une semaine en carmélide
encore joyeux noël, @capitanogiorgio !
Elle lâentendit avant mĂȘme de le voir. Non pas quâil Ă©tait particuliĂšrement bruyant, au contraire mĂȘme, mais toutes ces annĂ©es Ă la tour Ă tendre lâoreille pour essayer de prĂ©dire le prochain mouvement de ses fantĂŽmes, Ă essayer de dĂ©chiffrer les messes basses de ses gardes ou Ă tenter de se distraire de chaque son de la forĂȘt avaient apparemment fini par affiner son ouĂŻe.Â
Et puis, elle savait quâil la rejoindrait.
DĂ©licatement, il posa sur ses Ă©paules un manteau quâelle devinait ĂȘtre le sien, et qui Ă©tait le bienvenu. Parce quâil sentait comme lui, dĂ©jĂ . Elle avait beau lâavoir prĂšs dâelle tout le temps, maintenant, elle ne sâen lassait pas, de cette odeur. Et puis, mĂȘme si les beaux jours arrivaient, il faisait toujours plus quâun peu frais, aussi, surtout Ă cette heure.
Arthur vint se poster Ă cĂŽtĂ© dâelle, si proche que son bras effleurait le sien, et GueniĂšvre tourna la tĂȘte pour lui offrir un sourire quâil lui rendit.
Dieu quâil Ă©tait beau, son roi.
Ils contemplĂšrent la CarmĂ©lide pendant plusieurs minutes. La lune Ă©tait haute, comme les remparts, alors la vue de ses terres natales Ă©tait magnifique. CâĂ©tait devenu son endroit prĂ©fĂ©rĂ© du chĂąteau. Pour ce panorama bien sĂ»r, mais surtout, pour le calme, la paix qui lâaccompagnaient. Elle Ă©tait soulagĂ©e, tellement soulagĂ©e et heureuse de retrouver les bruits de la vie en communautĂ©, les cris de ses parents, les murmures des conversations, le son des portes qui claquent et des repas qui se prĂ©parent, mais parfois - parfois, elle avait besoin de sâen Ă©loigner un peu, quand mĂȘme. Parfois, câĂ©tait trop dâun coup, surtout les soirs comme celui-ci, oĂč les invitĂ©s se faisaient plus nombreux, oĂč le vin coulait Ă flots et oĂč il influait en quelques minutes sur le niveau sonore.
Alors, elle sortait. Et lui la suivait toujours.
(Avant quâelle nâen arrive lĂ , il avait toujours des petites attentions, aussi. Sa main sur la sienne, sur son genou quand il sentait quâelle commençait Ă se sentir oppressĂ©e. Dans le bas de son dos, parfois, pour lui rappeler quâil Ă©tait lĂ . Quâil comprenait. GueniĂšvre rougissait toujours.
CâĂ©tait nigaud Ă son Ăąge, dâavoir encore ces rĂ©actions de jeune fille, mais bon. La reine de Logres avait depuis bien longtemps fait la paix avec le fait quâArthur Pendragon aurait toujours sur elle un effet loin dâĂȘtre des moindres, quoi quâil en soit.)
- Vous feriez quoi si tout Ă©tait possible, lĂ maintenant?, et GueniĂšvre sentit son regard la trouver. âEnfin je veux dire, si vous Ă©tiez libre de faire ce que vous voulez vraiment, sans les dieux au-dessus de votre tĂȘte et tout ce qui va avec, vous feriez quoi?â
Arthur nâhĂ©sita pas un instant.
- Je vous prendrai sous le bras, et on se barrerait dans un pays chaud. Loin.
Evidemment, que son coeur rata un battement. Pas quâun, dâailleurs.
Il se serra, aussi. A sa voix dĂ©jĂ fatiguĂ©e, au ressentiment et Ă lâenvie qui la teintaient.Â
Aux mots qui suivirent. âJe mâenlĂšverai toute la merde que jâai dans la tĂȘte aussi, quand mĂȘme, histoire dâarrĂȘter de vous emmerder avec.â
- Vous mâemmerdez pas, et il ricana, un peu.
Dans ces moments-lĂ , GueniĂšvre avait envie de le serrer dans ses bras jusquâĂ ce que toute sa peine le quitte, et de le protĂ©ger fĂ©rocement de toutes celles qui pourraient la remplacer.
Leurs yeux se rencontrĂšrent encore, les siens doux. Quâil Ă©tait beau, mais quâil Ă©tait -
GueniĂšvre non plus nâhĂ©sita pas une seconde.
- Tout comme vous, et ils se sourirent.
Dans son ventre, les papillons sur lesquels seul le fils Pendragon semblait avoir une emprise se précipitÚrent dans tous les sens.
âOn aurait une jolie maison, aussi. Un peu loin de tout, mĂȘme si on pourrait aller Ă la mer et au village facilement. Avec un jardin, un potager. Un poulailler. Bon aprĂšs, le potager ça serait une catastrophe, vu que je parierais pas sur votre envie de vous en occuper, et que moi, le seigneur Galessin a eu beau vouloir me montrer, jâai pas du tout, mais du tout la main - â
- Attendez attendez, stop deux secondes.
Il sâĂ©tait complĂštement retournĂ© vers elle, une main dâappui sur la pierre, lâautre sur sa hanche, et un froncement de sourcils aussi bien installĂ© sur son front que lui contre le muret.
Comme toujours, GueniĂšvre dĂ»t rĂ©primer lâenvie de les lisser de son pouce. Il Ă©tait si mignon dans son air mi-perplexe, mi-Ă©nervĂ© que câĂ©tait encore plus ardu que dâhabitude.
