Jâai choisi, cette fois, de poser mon chevalet Ă Sercus pour vous dĂ©peindre la vie de mes ancĂȘtres, aux 16° et 17° siĂšcles, dans ce village que je nâai pas encore eu lâoccasion de visiter. A cette Ă©poque, Sercus sâappelait encore Zercle ou Zerkele, ce qui signifie petite tombe en flamand parce quâon a probablement retrouvĂ© des tombes, sans doute Ă proximitĂ© de la voie romaine reliant Cassel Ă la Lys.
Les ancĂȘtres dont nous allons Ă©voquer le souvenir sont essentiellement des parents de ma grand-mĂšre paternelle, Irma DENAES. Il sâagit de trois branches dont la base est constituĂ©e par Pierre CHRISTELEIN, Marie Catherine VANLANDE et Nicolas VANDOORNE qui Ă©taient contemporains. Ce sont, tous les trois, des ancĂȘtres au sixiĂšme degrĂ© de ma grand-mĂšre Irma.
 tableau réalisé par Paul-Antoine Salvetti
Pierre CHRISTELEIN a vu le jour, Ă Sercus, le 8 novembre 1673. Il a Ă©tĂ© baptisĂ© dans le chĆur roman de lâĂ©glise Saint Erasme, une hallekerke Ă trois nefs, dont la tour date du 12° siĂšcle et la flĂšche en pierre blanche de Saint-Omer remonte au 13° siĂšcle. Il est le fils de Guillaume CHRISTELEIN sur lequel je ne sais rien et de Marguerite VERQUAIRE qui, elle, est nĂ©e Ă Sercus, le 16 aoĂ»t 1648. Leurs actes de naissance ne nous donnent aucun renseignement sur lâĂąge, la profession ou le lieu dâorigine de leurs parents. Je sais seulement que le pĂšre de Marguerite se prĂ©nommait Guillaume tout comme son grand-pĂšre paternel qui Ă©tait son parrain. Sa mĂšre sâappelait Catherine FAILLIE.
lâintĂ©rieur de lâĂ©glise Saint Erasme de Sercus, avec, au fond, le choeur roman
A lâĂ©poque de la naissance du grand-pĂšre de Marguerite VERQUAIRE, des habitants de Sercus avaient trouvĂ© refuge dans la tour de lâĂ©glise. Ils ont voulu laisser un tĂ©moignage des moments de forte insĂ©curitĂ© quâils ont vĂ©cus en inscrivant en flamand « Om Godtz woort, woort groot discoort a° 1583 », soit, pour la parole de Dieu, il y eut de grands troubles en 1583.
Pierre CHRISTELEIN a quittĂ© Sercus pour reprendre une ferme Ă Morbecque lorsquâil sâest mariĂ© avec PĂ©tronille VERLANDE, au tout dĂ©but des annĂ©es 1700.
 tableau réalisé par Paul-Antoine Salvetti
Marie Catherine VANLANDE a quatre ans de moins que Pierre CHRISTELEIN . Elle est nĂ©e Ă Sercus, le 5 juillet 1677. Un an auparavant, la cloche de lâĂ©glise avait Ă©tĂ© prise par les assaillants français qui faisaient le siĂšge de la ville dâAire. Un an plus tard, Sercus devenait française par le traitĂ© de NimĂšgue du 10 aoĂ»t 1678.
Les nombreuses pĂ©riodes de troubles avaient affaibli la dĂ©votion des paroissiens, aussi le curĂ© de la paroisse, MaĂźtre Antoine PETIT sâadressa Ă lâĂ©vĂȘque de Saint-Omer, en 1686, pour lui demander dâĂ©tablir, dans la paroisse de Sercus, la ConfrĂ©rie du Saint Rosaire de la Sainte Vierge.
Marie Catherine est la fille de Michel VANLANDE, laboureur et tisserand et de Marie BAETEMAN. Elle a Ă©tĂ© unie, par lâabbĂ© Antoine Petit, le 29 avril 1699, Ă ThĂ©odore DENAES, un laboureur de Lynde de douze ans son aĂźnĂ©. Son pĂšre et son frĂšre Nicolas Ă©taient ses tĂ©moins. Seul, Nicolas, a pu inscrire sur nom sur le registre paroissial, Michel VANLANDE ainsi que les nouveaux Ă©poux ont simplement apposĂ© une croix sur le registre.
