belle image que ces tombeaux romains disséminés le long de la première route construite par les hommes, l’Appia antica ; une route au service à la fois des habitants mais aussi de leurs défunts ; la voie des vivants entourée, honorée, guidée, par celle des morts ; des morts bien rangés sur ses côtés pour des siècles, la durée de la pierre ; des morts pour accompagner les voyageurs éphémères qui peuvent alors se reposer à l’ombre de leurs édicules ; la route qui par la simple présence parcimonieuse de ces tombes, associant la voix des morts à la voix des vivants, devient voie vers le ciel, chemin vers l’éternel ; une époque où la dimension poétique et symbolique du monde était inséparable de sa dimension fonctionnelle et matérielle ; cette route qui ne pouvait être que ce lieu où le vivant et le mort se mêlent insensiblement sans qu’on puisse au final les distinguer dans le spectacle qui s’établit sous les ordres du soleil : légionnaires au retour des combats, chariots de marchandises tirés par des boeufs et chapelles funéraires, la juste vie, l’apaisement infini ; et ici, juste entre ces deux mondes, un peu d’herbe verte et dense s’épanouit dans leur silence commun, et ici l’ombre des tombeaux est encore un refuge pour le promeneur d’aujourd’hui ; une route pour créer des perspectives, croiser des époques, investir des certitudes, repousser les doutes où se dessinent un paysage infime et remarquable qui murmure en secret : «cheminer c’est aussi avancer parmi les morts, cheminer est cette vie qui mène légèrement à la mort »