On est dimanche, je rentre d’un brunch avec des amis dans le marais. Il fait froid mais beau, je cours jusqu’au métro avant que la pluie ne me rattrape.
Une place libre sur ma ligne, un duo face Ă face, je suis ravie. Une dame est assise en face de moi. Elle commence Ă faire des bruits bizarre, ça ressemble Ă des petits rires qu’elle laisserait Ă©chapper malgrĂ© elle. Je souris en me disant qu’elle Ă©coute surement un podcast et qu’elle rit de ce qu’elle entend tout simplement.Â
Un homme assis dans le carré à coté de nous, lui lance régulièrement des regards en coin, innocent j’imagine. Toute personne qui a 30 minutes à tuer dans le métro et qui n’aurai plus assez de batterie pour tenir se retrouve à observer les gens malgré elle. La fille en face de lui se pince discrètement le nez en observant les arrêts de métro.
je lève délicatement les yeux de mon smartphone pour l’observer à mon tour. Elle porte une veste en simili cuir noir sur une robe Dashiki bleu à motif jaune vif. Elle n’est pas maquillée et porte un jolie bandeau noir tressé. En observant son visage je dirais qu’elle doit avoir 35 ans tout au plus.
Son regard vide se porte dehors, puis sur ses sacs, des cabas, tous vides mais elle s’accroche à eux comme s’ils étaient sur le point de tomber. Elle regarde autour d’elle, essayant d’accrocher le regard des gens.
Elle continue Ă faire des petits bruits, des petits rires, des mots imperceptibles mĂŞlĂ©s maintenant Ă des mouvements de bras, elle se tient une cĂ´te avant de rire de nouveau.Â
En respirant, mon nez me pique, l’alcool et la transpiration me font me dresser sur mon siège. Depuis combien de temps est-elle dans cet Ă©tat ?Â
Il est 18h, j’ai du mal Ă comprendre comment on peut se mettre dans un Ă©tat pareil. Je la regarde et je pense au fait que selon l’heure, son Ă©tat ne dĂ©rangerait personne. PassĂ© minuit, qui nous jugerait d’avoir un peu trop bu en soirĂ©e...Mais un dimanche en fin d’après-midi c’est moyen, plus le fait que ce soit une femme. Je sais que malgrĂ© moi c’est ce qui me dĂ©range le plus. On a tellement l’habitude de voir des hommes dans cet Ă©tat dans le mĂ©tro et personnellement pour moi c’est la première fois que je me retrouve en face d’une femme saoule et je vois bien qu’une femme attire plus de regard qu’un homme.Â
Je suis restĂ©e en face d’elle un long moment, 14 arrĂŞts pour ĂŞtre exacte jusqu’à ce que je ne supporte plus ni l’odeur ni ses mouvements de plus en plus vif. Je ne comptais pas bouger, je n’aime pas changer de place car j’ai l’impression de les insulter sans dire un mot. Elle me faisait simplement peur.Â
En me levant je me rend compte que toutes places autour de nous sont vides. Je m’installe quelques carrĂ©s plus loin. Je l’entend encore rire au moment ou j’écris ces quelques lignes.Â
De loin on se dira simplement que cette femme Ă©tait au tĂ©lĂ©phone et qu’elle riait en gesticulant. Â