J'ai plein d'idées en tête et je procrastine. Remerciez donc Doublechapeau (je me demande d'où vient ce nom de blog, ça me parait étrange) sans qui vous n'auriez jamais vu ces articles qui sortent tout droit de mon esprit (en fait si, vous les auriez vu, mais plus tard). Pour comprendre un tant soit peu ce que je suis en train de vous dire, allez voir la genèse de notre merveilleux concours sur sa page Facebook ou alors l'explication du concours sur notre page Facebook. Et ceux qui ont la flemme, bah je vous l'explique : 8 articles avant 2013. Le premier de nous deux qui y arrive gagne. On sait pas quoi. C'est mon acolyte la juge et elle sait pas encore ce que sera le cadeau du vainqueur (autrement dit : moi). Mais bon, ça me permet de me mettre un coup de pied au fesses et de vous écrire ce que je mettrais 3 semaines à écrire en temps normal parce que " ouai mais tu vois, j'ai trop de trucs, la vie d'étudiante c'est duuuuur " alors qu'en réalité j'en fous pas une. Voilà, après une jolie intro toute en beauté, voici le vif du sujet.
Je reçois beaucoup de mails (oui, je suis une femme d'affaires avec au moins 4 adresses mails, du coup je reçois une 40aine de mails par jour). Tous des spams (nan c'est pas vrai, j'ai des vrais mails des fois). Parce que j'ai pas d'amis (nan c'est pas vrai, j'ai des amis. Mais ils écrivent pas de mails. C'est beaucoup trop has-been). Alors je reçois des mails pour me dire que je peux acheter une poêle à MOITIE-PRIX WAHOUUU, ou alors que je peux aller me faire épiler une demi-jambe au prix incroyable de 59.90 francs (mes poils ont une valeur étonnante, je ne pensais pas qu'on se les arracherait). Parmi les spams je compte aussi les MILLIONS de chaînes d'amitié, d'amour, de chance et de joie et les MILLIARDS de power-points sur le vrai sens de la vie et de leçons de vie qui me montrent des médecins qui partent au Turkménistan soigner des enfants atteints de tuberculose gratuitement et au péril de leur vie. Outre le fait que j'ai envie de balancer mon ordi à travers la pièce chaque fois que j'ouvre mes mails parce que j'ai pas UN SEUL vrai mail (mais je me ravise au dernier moment, en voyant la pomme sur mon ordi qui me rappelle douloureusement le prix de celle-ci), j'ai tout autant des envies de meurtre quand je vois certaines de ces chaînes. Déjà, QUI prend le temps (à savoir à peu près 10 mille ans) de faire ces power-points ou ces chaînes, avec QUELLES idées et POURQUOI ? (j'ai bientôt épuisé mon quota de majuscules) (et de parenthèses). Ensuite, comment vivent ces gens ? Ils doivent être malheureux à mon avis. Parce que après 15 mille power-points qui m'expliquent le magnifique destin de Monsieur Roubignolle qui est parti aider les faons en Sibérie, du destin affreux de cette petite fille atteinte de la maladie la plus rare du monde et qu'a pas d'oreilles ni de nez et qui EN PLUS est myope (bah ouai, elle en maxi chie pour mettre ses lunettes), bah je me dis qu'ils cherchent quelque chose pour se prouver que non, leur vie est pas si pourrite que ça . Et ils ont toujours comme conclusion que " faut arrêter de vous plaindre de votre vie, celle des autres est pire. " SU-PER. Cela me rend le sourire, c'est pas croyable. Peut-être que les gens qui font ces power-points retrouvent le leur après ça, moi ça m'énerve.
Le dernier power-point reçu est une magnifique synthèse de toute cette misère avec des jolies photos qui montrent comment les gens sont pauvres et malheureux ailleurs. " Tu n'as pas envie d'aller te coucher ? Certains aimeraient bien avoir un lit (et c'est un africain de 4 ans qui dort par terre) " "Tu as reçu des adidas au lieu des nikes que tu voulais ? Certains n'ont qu'une marque (et c'est une photo de pied d'africain qui chausse des bouteilles en pet) " " Tu n'aimes pas les légumes ? Certains voudraient bien manger (et c'est une photo d'une assiette remplie de cailloux dans les mains d'un africain) ".