Elle aussi, se retourna pour lui faire face. Maintint son manteau fermĂ© dâune main, et de lâautre, laissa le bout de ses doigts aller commencer leur noble entreprise.
Arthur, lui, ne remarqua potentiellement mĂȘme pas le contact, visiblement bien trop outrĂ© par elle ne savait quoi pour le noter.
âDĂ©jĂ , d'oĂč vous rĂȘvez d'un poulailler vous, madame j'ai peur des oiseaux parce qu'ils ont pas de bras,â et GueniĂšvre rit ,âet ensuite et surtout: comment ça le seigneur Galessin vous a montrĂ©? DâoĂč il sort, celui-lĂ ?â
Amusée, GueniÚvre se mordit la lÚvre pour réprimer son sourire, ses yeux fixés sur le mouvement de ses doigts.
- Ăa m'a jamais fait peur, les poules. C'est peut-ĂȘtre parce qu'on en avait Ă la ferme quand j'Ă©tais petite allez savoir, mais - je sais pas. Elles, ça va. Je les trouve mignonnes, mĂȘme.
- Et du coup, vous voulez un poulailler.
- En plus, ça permet dâaller faire une balade pour rĂ©cupĂ©rer les oeufs, et tout. C'est chouette quand mĂȘme!
- Et le seigneur Galessin?
- Le seigneur Galessin non, ça j'en veux pas, si ça peut vous rassurer, et elle baissa les yeux pour que son regard croise celui de son bougon de mari.
Dans un Ă©lan de courage, elle permit Ă ses doigts dâeffleurer sa joue, sa barbe. Laissa mĂȘme son index et son majeur sâattarder sur son menton grisonnant.
- Câest moi ou vous ĂȘtes jaloux?
Jamais GueniĂšvre nâavait Ă©tĂ© aussi reconnaissante de la couverture de la nuit: ses joues brĂ»laient tellement quâelle avait mĂȘme peur quâil ne sente leur chaleur dâoĂč il Ă©tait.
Autant pour se donner une contenance que pour le rassurer, son couillon, elle haussa une Ă©paule.Â
- CâĂ©tait du temps oĂč jâĂ©tais avec Lancelot dans la forĂȘt. Jâavais pas vraiment de contact avec qui que ce soit, Ă part Angharad quand vous lâavez laissĂ©e venir: personne voulait me parler, personne ne mâĂ©coutait, mĂȘme. Lancelot y compris, assez vite. Le seigneur Galessin, câĂ©tait le seul.
LĂąchant du regard le mouvement de ses doigts - et les lĂšvres charnues et distrayantes juste au-dessus - elle fixa de nouveau ses yeux dans les siens. âAttention, je sais bien que câest un sale traĂźtre hein, vous me verrez jamais le dĂ©fendre. Mais bon, lui, il Ă©tait gentil avec moi. Je crois quâil avait pitiĂ©, alors il venait discuter de temps en temps, il proposait de mâapprendre des trucs. Câest lui qui mâa montrĂ©, pour les piĂšges Ă oiseaux. Le potager en revanche, ça a jamais pris, ni avec moi, ni tout court dâailleurs: le mieux que yâait jamais eu Ă bouffer sur ce camp, câest du rat.â
- Câest bon Ă savoir, pour Galessin. Jâai toujours cru que câĂ©tait juste un con en toutes circonstances moi, et pour honnĂȘte jâai pas tellement changĂ© dâavis, mais bon. Sâils se repointent et quâon le chope comme lâautre trou du cul de jurisconsulte, je prendrai ça en considĂ©ration.
- Quâil a voulu me donner les meilleures astuces pour rĂ©ussir mes plants de salade, vous voulez dire?
Ils se sourirent encore dans la nuit, et cette fois, le cĆur de GueniĂšvre bondit si fort dans sa poitrine quâelle Ă©tait persuadĂ©e quâil voulut en sortir pour aller sâoffrir Ă Arthur.
Ce qui serait logique, en soi. AprÚs tout, il était déjà à lui.
âBon, on va se coucher?â Elle acquiesça.
Attrapant la main qui Ă©tait toujours sur son visage, Arthur y dĂ©posa un baiser qui fit - ĂŽ surprise - rater un autre battement au cĆur dĂ©cidĂ©ment bien mis Ă mal de la princesse, et lâenroula autour de son propre bras avant de les mener vers leurs quartiers.
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En face de lui, Bohort arborait la mouille mi-gĂȘnĂ©e, mi-âjâai Ă redire mais jâose pas de peur de froisser mon roi et de prendre une beigne au passageâ si caractĂ©ristique de son chevalier, et Arthur dĂ»t rĂ©primer un sourire amusĂ©.
- Eh bien, disons que câest clair, oui. AprĂšs, âtout bonâ...
- Non, non, Sire! Câest juste que - voyez-vous, entre le rapatriement de la table ronde et tout ce que cela implique, regardant sa nouvelle demeure notamment, et la fĂȘte qui nâest plus que dans quelques jours maintenant, je -Â
- Oui mais on sâen fout, de ça.
Son beau-pÚre avait raison: celui-là et sa capacité à se vexer comme une grosse dinde pour tout et n'importe quoi, décidément.
Roulant des yeux Ă sâen dĂ©boiter la tĂȘte, Arthur soupira.
- TrĂšs bien, on sâen fout pas. Mais ce que je vous demande lĂ , câest plus important.
Le reprĂ©sentant de Gaunes lui jeta un regard quâobjectivement, Arthur savait ne pas voler.
Il nâen avait cela dit rien Ă foutre.
