Délivrance
Je me sens plus légère. Voilà . Je respire mieux. C’est aussi simple que ça. La légèreté, l’insouciance, l’infini. Un sentiment de grande liberté. C’est le printemps.
On commence par enlever les quelques Ă©paisseurs qui gĂŞnent les mouvements, une tuque, un foulard, un manteau plus lĂ©ger, des gants plus minces. On laisse aller les bottes, et puis les bas, et puis tout ça. On a l’impression de grandir de quelques pouces, ne ployant plus sous le poids de tous ces vĂŞtements, se rĂ©vĂ©lant enfin comme on est, tout simplement. Et puis on fait un bon lavage, on laisse sĂ©cher tout ça au grand air sur la corde Ă linge, on cire les bottes et on range le tout, hors de vue pour quelques mois.Â
Il est temps de passer à autre chose, de se libérer du sentiment d’enfermement et de l’alourdissement d’un long hiver. On ouvre les fenêtres pour se débarrasser de l’air vicié qui s’est accumulé au fil de longs mois de noirceur. On passe un chiffon dans lesdites fenêtres pour faire entrer encore plus de cette lumière qui éclaircit les choses et vient même  dissiper les quelques nuages gris qui polluaient l’âme.
On se réapproprie le jardin, sortant quelques meubles pour pouvoir élargir son domaine pendant quelques mois, pour pouvoir s’emplir les poumons d’air frais, pour pouvoir se réchauffer sans avoir recours à la mécanique d’une fournaise. On en profite pour prendre quelques couleurs pour se débarrasser de ce teint blafard, maladif, fantomatique.
On libère également les plates-bandes, les débarrassant elles aussi de ces feuilles et branchailles qui sentent l’étouffement prolongé sous des tonnes de neige. On permet ainsi à la terre de se  défaire aussi de cette odeur de mort accumulée au fil d’un sommeil prolongé, trop long. On aperçoit alors de nouvelles pousses de verdures, timides mais vibrantes, qui viennent tranquillement colorer des semaines de grisaille. Les arbres renaissent en laissant poindre de petits bourgeons pleins d’espoir et de vie.
On prend l’air pour écouter les oiseaux qui renaissent également, s’égosillant à qui mieux-mieux pour impressionner l’autre sexe, pressés de donner la vie, de bâtir leur nid. Entre deux battements d’ailes surexcités, ils se posent quelques secondes puis repartent pressés de vivre, volant et virevoltant comme s’ils avaient été emprisonnés trop longtemps, pour afficher leur envie de bouger et de procréer.
C’est comme un moment de vérité où on ne peut plus se cacher sous des tonnes de vêtements, entre les quatre murs de la maison, derrière des bancs de neige hors proportion. Il n’y a enfin plus d’obstacles à notre besoin de vivre.
Oui, c’est le printemps. Moment de renaissance, d’émancipation, d’évasion, d’affranchissement, de luminosité, d’authenticité, de spontanéité. Moment de délivrance.
















