Rougemuraille : Cluny le Fléau
/!\ Attention : cette critique contient des spoilers mineurs sur lâintrigue. /!\
Pour une raison qui mâĂ©chappe (lâargent *kof kof*), en France, on aime bien dĂ©couper en plusieurs tome des livres quâon va ensuite nommer âintĂ©gralesâ, afin de pouvoir vendre 30 euros un livre qui nâen vaudrait quâentre 16 et 22, en persuadant lĂŠ lecteurice quâiel fait une bonne affaire (mais si, 10 ⏠le tome au lieu de 30 !!!). Cette review en trois partie est en fait celle dâun seul et mĂȘme livre, Ă savoir le neuviĂšme tome de la saga Rougemuraille (Redwall en anglais) de Brian Jacques.
Ca faisait un bail que je voulais lire Rougemuraille. Depuis le collĂšge, Ă vrai dire. Il faut dire que les couvertures sont magnifiques : au CDI, Les Ombrenards et La Forteresse en pĂ©ril mâavaient tout de suite tapĂ©s dans lâoeil. S., ma compagne de lecture dont je vous parle tout le temps, y ayant Ă©tĂ© plus sensible encore que moi : elle avait donc lu La Forteresse en pĂ©ril, donc le tout premier tome de la saga, et mâavait dit de renoncer en avançant comme argument que le style Ă©tait plat, et que ce nâĂ©tait pas aussi bien quâil nây paraissait.
Il y a plusieurs milliers dâannĂ©es, en septembre 2019, jâapercevais tous les tomes de la saga sur les Ă©tagĂšres dâun ami dont câĂ©tait lâanniversaire. Je lui fis part de mes regrets de nâavoir pas cĂ©dĂ© Ă lâĂ©poque Ă lâappel de ces jolies couvertures animaliĂšres mĂ©diĂ©valisantes, et il me confia immĂ©diatement neuf tomes (donc trois), en me disant que je les lui rendrai la prochaine fois quâon se verrait.Â
Je les ai toujours...
Jâavais lu deux tomes, puis jâavais un peu laissĂ© tombĂ© vu que je nâaccrochais pas. Mais comme je compte bien les lui rendre, jâai dĂ©cidĂ© de me sortir les doigts du... menton, et de les lire une bonne fois pour toutes ! Câest chose faite pour le tiers (trois tomes, donc un... vous suivez toujours ?), puisque jâai enfin fini hier Cluny le FlĂ©au !
Tome 1 : Le Seigneur de la guerre
Auteur : Brian Jacques
Maison dâĂ©dition : Mango
Date de publication : 1999 (édition), 1986 (original)
Nombre de pages : 190
Genre : Fantasy, historique
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Ce quâen pense Naviss :
I. Une traduction française plat et inconstante
En lisant ce livre, jâai compris ce que voulait dire mon amie S. lorsquâelle me rapportait que le style est plat. Je ne sais pas si câest la faute de lâauteur ou de la traductrice car je nâai pas lu le livre en VO, donc il faudrait voir ce quâen pense le lectorat anglo-saxon... Je penche quand mĂȘme pour la traductrice, car il y a un certain nombre dâinconsistances au sein du livre qui me semblent vraiment ĂȘtre liĂ©es Ă des problĂšmes de traduction. Je pense notamment Ă la fouine Sac-dâos, le lieutenant du rat Cluny. Sac-dâos est genrĂ© au fĂ©minin jusquâĂ ce quâil ait enfin la parole, et se genre lui-mĂȘme au masculin. Donc deux possibilitĂ©s :
Ou bien lâauteur sâest dit en cours de route quâune femme Ă un poste militaire, ça ne va pas. Je ne penche pas pour cette thĂ©orie, Ă©tant donnĂ© quâon trouve plus tard des guerriĂšres comme le moineau Becquerelle au tome 2 ou la musaraigne Ugmuray au tome 3.
Ou bien la traductrice est inconsistante, ce qui me parait ĂȘtre la thĂ©orie la plus vraisemblable.
