Willy Ronis, vitrier, rue Laurence Savrat, Belleville, 1948

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Willy Ronis, vitrier, rue Laurence Savrat, Belleville, 1948

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René Lalique, Blackbirds and grapes, glass panel, 1928
LĂGENDE | Dame maudite du chĂąteau de Greifenstein (Bas-Rhin) ✠https://bit.ly/Legende-Dame-Greifenstein CondamnĂ©e Ă hanter le chĂąteau et se transformant chaque vendredi en un crapaud tenant en sa bouche une clĂ©, la Dame Blanche du Greifestein serait dĂ©livrĂ©e par qui lâembrasserait sous sa forme hideuse et lui prendrait cette clĂ©
François Durif, Vie, vite, vitre, vitrier, Molenbeek, 2018 La Joie du désaccord, SIGNAL#7, Urban Interventions © Bea Borgers
SIGNAL #7 - François Durif (FR) - "Vie, Vite, Vitre, Vitrier"

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François Durif, Pupitre du vitrier, Paris, 06.02.18
Maintenant, va!
Je nâĂ©cris plus. Ăa ne vient pas. Je nâĂ©cris plus « comme avant ». Serait-ce le « comme si » qui me rive Ă cette place de tĂ©moin muet ? Et cependant, je multiplie les « sorties ». Jâendosse lâhabit du vitrier et cours les rues. Rituel de vie. La ritournelle de vitrier me rend des forces. OpĂ©ration dĂ©placement, opĂ©ration dĂ©doublement. Lâoccasion mâest donnĂ©e de passer du « je » au « il ». Silhouette dĂ©coupĂ©e sur fond de paysage urbain. Anonyme. Figurant. Homme-enfant dans la ville. Cri muet du vitrier. Ă un moment donnĂ©, câest le mot « vie » qui jaillit de lâennui. « Revenu rĂ©cemment des ombres de la mort, il aspire avec dĂ©lices tous les germes et tous les effluves de la vie ; comme il a Ă©tĂ© sur le point de tout oublier, il se souvient et veut avec ardeur se souvenir de tout. » LestĂ© de ses verres colorĂ©s, vitrier sâesquinte la santĂ© en arpentant les rues. Au marchĂ© des Abattoirs dâAnderlecht, vitrier « entre dans la foule comme dans un immense rĂ©servoir dâĂ©lectricité ». Il nâa plus quâĂ se laisser porter par ses frĂšres-vagues dans les allĂ©es bondĂ©es du marchĂ©. TraversĂ© par les sons, les Ă©clats de voix, le brouhaha. « Câest un moi insatiable du non-moi, qui, Ă chaque instant, le rend et lâexprime en images plus vivantes que la vie elle-mĂȘme, toujours instable et fugitive. » Vitrier est une forme, une forme visuelle, une image dĂ©coupĂ©e. Il devient lui-mĂȘme Ă©lĂ©ment dâun collage dans la citĂ©. LâintimitĂ© se constitue Ă lâintĂ©rieur de la sphĂšre publique, il le pressentait, maintenant, il lâĂ©prouve. Câest ainsi quâil entrevoit les possibilitĂ©s dâĂȘtre qui lui sont donnĂ©es. Il ne fait pas que colporter des « comme si ». Des « comme si » comme autant de confettis. Homme-qui ? Homme-confettis. « Qui nâa pas ? Qui nâa pas son kiki ? Qui nâa pas son kilo ? Son kilo de confettis ? Garanti sans poussiĂšre ! » Nos souvenirs deviennent vignettes, confettis, nous Ă©crivons pour oublier, nous dĂ©faisons au fur et Ă mesure de nos miettes de vies. Nos vies confites, nos rĂ©sidences surveillĂ©es, nous nâĂ©crivons plus que sur des tablettes de verre, alors que lâĆuvre dâart est mise en mouvement, ouverture du temps aux temps, prĂ©lĂšvement de fragments. Lâartiste nâexiste quâĂ partir du moment oĂč il surmonte la peur de commencer, puise en lui la force de recommencer. Cela ne passe pas forcĂ©ment par les mots, cela passe par un corps en mouvement, une capacitĂ© dâĂ©tonnement devant la vie et ses Ă©clats, mĂȘme si, entre la vie et lui, se glisse une vitre mince. MĂȘme si, lui-mĂȘme, il a parfois lâimpression dâĂȘtre une vitre, traversĂ© par les regards vides des passants. Sur la place publique, il nây a plus de vis-Ă -vis, il nây a plus quâune ribambelle de selfies qui se fabrique Ă tout va. Personne ne le voit, il ne voit personne. OĂč est lâart ? Il ne sait pas. Refroidi, il lui faut recouvrer lâivresse du chemin, « la joie du dĂ©saccord ». Faire avec les autres, sâouvrir Ă lâaltĂ©ritĂ©, câest vite dit. Commencer par se dĂ©faire de ses attributs, sâaccorder Ă se dĂ©saccorder, enregistrer les dissonances, les Ă©carts. Retour Ă la parole, ou bien reporter celle-ci aux confins de la journĂ©e Ă©coulĂ©e. Se tenir Ă une volontĂ© de verre, Ă une essentielle fragilitĂ©, puisque « la seule chose quâun homme puisse façonner est son Ă©tat ». Dans lâhabit du vitrier, il prend le monde sur ses Ă©paules, seconde le monde, se tient Ă la minute â Ă qui perd gagne. La vie devient jeu, il rejoint ainsi le nombre. En acceptant de jouer sa vie, il accĂšde aux « plaisirs de lâanxiĂ©té », Ă dĂ©faut de trouver « dans une seconde lâinfini de la jouissance ». IntĂ©rieur, extĂ©rieur ? Les parois sont minces. Susceptible de se briser dâun moment Ă lâautre, il agit Ă dĂ©couvert â lĂ oĂč il est. Ă la question â « Vitrier ! Quâas-tu fait de ton trait dâunion ? » â, il rĂ©pondra plus tard. Maintenant, va ! Vitrier ! Ăcris « sur la poussiĂšre du nĂ©cessaire » !
François Durif, Lâombre dans le verre, Ixelles, 16.02.18