Petite fable affable En vrai calotin, un peu cabotin, Un gecko prêchait prou en son lointain Désert sans rencontrer âme qui vive Goûtant à ses sermons, ni de convives Voulant bon gré communier avec Lui. Ça ne lui gelait pas le bec ! Sa foi était celle d’un naja d’Inde Qui avait converti pintades et dindes, Au temps jadis. Préceptes éculés Et, hélas, ascétisme calculé Avaient permis à ce serpent modèle D’avaler, tous contes faits, ses fidèles. L’histoire se sut jusques aux confins Du monde et notre reptile, peu fin, Y vit opportunités pour sa pitance Si maigre en son désert de circonstance. Mais ses prêches ne faisaient pas florès À cause de l’aventure à Bénarès ! Notre gecko, dans l’eau intermittente D’un oued timide, l’âme contente, Aimait à se mirer comme un crapaud : Il s’y trouvait, très humblement, fort beau. Sous le sceau du secret, je vous confesse Qu’il adorait, oui, y tremper les fesses. Un jour qu’il s’adonnait à ce plaisir Bien véniel, il eut le loisir D’entendre un bruit et prit la fuite : Un prédateur était à sa suite, Sans doute. Chacun le vit donc courir Et on glosa lors qu’il noulait mourir. Et puis on s’interrogea sur la cause, Sur qui voulait lui faire des choses Menant à trépas. Et on en déduisit Que sa foi, condamnant l’hypocrisie, Avait indisposé un grand ou le trône. C’est ça : il a déplu à la couronne ! Par solidarité ou par esprit De contradiction, là , on se prit À se convertir vite à sa si chaste Religion du réprimé. Ah baste, Rien ne vaut la persécution Et le martyre, ou son illusion Pour pousser à l’imitation, Aux vils tourments voire à la passion. C’est bien connu, même chez les Hommes Qui répètent en écho, pauvres pommes : « Suivez, et on vous fuira Mais fuyez, et on vous suivra ! » © Christian Satgé - février 2020