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L'humour peut ĂȘtre une arme pour des communautĂ©s discriminĂ©es mais, selon les humoristes et les expert.e.s interrogĂ©.e.s par Komitid, il est Ă manier avec prĂ©caution.
Jâai rencontrĂ© des gens passionnants, entendu de trĂšs bonnes blagues et pu rĂ©flĂ©chir Ă plein de choses en Ă©crivant cet article !
Paru le 19/09/2019
Est-ce que ça intéresserait quelqu'un que je retranscrive ici les articles de Komitid (média français lgbt+) ? Je suis abonnée donc j'ai les articles premium, et je sais que tout le monde n'a pas l'argent pour, mais leurs articles sont vraiment intéressants
« Suicide-toi », « maladie »... Les élÚves LGBT+ toujours confronté.e.s au harcÚlement scolaire
(PubliĂ© en premium sur Komitid le 18 juin 2018) Â
Depuis le fiasco des ABCD de l'Ă©galitĂ© en 2013, les moyens mis en Ćuvre pour lutter contre les LGBTphobies en milieu scolaire se font rares. Pendant ce temps, les Ă©lĂšves LGBT+ restent nombreux et nombreuses Ă souffrir au quotidien de discriminations et de harcĂšlement.
« PĂ©dĂ© », « tarlouze », « tapette ». ClĂ©ment, un Angevin de 18 ans, sâen est pris plein la tĂȘte quand il Ă©tait au collĂšge : « On me traitait de « pĂ©dĂ© ». On a refusĂ© de boire aprĂšs moi par « peur de devenir pĂ©dĂ© ». On a menacĂ© de me frapper Ă plusieurs reprises. Il mâarrivait de trouver dans mon casier des papiers avec Ă©crit des trucs du genre « tu suces pour combien ? »  ». Du harcĂšlement scolaire homophobe que le jeune homme dit avoir signalĂ© Ă plusieurs reprises, mais sans rĂ©sultat : «  Disons que les insultes et les humiliations se faisaient de façon plus fourbe », explique ClĂ©ment. « Ă un moment, jâai compris par moi-mĂȘme quâil ne fallait pas que je me laisse abattre.  »
Pour Christophe, 26 ans, le collĂšge a aussi Ă©tĂ© un vĂ©ritable enfer. « Tu devrais te suicider, de toute façon tu finiras comme ça » ; « Tu ne pourras jamais changer, câest une maladie », « tu nâes pas normal » : lorsquâil Ă©tait collĂ©gien dans les Hauts-de-Seine, Christophe sâest vu reprocher pendant toute sa scolaritĂ© son comportement jugĂ© « trop effĂ©minĂ© ». EmpĂȘchĂ© sans cesse de rentrer dans les vestiaires des mecs, insultĂ©, humiliĂ©, il a Ă©tĂ© jusquâĂ tenter de mettre fin Ă ses jours en prenant des anxiolytiques. « Ma mĂšre mâa aidĂ© Ă les recracher, nous a-t-il confiĂ©. Jâai rĂ©ussi Ă ĂȘtre dispensĂ© parce que câĂ©tait trop dur Ă supporter ». Ă coups de sĂ©ances chez le psychiatre et dâantidĂ©presseurs, Christophe a encaissĂ©. Fin du collĂšge, il a dĂ©cidĂ© de sâorienter vers une Ă©cole de coiffure. « Non pas par passion, prĂ©cise-t-il. CâĂ©tait une sortie de secours. Moi, je voulais faire un bac littĂ©raire ».
Absence de données
Selon les donnĂ©es ministĂ©rielles, 700 000 Ă©lĂšves sont ou ont Ă©tĂ© victimes de harcĂšlement scolaire, dont la moitiĂ© de façon trĂšs « sĂ©vĂšre », pour reprendre la formule employĂ©e par le ministĂšre de lâĂducation nationale. Mais aucune statistique nâest disponible quant aux Ă©lĂšves LGBT+. « Concernant les violences Ă lâĂ©cole en gĂ©nĂ©ral, il y a toujours un hiatus entre ce que lâinstitution scolaire dĂ©clare et la rĂ©alitĂ© des faits, en raison notamment de la rĂ©putation des Ă©tablissements scolaires », explique Ă Komitid Johanna Dagorn, sociologue et chercheuse Ă lâObservatoire international des violences Ă lâĂ©cole. « Mais il y a aussi Ă©videmment une mĂ©connaissance et un embarras autour de toutes les questions LGBT+. La lutte contre lâhomophobie et la question du sexisme ont Ă©mergĂ© il y a Ă peine dix ans ».
