Ongoingness, Sarah Manguso
Intrigant et frigide comme le sont très souvent ces livres volontiers high concept qui se développent en premier lieu à titre d’actualisation d’une hypothèse qui les précède — un relent de l’écriture horizontale de Barthes ? — au lieu de croître organiquement à mesure que le texte se dévide : tout y est médité, thématisé, parfois posé pour faire plus naturel, constamment rédigé au plus aphoristique dans le but explicite de se ménager un moyen terme entre la prose confessionnelle et le traité de philosophie pas trop vénère. Pour le reste, double réflexion passionnante par endroits sur l’amont et l’aval de l’écriture diaristique ; je veux dire que Manguso, écrivant sur son journal, c’est-à-dire en dernière instance sur la personne qu’elle est ou a été en l’écrivant — d’où le refus de citer le matériau-source — , pose à la fois la question de pourquoi et d’à quelle fin elle le rédige, angoisse d’ailleurs assez nouvelle dans la mesure où le récit de l’intime passe bien souvent sous le radar de la critique puisqu’il n’existe que de manière strictement réflexive, voire cathartique, et se déploie sans public officiel hormis pour les usages 2.0. Dommage que cette tentative d’autobiographie par ricochet se perde un peu dans ses propres poncifs — punchlines aposiopèses partout, sidération de la maternité, peur de la mort, deux ou trois notations pas loin du personal branding pour Personne Différente et Analytique — ; c’est peut-être aussi le sujet de ce tout petit livre en forme de confession méta : dire moins qui l’autrice est que l’image qu’elle se fait d’elle-même.