Toujours sur la forme, jâai apprĂ©ciĂ© des originalitĂ©s comme le fait que la moitiĂ© des chapitres sont centrĂ©s sur Cluny, lâantagoniste, et en point de vue interne. Je ne vois pas ça souvent et jâai trouvĂ© cela intĂ©ressant.
II. Un lore prometteur, mais trop confus !
Source. Sans déconner, ça donne pas envie ?
Ce qui fait la force de Rougemuraille, son attrait principal, si je puis dire, câest la combinaison entre des animaux vaguement anthropomorphes et une Angleterre basse-mĂ©diĂ©vale voire de la premiĂšre modernitĂ© prĂ©-RĂ©forme. Moi qui suis un fan du Robin des Bois de Disney, jâen suis ravi !Â
Le soucis, câest quâaucun de ces deux aspects ne semble avoir Ă©tĂ© pensĂ© jusquâau bout, ce qui crĂ©e un certain nombre de confusions, dâincohĂ©rences et dâanachronisme.
Sur le plan historique, dâune part, le roman collectionne les anachronismes. Cela ne me gĂȘnerait pas dans un univers purement fantasy, mais comme je lâai dit, il nous pose un contexte rĂ©aliste historique : on est en Angleterre, on sait que la France existe puisquâon nous la mentionne, on sait que le monastĂšre de Rougemuraille est dâobĂ©dience catholique et quâon y prie la Vierge et JĂ©sus. Le roman cherche Ă recrĂ©er un rĂ©alisme mĂ©diĂ©val, mais malheureusement ne va pas jusquâau bout. Ainsi, les personnages mangent avec une fourchette alors que celle-ci ne se diffuse dans la sociĂ©tĂ© quâau XVIIIe siĂšcle. Avant cela, elle reste lâapanage exclusif des cours royales. La nourriture qui est consommĂ©e ne fonctionne pas du tout, il sâagit essentiellement de produits dâimportation amĂ©ricaine qui nâĂ©taient pas encore consommĂ©s Ă lâĂ©poque : la pomme de terre et la tomate par exemple. Le roman commence par un grand repas organisĂ© Ă lâabbaye oĂč tout le village semble ĂȘtre conviĂ©, ce qui donne lieu Ă des aberrations comme par exemple le fait que les hommes, dans lâabbaye, soient mĂ©langĂ©s aux femmes, ou bien quâon laisse performer des saltimbanques (dont un illusionniste !!) dans lâabbaye .Â
Et parfois, certains Ă©lĂ©ments nous sortent complĂštement de ce bas Moyen Ăge anglais rĂ©aliste, comme par exemple lorsque lâabbĂ© nous parle tantĂŽt de Dieu, tantĂŽt des dieux, comme si lâauteur Ă©tait incapable de se dĂ©cider entre un univers de fantasy et un univers rĂ©aliste.Â
Bref, mĂȘme si la saga Rougemuraille a le potentiel dâintroduire un jeune lectorat Ă lâhistoire mĂ©diĂ©vale, elle Ă©choue Ă cela Ă cause de son aspect incomplet. Ces romans utilisent des lieux communs ahistoriques concernant la sociĂ©tĂ© mĂ©diĂ©vale afin de crĂ©er un contexte exotique mais pas trop quand mĂȘme, qui reste familier de ce que le lectorat croit connaĂźtre sur la pĂ©riode, mais elle demeure en fin de compte une introduction superficielle Ă lâhistoire mĂ©diĂ©vale. Pour aller plus loin sur ce sujet, je vous conseille lâarticle de Cynthia Rostankowski publiĂ© en 2003, The Monastic Life and the Warrior's Quest: The Middle Ages from the Viewpoint of Animals in Brian Jacques's Redwall Novels.
