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Orbitales moléculaires
Pour comprendre la structure des atomes et les liaisons intramolĂ©culaires, il est indispensable dâavoir recours Ă la mĂ©canique quantique. Câest la formulation du principe de dualitĂ© onde-particule par Louis de Broglie et lâĂ©noncĂ© de lâĂ©quation de Schrödinger peu de temps aprĂšs qui ont ouvert la voie aux diffĂ©rentes thĂ©ories qui ont progressivement permis de mieux comprendre les liaisons chimiques et la cohĂ©sion de la matiĂšre.
Les travaux de Schrödinger et de de Broglie ont permis de dĂ©passer les difficultĂ©s attachĂ©es Ă la reprĂ©sentation des Ă©lectrons comme de petites billes orbitant autour du noyau quâavait proposĂ©e Niels Bohr au cours des annĂ©es 1910. Cette reprĂ©sentation conduisait en effet Ă un paradoxe insoluble : les Ă©lectrons devaient inĂ©luctablement tomber sur le noyau du fait du rayonnement synchrotron. Ce modĂšle a fait place Ă celui des orbitales atomiques (OA) qui dĂ©coule de lâapplication de lâĂ©quation de Schrödinger au potentiel coulombien du noyau dâun atome. :
Si lâon recherche les solutions stationnaires de cette Ă©quation, on constate que celles-ci sont quantifiĂ©es. Les Ă©lectrons d'un atome ne peuvent occuper que certains niveaux d'Ă©nergie et leur position dans lâespace est dĂ©crite par une fonction dâonde solution de cette Ă©quation. GĂ©omĂ©triquement, cette fonction dâonde est reprĂ©sentĂ©e par un volume en 3D Ă lâintĂ©rieur duquel on a le plus de chance de trouver lâĂ©lectron considĂ©rĂ©.
Orbitales atomiques de lâatome dâhydrogĂšne
Lâatome dâoxygĂšne est le seul atome pour lequel nous ayons une solution analytique de lâĂ©quation de Schrödinger. On peut montrer que la forme dâonde des orbitales de lâatome dâhydrogĂšne est dĂ©crite par la sĂ©rie des harmoniques sphĂ©riques.
Image générée par Inigo Quilez, licence Creative Commons Attribution Share Alike 3.0 Unported.
Ces harmoniques sont caractĂ©risĂ©es par trois nombres entiers que lâon nomme par convention n, l et m. Le nombre n est le nombre quantique principal. Câest un nombre entier strictement positif. Le nombre l est le nombre quantique azimutal. Câest un nombre entier positif ou nul strictement infĂ©rieur Ă n. Un mĂȘme nombre l dĂ©signe plusieurs orbitales dâorientation et Ă©ventuellement de forme diffĂ©rentes et qui sont rĂ©fĂ©rencĂ©es par le troisiĂšme nombre quantique (notĂ© m). Le nombre m est un nombre entier supĂ©rieur ou Ă©gal Ă -l et infĂ©rieur ou Ă©gal Ă l. Une mĂȘme orbitale ne peut ĂȘtre occupĂ©e que par deux Ă©lectrons de spin diffĂ©rent (principe dâexclusion de Pauli).
En chimie, on prĂ©fĂšre utiliser une autre terminologie. On associĂ© aux orbitales correspondant au mĂȘme couple (n, l) un index composĂ© dâun chiffre (le nombre quantique principal n) et dâune lettre. La lettre s correspond Ă l = 1, la lettre p Ă Â l = 2, la lettre d Ă Â l = 3 et la lettre  f Ă Â l = 4. Lorsquâon a besoin de distinguer les diffĂ©rentes orbitales associĂ©es Ă un mĂȘme index, on utilise un indice caractĂ©risant la gĂ©omĂ©trie de la forme dâonde considĂ©rĂ©e.
On dit des Ă©lectrons ayant le mĂȘme nombre quantique principal quâils appartiennent Ă une mĂȘme couche et Ă ceux qui occupent des orbitales caractĂ©risĂ©es par le mĂȘme couple (n, l) quâils appartiennent Ă une mĂȘme sous-couche.