MaĂźtre Antoine PETIT officia dans la paroisse durant quarante-et-un ans. Il a Ă©tĂ© inhumĂ© dans lâĂ©glise, le 10 janvier 1727, ainsi que deux de ses sĆurs, conformĂ©ment Ă son souhait dâĂȘtre enterrĂ© devant son confessionnal.
En 1734, Monseigneur DE VALBELLE, Ă©vĂȘque de Saint-Omer, accorde une indulgence de quarante jours Ă la dĂ©votion envers Saint Erasme afin de satisfaire au vĆu des fidĂšles qui y font des pĂ©lerinages et pour accroĂźtre encore cette dĂ©votion. Saint Erasme Ă©tait spĂ©cialement invoquĂ© contre les coliques et les maladies des enfants.
 tableau réalisé par Paul-Antoine Salvetti
Le couple formĂ© par Nicolas VANDOORNE et Marie Catherine DAVID nâĂ©tait pas originaire de Sercus et il sâest dĂ©placĂ© plusieurs fois dans la rĂ©gion dâHazebrouck avant de rejoindre Sercus, vers 1725. En effet, seule leur derniĂšre fille, Marie Anne VANDOORNE a vu le jour Ă Sercus, prĂ©cisĂ©ment le 7 juin 1726, les quatre enfants prĂ©cĂ©dents Ă©tant nĂ©s Ă Hazebrouck ou Wallon-Cappel. Le village de Sercus nâa pas portĂ© chance Ă Nicolas VANDOORNE car il y est dĂ©cĂ©dĂ© peu de temps aprĂšs son arrivĂ©e, le 25 aoĂ»t 1726, alors quâil nâavait que trente ans.
Marie Anne avait tout juste deux mois et demi et lâaĂźnĂ© des cinq enfants nâavait pas encore atteint lâĂąge de sept ans.
Un laboureur se Saint Sylvestre Cappel, Jean DEWITTE, qui avait Ă peu prĂšs le mĂȘme Ăąge que Marie Catherine lâa demandĂ©e en mariage. Ils ont Ă©tĂ© unis, le 16 juillet 1727, Ă Sercus par lâabbĂ© Jacques CUVELIER qui venait tout juste dâĂȘtre nommĂ© dans la paroisse. Sur leur acte de mariage, il est notĂ© que les Ă©poux ne savaient pas Ă©crire. Ils ont simplement apposĂ© une croix sur le registre paroissial. Jean DEWITTE, outre trois enfants supplĂ©mentaires, a aussi donnĂ© Ă Marie Catherine une sĂ©curitĂ© financiĂšre et une certaine notoriĂ©tĂ© car, lors du dĂ©cĂšs de celle-ci, le 1°dĂ©cembre 1763, son Ă©poux Ă©tait Ă©chevin de la paroisse de Sercus. Il nâĂ©tait sans doute pas nĂ©cessaire de savoir Ă©crire pour ĂȘtre Ă©chevin. Lors des obsĂšques de Marie Catherine, MaĂźtre Jacques CUVELIER, le pasteur de la paroisse, lui a rendu hommage du haut de la nouvelle chaire de vĂ©ritĂ© qui venait dâĂȘtre installĂ©e dans lâĂ©glise. En haut de lâabat-voix, on pouvait lire lâinscription « Anno 1763 ». Sur les cĂŽtĂ©s de ce chapiteau, Ă©taient suspendus deux anges en bois portant chacun une trompette. Les Ă©vangĂ©listes Ă©taient sculptĂ©s sur les quatre panneaux de la cuve.