Cette indĂ©cision se sent Ă©galement dans tout ce qui touche Ă lâanimalitĂ©. Les tailles nâont aucun sens. Par exemple, on nous explique que 400 rats sont stationnĂ©s Ă lâĂ©glise Saint-Ninien, une petite Ă©glise de campagne, ce qui signifie que lâĂ©glise est Ă taille humaine et que les animaux ont des tailles dâanimaux. Mais un peu plus tard, ces mĂȘmes rats sont dĂ©crits comme montant Ă cheval - des chevaux adaptĂ©s Ă leur taille, jâentends.Â
Parfois, tout le monde a lâair de faire plus ou moins la mĂȘme taille, comme sur cette charte :
Mais parfois, la différence de taille est vraiment tangible, comme ici.
Et malheureusement, je trouve que ces inconsistances rendent difficiles le fait de se projeter dans cet univers : comment le faire quand tout change en permanence, quand on nâest jamais sĂ»r-e ne serait-ce que de la taille des personnages les uns par rapport aux autres ?
III. Des personnages trop souvent sans saveur
Je vais dĂ©jĂ commencer par le protagoniste, la souris Mathieu, novice de Rougemuraille qui se dĂ©couvre un lien avec le fondateur de lâordre, le guerrier lĂ©gendaire Martin. Je... nâaime pas Mathieu pour de multiples raisons, la principale Ă©tant quâil est un Gary Stu. Il est lâElu et ça sort de nulle part, il nâa pas le moindre dĂ©faut, il passe de souris timide Ă super guerrier de ouf sans transition, tout le monde lâaime, il contre les plans de Cluny sur des pressentiments...
Est-ce que vous voyez son sourcil droit se froncer, alors quâil essaie de paraĂźtre gentil et inoffensif ? Ton numĂ©ro ne marche pas avec moi, Mathieu !
Je nâaime pas du tout sa relation Ă Florine, une villageoise de lâĂąge de Mathieu et son intĂ©rĂȘt romantique. Je la trouve dâune part inconsistante, comme si lâauteur ne savait pas trĂšs bien quel Ă©tait le rapport entre ses personnages et que leur relation changeait dâune scĂšne Ă lâautre. Et dâautre part, est-ce que câĂ©tait nĂ©cessaire de coller une romance Ă un futur moine ? Câest super forcĂ©, on dirait que lâauteur voulait Ă tout prix caser un personnage romançable, mais sans faire lâeffort de dĂ©velopper ladite romance.Â
En vrai jâai bien envie de voir le dessin animĂ©, leur romance y a lâair un peu plus intĂ©ressante...
Je trouve aussi super malaisant la façon quâont les personnages de « sexualiser » constamment Mathieu et Florine, en mode « regardez on dirait un couple sâoccupant de leurs bĂ©bĂ©s » lorsquâils sont avec les jumeaux Souricis. Ce sont des enfants... ils ont 13 ans !! Câest pas mignon du tout de les imaginer avec des gosses Ă leur Ăąge...
Les autres personnages secondaires sont sympathiques, sans plus. Un seul est vĂ©ritablement au dessus du lot : Basile LeliĂšvre-Cerf. Il est stylĂ©, grandiloquent, drĂŽle, et câest le plus caractĂ©risĂ© dans ses dialogues !
Ne déborde-t-il pas de charisme ?
Lâautre grand dĂ©faut, câest Cluny. Cluny est un mĂ©chant clichĂ© et sans aucune perspective. Je rigole pas, son objectif câest, comme Ă©noncĂ© par lui-mĂȘme, dâavoir un domaine avec des esclaves qui le servent, et son moyen pour y parvenir câest de tuer tout le monde... Moins creusĂ©, comme objectif, tu meurs !! Tous les antagonistes sont extrĂȘmement dĂ©cevants. Ils sont tellement tous montrĂ©s comme bĂȘtes, incapables et dĂ©sunis que câest Ă se demander comment ils en sont arrivĂ©s jusque lĂ , et en quoi ils reprĂ©sentent vraiment une menace...
GREUHAHAHEUEHAHEUHHEU JE SUIS MĂCHAAAAANT.
Bref, pour rĂ©sumer : un premier tome (ou un dĂ©but de tome) plutĂŽt plat, qui manque cruellement dâenjeux, et qui est dâautant plus dĂ©cevant quâil Ă©tait prometteur.
Ma note : 3/20.