âPrioritaire, Bohort. Et câest un ordre,â ajouta-t-il avec des yeux aussi noirs quâil le pouvait avant que lâhomme ne puisse libĂ©rer la rĂ©plique qui naissait dĂ©jĂ sur ses lĂšvres.
Le roi de Logres haussa une Ă©paule. âJâaurais bien demandĂ© Ă VĂ©nec mais il est pas dans le coin, et ça urge. Du coup, Ă vous de vous dĂ©merder, dĂ©solĂ©. Allez, bonne journĂ©e mon petit Bohort.â
Et, avec une tape dans le dos, Arthur tourna les talons, et remonta dans sa chambre.
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Un soubresaut. Une inspiration affolĂ©e. Chaque nuit, les signes Ă©taient les mĂȘmes.
Ce nâĂ©tait pas forcĂ©ment que la nuit, dâailleurs. En de rares occasions, il parvenait Ă dormir jusquâĂ ce que la lune ne disparaisse avant dâĂȘtre violemment rĂ©veillĂ© par ses songes le soleil revenu. Parfois, les fois oĂč il nâavait vraiment pas de chance, son amour, câĂ©tait les deux, aussi: pendant des heures, plusieurs fois d'affilĂ©e.
Le mĂȘme rĂȘve Ă©trange, en boucle.
Arthur lui avait dĂ©crit le bleu, lâimmensitĂ©, la sensation de profondeur. Dâangoisse, aussi, le sentiment inexplicable dâune tragĂ©die en approche. Et puis, il y avait ce bateau qui fendait la surface de lâeau, et lĂ -Â
A cĂŽtĂ© dâelle, le souverain de Logres tentait de reprendre son souffle, une main sur son visage fatiguĂ©. La lune brillait si fort ce soir que lorsquâil la retira, elle pouvait distinguer chaque ride, chaque cil. Le trouble derriĂšre ces yeux sombres.
Lorsquâelle amena sa main Ă son visage, le bruit discret des draps qui glissĂšrent vint se joindre Ă celui de la respiration perturbĂ©e de son roi.Â
Ils ne se touchaient toujours que trĂšs peu. AprĂšs la tour, elle avait cru que, peut-ĂȘtreâŠmais il y avait eu la chute de Kaamelott, les mots assassins de Lancelot, et Arthur sâĂ©tait allongĂ© sous les pierres, fatiguĂ©, encore, et en fait, non. Il avait pris le temps de lui expliquer, ses yeux fuyants, chacun de ses pores respirant la culpabilitĂ© et la haine de lui-mĂȘme. Ce nâĂ©tait pas elle, mais il ne pouvait pas. Il avait envie dâavoir envie, mais sa tĂȘte, son corps ne voulaient rien savoir, trop en prise avec ses dĂ©mons intĂ©rieurs.
Elle le lui avait dit, le rĂ©pĂšterai tant que ce serait nĂ©cessaire: il nâavait pas Ă sâen faire. Elle ne lui en voulait pas, pas du tout mĂȘme: GueniĂšvre voulait juste quâil aille bien, alors son souhait, au vu de sa situation, câĂ©tait surtout quâil nây ajoute pas en plus des remords qui nâavaient pas lieu dâĂȘtre. Et puis, elle lâavait avec elle, quand mĂȘme. Surtout. Elle qui pensait ne plus jamais le revoir, avait dĂ»t refouler ses larmes et la douleur qui lui tordait les entrailles chaque fois quâelle y pensait, presque quotidiennement, dans sa prison de pierres, elle lâavait, lĂ , tout prĂšs dâelle. Sain et sauf, au moins physiquement. Elle lâavait, et, en plus, ce quâelle avait toujours espĂ©rĂ© Ă©tait par miracle enfin rĂ©alitĂ©: il la voulait aussi. Lui souriait, la regardait avec une chose dans les yeux quâelle devinait presque ĂȘtre celle quâelle avait dans ses yeux et son coeur Ă elle, quand elle le voyait. GueniĂšvre nây connaissait pas grand-chose, mais elle la distinguait, la sentait, la diffĂ©rence. A vrai dire, elle avait eu lâimpression que les choses avaient commencĂ© Ă changer il y a un moment dĂ©jĂ , quand ils Ă©taient partis Ă la recherche de sa descendance, avant mĂȘme, peut-ĂȘtre, quand il Ă©tait venu la chercher dans la forĂȘt, mais jamais elle nâaurait pensĂ©âŠjamais elle nâaurait espĂ©rĂ© autant. Alors si en Ă©change de tout ça, elle devait rester Ă©trangĂšre Ă toutes les choses de lâamour quâelle devinait ĂȘtre dĂ©licieuses, tant pis.
Alors non, ils ne se touchaient pas, pas comme ça, et mĂȘme dans lâabsolu, pas beaucoup. Mais un peu, tout de mĂȘme. Quand lâun voulait rassurer, calmer lâautre, donc. Parfois, juste comme ça, aussi. Elle avait toujours du mal Ă les initier, ces contacts-lĂ , effrayĂ©e de dĂ©passer des limites quâelle ne pensait pourtant pas inamovibles. Lorsque lui le faisait, lorsque ses doigts venaient presque timidement trouver les siens, dans leur lit ou au dĂ©tour dâun couloir, ou quâil se rapprochait plus que dâordinaire dans leur couche, si prĂšs quâelle sentait son souffle sur son visage, le coeur de GueniĂšvre sâemballait, Ă chaque fois.
Son pouce continuait Ă effleurer doucement sa pommette, la joue dâArthur chaude dans la paume de sa main. Ses yeux sâĂ©taient refermĂ©s Ă son contact, et, doucement mais sĂ»rement, il semblait se calmer.