Marie Anne VANDOORNE a Ă©pousĂ© le 9 mai 1753, Ă Sercus, Mathieu Jean VERMELLE, un laboureur qui Ă©tait originaire de Lynde. Ils se sont installĂ©s dans cette paroisse car leurs cinq enfants sont tous nĂ©s Ă Lynde.  Afin de renforcer les liens familiaux, une sĆur de Mathieu Jean, Marie Isabelle Claire VERMELLE Ă©pousera, dix ans plus tard, un demi-frĂšre de Marie Anne VANDOORNE , François DEWITTE.
Toutefois, aprĂšs le dĂ©cĂšs de sa premiĂšre Ă©pouse, Mathieu Jean sâest uni Ă Jeanne Françoise BELS, en 1765, et ils ont repris une ferme Ă Sercus. Ils ont eu cinq filles, toutes nĂ©es Ă Sercus. Â
Lors de lâinhumation de Mathieu Jean VERMELLE, le 19 juillet 1785, Ă Sercus, son fils aĂźnĂ©, Jean Ignace, a signĂ© le registre paroissial tandis que le deuxiĂšme fils, Cornil François, a dĂ©clarĂ© ne pas savoir Ă©crire. Et câest le vicaire de Lynde, DEBUSSCHERE qui est venu cĂ©lĂ©brer les obsĂšques.
  vue aĂ©rienne de Sercus avec son Ă©glise Ă la flĂšche blanche, composĂ©e de trois nefs Â
Ma grand-mĂšre maternelle, Marie-Louise VANBREMEERSCH a Ă©galement un ancĂȘtre au sixiĂšme degrĂ© qui a sĂ©journĂ© pendant un temps assez court Ă Sercus. Nicolas GRISELEIN est venu sâinstaller sur une ferme, Ă Sercus, vers 1736, car sa derniĂšre fille y est nĂ©e en 1737. Il a eu un parcours similaire Ă Nicolas VANDOORNE car il est dĂ©cĂ©dĂ© Ă lâĂąge de trente-et-un ans, le 30 mai 1739. LâabbĂ© CUVELIER a procĂ©dĂ© Ă son inhumation dĂšs le lendemain. Marie Barbe CATTOIR a dĂ©clarĂ© elle-mĂȘme le dĂ©cĂšs de son Ă©poux en compagnie du frĂšre de celui-ci. Il est assez rare de rencontrer des noms de femmes dans des actes de sĂ©pultures. A cette occasion, on peut ainsi savoir que Marie Barbe ne savait pas Ă©crire tout comme le frĂšre de son feu mari, Louis GRISELEIN.  Marie Barbe sâest trĂšs vite remariĂ©e. Elle a Ă©tĂ© unie Ă Guillaume PARESYS, le 20 octobre 1739, Ă Sercus et ils ont eu, ensemble, quatre enfants. Ils ont quittĂ© Sercus, vraisemblablement vers 1747 ou 1748, le bail de leur ferme nâayant sans doute pas Ă©tĂ© renouvelĂ©, car leur derniĂšre fille est nĂ©e Ă Proven, dans lâactuelle Belgique.
 Mes ancĂȘtres sercussois Ă©taient tous des laboureurs et ils nâont pas manquĂ© de suivre la coutume Ă©tablie depuis longtemps Ă Sercus. Il Ă©tait, en effet, habituel lorsquâun laboureur tuait le cochon quâil avait engraissĂ©, quâil apporte quelques morceaux de lard sur le banc de communion de lâĂ©glise, en offrande Ă Saint Antoine. Ce lard Ă©tait ensuite vendu aux enchĂšres, par le clerc, Ă la porte de lâĂ©glise, Ă lâissue de la messe. Lâargent ainsi rĂ©coltĂ© servait Ă cĂ©lĂ©brer des messes en lâhonneur de Saint Antoine afin quâil prĂ©serve les porcs des maladies contagieuses. Bien souvent, les enchĂšres montaient tellement que lâacheteur payait la viande bien au-dessus de sa valeur mais il avait le privilĂšge dâavoir remportĂ© lâenchĂšre tout en ayant la satisfaction dâavoir fait une bonne action.
Archives Départementales du Nord
Annales du Comité Flamand de France 1854-1855
Le culte de Saint Erasme: abbé Emile Descamps
Mémoires de la Société des Antiquaires de la Morinie : tome 6