3 remarques :
1. Il n'y pas QUE les africains qui souffrent sur terre. On est 7 milliards, m'étonnerais qu'il y ait juste eux qui doivent supporter toute la misère du monde. Faut être un minimum cohérent quand on se donne la prétention de faire des sermons à des gens qu'on connait pas.
2. Le nombre de clichés que tu as mon pauvre. Les africains sont tous pauvres, mangent des cailloux, dorment par terre et sont malheureux, les occidentaux (on va prendre en gros hein) sont tous des gros capricieux qui n'aiment pas les légumes mais seulement les hamburgers, se plaignent de devoir aller dormir, font des crises de nerf dès qu'ils n'ont pas la bonne marque de chaussures (et donc ils ont 15 paires chacun) et ne se soucient absolument pas des autres (puisqu'il faut nous envoyer des power-points pour nous rappeler que nous ne sommes pas seuls). Alors je rectifie, je ne suis pas une grosse capricieuse d'européenne qui fait un caca nerveux si elle n'a pas sa paire de Louboutins en or et qui n'accepte de manger que du caviar. Et même. Qui êtes-vous pour me juger ? Est-ce que ça signifie que si je suis capricieuse et je me bats pour avoir ce que je veux je mérite la lapidation parce que ça se fait pas et en plus y a des africains qui n'ont jamais eu de Louboutins (ET BAH MOI NON PLUS !) ?
3. Et alors ? En quoi penser à la souffrance d'autrui devrait-il me permettre d'être plus heureuse ? C'est juste déprimant, rien d'autre. Ok, on ne doit pas oublier les autres, mais j'ai le droit de vivre. J'ai le droit de continuer à faire ce que je veux sans m'arrêter de respirer parce que y en a qui n'ont pas assez d'oxygène (comme les Chinois), sans m'arrêter de dépenser parce qu'il y en a qui n'ont pas assez d'argent (comme les Grecs), sans m'arrêter de boire parce que certains n'ont pas assez à boire (comme les Russes). Voyez qu'il n'y a pas que des africains qui n'ont pas assez. Bien sûr qu'il y a des limites, bien sûr qu'il faut penser aux autres, mais on ne peut pas aider les autres tant qu'on est pas content de soi et de ce qu'on a. Alors laissez-moi manger mon caviar. En plus je suis donatrice (grâce à un très beau jeune homme dont je n'ai malheureusement pas eu le numéro) à Amnesty, je signe des pétitions, je donne des sous au Monsieur qui offre des repas aux petits africains à chaque franc qu'on lui file et je pleure devant un film quand les gens meurent. Je suis bonne (dans le sens gentille, j'ai un caractère bon), ok ? Et même si je ne l'étais pas, j'ai le droit. J'ai le droit de ne pas donner de sous tous les mois à des oeuvres caritatives, j'ai le droit de ne pas me sentir concernée par le sort affreux des autres, j'ai le droit de vouloir me protéger. Ce qui serait bien c'est que tout le monde aide un peu tout le monde évidemment. Mais personne n'a le droit de me juger pour mes non-actes. Encore moins des gens qui sont dans leur chambre et qui mettent le maximum de photos affreuses avec des gens tous maigres et couchés par terre donc-on-sait-pas-trop-s'ils-sont-vivants sur un power-point pour faire culpabiliser la planète entière, comme ça ils n'ont pas besoin de culpabiliser puisque leur mission est terminée, ils ont accomplis leur devoir, rétabli la vérité. Ils ne font surement rien pour ces gens-là mais sermonnent les autres. Et ça m'énerve.
Sur ce je vous laisse, après avoir craché mon venin et m'être défoulée un (bon) coup, je vais aller mettre mes autres idées sur le papier. Ca risque d'être plus calme. Plus posé. En plus j'ai du caviar,
Samère