Le plus bel ensemble campanaire dâEurope
Lorsque de nouvelles cloches arrivĂšrent devant la cathĂ©drale Notre-Dame de Paris en janvier 2013, les Strasbourgeois pouvaient se souvenir de lâarrivĂ©e des sept nouvelles cloches devant leur cathĂ©drale, le 18 mai 1978. Cet ensemble campanaire unique en Europe est lâĆuvre du chanoine Jean
Ringue.
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Jean Ringue1 est né le 20 janvier 1922 à Sainte-Croix-aux-Mines. Pendant ses études secondaires à Sélestat, il rencontre l'abbé Louis Ritter qui lui fait découvrir le latin, l'art et la liturgie grégorienne. Il rencontre également le chanoine Joseph Walter qui lui montre la BibliothÚque humaniste de Sélestat
dont il est le bibliothĂ©caire. Cela provoque de suite chez Jean Ringue un intĂ©rĂȘt pour l'art mĂ©diĂ©val.
En 1947, il est ordonnĂ© prĂȘtre pour notre diocĂšse, puis nommĂ© Ă la Commission DiocĂ©saine d'Art SacrĂ© en 1954. Il doit alors collaborer Ă la reconstruction des Ă©glises sinistrĂ©es lors de la Seconde Guerre Mondiale. Pendant cette pĂ©riode, il fait la connaissance du jeune Alfred Kern qui lui fait dĂ©couvrir la facture d'orgue. Jean Ringue participera avec lui aux chantiers de l'orgue de Masevaux et de la cathĂ©drale dans les annĂ©es 1970.
En 1959, il est nommé animateur de la Commission d'art sacré et secrétaire de la Commission des orgues. Mgr Elchinger le fait chanoine honoraire en 1979, puis chanoine-custode en 1980.
Musicien et mĂ©lomane, il sâintĂ©resse particuliĂšrement Ă lâart campanaire et devient peu Ă peu un expert reconnu. Il est Ă lâorigine de nombreuses sonneries de cloches en Alsace et dans toute lâEurope. Peu aprĂšs la rĂ©ception de la sonnerie de VĂ©zelay en 2004, sa derniĂšre Ćuvre, il est hospitalisĂ© avant d'ĂȘtre accueilli Ă la maison de retraite des sĆurs de la Toussaint Ă Strasbourg.
Il décÚde le 7 avril 2009 ; ses obsÚques, présidées par Mgr Christian Kratz, ont lieu le 14 avril à Sainte-Croix-aux-Mines.
En 1782, un abbĂ© fait lâinventaire des treize cloches de la cathĂ©drale. La plus grande Ă©tant un bourdon qui sonne en la bĂ©mol 2, dâenviron neuf tonnes, et coulĂ©e par Hans Gremp en 1427.
Quatre ans aprĂšs lâinventaire, Matthieu Edel coule lâactuelle cloche du couvre-feu puis deux cloches dâhorloge un an plus tard. AprĂšs la RĂ©volution, seules subsistent les cloches dâhorloge placĂ©es dans la tour de lâoctogone, le grand bourdon et la cloche du couvre-feu, auxquels sâajouteront deux nouvelles cloches en 1806 et 1814.
En 1966, l'église de Masevaux est ravagée par un incendie. AprÚs quatre ans de reconstruction, quatre nouvelles cloches fondues à Heidelberg par F.W. Schilling sonnent avec la cloche plus ancienne.
Masevaux possĂšde ainsi une prestigieuse sonnerie alors que celle de Strasbourg ne convient pas au gigantisme de son architecture. Il aura donc fallu ce nouveau carillon Ă Masevaux pour que le projet dâun nouvel ensemble campanaire pour la cathĂ©drale soit lancĂ© ! Les experts et le chanoine Ringue, devenu campanologue du diocĂšse, imaginent une sonnerie neuve en harmonie avec le bourdon.
En juin 1973, la « Zehnerglocke » se fĂȘle, elle sera soudĂ©e un an plus tard. En septembre 1975, Strasbourg fĂȘte le sept centiĂšme anniversaire de la consĂ©cration de la nef de sa cathĂ©drale. Ă cette occasion, l'archevĂȘque de Fribourg-en-Brisgau offre Ă la cathĂ©drale une cloche de 2307 kg, coulĂ©e le 5 dĂ©cembre 1975 Ă Heidelberg.
Six autres cloches dont le second bourdon de 3896 kg sont alors commandées et coulées à Heidelberg en 1976. Les sept cloches de profil ultra lourd et progressif arrivent à Strasbourg et sont bénies par Mgr Elchinger, le 18 mai 1978.
Le plenum des sept nouvelles cloches ainsi que le bourdon de Hans Gremp sonnent pour la premiĂšre fois le 20 juillet 1978. Les experts campanologues sont unanimes pour dire la perfection de ce nouvel ensemble campanaire.Â
Parfaitement accordĂ©es avec le grand bourdon ainsi quâentre elles, les nouvelles cloches sonnent en si bĂ©mol 2, rĂ© bĂ©mol 3, mi bĂ©mol 36, fa 3, la bĂ©mol 3, si bĂ©mol 3 et do 4. En 1987, une dixiĂšme cloche arrive dans le beffroi.
Les cloches sont les voix de notre prestigieuse cathĂ©drale et de la foi des chrĂ©tiens. Ces instruments terrestres sont peut-ĂȘtre bien un avant-goĂ»t des mĂ©lodies cĂ©lestes !