Dans le cas dâun atome comportant plusieurs Ă©lectrons, il nâest pas possible de trouver une solution analytique de lâĂ©quation de Schrödinger. On procĂšde dans ce cas par approximation, couche par couche, en faisant lâhypothĂšse que la couche de niveau infĂ©rieur fait Ă©cran Ă ce qui se passe plus prĂšs du noyau. Ainsi, pour la couche la plus Ă©loignĂ©e du noyau (celle dont les Ă©lectrons sont susceptibles de participer Ă une liaison chimique avec un autre atome), tout se passe comme sâils orbitaient autour dâun pseudo-noyau que lâon pourrait qualifier dâhydrogĂ©noĂŻde.
Remplissage des couches et rĂšgle de Klechkowski
Les 2l+1 orbitales qui ont le mĂȘme nombre quantique n et le mĂȘme nombre quantique l ont la mĂȘme Ă©nergie. On parle de dĂ©gĂ©nĂ©rescence des niveaux dâĂ©nergie pour ces orbitales. Les orbitales p par exemple sont 3 fois dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es et les orbitales d 5 fois.
La rĂšgle de Klechkowski stipule lâordre dans lequel les sous-couches sont occupĂ©es : 1s, 2s, 2p, 3s, 3p, 4s, 3d, 4p... On remarquera que la rĂšgle de Klechkowski fait une entorse Ă la logique croissante des nombres quantiques principaux. Ainsi, par exemple, la sous-couche 3d sâintercale entre la sous-couche 4s et la sous-couche 4p. Les Ă©nergies des niveaux 4s, 3d et 4p sont en effet assez voisins. Idem au niveau des couches 5 et 6. La rĂšgle de Klechkowski conduit donc Ă redĂ©finir la notion de couche comme suit.
Au sein dâune mĂȘme sous-couche, les Ă©lectrons se rĂ©partissent de façon Ă occuper le maximum dâorbitales (ou, ce qui revient au mĂȘme, Ă minimiser le nombre dâorbitales complĂštement remplies). On appelle bande de valence la derniĂšre couche (au sens de Klechkowski) qui est remplie. Pour caractĂ©riser le remplissage des couches Ă©lectroniques dâun atome, on Ă©numĂšre les sous-couches de sa bande de valence en indiquant en exposant le nombre dâĂ©lectrons qui les occupent. Exemple : le carbone a 6 Ă©lectrons. Sa couche 1 est complĂštement remplie (2 Ă©lectrons) et il possĂšde 4 Ă©lectrons sur sa couche 2. La configuration de sa bande de valence est 2s2, 2p2. Le fer a 26 Ă©lectrons. Ses couches 1, 2 et 3 sont occupĂ©es. La configuration de sa bande de valence est 4s2, 3d6.
Formes dâonde
Il est important pour la suite de ce post dâavoir une idĂ©e de la forme dâonde des orbitales. Nous nous limiterons aux orbitales de type s, p et d. Les orbitales s sont des orbitales de symĂ©trie sphĂ©rique. Les orbitales p sont de symĂ©trie axiale. La fonction dâonde change de signe lorsquâon traverse le plan perpendiculaire Ă lâaxe de symĂ©trie (reprĂ©sentation grisĂ©e sur la figure).
.
Passons aux orbitales d. ConsidĂ©rons par exemple lâorbitale dyz dans la figure ci-dessous. A rayon constant, lâamplitude de la fonction dâonde est proportionnelle au produit de y et z. Les plans xOy et xOz sont des plans nodaux (amplitude nulle). Les orbitales dxy et dxz se dĂ©duisent de dyz par permutation des coordonnĂ©es. Lâorbitale dx2-y2 a une forme dâonde similaire mais orientĂ©e de façon diffĂ©rente par rapport aux axes (attention : sur la figure le plan xOy est cette fois dans le plan de lâĂ©cran). Lâorbitale dz2 a une allure trĂšs diffĂ©rente. Lâamplitude de la fonction dâonde est maximale sur lâaxe Oz et toujours positive.  Elle est par contre nĂ©gative dans le plan xOy . Elle possĂšde une surface nodale qui est un cĂŽne dâĂ©quation :
 Lâangle au sommet du cĂŽne est Ă©gal Ă 109,5⊠(valeur qui est celle de lâangle dâun tĂ©traĂšdre).
