ANTWON
Le rappeur de San Jose était de passage à Paris cette semaine, sans tambour ni trompette.
On ne peut pas vraiment parler de coup de foudre entre Antwon et Paris. Quasi inconnu au bataillon, le rappeur de San Jose, nâest pas venu remplir les salles. Son crochet par la capitale â son premier â mercredi soir (au cafĂ© Charbon oĂč on a souffert pour lui et au Silencio oĂč on nâest pas allĂ©) ressemblait plus Ă des prĂ©sentations en bonne et due forme quâĂ un bain de foule osmotique.
Ce garçon de la cĂŽte Ouest, au tour de taille Ă la Notorious Big, barbu depuis quâil est en Ăąge de lâĂȘtre, a fait ses armes dans le punk et le hard rock avant de glisser naturellement, dit-il, vers le hip-hop. Depuis 2011, il a sorti trois mixtapes sur le net, dĂ©fendues jusque-lĂ dans de petits clubs circonscrits aux Etats-Unis, avant ce mini-tour europĂ©en qui lâa menĂ©, entre autres, Ă Berlin, Copenhague, Paris, Londres et Amsterdam. A 27 ans, Antwon, qui a choisi son nom de scĂšne «parce quâil sonnait français», nous avoue-t-il, est lâun des membres de ce vaste crew (il fut un temps proche du label Greedhead créé par Himanshu Suri de Das Racist et dont Le1f fait partie) qui mĂȘle rap old school et rĂ©fĂ©rences eighties et nineties un brin nostalgiques, Ă lâimage des samples de Tomâs Diner de Suzanne Vega sur le morceau Living every dream ou de Shorty swing my way de KP et Envyi sur RU Down, un courant surnommĂ© «VHS» outre-Atlantique. Il dit faire «du rap progressif», fusion de genres, dâĂ©poques et dâinfluences, dans le look comme dans la noirceur de certains de ses morceaux (SkullKrush produit par Salem), que Trasher magazine ne renierait pas.
Ses textes sont obsĂ©dĂ©s par le sexe (fĂ©minin), lâorgasme (mutuel) et toutes les dĂ©pendances qui en dĂ©coulent (Dying in the pussy en guise dâexemple). Mais Antwon ne joue pas la comĂ©die du bling, se prenant pour un tombeur qui finira bien par les avoir toutes. Il broie du noir et observe, sous weed, toutes les vanitĂ©s qui se jouent autour des dancefloors et de ces escalators de malls oĂč les kids amĂ©ricains traĂźnent leurs guĂȘtres. Son humour dĂ©sabusĂ© nâa pas encore donnĂ© lieu au parfait album dont tout le monde parlera. Mais Antown a de la rĂ©serve (il sortira un nouvel EP de dix titres dans les semaines qui viennent) et on prĂ©dit quâil finira bien par ĂȘtre cĂ©lĂ©brĂ©, sur le net ça va sans dire.

