Clip rĂ©alisĂ© par des Ă©lĂšves dans le cadre du concours « Non au harcĂšlement » organisĂ© par le ministĂšre de lâEducation nationale
Un, deux, trois, Roi du silence
Outre les donnĂ©es officielles, le harcĂšlement scolaire en raison de lâorientation sexuelle et de lâidentitĂ© de genre est un phĂ©nomĂšne Ă©tayĂ© par de nombreuses associations et syndicats dâenseignants. Câest le cas par exemple de SOS homophobie qui, dans son rapport 2017, a relevĂ© une augmentation de 7 % des LGBTphobies en milieu scolaire. Des chiffres Ă nuancer, avertit JoĂ«l Deumier, prĂ©sident de lâassociation, interrogĂ© par Komitid : « On a que trĂšs peu de tĂ©moignages. Cela montre bien quâil y a une loi du silence qui persiste sur les LGBTphobies Ă lâĂ©cole. Le harcĂšlement en gĂ©nĂ©ral est tabou, dâautant plus lorsquâil est liĂ© Ă lâorientation sexuelle ».
Cette « loi du silence » transpire dans le tĂ©moignage de Marion*, harcelĂ©e pendant deux ans au collĂšge. Insultes et moqueries lesbophobes, menaces, violences physiques⊠à partir du moment oĂč la jeune fille sâest montrĂ©e une fois main dans la main avec sa copine en 4Ăšme, les consĂ©quences ont Ă©tĂ© immĂ©diates et graves.
« Les filles ne voulaient plus me faire la bise le matin, je me faisais traiter de sale lesbienne, de sale gouine » raconte-t-elle. « Je me faisais bousculer si je frĂŽlais quelquâun ou frapper dans les vestiaires quand les autres filles pensaient que je les regardais se changer. » Marion nâa signalĂ© quâune seule fois, Ă son prof de SVT, ce quâil se passait. « Il a engueulĂ© tout le monde au dĂ©but dâun cours, mais du coup câĂ©tait encore pire aprĂšs. Il mâavait dit de revenir le voir si ça ne sâarrangeait pas, mais je ne lâai pas fait donc il a dĂ» penser que câĂ©tait rĂ©glĂ© ». Pourquoi ne pas lâavoir fait ? « Jâavais lâimpression que je mĂ©ritais tout ça », confie la jeune fille aujourdâhui ĂągĂ© de 23 ans. PlutĂŽt que de dĂ©noncer, Marion a voulu fuir en demandant dâintĂ©grer un lycĂ©e en dehors de son secteur.
Une violence qui vient des autres et qui sâintĂ©riorise
Ces tĂ©moignages frappent par la violence avec laquelle sâexprime les LGBTphobies en milieux scolaires. Si les motifs de harcĂšlement sont multiples, il apparaĂźt que les Ă©lĂšves LGBT+ y seraient nettement plus exposĂ©.e.s. Une analyse dĂ©veloppĂ©e par la sociologue Johanna Dagorn : « Ce nâest pas une ou deux fois dans lâannĂ©e, câest rĂ©gulier et rĂ©current ». Comment expliquer ce phĂ©nomĂšne ? Pour lâuniversitaire, de lâĂ©cole primaire au collĂšge, derriĂšre lâhomophobie, « câest quasiment Ă 100 % le sexisme qui est Ă lâĆuvre. Câest ensuite au niveau du lycĂ©e que lâon a la question de lâorientation sexuelle qui entre en compte. LĂ , on va ĂȘtre Ă la fois sur la pĂ©joration du fĂ©minin et la question de lâidentitĂ© ».
Des Ă©lĂšves garçons jugĂ©s « trop effĂ©minĂ©s », des filles « trop masculines » : la cour de rĂ©crĂ© ou la salle de classe sâinscrivent encore comme le théùtre privilĂ©giĂ© dâune vĂ©ritable police du genre. « Pour que la prĂ©vention de lâhomophobie soit efficace, il faut une vĂ©ritable politique publique qui permet de dĂ©construire les stĂ©rĂ©otypes de genre qui sont Ă la source du sexisme et de lâhomophobie », estime le prĂ©sident de SOS homophobie.
