Si la culture est une promesse, elle est celle de faire lâexpĂ©rience des Ćuvres, pas simplement lâapprentissage dâun savoir. Comme les cartes postales ou la carte de gĂ©ographie, la promesse excĂšde toujours ce que tu vas vivre rĂ©ellement⊠Jâai donc toujours eu le sentiment dâune possible imposture, Ă regarder un beau livre de reproductions de peintures uniquement pour crĂąner dans un milieu que jâai fini par frĂ©quenter, oĂč il nâest pas question dâavouer quâon a simplement oubliĂ© de regarder les originaux. Au fond, jâai vĂ©cu sur lâidĂ©e que cette promesse consistait en des noms propres, les noms propres Ă©tant promesse dâexpĂ©rience, les expĂ©riences Ă©tant faites ou pas, et que tout cela finissait par circuler dans un monde qui ne demandait pas Ă voir. Câest un problĂšme de croyance : Ă une Ă©poque oĂč les gens Ă©taient plus religieux, on ne leur posait pas trop la question de la rĂ©alitĂ©, ni celle de fournir des preuves. Lâhypocrisie absolue Ă©tait possible. Depuis Flaubert, la culture a permis des choses un peu comparables, des impostures. Câest une des raisons pour lesquelles jâai pu si bien coller aux films de Straub, moins pour la terreur que pour lâadmiration devant quelquâun qui dit : on avancera pas Ă pas, en prenant les gens lĂ oĂč ils sont⊠Serge Daney, PersĂ©vĂ©rance, P.O.L Ă©diteur, 1994, p. 134














