François, le Pape qui défend les écologistes “radicaux”
Vatican. Ce mercredi, François a publié un court texte aux allures de manifeste politique en faveur de l'environnement.
Le pape François n'entend décidément pas se faire des amis au sein de la droite (ultra) libérale. Huit ans après la publication de son encyclique Laudato Si dédiée à l'écologie, le “pape vert” vient en effet de signer une exhortation intitulée Laudate Deum (“Louez Dieu”). Malgré son titre, ce texte long d'une quinzaine de pages A4 est beaucoup moins spirituel que le précédent et tranche par son engagement politique très concret en faveur de l'environnement; un engagement politique qui est d'ailleurs souvent critiqué par les franges hostiles à François. Si ce dernier a néanmoins repris la plume, c'est qu'il juge “nos réactions insuffisantes alors que le monde qui nous accueille s'effrite et s'approche peut-être d'un point de rupture”.
Sa visée est donc pédagogique avant tout. Arguments à l'appui, François vole dans les plumes des climatosceptiques, de leurs résistances et de leur confusion. Impossible de douter de l'origine humaine des bouleversements climatiques; impossible de faire peser le réchauffement sur le dos des pauvres qui auraient “beaucoup d'enfants” -“la réalité est qu'un faible pourcentage des plus riches de la planète pollue plus que les 50 % plus pauvres de la population mondiale”; impossible de laisser entendre que la transition écologique entraînerait une réduction d'emplois. “Je suis obligé d'apporter ces précisions, qui peuvent sembler évidentes, à cause de certaines opinions méprisantes et déraisonnables que je rencontre même au sein de l'Église catholique”, confie-t-il.
Le deuxième volet du texte est philosophique. Comme dans Laudato Si, François vilipende le “paradigme technocratique”. Ce paradigme pense que le bien, la vérité et les solutions à tous nos défis surgissent spontanément du pouvoir technologique et économique. Le Pape est certain du contraire: c'est cette foi aveugle dans la technique qui alimente le processus de dégradation de l'environnement. Non seulement la technologie épuise les ressources mais le plus grand problème est l'idéologie qui sous-tend cette obsession: elle encourage à “accroître au-delà de l'imaginable le pouvoir de l'homme, face auquel la réalité non humaine est une simple ressource à son service Tout ce qui existe cesse d'être un don qu'il faut apprécier, valoriser et protéger, et devient l'esclave, la victime de tous les caprices de l'esprit humain et de ses capacités”. En guise d'antidote, François fait l'éloge de la limite et de la contemplation.
Pour des contraintes énergétiques
Près de la moitié de Laudate Deum est politique. François plaide pour un nouveau multilatéralisme. Il se montre circonspect devant la mise en oeuvre des sommets climatiques organisés par les Nations unies (COP) et rappelle que la prochaine, à Dubaï, sera capitale. Il va plus loin et soutient “des formes contraignantes de transition énergétique”. Il en profite pour défendre les groupes écologiques taxés de radicaux. “Lors des conférences sur le climat, les actions de groupes fustigés comme ‘radicalisés’ attirent souvent l'attention. Mais ils comblent un vide de la société dans son ensemble qui devrait exercer une saine pression’ [sur les gouvernants]”. Il insiste sur le fait que “chercher seulement un remède technique à chaque problème environnemental qui surgit, c'est isoler des choses qui sont -entrelacées dans la réalité, et c'est se cacher les vraies et plus profondes questions du système mondial. […] Nous courons le risque de rester enfermés dans la logique du colmatage, du bricolage, du raboutage au fil de fer […].”
Enfin, si le Pape demande des réformes structurelles, il souligne l'importance des “petits gestes”. Même s'ils n'ont pas un effet quantitatif notable, ils participent à la création d'une “nouvelle culture” indispensable à un changement profond, ils aident “à mettre en place de grands processus de transformation qui opèrent depuis les profondeurs de la société”.
Bosco d'Otreppe
Dans La Libre Belgique du 5 octobre 2023