Cette pression normative liĂ©e au genre, Lazare, jeune garçon trans ĂągĂ© de 28 ans aujourdâhui, en a fait les frais du CM1 jusquâĂ la 3Ăšme, et ce malgrĂ© un changement dâĂ©tablissement quasi annuel : « Jâavais la gueule de lâemploi, je suppose », lĂąche-t-il. « CâĂ©tait sĂ»rement Ă cause de mon apparence trĂšs masculine : jâai toujours eu les cheveux trĂšs courts et une mĂąchoire trĂšs carré⊠», tente-t-il dâanalyser. RĂ©sultat : des humiliations en sĂ©rie, des brimades au quotidien et tellement dâinsultes que les Ă©lĂšves le connaissaient mieux par ses surnoms que par son prĂ©nom :
« On mâappelait « bonhomme », « Quasimodo », « camionneur »⊠Les Ă©lĂšves cherchaient par tous les moyens Ă savoir si jâavais quelque chose entre les jambes. Ă lâinternat, jâĂ©tais obligĂ© de me doucher le matin pour que les filles ne mâespionnent pas. Jâai demandĂ© plusieurs fois Ă changer de chambre, mais les surveillants refusaient systĂ©matiquement. Ils disaient que câĂ©tait en raison de mes habits, de ma façon dâĂȘtre. »
Pour Lazare, le harcĂšlement semble avoir Ă©tĂ© des plus sĂ©vĂšres en raison du fait quâil ne correspondait pas au genre que lui avaient assignĂ© ses camarades. Dans son cas, ce cĂŽtĂ© « trĂšs masculin » a provoquĂ© des rĂ©actions Ă©pidermiques. « Les personnes trans et intersexes sont beaucoup plus victimes de harcĂšlement dans la frĂ©quence que toutes les autres populations. », confirme Johanna Dagorn.
Dans chacun des tĂ©moignages recueillis par Komitid, des aspects reviennent inlassablement. Dâune part, le silence, parfois total, de la part des victimes. Dâautre part, les raisons qui contraignent Ă rester silencieux : « Jâavais lâimpression de mĂ©riter tout ça », nous dit Marion. « Je me disais que jâavais un problĂšme », observe ClĂ©ment. Et ainsi de suite. « Câest de lâhomophobie intĂ©riorisĂ©e et câest Ă nos yeux le plus grave car la haine de soi peut conduire au suicide, mĂȘme en lâabsence de harcĂšlement. », tĂ©moigne auprĂšs de Komitid CĂ©cile Ropiteaux, coordinatrice du Collectif Ă©ducation contre les LGBTphobies en milieu scolaire, rĂ©seau qui regroupe un peu plus dâune dizaine de syndicats enseignants.
ABCD de lâĂ©galitĂ© : terreur autour du genre Ă lâĂ©cole
Cette forte imprĂ©gnation du sexisme dans les mentalitĂ©s, dont les stĂ©rĂ©otypes de genre font le lit, est un problĂšme que le gouvernement prĂ©cĂ©dent a tentĂ© de prendre Ă bras le corps. Dans le cadre de la loi de refondation de lâĂcole de la RĂ©publique en 2013, il y a eu une vraie volontĂ© dâaller vers une Ă©cole inclusive, de lutter contre les discriminations. « Mais devant une masse qui nâa pas respectĂ© les valeurs de la RĂ©publique, on a reculĂ©, et on recule encore », tempĂȘte Johanna Dagorn.
Difficile en effet dâoublier le fiasco autour des Ă©phĂ©mĂšres ABCD de lâĂ©galitĂ©, ces modules pensĂ©s pour dĂ©construire les idĂ©es reçues sur le genre en primaire. Câest Ă lâinitiative de Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre des Droits des femmes, que ce programme expĂ©rimental a Ă©tĂ© lancĂ© dans dix acadĂ©mies durant lâannĂ©e scolaire 2013-2014. Un dispositif pĂ©dagogique associĂ© aux critiques sur les Ă©tudes de genre â la fameuse et inexistante « thĂ©orie du genre » â par une frange rĂ©actionnaire. