trash qui tombent à pic, punchlines corrosives plus que bienvenues. Tout ce mélange de personnages accros aux vilaines combines et autres méthodes douteuses est d’une fraîcheur palpable, ce contexte de ville de Los Angeles ensoleillée où la police s’ennuie à en crever est tout à fait bien trouvé pour laisser place au délire de Dupieux, classieux réalisateur inclassable encore une fois sous-estimé car trop souvent incompris dans sa démarche. Véritable artiste qu’on adore ou qu’on déteste, le jusqu’au-boutisme de ce réalisateur est légitime, et méritant: nous, on adore aveuglément. Au point de se remater cette séquence fabuleusement WTF où Judor tente de convaincre Duke avec le morceau “Stunt”, très représentatif du film. Et vous? FUNNY COPS /20