Orbitales moléculaires
La thĂ©orie des orbitales molĂ©culaires (TOM) a pour but de dĂ©crire la forme dâonde des orbitales dans le cas dâune molĂ©cule comportant des liaisons covalentes (orbitales molĂ©culaires). LâĂ©quation de Schrödinger continue alors de sâappliquer mais la recherche de solutions se complique sĂ©rieusement. Si, dans le cas dâun atome isolĂ©, on pouvait se contenter de ne prendre en compte que le potentiel coulombien du noyau, ce nâest en effet plus suffisant si lâon est en prĂ©sence de plusieurs noyaux.
Nota : la TOM sâappuie sur les travaux prĂ©curseurs de Friedrich Hund et Robert Mulliken.
Pour rĂ©soudre lâĂ©quation de Schrödinger en prĂ©sence de plusieurs noyaux, la TOM fait lâhypothĂšse que les solutions sâexpriment sous la forme dâune combinaison linĂ©aire des solutions de cette Ă©quation pour chacun des atomes qui la constituent :
Cette thĂ©orie (qui nâest elle-mĂȘme quâune approximation) fonctionne assez bien dans des cas simples comme celui dâune molĂ©cule diatomique ou dâune molĂ©cule prĂ©sentant un certain degrĂ© de symĂ©trie autour dâun atome ou dâun ion central. Dans le cas de la liaison covalente entre deux atomes, cette combinaison peut sâĂ©crire :
La figure qui suit illustre lâapplication de cette thĂ©orie Ă la liaison O-H dans la molĂ©cule dâeau. La bande de valence de lâhydrogĂšne est 1s1, celle de lâeau 2s2, 2p4. On peut montrer que la combinaison linĂ©aire des orbitales 1s de lâhydrogĂšne et 2p de lâoxygĂšne conduit Ă deux solutions notĂ©es sigma et sigma*. La premiĂšre dĂ©crit une orbitale molĂ©culaire liante (OM liante) dont le niveau dâĂ©nergie est plus faible que celui des orbitales atomiques dâorigine. Lâautre dĂ©crit une OM antiliante dont le niveau dâĂ©nergie est plus Ă©levĂ© que celui des orbitales dâorigine.
Dans le cas de lâOM liante les coefficients alpha et bĂ©ta sâajoute. Il y a une zone de recouvrement des OA.  Les deux Ă©lectrons cohabitent « pacifiquement ». Comme le domaine qui leur est allouĂ© est plus Ă©tendu, leur Ă©nergie totale est moindre (câest une consĂ©quence du principe dâindĂ©termination dâHeisenberg, voir le post sur les Ă©lectrons). LâĂ©nergie du doublet dâĂ©lectrons Ă©tant plus basse que lâĂ©nergie des Ă©lectrons lorsque les atomes sont sĂ©parĂ©s, cette configuration est stable. Le diffĂ©rentiel dâĂ©nergie est appelĂ© Ă©nergie de liaison.
Dans le cas de lâOM antiliante, les coefficients se soustraient et il y a au contraire une zone dâexclusion. Les Ă©lectrons sont repoussĂ©s dans un volume plus confinĂ©. Leur Ă©nergie totale est plus Ă©levĂ©e. Cette configuration est dĂ©stabilisante pour la liaison entre les atomes puisque son Ă©nergie est plus Ă©levĂ©e que lorsquâils sont sĂ©parĂ©s.
Dans la molĂ©cule dâeau lâoxygĂšne entretient deux liaisons de ce type. Compte tenu de la gĂ©omĂ©trie des orbitales 2p, on pourrait sâattendre Ă ce que lâangle HOH soit de 90 degrĂ©s. Dans les faits, la rĂ©pulsion coulombienne entre les noyaux H+ augmente cet angle qui est en rĂ©alitĂ© de 104,5 degrĂ©s. La molĂ©cule d'hydrogĂšne sulfurĂ© H2S a prĂ©sente une configuration similaire. Ceci n'a rien d'Ă©tonnant puisque la bande de valence du soufre (3s2, 3p4) a la mĂȘme configuration que celle de l'oxygĂšne. Mais l'atome de soufre est plus gros que l'atome d'oxygĂšne. La distance H-S est donc supĂ©rieure Ă la distance H-O (133,6 pm vs. 95.8 pm). De ce fait, la rĂ©pulsion coulombienne est moins importante et l'angle HSH est plus proche de l'angle droit (92.1 degrĂ©s).
Recouvrement sigma et recouvrement pi
Dans lâexemple qui prĂ©cĂšde (liaison O-H au sein dâune molĂ©cule dâeau) le recouvrement des orbitales Ă©tait axial. Un tel recouvrement porte le nom de recouvrement sigma. Ce nâest pas nĂ©cessairement le cas. Lorsquâune liaison sigma existe dĂ©jĂ , elle peut ĂȘtre complĂ©tĂ©e par une liaison pi entre des orbitales p perpendiculaires par rapport Ă lâaxe qui joint les deux atomes. Cette liaison forme en quelque sorte un pont entre les atomes. Câest typiquement le cas lors dâune liaison double comme la liaison C=C de lâĂ©thylĂšne.
Le mode de recouvrement le plus courant reste cependant le recouvrement sigma. La figure qui suit illustre la liaison covalente entre lâargent et une molĂ©cule dâammoniac dans le complexe Ag(NH3)2. La liaison se fait entre lâorbitale dy2 du mĂ©tal et une orbitale 3p de lâazote dans une molĂ©cule dâammoniac. (Les orbitales 1s des trois atomes dâhydrogĂšne sont reprĂ©sentĂ©es par de petites boules grises.)
Le deuxiĂšme exemple illustre une liaison pi entre lâorbitale dyz dâun mĂ©tal et une orbitale pi dâun halogĂ©nure. Le troisiĂšme exemple est celui dâune liaison sigma-pi. Lâorbitale molĂ©culaire se forme Ă partir dâune liaison pi existante que vient capter lâorbitale inoccupĂ©e dâun cation mĂ©tallique (ion trichloro Ă©thylĂšne platine [PtCl3(C2H4)]-, lâorbitale dz2 du platine capte lâorbitale pi de lâĂ©thylĂšne).
Exemple de liaison double : la molécule dioxygÚne
La molĂ©cule dioxygĂšne comporte une liaison double qui mĂ©rite dâĂȘtre Ă©tudiĂ©e car elle va nous permettre dâapprofondir diffĂ©rents aspects de la liaison covalente. La bande de valence de lâatome dâoxygĂšne a pour configuration (2s2, 2p4). Dans la sous-couche 2px, un doublet occupe lâorbitale 2px et les deux Ă©lectrons restants se rĂ©partissent sur 2py et 2pz (rĂšgle de Hund). Construisons le diagramme des orbitales molĂ©culaires de la molĂ©cule dioxygĂšne (figure ci-dessous). Les deux orbitales 2s tout dâabord vont, en se recouvrant, former un orbitale liante sigma_s et une orbitale antiliante sigma_s*. A lâorigine, les deux fois trois orbitales 2p ont la mĂȘme Ă©nergie. Par contre, seules les orbitales 2px pointent lâune vers lâautre. Elles sont les seules Ă se recouvrir. Elles vont former vont former un orbitale liante sigma_px et une orbitale antiliante sigma_px*. Les orbitales 2py et 2pz sont parallĂšles entre elles. Elles vont former chacune un jeu dâorbitales pi liantes (pi_py et pi_pz) et antiliantes (pi_py* et pi_pz*) de mĂȘme Ă©nergie. RĂ©partissons maintenant les deux fois six Ă©lectrons dans ces orbitales. La rĂšgle de Klechkowski sâapplique pour les niveaux de plus basse Ă©nergie. Les orbitales sigma_s, sigma_s*, sigma_px, pi_py, pi_pz sont remplies. Il reste deux Ă©lectrons Ă disposer sur le niveau dâĂ©nergie le plus Ă©levĂ©. Comme on le voit sur le diagramme, il est dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© (les deux orbitales pi_py* et pi_pz* ont le mĂȘme niveau dâĂ©nergie). Cette fois câest la rĂšgle de Hund qui sâapplique. Il y a donc un Ă©lectron cĂ©libataire sur chaque.
Remarque : rappelons que la rÚgle de Hund spécifie que la répartition des électrons doit minimiser le nombre de paires appariées.
Ordre de liaison
AĂŻe... Nous voilĂ avec 4 orbitales liantes sur les bras alors que nos cours de chimie (ou le modĂšle des orbitales hybrides prĂ©sentĂ© prĂ©cĂ©demment) claironnent que la molĂ©cule de dioxygĂšne est basĂ©e sur une liaison double. Liaison double qui permet Ă ladite molĂ©cule de satisfaire Ă la rĂšgle de lâoctet (les 4 orbitales de la bande de valence des atomes dâoxygĂšne remplies). La TOM serait-elle fausse ? Pourtant, elle permet dâexpliquer une propriĂ©tĂ© tout Ă fait Ă©tonnante du dioxygĂšne : son caractĂšre paramagnĂ©tique. Ce sont en effet les deux Ă©lectrons cĂ©libataires des orbitales pi_py* et pi_pz* qui permettent dâexpliquer le paramagnĂ©tisme du dioxygĂšne, propriĂ©tĂ© inexplicable dans le cadre de la thĂ©orie classique des liaisons covalentes. Alors, liaison double ou quadruple ?
Cet apparent paradoxe nous renvoie au caractĂšre artificiel dâune thĂ©orie. Une thĂ©orie est une construction abstraite qui a pour objectif de nous aider Ă nous reprĂ©senter la nature des phĂ©nomĂšnes physico-chimiques et dâen prĂ©dire les caractĂ©ristiques mesurables. Nâen dĂ©plaise Ă certains philosophes des sciences comme Max Tegmark, une thĂ©orie nâest pas lâessence profonde du rĂ©el. Le rĂ©el nâest pas lâimage projetĂ©e sur lâĂ©cran de nos perceptions par une machine dĂ©roulant un programme. Comme toute construction mentale, une thĂ©orie ne peut pas embrasser entiĂšrement la complexitĂ© du rĂ©el. Elle comporte des approximations et elle a une prĂ©cision et un domaine de validitĂ© limitĂ©. Prenons le modĂšle des orbitales hybridĂ©es sur lequel est construit la reprĂ©sentation bien commode des orbitales simples, doubles ou triples. Il est incapable, par exemple, de prĂ©dire le caractĂšre polaire dâune molĂ©cule comme le chloromĂ©thane CH3Cl. Il faut le rafistoler en ayant recours Ă la rĂšgle de Bent (voir le post sur la gĂ©omĂ©trie des orbitales).
Mais comment concilier lâĂ©cart flagrant entre le nombre dâorbitales liantes prĂ©dit par la TOM et la reprĂ©sentation sous forme de liaison double quâenseigne les chimistes ? Câest la notion dâordre de liaison qui permet de faire le lien. Dans le modĂšle classique, on fait lâhypothĂšse que la stabilitĂ© de la molĂ©cule repose sur deux orbitales liantes et que les orbitales dites non liantes nâont aucun effet. Dans la TOM, câest diffĂ©rent. Certes, il y a 4 orbitales liantes... mais il y a aussi trois orbitales antiliantes dont lâune est entiĂšrement occupĂ©e. Or une orbitale antiliante est, par nature dĂ©stabilisante. Elle tend Ă affaiblir la liaison. Câest ce que traduit lâordre de liaison. Lâordre de liaison est la demi-diffĂ©rence entre le nombre dâĂ©lectrons liants et le nombre dâĂ©lectrons antiliants. Dans le cas du dioxygĂšne, il y a 8 Ă©lectrons liants et 4 antiliants. On a donc bien un ordre de liaison Ă©gal Ă 2.
Remarque : nous avons reprĂ©sentĂ© le spin des deux Ă©lectrons cĂ©libataires dans le mĂȘme sens. On donne Ă cette configuration le nom dâĂ©tat triplet. Si on mesure le spin rĂ©sultant selon un axe, la mĂ©canique quantique prĂ©voit en effet que lâon peut obtenir 3 valeurs : +1, 0, -1, la valeur 0 signifiant que le spin est orthogonal Ă la direction dans laquelle on effectue la mesure. Si les deux spins pointaient dans des directions opposĂ©es, le spin rĂ©sultant serait obligatoirement nul et on aurait alors un Ă©tat singulet (voir le post sur la notion de spin). (voir le post sur notion de spin).