LorsquâaprĂšs quelques minutes, il tourna la tĂȘte vers elle, GueniĂšvre lui sourit.Â
Pria pour qu'il ne lise pas son inquiétude.
Elle le voyait, plier peu Ă peu sous le poids bien trop familier des responsabilitĂ©s, lui qui Ă©tait dĂ©jĂ affaibli. Elles les voyaient se creuser, ces cernes qui ne le quittaient pas.Â
Elle voyait tout, de nouveau. Et elle était terrifiée.
Ils restĂšrent comme ça un moment. GueniĂšvre espĂ©rait que câĂ©tait aussi apaisant pour lui que pour elle.
- Dites, jâai oubliĂ© de vous demander tout Ă lâheure: câest moi ou vous vous preniez le chou avec mon pĂšre, cet aprĂšs-midi?
Arthur roula des yeux si fort quâelle fut surprise de ne pas en entendre le bruit, tout signe de dĂ©tresse restant Ă©tant immĂ©diatement effacĂ© par son expression saoulĂ©e qui prenait toujours tellement de place sur ce visage ronchon quâelle avait toujours envie de couvrir de baisers.
- Câest pas vous, non: il mâa encore bien fait chier, aujourdâhui.
Sous les couvertures, Arthur saisit la main droite toujours libre de GueniĂšvre avant dâentrelacer leurs doigts, et elle remercia le ciel de lâavoir aidĂ© Ă rĂ©primer le frisson qui avait menacĂ© tout son corps.
- Quâest-ce quâil sâest passĂ©?
- Comme dâhabitude: je lui demande de faire quelque chose, et lui il me prend la tĂȘte pendant trois plombes avec des conneries au lieu de le faire. Yâa vraiment rien pour les calmer vos parents, mĂȘme pas lâĂąge, et GueniĂšvre rit.
- Câest pas faux. Quâest-ce que vous lui avez demandĂ©?
CâĂ©tait peut-ĂȘtre la fatigue, mais GueniĂšvre aurait jurĂ© voir quelque chose proche de la gĂȘne traverser le visage de son mari.Â
- Un truc par rapport Ă la nouvelle table ronde, lĂącha-t-il finalement. Vaguement. âIl va le faire en plus hein: mais fallait quâil fasse bien en sorte de me faire doubler les veines du cou de volume avant, visiblement.â
Elle pouffa, parfaitement capable de visualiser la scÚne, et les yeux pétillants de satisfaction et de défi de son pÚre.
- Vous Ă©tiez dans mon rĂȘve tous les deux, d'ailleurs.Â
- En train de vous engueuler ça va sans dire.
- Je suis désolé de vous avoir réveillée, lui dit-il sincÚrement dans une expression peinée.
GueniĂšvre secoua la tĂȘte, serra ses doigts plus forts entre les siens pour lui faire comprendre quâil nâavait pas Ă lâĂȘtre.
- Je pense pas, non, et, comme prévu, elle regarda ses épais sourcils noirs se froncer.
RĂ©prima son sourire amusĂ© autant quâelle le put.
- Vu le rĂȘve que je faisais, je pense pas que vous soyez dĂ©solĂ©e de mâavoir rĂ©veillĂ©e, non.
- Ah parce que ça vous amuse de nous voir nous engueuler pour de faux pendant la nuit, en plus de pour de vrai toute la journée?
- CâĂ©tait pas tellement vous les protagonistes principaux, je vous ferai dire. Vous Ă©tiez lĂ , mais câest pas vraiment de vous, dont je rĂȘvais.
Cette fois, GueniĂšvre ne put le retenir, son rire.
Son mari, évidemment, fut outré.
- Non mais vous vous foutez de moi!
- Mais câest Ă cause de vous lĂ aussi, Ă en faire des caisses la derniĂšre fois!
- Bah tiens. Et vous faisiez quoi dans cette petite sauterie imaginaire, si câest pas indiscret? Vous partiez dĂ©couvrir le monde Ă la recherche du meilleur potager main dans la main?
- A peu de choses prĂšs, oui.
Sa tĂȘte de cornichon jaloux dĂ©colla de lâoreiller.
Elle devinait que ses rires ne devaient pas aider du tout, mais elle nâarrivait pas Ă sâarrĂȘter.
Quâest-ce quâil Ă©tait bĂȘte, alors. BĂȘte, et adorable.
- Criez pas comme ça, vous allez réveiller tout le chùteau.
- Ah bah yâa pas de quoi, non, c'est sĂ»r.
- Je sais pas si on partait chercher quelque chose, en fait, se demanda-t-elle Ă haute voix, pensive. âMais on partait, en tout cas. On Ă©tait dans un grand champs, yâavait tout le monde, et il me prenait dans ses bras, un peu comme vous lâavez fait le jour de notre mariage -â
- A lâaise. Et il mâavait piquĂ© ma couronne de fleurs aussi, ou juste ma femme?
GueniĂšvre fit glisser ses doigts le long de sa mĂąchoire, sur son cou avant de les laisser remonter de nouveau Ă sa joue pour se faire pardonner.
- Il vous avait pas piquĂ© votre couronne de fleurs, non. Votre femme non plus, dâailleurs: vous vous battiez avec mon pĂšre parce que justement vous vouliez me rĂ©cupĂ©rer, mais lui voulait pas -
- âŠdu coup il essayait de vous taper dessus avec un bĂąton, mais VĂ©nec lui est tombĂ© dessus avec une casserole, alors il a pas pu -Â
- Pour une fois quâil me sert, celui-lĂ .Â
- âŠet Ă la fin, je sais plus trop comment, mais je finissais par vous rejoindre. En collant un coup de pied dans les parties du seigneur Galessin il me semble, si ça peut vous faire plaisir. Ma mĂšre Ă©tait furax.
