La joie réelle n’est autre, en effet, qu’une vision lucide, mais assumée, de la condition humaine ; la tristesse en est la même vision, mais consternée. La joie est ainsi ce que Spinoza pourrait appeler un « mode actif » de la tristesse, et réciproquement la tristesse peut être décrite comme « mode passif » de la joie. Plus profonde est la tristesse, plus intense est la joie qui la surmonte. Plus grande est la joie, plus grande peut aussi être la tristesse qui l’accompagne comme son ombre (en témoigne le grand nombre d’auteurs jubilatoires qui ont terminé leur existence dans un état dépressif qui couvait depuis longtemps, tels Feydeau ou Donizetti).
Clément Rosset, Loin de moi, Les Éditions de Minuit, 1999













