Quand on a rien Ă se mettre sous la dent, on va au bistroquet. C'est lĂ qu'on trouve du rĂ©confort, de la chaleur et de la vie. On y croise des gueules cassĂ©es, des rĂȘveurs, des artistes ratĂ©s, des amoureux déçus, des vieux solitaires, des pochards, des paumĂ©s. On y boit pour oublier, pour se donner du courage, pour se sentir vivant. On y parle Ă tort et Ă travers, on s'invente des histoires, on se raconte des salades. Le bistroquet, c'est le royaume de l'illusion. C'est pas le paradis, mais c'est pas l'enfer non plus. C'est un peu comme une famille, mais sans les emmerdes. Alors on y reste au bistroquet ! On sây accroche comme Ă une bouĂ©e. On sây enivre de mots et dâalcool. On sây croit heureux et libres. Il nous empĂȘche de voir la rĂ©alitĂ© en face,  la rĂ©alitĂ© crue et cruelle, la rĂ©alitĂ© qui nous attend dehors. Avec ses coups durs et ses misĂšres, ses guerres et ses maladies, ses salauds et ses traĂźtres, ses flics et ses juges, ses curĂ©s et ses bourgeois ! Ah ! Le bistroquet ! Le lieu de tous les possibles !