- Bah ils font la paire, vos parents.
- Non pas par rapport Ă vous, par rapport Ă l'autre. Elle a toujours eu un petit faible pour, alors que je commence Ă lui taper dessus, forcĂ©mentâŠ
Arthur la regardait avec des yeux de merlan frit.
- Vous pouvez me la refaire, celle-lĂ ?
- Toujours, je vous dis. Alors elle le trouve con, hein, elle a pas plus de respect pour lui que pour un autre, mais bon. Elle le trouvait séduisant. Ya pas qu'elle, d'ailleurs: on est toutes -
- Ah non mais vous allez pas recommencer, si?
- Mais quoi! rit-elle. âJ'ai jamais dit que j'Ă©tais attirĂ©e par lui, moi, c'est vous qui faites votre gros ours mal lĂ©chĂ©. Tout ce que j'ai dit, c'est qu'il Ă©tait gentil avec moi, et que oui bon, effectivement, objectivement il Ă©tait vraiment trĂšs -â
- TrĂšs beau au point d'en rĂȘver la nuit, on aura compris oui. Arthur souffla, dramatique. âOn peut parler d'autre chose que de ce trou du cul maintenant lĂ ou bien?â
Profitant du fait que les yeux de son mari soient restés cloués au plafond aprÚs avoir roulé dans leurs orbites une éniÚme fois, GueniÚvre laissa un baiser timide sur sa joue.
âVous savez trĂšs bien que yâen a qu'un de brun qui m'intĂ©resse, moi. Et il est petit avec une Ă©pĂ©e qui fait chier.â
Dans une manĆuvre exceptionnelle, son roi rĂ©ussit Ă la fusiller du regard tout en lui accordant un sourire amusĂ©.
Il nâavait vraiment pas Ă sâen faire: n'Ă©tait dĂ©cidĂ©ment pas Arthur Pendragon qui voulait.
(Et elle ne voulait que lui.)
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Arthur nâĂ©tait pas sĂ»r de qui Ă©tait le plus surpris.
Lui, qui se tenait lĂ comme un con, la gueule enfarinĂ©e et le cerveau toujours pas rĂ©veillĂ© aprĂšs leur nuit perturbĂ©e. Sa femme, qui Ă©tait venue sâĂ©craser dans son dos, ne sâattendant pas Ă sa halte soudaine.
Ou Perceval, qui se tenait devant eux, les yeux comme deux soucoupes et le poing levé pour, visiblement, frapper à la porte de leur chambre.
- Mais quâest-ce que vous foutez lĂ , vous?
Le visage du chevalier sâillumina.
- Bonjour, Sire! Ma reine, ajouta-t-il en inclinant la tĂȘte.
- Bonjour, seigneur Perceval. Quâest-ce qui vous amĂšne Ă cette heure?
Bien sĂ»r, son ton Ă elle Ă©tait on ne peut plus avenant, alors quâelle serrait parallĂšlement silencieusement le bras dâArthur pour lâintimer Ă plus de politesse malgrĂ© lâheure.
- Jâsuis dĂ©solĂ© de vous dĂ©ranger si tĂŽt, mais câest que je voulais vous inviter Ă nous rejoindre, en fait.
- Pour mon anniversaire. On va faire une partie cet aprĂšs-midi, alors je me suis dit âTiens, jâinviterais bien le roi, ça me ferait plaisir quâil vienne.â Et vous aussi ma Reine, Ă©videmment! Surtout vu comment vous avez Ă©tĂ© balĂšze au robobrole. Alors voilĂ , je vous demande.
Sa tirade fut accueillie par un silence complet.
Arthur se retourna vers sa femme afin de sâassurer que ça ne soit pas lui qui soit en train de dĂ©conner. Vu sa tĂȘte, non.
- Bah vous savez, la partie de robobrole de la derniĂšre fois. Juste avant que vous retiriez -Â
- Non mais ça je lâai, merci -Â
- Je pense que ce que voulait dire mon mari, coupa gentiment sa princesse, une main tout aussi demandante quâapaisante dans son dos, âcâest quâon ne savait pas que câĂ©tait votre anniversaire.â
- Câest parce quâavant, jâle disais jamais. Parce que quand jâle disais, les gens oubliaient, ça me faisait pleurer, du coup ça mâa saoulĂ© jâai arrĂȘtĂ©. Mais bon, lĂ câest le premier depuis que vous ĂȘtes revenu, et depuis quâon est sortis des souterrains, alors je me suis dit quâil fallait marquer le point!
- Et donc pour ça, vous voulez faire une partie deâŠ
Le chevalier adressa Ă GueniĂšvre un regard oĂč joie et excitation venaient rencontrer confusion.
- Bah en fait, je sais pas comment ça sâappelle.
- Ah bah parfait, ça commence bien, et cela valut à Arthur un pincement dans les cÎtes pour lequel elle récolta un regard noir.
- Non mais je me souviens comment on joue, vous inquiĂštez pas. Câest juste que jâai oubliĂ© le nom.
- Ăa Ă la limite, câest pas trĂšs grave, concĂ©da la reine en faisant les gros yeux Ă son roi.
Perceval, lui, eut évidemment droit à son plus beau sourire.
âComment on y joue, alors, Ă ce jeu?â
- Câest simple: normalement, yâa deux Ă©quipes de onze joueurs chacune. Mais si yâen a moins câest pas grave, il faut juste changer la rĂšgle du corner, et puis lâentrĂ©e se fait pas par la mĂȘme entrĂ©e du terrain, câest perpendiculaire Ă gauche par rapport Ă lâarbre le plus proche sâil est plus de midi -Â
Le mal de crĂąne allait donc bien ĂȘtre au rendez-vous, aujourdâhui.
