Le murmure
#jour1 #30jourspourécrire
Je suis nĂ©e lĂ oĂč la mer et les vents chantent et grondent. LĂ , oĂč le silence n'effraie pas. Je n'ai pas tendu l'oreille. Le brouhaha du monde s'est fait entendre, comme ça, le jour du premier sang. Sais-tu que les Ă©toiles bavardent? Que les fleurs chuchotent? Que les pierres rient Ă se fendre? N'as-tu jamais entendu les arbres marmonner, les nuages jaser, les fougĂšres rognonner? Nul besoin de rĂ©pondre, ni de questionner, les langages se lient d'eux-mĂȘmes comme les doigts de deux mains emmĂ©lĂ©es. Et le vide n'est plus vide, ça change tout autour de toi, ça change au dedans aussi. Si tu prends la peine d'Ă©couter, alors tu l'entendras. Le murmure. Comme des pas feutrĂ©s qui te cherchent, toi, et qui balbutient un poĂšme ancien que tu reconnaĂźtras. Comme le clapotis familier de l'eau du ventre de ta mĂšre. Comme la rondeur de ta joue dans le creux d'une main. Ăa peut prendre un certain temps, tu peux t'Ă©garer, te fourvoyer. Mais un jour, des coquelicots Ă©cloront dans ta poitrine et tu sauras qu'il t'aura trouvĂ©e. Il ne sera plus jamais question de te taire, de ta bouche Ă sa bouche, les langues se dĂ©lieront, tu conteras le dĂ©sir, la folie, l'intense et l'immense. Et vous planterez vos mots comme autant de graines, celles de vos joies, de vos chagrins, de vos rĂȘves et de vos espoirs. Ă leur tour, elles nourriront les histoires que les vents transportent vers les coeurs attentifs afin que chacun rencontre son mumure. Ami, ne fais pas la sourde d'oreille, le tien t'attend sĂ»rement quelque part.











