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Avant propos
Jâai rouvert mes carnets.
Ceux que jâĂ©crivais Ă dix-sept ans.
Les pages ont gardĂ© lâodeur du papier et du temps. Elles tremblent un peu sous mes doigts, comme si elles savaient que je mâapprĂȘtais Ă les rĂ©veiller.Â
Je ne sais pas ce que je cherchais ce soir-lĂ . Peut-ĂȘtre rien. Peut-ĂȘtre juste un peu de moi.
Et puis, au dĂ©tour dâune phrase, tout mâest revenu : la chaleur de cet Ă©tĂ©, les silences, les sensations confuses, cette Ă©motion Ă vif.Â
Tout. Câest Ă cet Ăąge-lĂ que ma vie a commencĂ© Ă âŠdĂ©vier.
Je ne lâai pas vu venir. Lâamour est arrivĂ© sans prĂ©venir, lĂ oĂč je ne lâattendais pas. Sous les traits dâune fille. Ma premiĂšre fois Ă âŠcontre-courant.
JâĂ©tais une fille sage, tranquille, Ă©levĂ©e dans cette Ă©vidence quâun jour, jâaimerais un garçon. CâĂ©tait lâordre naturel des choses, celui quâon nous apprend sans le dire, quâon imite sans le questionner. Je suivais ce chemin-lĂ , docilement, sans y penser.Â
Et puis tout sâest fissurĂ©. Cet Ă©tĂ©-lĂ , jâai dĂ©couvert deux vĂ©ritĂ©s Ă la fois : que je pouvais aussi aimer les femmes, et que mĂȘme seule, mon corps pouvait me conduire plus loin que tout ce que jâavais imaginĂ©. Je me souviens encore de ce jour prĂ©cis. Un lieu banal, presque absurde. Rien de sensuel, rien dâattendu. Et pourtant â un frisson, une onde, une secousse douce et violente Ă la fois. Un plaisir immense, irrĂ©el. Un orgasme dâune telle force⊠Un choc. Une rĂ©vĂ©lation. Rien nâavait Ă©galĂ© cette intensitĂ©. CâĂ©tait comme si mon corps mâapprenait, avant moi, ce que je devais savoir de la vie.Â
Je ne sais toujours pas si ces deux dĂ©couvertes â celle du corps et celle du dĂ©sir â sont liĂ©es. Peut-ĂȘtre que oui. Elles se sont mĂȘlĂ©es, insĂ©parables, comme si mon corps avait compris bien avant ma tĂȘte ce que je mettrais des annĂ©es Ă admettre.
Jâai arrĂȘtĂ© dâĂ©crire quand tout sâest arrĂȘtĂ©. Brutalement. Quelques mois avant mes dix-neuf ans. Quand cette fille a disparu de ma vie sans un mot ou presque, sans raison ou presque.Â
Je croyais que le silence suffirait Ă apaiser le vide, mais non. Rien nâa vraiment repris sa place. Jâai eu dâautres histoires, avec des garçons. Elles Ă©taient rĂ©elles, sincĂšres peut-ĂȘtre, mais jamais totales. Il manquait toujours quelque chose : cette ardeur, ce feu tranquille que jâavais connu auprĂšs dâelle.Â
Aujourdâhui, jâai vingt et un ans. Et cette histoire, malgrĂ© le temps, demeure suspendue. Elle nâa pas trouvĂ© sa fin. Alors je lâĂ©cris ainsi, avec mes mots dâaujourdâhui, pour la figer telle quâelle a Ă©tĂ©. Parce quâun jour, peut-ĂȘtre, je la relirai autrement. Parce que certaines histoires ne sâachĂšvent pas â elles attendent simplement quâon revienne les habiter.
Ce soir, en relisant ces pages, jâai senti quelque chose remonter. Une nostalgie, oui, mais plus que ça : une envie de revenir. De retourner lĂ oĂč tout sâest ouvert, lĂ oĂč jâai commencĂ© Ă me connaĂźtre. Et raconter, câest ma maniĂšre de revivre ce moment. Cette fille a Ă©tĂ© pour moi une lumiĂšre, une rĂ©vĂ©lation, un dĂ©sordre fantastique, une promesse inachevĂ©e.
Je ne sais pas pourquoi, je ne saurai peut-ĂȘtre jamais. Mais je sens quâil fallait que je revienne lĂ , Ă cet Ă©tĂ©-lĂ . LĂ oĂč tout a commencĂ©.