- Et donc, le but du jeu?
- Mettre la balle dans le but!Â
Son chevalier avait un sourire Ă sâen dĂ©coller les zygomatiques. âĂa tombe bien en plus, vous qui vouliez une balle la derniĂšre fois, au robobrole,â et Arthur grogna. âYâa deux buts, et faut mettre la balle dans celui de votre Ă©quipe. Et devant chaque but, yâa un gardien ou une gardienne pour rattraper la balle, et celui qui a le plus de buts a gagnĂ©. La rĂšgle la plus importante, câest -â
- Non mais on verra tout Ă lâheure les rĂšgles.
- Oui, ce sera plus simple dâapprendre en faisant, ajouta GueniĂšvre avec diplomatie.
Cette fois, elle lui écrasa le pied.
Perceval, lui, souriait toujours comme un con.
- Trop la classe! Je viendrai vous chercher cet aprĂšs-midi, alors.
- Faites-donc ça, oui, et, rayonnant, le gallois repartit dans le couloir.
Avant quâil nâatteigne les escaliers, cependant, Arthur lâinterpella une derniĂšre fois. âHey, Perceval?â
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Plus jeune, GueniĂšvre adorait les jolies robes.
Elle qui avait grandi dans une ferme, avec pour mĂšre une Picte par-dessus le marchĂ©, nây avait jamais vraiment eu accĂšs, mais en avait pourtant toujours rĂȘvĂ©, nourrie par le souvenir chĂ©ri et enchantĂ© des quelques Ă©lĂ©gantes dames quâelle avait croisĂ©es. Alors forcĂ©ment, quand elle avait Ă©tĂ© couronnĂ©e reine, son bonheur avait Ă©tĂ© complet. Les couleurs! Les bijoux, tous plus beaux les uns que les autres! Les coiffures Ă©laborĂ©es, ses boucles plus belles que jamais! Elle adorait cela, quâon la prĂ©pare le matin.
Et puisâŠet puis, peu Ă peu, ça lui Ă©tait passĂ©. Elle ne savait plus quand exactement, mais elle se souvenait que ça avait Ă©tĂ© assez rapide. MĂȘme une fois Kaamelott terminĂ©e, elle ne sortait pas tellement, en fait, et nâavait donc pas vraiment de raison de sâapprĂȘter. Elle ne sâĂ©tait pas fait dâamies Ă qui elle pourrait parler de jolis tissus et de tant d'autres choses comme elle le pensait. Son mari ne la regardait pas. Lâexcitation et les joies de cette nouvelle vie quâelle avait tant attendue nâĂ©tait finalement jamais arrivĂ©es, et la morositĂ© de sa rĂ©alitĂ©, elle, se fit de nouveau sentir. BientĂŽt, elle ne soucia plus de son apparence que pour les visites officielles, et seulement pour Ă©viter les remarques bien senties de sa mĂšre.
Quand Lancelot lâavait capturĂ©e, GueniĂšvre avait haĂŻ chacune des robes et parures luxueuses quâil lui avait imposĂ©es. Oh, elles Ă©taient belles, pourtant, magnifiques: la jeune adolescente quâelle avait Ă©tĂ© aurait eu des Ă©toiles dans les yeux Ă leur simple vue. Mais lâadulte quâelle Ă©tait devenue les dĂ©testait, ni plus ni moins. De tout son ĂȘtre. Elle dĂ©testait ces tons riches et pleins de couleurs qui contrastaient avec les murs ternes qui la tenaient prisonniĂšre; elle dĂ©testait ces corsets qui la privaient du peu dâair auquel elle avait accĂšs, et qui la faisaient souffrir quand elle sâasseyait alors quâelle ne pouvait faire que ça, sâasseoir. Elle mĂ©prisait les matiĂšres soyeuses sur lesquelles son bourreau se permettait de faire courir ses doigts, elle mĂ©prisait ses compliments. Elle le mĂ©prisait, lui.
Elle avait voulu retrouver sa tenue de marche blanche et simple que son pĂšre avait comparĂ© Ă celle dâune marchande de chevaux lorsquâelle Ă©tait partie avec Arthur. Elle avait dĂ©sirĂ© plus que tout pouvoir sortir et marcher, dâailleurs. Des kilomĂštres entiers, sans sâarrĂȘter. Elle avait rĂȘvĂ© dâentendre de nouveau la voix de son pĂšre qui se foutait dâelle. Elle avait priĂ© revoir Arthur.
Dâun mouvement de tĂȘte, GueniĂšvre chassa les larmes qui lui montaient, et se força Ă se reprendre, se souriant dans le miroir pour accĂ©lĂ©rer le processus.
Elle le voyait tous les jours maintenant, son amour. Elle les entendait se chamailler toutes les deux heures, ses parents. Elle était libre.
Et ce soir, avec ses amis, sa famille et son peuple, elle célÚbrerait le retour du printemps, et les trois mois de leur liberté retrouvée.
Ce soir, elle sâĂ©tait pomponnĂ©e, sâĂ©tait laissĂ©e aller Ă la futilitĂ© de soigner sa tenue et de peaufiner sa coiffe de cette façon que DĂ©mĂ©tra lui avait montrĂ© un jour, parce que ce soir, pour la premiĂšre fois depuis trĂšs longtemps, elle en avait eu envie. Pour elle.
Ăa allait ĂȘtre une nuit formidable, elle le savait. Elle lâavait dĂ©cidĂ©, mĂȘme.
