Paul Gadenne, «Le Vent noir» (1947)
«LâintĂ©rĂȘt de mon histoire nâest pas ce qui arrive» explique Luc Ă Marcelle qui lâinterrompt sans cesse pour lui demander des prĂ©cisions sur le roman quâil est en train dâĂ©crire (p.99). On serait tentĂ© dâappliquer la phrase au roman de Paul Gadenne.
Un homme court aprĂšs une femme, et câest Ă peu prĂšs tout. Marcelle se dĂ©robe sans que Luc parvienne Ă faire sa conquĂȘte. De plus en plus obsĂ©dĂ© par la jeune femme, il est ainsi emportĂ© malgrĂ© lui dans un «tourbillon dâapparences contradictoires» (p.222).
Tout serait plus simple sâil pouvait oublier Edith pour se dĂ©vouer Ă Marcelle, mais les souvenirs ne cessent de refaire surface au point que lâimage de lâune se superpose Ă celle de lâautre.
Les personnages semblent condamnĂ©s Ă une errance infinie, en quĂȘte dâun sens qui se dĂ©robe. Ils nâont pas plus tĂŽt quittĂ© un cafĂ© quâils entrent dĂ©jĂ dans un autre, poussĂ©s toujours en avant sans que rien nâaboutisse jamais.
Ils glissent de cafĂ© en cafĂ©, de rue en rue, de ville en ville comme le roman, Ă chaque chapitre, glisse dâun point de vue Ă un autre. Ă conscience diffractĂ©e, roman Ă©clatĂ©.
Quel est donc ce «vent» qui les pousse en avant et finit par les emporter ? Celui du passĂ©, de la passion, de la dĂ©rĂ©liction («jâĂ©tais en train de sombrer encore une fois dans un monde obscur et sans rĂšgles», p.311), de la folie mĂȘme ?
Ce nâest pas de «vent» quâil faudrait parler mais, en fin de compte, de tempĂȘte (sous un crĂąne), de bourrasque, de tourbillon. Comment pourrait-on nâĂȘtre pas emportĂ© Ă son tour ?