Composé polyatomique
Lors de la formation dâun composĂ© polyatomique, la constitution des OM dĂ©pend essentiellement de la gĂ©omĂ©trie et des symĂ©tries de ce composĂ©. Les composĂ©s dits complexes sont intĂ©ressants Ă cet Ă©gard. Ils se forment entre un mĂ©tal de transition et des ligands. Un ligand peut ĂȘtre un atome ou une molĂ©cule qui dispose dâun doublet dâĂ©lectrons non liants (non engagĂ©s dans une autre liaison), un radical (une espĂšce chimique qui possĂšde un Ă©lectron non appariĂ©) ou encore un anion.
Les mĂ©taux de transition sont des Ă©lĂ©ments chimiques qui appartiennent au bloc d de la classification pĂ©riodique des Ă©lĂ©ments. Cela veut dire que leur couche de valence (la couche de plus haute Ă©nergie qui soit occupĂ©e) est de type ns2, (n-1)dx ou ns1, (n-1)dx. Le fer (4s2, 3d6) en est lâĂ©lĂ©ment le plus emblĂ©matique mais cette famille comporte 37 autres Ă©lĂ©ments comme le titane (4s2, 3d2), le chrome (4s1, 3d5), le cuivre (4s1, 3d10), le tantale (6s2, 5d3) ou lâor (6s1, 5d10). Uu grand nombre de ces Ă©lĂ©ments forment des complexes octaĂ©driques, comme lâhexacorbonyle de chrome Cr(CO)6, lâhexaaquo titane Ti(H2O)63+ ou le dichloro tetraammine cobalt [CoCl2(NH3)4]+. Les complexes Ă structure octaĂ©drique permettent de bien comprendre comment se forment les OM dans un composĂ© polyatomique.
La thĂ©orie des groupes de symĂ©trie (dans le cas que nous allons Ă©tudier le groupe de symĂ©trie octaĂ©drique Oh) permet de construire les OM en faisant un certain nombre dâhypothĂšses simplificatrices qui sont aisĂ©ment justifiables. Les orbitales du mĂ©tal qui sont concernĂ©es sont les orbitales ns, (n-1)d et np. Leur combinaison avec le groupe Oh conduit Ă Ă©tablir le diagramme qui suit sur la base de recouvrements sigma.
Lâorbitale ns se dĂ©bouble pour donner les OM a1g et a1g* (dĂ©nomination issue de la thĂ©orie des groupes de symĂ©trie). Lâorbitale a1g est liante et lâorbitale a1g* est antiliante. (Par la suite les orbitales antiliantes seront toujours repĂ©rĂ©es par un astĂ©risque.) Idem pour les 3 orbitales p qui donnent les OM t1u et t1u* qui sont triplement dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es. Pour les 5 orbitales d, il y a levĂ©e partielle de la dĂ©gĂ©nĂ©rescence. Les lobes des orbitales dxy, dxz et dyz ne sont pas orientĂ©s dans lâaxe des ligands (voir le schĂ©ma plus haut). Ils pointent Ă 45 degrĂ©s par rapport Ă cet axe. Ces orbitales sont non liantes. Dans notre diagramme elles sont reprĂ©sentĂ©es par les orbitales t2g de mĂȘme Ă©nergie. Les orbitales dx2-y2 et dz2 prĂ©sentent quant Ă elles la bonne symĂ©trie. Elles donnent les OM eg et eg*. Le niveau dâĂ©nergie de ces OM nâest plus le mĂȘme que celui des orbitales t2g. Dans un cas il y a interaction et dans lâautre non.
Nota : en géométrie tétraédrique, la situation des orbitales dxy, dxz et dyz et orbitales dx2-y2 et dz2 est inversée. Cette fois ce sont les orbitales t2 qui pointent vers les ligands.
Dans ce qui prĂ©cĂšde, on a fait lâhypothĂšse implicite que tous les ligands Ă©taient de mĂȘme nature. Ce nâest nullement une obligation et il existe de nombreux complexes combinant des ligands diffĂ©rents, comme par exemple le dichloro tetraaquo fer PtCl2(NH2)2 ou le triammino trinitro chrome Cr(NH3)3(NO2)3. Dans ce cas la structure est dĂ©formĂ©e pour tenir compte des diffĂ©rences dâencombrement et dâĂ©nergie de liaison des ligands.