CâĂ©tait la moindre des choses, dâailleurs: aprĂšs tout, ils fĂȘtaient aussi lâanniversaire du seigneur Perceval.
Laissant un gloussement excitĂ© lui Ă©chapper, GueniĂšvre bondit de son assise, et se hĂąta dâaller trouver son mari.
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Elle Ă©tait dâune beautĂ© Ă couper le souffle.
Ce nâĂ©tait pas histoire de faire des phrases: lorsquâil sâĂ©tait retournĂ© et quâil lâavait vue arriver, Arthur sâĂ©tait Ă©touffĂ© comme un con avec le morceau de jambon quâil avait dans le bec, et nâavait pu reprendre une respiration normale quâau bout de quelques humiliantes minutes.
Le soleil couchant colorait le ciel de CarmĂ©lide dâun orange et dâun rouge profonds sur lesquels venaient se dessiner les fumĂ©es des porcs qui cuisaient Ă la broche, menĂ©e dâune main de maĂźtre par Karadoc. Le tavernier zigzaguait entre les tables installĂ©es sur le domaine qui retrouvait sa verdure, des pichets en Ă©quilibre sur les plateaux. Bohort sâĂ©tait bien Ă©videmment dĂ©merdĂ© pour trouver des fleurs (âOn fĂȘte tout de mĂȘme le retour du printemps, Sire!â), et en avait foutu partout. Un feu de joie avait Ă©tĂ© dressĂ© et sâenflammait dĂ©jĂ un peu plus loin, nâattendant plus que ses festoyants qui arrivaient par groupes entiers, leurs visages tous fendus du mĂȘme sourire heureux.
Le printemps revenait, oui. Et cette fois, ils Ă©taient tous libres dâen profiter.
Et puis, il sâĂ©tait retournĂ©, et paf! Sa femme, absolument magnifique dans une robe lilas aux brodures discrĂštes sur laquelle ses boucles brunes descendaient en cascade.
Il avait failli y rester. Littéralement, donc.
Lorsque leurs regards sâĂ©taient croisĂ©s, ça avait Ă©tĂ© comme une flĂšche dans le cĆur. Pas de nature romantique, la saloperie - enfin, pas que. Ăa lui avait surtout fait mal, fort, dâun coup, de se dire quâil ne pouvait toujours pas, ne pourrait jamais lui offrir ce quâelle mĂ©ritait, Ă cette femme quâil avait toujours lâhonneur de pouvoir appeler la sienne, cette femme si belle, pleine de vie et dâespoir malgrĂ© toutes les conneries que le destin lui avait servi. Il ne lui avait pas menti, lâautre soir: sâil pouvait, il se dĂ©gagerait toute la merde quâil avait dans la tĂȘte et il lâaimerait, lâhonorerait comme elle en avait envie. Comme il en avait envie, lui aussi, si seulement -Â
- Oh, comme vous ĂȘtes beau!
Courant Ă moitiĂ©, GueniĂšvre sâĂ©tait prĂ©cipitĂ©e vers lui, se viandant presque sur la fin et lâobligeant Ă la rattraper, ses deux mains sur ses hanches fines.
Non pas quâil sâen plaignait.
- Moi je sais pas, mais alors vous. Vous ĂȘtes sublime.
On aurait dit quâelle avait Ă©tĂ© touchĂ©e par la foudre, sa princesse.
Dans un coin de sa tĂȘte, Arthur se nota de lui offrir plus de ces compliments quâelle appelait pourtant tant, histoire quâelle sây habitue enfin.
Et puis, ses joues sâempourprĂšrent et doucement, tout doucement, un sourire naquit sur son visage, apportant au passage avec lui une bouffĂ©e de chaleur Ă Arthur qui lui fit croire pendant quelques secondes que le soleil avait changĂ© dâavis, et revenait se joindre Ă eux.
Depuis, elle nâavait fait que ça, sourire. Danser, rire aux Ă©clats, papillonner dâune conversation Ă une autre. Elle avait toujours Ă©tĂ© douĂ©e pour ça, parler aux gens.Â
Contrairement aux trois quarts (et plus) des participants, elle nâavait rien bu, comme lui, et pourtant, malgrĂ© les premiers rayons du soleil quâon apercevait Ă lâest, elle ne montrait pas le moindre signe de fatigue.
Heureuse. Il osait Ă peine le penser, lâespĂ©rer, mais câĂ©tait pourtant vrai: elle avait lâair heureuse.
Et putain que ça lui allait bien.
CalĂ© contre son arbre, Arthur sourit alors que sa reine sâesclaffait de joie en faisant tourner cette andouille de Gauvain.
Elle avait lâair heureuse, oui. Et lui, mĂȘme sâil savait que ça ne durerait pas, se sentait, au moins en cet instant, heureux rien que de la regarder.
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A lâextĂ©rieur, lâair Ă©tait vivifiant, et empli uniquement du chant des oiseaux.
Non pas quâil Ă©tait particuliĂšrement tĂŽt. En revanche, la deuxiĂšme soirĂ©e de fĂȘte, elle, avait Ă©tĂ© particuliĂšrement rĂ©ussie, et avait mĂȘme vu le soleil se lever, soleil qui, malgrĂ© la hauteur quâil avait maintenant atteint dans le ciel, trouvait donc le peuple de CarmĂ©lie toujours profondĂ©ment endormi.
ProfondĂ©ment endormi ou, dans le cas de certains (le seigneur Calogrenant), en souffrance, la tĂȘte dans un seau.
