En premier lieu, pour ce qui est de son sens général, «vivre au dehors» signifie vivre sans garantie, c’est-à-dire sans promesse ni récompense, vivre sans appui, sans soutien extérieur mais aussi sans force propre, quand l’on comprend que toutes nos forces censément propres viennent en vérité de l’extérieur. Vivre dans l’indistinction complète de la grandeur et de la bassesse, puisque grandeur et bassesse n’ont de sens qu’à être rapportées à des intériorités morales ; vivre sans direction ou sans sens, puisque toute direction ne peut se penser qu’entre deux intériorités localisables ; vivre sans justification, qui suppose encore des intériorités justiciables ; et pourtant vivre, là est le point, vivre même intensément, c’est-à-dire se conserver de toutes ses forces et muter de toutes ses forces, perdurer dans son être complètement et se transformer complètement.
Pierre Zaoui, La Traversée des catastrophes, Seuil, 2010












