21 juillet 1921 â 21 juillet 2016 : 95 ans aprĂšs lâĂ©clatante victoire de la bataille dâAnoual
Les rifains cĂ©lĂšbrent aujourdâhui, jeudi 21 juillet 2016, les 95 ans de la Bataille d'Anoual dans laquelle les rĂ©sistants rifains, guidĂ©s par le prince Abdelkarim El Khattabi, ont immortalisĂ© une victoire inoubliable sur les forces d'occupation espagnoles.
AppelĂ©e le dĂ©sastre d'Anoual par les espagnols, la bataille dâAnoual a marquĂ© le dĂ©but de la guerre du Rif, lâĂ©tablissement de la RĂ©publique du Rif (1921-1927) et la naissance dâun mythe : celui d'Abdelkrim, hĂ©ros de guerre, fin stratĂšge et chef charismatique de la rĂ©sistance.
Lors de cette bataille, les troupes rifaines ont Ă©crasĂ© lâarmĂ©e coloniale espagnole. Le bilan est lourd. 14 000 soldats espagnols morts, 1 000 sont fait prisonniers.
La bataille d'Anoual, connue comme le désastre d'Anoual par l'historiographie espagnole (desastre de Annual en espagnol), opposa un contingent militaire espagnol à l'armée rifaine  de Mohamed Abdelkrim Al Khattabi, dans la région du Temsamane, dans le Rif en juillet 1921. Les affrontements ont eu lieu à 120 km de Melilla dans le Nord du Maroc et marquent le début de la guerre du Rif.
La victoire dâune armĂ©e de rĂ©sistants rifains sur lâarmĂ©e espagnole devint un important symbole de la lutte anticoloniale et marqua un tournant de la rĂ©sistance au double protectorat espagnol et français instaurĂ© au Maroc.
Le dĂ©sastre d'Anoual est une dĂ©faite cuisante de l'armĂ©e espagnole. Elle marque la naissance dâun mythe : celui dâAbdelkrim, hĂ©ros de guerre, fin stratĂšge et chef charismatique de la rĂ©sistance.
La crise politique que provoqua cette dĂ©faite fut une des plus importantes que dĂ»t subir la monarchie libĂ©rale d'Alphonse XIII. Elle fut la cause directe du coup d'Ătat  et de la dictature de Miguel Primo de Rivera .
Depuis dix ans, lâEspagne Ă©prouve beaucoup de difficultĂ©s Ă administrer la rĂ©gion nord du Maroc placĂ©e sous son autoritĂ© depuis 1912. Ses troupes se heurtent continuellement Ă des poches de rĂ©sistance, particuliĂšrement face aux tribus Temsamane  et AĂŻt Ouriaghel.
En 1921, quatre tribus du Rif, les AĂŻt Ouriaghel, les Temsamane, les AĂŻt Ghannou et les Ait Touzine, dĂ©clenchent vĂ©ritablement un vent de rĂ©volte et de rĂ©sistance. Ă leur tĂȘte, Mohamed ben Abdelkrim al-Khattabi, alias Abdelkrim, ĂągĂ© de 39 ans, fils de cadi (« juge ») du clan des Ait Youssef OuaĂąli de la tribu des AĂŻt Ouriaghel. Journaliste Ă ses heures, il possĂ©dait un bagage d'Ă©tude sur la technologie militaire avant dâentrer dans lâadministration espagnole.
Le gĂ©nĂ©ral Manuel FernĂĄndez Silvestre, qui commande les forces espagnoles dans la rĂ©gion, est convaincu dâavoir affaire Ă une petite bande de brigands et continue dâavancer vers le cĆur du Rif. Abdelkrim lui fait alors porter un message dâavertissement en le mettant en garde contre le franchissement de l'oued Amekrane que le fier gĂ©nĂ©ral dĂ©cide dâignorer. Celui-ci charge nĂ©anmoins JĂ©sus Villar, un de ses chefs de bataillon, de poster 250 hommes Ă une dizaine de kilomĂštres Ă l'ouest d'Anoual dans la rĂ©gion de Temsamane  à "Dhar Obaran". C'est un mont surplombant la rĂ©gion qui offre une vue stratĂ©gique sur la ville d'Al Hoceima.
Le 1er juin 1921, Ă peine les hommes de Villar franchissent-ils l'oued  Amekrane pour prendre position sur le "Dhar Obaran" quâils se retrouvent encerclĂ©s par un millier de combattants rifains et sont massacrĂ©s. Une poignĂ©e dâentre eux seulement parvient Ă fuir, abandonnant leur artillerie aux combattants dâAbdelkrim.
GrĂące Ă la prise de ces canons, ces derniers poursuivent, prĂšs de deux mois durant, leur offensive. Dans lâaprĂšs-midi du 21 juillet  1921, Ă Anoual, 5 000 combattants rifains fondent sur les 60 000 soldats espagnols, les contraignant Ă battre en retraite. Ă l'issue de trois semaines de combats acharnĂ©s, le contingent espagnol est taillĂ© en piĂšces (le gĂ©nĂ©ral FernĂĄndez Silvestre se suicida Ă Anoual).
Les guerriers d'Abdelkrim récupÚrent à l'issue de la bataille le matériel abandonné par les troupes espagnoles en retraite soit : 20 000 fusils, 400 mitrailleuses, 200 canons de calibres différents (des 75 mm, des 65 mm et des 77 mm), un stock important d'obus et des millions de cartouches, des camions, des approvisionnements en vivres, des médicaments et du matériel médical ainsi que 2 avions. L'Espagne perdit lors de la bataille plus de 12 000 soldats, en plus des 700 prisonniers faits par le contingent rifain.
Cette dĂ©faite cinglante des forces coloniales fut lourde de consĂ©quences de part et dâautre de la MĂ©diterranĂ©e. C'est cette « humiliation » qui, en 1923 Ă Barcelone, incita le gĂ©nĂ©ral Miguel Primo de Rivera Ă lancer un pronunciamiento et Ă instaurer une dictature militaire.Â
La guerre du Rif dura encore cinq années et se solda par la résignation des rifains suite à la formation d'une coalition franco-espagnole, motivée par l'invasion de territoires français par les troupes d'Abdelkrim. On reproche aux espagnols leur utilisation de gaz moutardes.