Toujours Ă©tait-il que GueniĂšvre avait aujourdâhui tout le luxe de se balader tranquillement avec son mari dâhumeur Ă©trangement aventuriĂšre, avec pour seuls compagnons quelques oiseaux qui ne la dĂ©rangeaient pas le moins du monde, puisque constituant lâexcuse parfaite pour aller se coller un peu plus contre son roi. Aujourdâhui, pour quelques heures au moins, ils Ă©taient seuls au monde.
Ou du moins, câest ce quâelle pensait.
Elle Ă©coutait, hilare, Arthur lui dĂ©crire les mouvements de danse endiablĂ©s de son pĂšre la veille lorsquâelle le nota.
De lâautre cĂŽtĂ© du mur, lĂ , vers les plants de fraise, si elle ne se trompait pas. On aurait presque dit -Â
Le bruit reprit, cette fois reconnaissable entre mille. GueniĂšvre s'arrĂȘta net, tournant vers Arthur des yeux surpris qui furent encore plus surpris de le trouver lui, impassible. AmusĂ©, mĂȘme.
- Ouais, câest bizarre, dit-il, nâayant pas lâair de trouver ça bizarre du tout.Â
Au contraire. âOn ferait mieux dâaller jeter un coup d'Ćil, non?â et, sans attendre son approbation, Arthur leur fit parcourir les quelques pas restants le long du rempart sud, puis tourner lâangle en Ă©vitant le passage boueux du sentier.
Et câest lĂ quâelle les vit, un peu plus loin.
Elle - nâen croyait pas ses yeux.
Ce nâest que quand la voix dâArthur sâĂ©leva derriĂšre elle que GueniĂšvre rĂ©alisa que, sans vraiment sâen apercevoir, elle avait traversĂ© seule les derniers mĂštres pour venir sâagripper, hĂ©bĂ©tĂ©e, Ă ce grillage quâelle dĂ©couvrait.
- Câest Bohort, commença-t-il alors que devant elle, les petites poules se pavanaient dans leur enclos. Ici, lâune dormait - lĂ -bas, lâautre se battait avec un bout dâherbe quâelle nâarrivait pas Ă arracher du sol.
âEnfin, câest votre pĂšre aussi, techniquement, pour tout ce qui est structure,â prĂ©cisa-t-il. Elle pouvait entendre ses yeux rouler rien quâĂ sa voix. âCâĂ©tait ça, la dispute de lâautre jour, dâailleurs: il mâaura filĂ© un mal de crĂąne du diable, mais bon, il se sera pas foutu de vous.â
Il Ă©tait Ă son niveau, maintenant, et GueniĂšvre tourna la tĂȘte pour trouver un petit sourire sur son visage. âMais les poules, câest Bohort. Yâen a dâautres qui arrivent, hein. Jâai demandĂ© au duc dâAquitaine aussi, je sais quâil en a des plus - enfin avec des plumes de compĂ©tition, jolies et tout, mais elles ont pas pu arriver Ă temps, elles devraient -â
- Vous mâavez fait un poulailler?
- Je sais pas si câest aussi romantique que vous avez lâair de le laisser entendre. Et puis techniquement, je lâai fait faire, maisâŠbon. Je sais bien que ça vous rapproche pas beaucoup plus de votre vie de rĂȘves, mais on pourra venir chercher les Ćufs, comme ça.
GueniĂšvre avait trĂšs conscience de le dĂ©visager, la bouche probablement ouverte en prime. Avait Ă©galement conscience que câĂ©tait loin dâĂȘtre poli, encore moins distinguĂ©.
âEnfin, si ça vous tente hein. On est pas obligĂ©s, câĂ©tait juste -â
Elle lui sauta au cou, et le serra, fort. TrĂšs fort.
- Vous mâavez fait un poulailler.
Arthur aussi, resserra ses bras autour dâelle.
Elle aurait pu en pleurer, tellement elle était bien. Heureuse.
Son petit breton attentionné tout contre elle.
- Ăa vaut plus de points quâun potager, non?, et elle rit. Quelques larmes sâĂ©taient bien Ă©chappĂ©es, et elle avait certainement lâair un peu idiote, Ă sâĂ©mouvoir comme ça pour des volailles, mais GueniĂšvre sâen fichait.
Et puis, de toute façon, il nây avait quâeux.
Lorsquâelle sâĂ©loigna, juste un peu, juste assez pour se retrouver (littĂ©ralement) nez Ă nez avec ce mari quâelle aimait tant, si proches quâelle pouvait diffĂ©rencier les dĂ©gradĂ©s de brun dans ses yeux, elle eut envie de lâembrasser.
Ce nâĂ©tait pas la premiĂšre fois, bien sĂ»r. Loin de lĂ . Pourtant, aujourdâhui, câĂ©tait un pincement un peu plus fort de savoir quâelle nâaurait jamais le courage de le faire.
Alors quâelle Ă©tait sur le point de le relĂącher complĂštement, GueniĂšvre eut tout juste le temps de se dire que cette chose quâelle lisait dans ses yeux avait dĂ©cidĂ©ment lâair trĂšs similaire Ă celle quâelle ressentait pour lui depuis maintenant plus de vingt-cinq ans quâArthur posait dĂ©jĂ ses lĂšvres sur les siennes.
Son cĆur, cette fois, sâarrĂȘta.Â
Avec lui, semblait-il, le temps aussi.
Lorsque GueniĂšvre reprit conscience de la rĂ©alitĂ© autour dâeux, son front reposait contre le sien. Quelques secondes, encore. Et puis, ils se regardĂšrent. Il lui sourit, un peu, et son cĆur sâarrĂȘta une seconde fois.
"Bon allez, venez: on va aller les voir de plus prĂšs, vos poules."
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