Liaison délocalisée
JusquâĂ prĂ©sent, nous nâavons considĂ©rĂ© que des orbitales molĂ©culaires englobant deux atomes. Mais rien nâempĂȘche la formation dâune orbitale plus Ă©tendue. Prenons le cas du buta-1,3-diĂšne H2C=CH-CH=CH2. ConsidĂ©rons dans un premier temps la liaison double C=C qui constitue lâĂ©pine dorsale dâune molĂ©cule dâĂ©thylĂšne. Elle est composĂ©e dâune liaison sigma et dâune liaison pi. Lâinteraction entre les OA qui conduisent Ă la liaison pi se traduit par deux OM, un OM liante et une OM antiliante. Supposons maintenant que nous rapprochions les deux molĂ©cules dâĂ©thylĂšne que nous allons considĂ©rer comme des sous-systĂšmes possĂ©dant chacun deux niveaux dâĂ©nergie (on fait ici abstration des liaisons sigma). Si lâon applique la TOM Ă ces deux sous-systĂšmes, on va de nouveau avoir un dĂ©doublement OM liante / OM antiliante pour chacun des niveaux (voir la figure ci-dessous). Ceci va se traduire par la formation de quatre orbitales. Une orbitale dâĂ©nergie minimale englobant les quatre atomes de carbone, une orbitale dâĂ©nergie lĂ©gĂšrement supĂ©rieure, que lâon pourra qualifier de liante/antiliante/liante, une troisiĂšme orbitale antiliante/liante/antiliante et une quatriĂšme, dâĂ©nergie maximale, complĂštement antiliante.
Remarque : la figure ci-dessus est une illustration. Elle nâa pas la prĂ©tention de reprĂ©senter la forme dâonde des orbitales... qui, en lâoccurence, sont des orbitales pi.
Il y a quatre Ă©lectrons Ă caser : ils ne peuvent pas tous occuper lâorbitale dâĂ©nergie la plus basse (principe dâexclusion de Pauli). Un doublet dâĂ©lectrons occupera la premiĂšre orbitale et le deuxiĂšme la seconde. Ce qui signifie que lâun des doublets est dĂ©localisĂ© sur toute la chaĂźne carbonĂ©e. Mais si les Ă©lectrons de ce doublet peuvent se balader sur toute la chaĂźne, il est impossible dâattribuer le deuxiĂšme doublet Ă lâun ou lâautre des deux lobes de la deuxiĂšme orbitale ! Ils sont donc eux aussi dĂ©localisĂ© mĂȘme si la zone du milieu leur est interdite. Comment passe-t-il dâun cĂŽtĂ© Ă lâautre ? Par effet tunnel, une des propriĂ©tĂ©s Ă©tranges de la mĂ©canique quantique.
La dĂ©localisation est Ă©galement Ă lâĆuvre dans la molĂ©cule du benzĂšne C6H6. La molĂ©cule de benzĂšne est basĂ©e sur un hexagone dont chaque sommet est occupĂ© par un atome de carbone. Chaque atome de carbone entretient une liaison covalente avec ses deux voisins carbone et une avec un atome dâhydrogĂšne. Compte tenu de la valence du carbone, on pourrait sâattendre Ă ce que les 6 atomes de carbone se regroupent deux Ă deux pour former des liaisons pi entre eux. Chaque atome de carbone entretiendrait donc deux liaisons covalentes sigma C-C, une liaison sigma C-H et une liaison pi C-C. Mais pourquoi la liaison pi sâĂ©tablirait-elle plutĂŽt avec le voisin de gauche quâavec le voisin de droite dâun atome de carbone ? Du point de vue de la fonction dâonde solution de lâĂ©quation de Schrödinger, la probabilitĂ© est Ă©quivalente. La liaison pourrait donc sauter de lâun Ă lâautre de maniĂšre alĂ©atoire. Tout comme dans le cas du butadiĂšne on est en prĂ©sence dâune liaison pi dĂ©localisĂ©e. Chaque atome de carbone engage un Ă©lectron dans cette liaison qui sâĂ©tend Ă tout lâhexagone. Six Ă©lectrons sont donc mis en commun dans cette liaison qui est la caractĂ©ristique des molĂ©cules organiques dites aromatiques.
