Jour 9 : Camping de la Grande Cascade
Avant de te raconter cette journée, il faut que je revienne un peu en arrière.
En sortant de l'autoroute après Clermont-Ferrand, Estafette — fidèlement pilotée par le GPS — nous a fait prendre de l'altitude, petit à petit, à travers une route qui grimpe dans les volcans d'Auvergne. Et là, comment dire… j'ai été bluffée. Complètement bluffée. Des points de vue à couper le souffle, un calme immense, une odeur de nature et de foin qui te prend au nez dès que tu ouvres la fenêtre. Même les vaches Salers, avec leurs grandes cornes et leur robe couleur acajou, sont trop belles.
Ludi, elle, ne découvre pas la région comme moi — elle y est déjà venue. Mais elle ne s'en lasse pas, me charge-t-elle de te dire.
On s'est arrêtées au moins quatre fois sur le bord de la route pour admirer le paysage. Et je dois t'avouer une chose, là, tout de suite : je regrette presque qu'on n'ait pas choisi l'Auvergne directement pour ce voyage. Désolée, Jura.
Les routes, en revanche, sont parfois un peu raides. Pour rejoindre le Camping de la Grande Cascade — perché dans les hauteurs du Mont-Dore, un peu perdu au milieu de nulle part — on est passées par le col de la Croix Saint-Robert, le col le plus haut du massif du Sancy, culminant à plus de 1450 mètres. Autant te dire qu'Estafette en a un peu bavé, sans doute pas autant que les cyclistes qu'on a croisés en chemin.
Ici, aux Grandes Cascades, on se lève tôt. Très tôt. Quand on a sorti le nez dehors ce matin, nos voisins avaient déjà fini leur petit-déjeuner, et certains étaient carrément chaussés pour la rando. Cela dit, il y a un avantage à ce que tout le monde se lève à l'aube dans ce camping : pas de queue pour la douche à 10h30, contrairement au Champ de Mars et ses petites cohues matinales. Là, on était les seules ce matin.
Nos voisins directs, une famille de quatre — deux parents, deux petits enfants — sont aussi déjà « opérationnels » pour la journée. Leur tente et Estafette séparent nos emplacements ; nous n'avons pas de haie. À en juger par leur énergie débordante, ces deux loulous ont visiblement très bien dormi, au grand dam de leurs parents qui tentent, en vain, de canaliser tout ça. Pendant tout notre petit-déjeuner, les enfants ont fait des allers-retours en courant entre leur emplacement et le nôtre, nous jetant des sourires timides. Au bout d'un quart d'heure, la mère est venue s'excuser en personne. Franchement, il n'y avait pas de quoi — j'ai adoré. (Même si, à la longue, ça doit être un peu relou, surtout pour les parents je pense.)
Notre emploi du temps n'est guère plus sportif que dans le Jura, il faut bien l'avouer. On est allées se balader à La Bourboule, petit village tout proche, assez mignon, et visiblement marqué par son histoire de ville thermale — Ludi m'a raconté plein de choses passionnantes en chemin, elle m'impressionne chaque jour (l'arsenic découvert dans les eaux, la Belle Époque, un dieu celte des sources qui aurait donné son nom à la ville…), mais c'est trop long à écrire ici, et sans doute à lire aussi. Disons juste que ça sentait la station mondaine d'un autre siècle, avec ses façades élégantes un peu passées.
Le soir, au camping, deux locaux sont venus préparer une truffade — un plat traditionnel à base de pommes de terre, qu'on remue jusqu'à ce que le fromage file. Sauf qu'ici, pas de tome fraîche : nos cuisiniers du jour nous expliquent qu'ils la préparent au saint-nectaire et au morbier, "des produits du coin", selon eux, histoire d'avoir plus de goût. Autant te dire que Ludi a haussé le sourcil quand elle a entendu qu'en Auvergne, ils font du Morbier. Bon, 100% local ou pas, c'est quand même super bon, mais c'est aussi un plat qui ne pardonne pas : on s'est remplies le bide, toutes les deux, sans regret.
En dessert, une tarte aux myrtilles, dont j'ai été bien incapable de dire si elle était maison ou toute faite. Plutôt bonne, cela dit. On a même posé la question au propriétaire du camping, qui n'a pas vraiment répondu — le mystère reste entier.
Oui, parce qu'on a eu la chance de manger notre truffade avec le patron du camping, qui nous a raconté l'histoire de son établissement — dans la famille depuis quatre générations. J'ai adoré l'écouter parler de tout ça, de cette transmission, de ce bout de montagne qui appartient aux siens depuis si longtemps. Il a malheureusement dû nous quitter, rappelé par ses obligations : les douches, le soir, sont apparemment froides, et quelqu'un doit s'en occuper.
Ce festin digéré (enfin, en cours de digestion), on est parties à pied voir le coucher de soleil. La lumière était magnifique — un de ces moments où on n'a rien à ajouter, juste à regarder. On a adoré.
À suivre…


















