Depuis février 2013, je compose une chronique mensuelle pour Le Panorama, le journal communautaire de Waterloo, ma ville natale.
Avec mes yeux et mes mots dâamoureuse, je tente de raviver la flamme des Waterlois pour leur ville.
BILLET SPĂCIAL PARU EN MAI 2014, POUR LA FĂTE DES MĂRES.
 Samedi, 15 h. Je me rends Ă la pharmacie Ă la recherche dâune carte pour ma maman. Câest la fĂȘte des MĂšres demain, et encore une fois je suis Ă la derniĂšre minute. Devant moi, une mer de papiers colorĂ©s et de mots qui sonnent pareil. Soupir. Je me sens comme la fois oĂč je suis allĂ©e chez Malouin pour choisir les couleurs de mon appartement. Est-ce que jâopte pour le blanc pelage dâoie ou le blanc crĂšme chantilly? Pour moi, câest la mĂȘme chose. Ici, câest choisir entre « merci maman, tu es la plus extraordinaire » et « merci maman, tu es la plus formidable ». Bof. Encore une fois, câest pas mal toujours la mĂȘme histoire.
Jâaime les cartes. Les belles cartes. Celles qui enjolivent le frigo toute l'annĂ©e et qu'on a envie de relire tous les jours. Alors tant quâĂ faire cadeau de mots mĂąchĂ©s par un inconnu dont la besogne est dâinventer des messages dâamour Ă longueur de journĂ©e, aussi bien ne rien offrir du tout. Surtout pour nos mamans, qui elles, nâont jamais empruntĂ© les paroles dâun autre pour nous rĂ©conforter, nous soutenir, nous encourager, nous guider dans la vie. Ou, si ça se trouve, ces mots-lĂ , elles les auront retenus de leur mĂšre Ă elles.
Resoupir. AprĂšs avoir passĂ© 15 minutes Ă patauger dans cet ocĂ©an de phrases toutes faites, je renonce. La gamine en moi me rappelle que jâai du papier, des ciseaux, de la colle et un crayon Ă la maison. Tout le matĂ©riel nĂ©cessaire Ă la fabrication dâune carte Ă la hauteur de ma petite (mais tellement Ă©norme de cĆur) maman.
Quelques bricoles plus tard, jâobtiens un ensemble fleuri et joli. Bon, ce nâest pas un chef dâĆuvre, mais on sent lâamour dans chacun des grains de papier. Jâouvre la carte. LâintĂ©rieur encore vierge a soif de lâencre de mon crayon. Mais lâinspiration, elle, est Ă sec. Au contraire du petit bricolage que je viens de rĂ©aliser, trouver les mots pour rendre la pareille Ă celle qui mâa appris tout sur la vie ne se fait pas en criant « ciseaux ». Jâaurais beau avoir dĂ©nichĂ© la carte la plus exceptionnelle qui soit et y inscrire les quelque 60 000 mots du dictionnaire français et les traduire dans toutes les langues du monde, ce ne serait jamais assez pour dĂ©montrer toute ma gratitude Ă celle qui a eu le courage dâĂȘtre mĂšre.
Oui, le courage. Parce quâau fil des ventres qui se mettent Ă rebondir autour de moi, je rĂ©alise, du haut de mes 24 ans, tout ce quâĂȘtre mĂšre implique. Ne plus me prĂ©lasser au lit jusquâĂ 10 h 30 le samedi matin â ou dormir tout court devrais-je dire! â, me faire du souci Ă perpĂ©tuitĂ© pour un autre ĂȘtre humain, perdre ma tranquillitĂ© dâesprit, rester forte quand jâaurais envie de tout foutre en lâair, accoucher (juste ça demande le plus grand courage du monde).
Donc, renversĂ©e je suis devant la bravoure et lâĂ©nergie des mĂšres. Mais ce qui mâimpressionne le plus, câest quâelles clament haut et fort que tous ces sacrifices, elles les referaient nâimporte quand pour nous, leurs « petits miracles de la vie ». IntimidĂ©e par lâimmensitĂ© de lâexistence, je me demande si je vais, un jour, avoir la force dâĂȘtre mĂšre.
Maman, je te rassure tout de suite : oui, je te ferai des petits-enfants à cajoler, toi qui aimes tant amuser les bouts de chou. Mon désir de donner la vie est plus puissant que la crainte de devoir affronter tout ce qui vient avec.
Encore lĂ , cette force, je la dois Ă ma maman. Parce quâune fois aprĂšs nous avoir mis au monde, nos mĂšres ont une tĂąche colossale sur les bras : celle de nous enseigner la vie. Ouf! Comment fait-on quand on nâa pas encore tout saisi? MĂȘme si elles nâont jamais terminĂ© dâapprendre les rudiments de lâexistence, les mamans pourront toujours se targuer dâĂȘtre les meilleures professeures. MalgrĂ© ça, nous, les bambins bornĂ©s, avons tendance Ă faire fi de cette expertise et de vouloir tirer nos propres leçons⊠Nos enseignantes nâont dâautre choix que de nous observer nous casser la margoulette Ă maintes reprises, sans qu'elles puissent vraiment dire grand-chose.
Câest en grandissant quâon rĂ©alise la portĂ©e de lâenseignement reçu et quâon finit par admettre que « mâman avait raison ». Je vais te faire plaisir, Maman. MĂȘme si je ronchonne souvent et que je fais semblant de ne pas trop tâĂ©couter, tous les conseils que tu me divulgues, je les mets toujours en application sans que tu ne le saches. « Ma mĂšre mâa toujours ditâŠÂ » que je rĂ©pĂšte constamment Ă mes copains. Oh oui, ils connaissent tous tes fameux petits-secrets-de-la-vie! Et tu sais quoi? Ăa fonctionne. (Je tâentends dĂ©jĂ lĂącher un petit « nanananĂšre », pas peu fiĂšre!)
Me voilĂ de retour Ă ma page rose tout Ă fait blanche. Je ne sais toujours pas comment mây prendre pour remercier ma fabuleuse maman Johanne. Je pense quâil faut que je fasse aller mon crayon, sans rĂ©flĂ©chir. Que je laisse mon cĆur sâexprimer, tout simplement. Pas vrai, Maman?
Allez, Ă vos plumes et ciseaux, vos petites mamans nâattendent que vos beaux mots!