Liaison iono-covalente
Revenons Ă la thĂ©orie des orbitales molĂ©culaires dans le cas diatomique. Nous avons dit que la fonction dâonde de lâorbitale molĂ©culaire Ă©tait une combinaison linĂ©aire des orbitales atomiques dâorigine. Dans lâĂ©quation de lâOM reproduite plus haut, les coefficients alpha et bĂ©ta indiquent dans quelle proportion ces orbitales se combinent. Supposons que lâatome numĂ©ro 1 soit beaucoup plus Ă©lectronĂ©gatif que lâatome numĂ©ro 2. Dans ce cas, alpha sera proche de 1 et bĂ©ta beaucoup plus faible. Cela signifie que les Ă©lectrons du doublet auront tendance Ă se rĂ©fugier dans lâorbitale atomique du premier atome. A la limite, si alpha Ă©tait Ă©gal Ă 1, on se retrouverait dans le cas dâune liaison ionique. On appelle ce type de liaison une liaison iono-covalente. Elle se traduit par lâapparition dâun dipĂŽle Ă©lectrique dans la mesure oĂč lâun des atomes est porteur dâune charge Ă©lectrique nĂ©gative et lâautre dâune charge Ă©lectrique positive. Câest dâailleurs le cas pour la liaison O-H. Compte tenu de la configuration gĂ©omĂ©trique de la molĂ©cule dâeau qui nâest pas linĂ©aire, cette polarisation Ă©lectrique se retrouve au niveau de la molĂ©cule, ce qui fait de lâeau une molĂ©cule polaire.
Occupation des orbitales, couleur et propriétés magnétiques des complexes
Dans un atome, la rĂšgle de Hund stipule que les Ă©lectrons de la couche de valence se rĂ©partissent sur les diffĂ©rentes orbitales de façon Ă minimiser le nombre dâĂ©lectrons appariĂ©s. Cela rĂ©sulte du fait que lâappariement des Ă©lectrons (c.Ă .d le fait deux Ă©lectrons de spin opposĂ© occupent la mĂȘme orbitale) a un coĂ»t Ă©nergĂ©tique. Dans un composĂ© complexe cela dĂ©pend de lâĂ©cart dâĂ©nergie entre les orbitales. Si le coĂ»t Ă©nergĂ©tique de lâappariement des Ă©lectrons est supĂ©rieur Ă cet Ă©cart, les Ă©lectrons auront effectivement tendance Ă se rĂ©partir entre les niveaux pour minimiser lâĂ©nergie totale du systĂšme. La rĂšgle de Hund sera dans ce cas respectĂ©e. Si ce nâest pas le cas, elle ne le sera pas (câest la situation dans la figure ci-dessus). On caractĂ©rise ces deux situations en disant que la premiĂšre est de type champ faible â spin fort et la seconde champ fort - spin faible. Si les Ă©lectrons sont rĂ©partis de façon Ă maximiser le nombre dâĂ©lectrons non appariĂ©s on aura un matĂ©riau paramagnĂ©tique, câest-Ă -dire susceptible de prĂ©senter un magnĂ©tisme rĂ©manent. Dans le cas contraire, le matĂ©riau est diamagnĂ©tique : le champ rĂ©manent est faible.
En gĂ©nĂ©ral, un complexe champ fort â spin faible est incolore. Le delta dâĂ©nergie pour faire passer un Ă©lectron sur un niveau orbitalaire dâĂ©nergie supĂ©rieure est trop Ă©levĂ© pour que le photon correspondant soit dans le domaine visible. A contrario, un complexe champ faible â spin fort prĂ©sente une coloration franche. De tels complexes sont dâailleurs Ă la base de nombreux pigments.
La notion de composé complexe et de ligand est détaillée dans plusieurs posts : complexes et ligands, complexes et ligands - une autre approche, exemples de complexes et de ligands.
Pour en savoir plus :
post sur lâĂ©quation de Schrödinger
post sur le spin
post sur les électrons
post sur la classification périodique des éléments
post sur les liaisons chimiques
post sur la valence
post sur la géométrie des molécules
post sur la cohésion de la matiÚre
post sur les complexes et les ligands : approche ionique
post sur les complexes et les ligands : approche covalente
post sur les matériaux magnétiques
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Prima Immagine della Funzione d'Onda di Un Atomo di Idrogeno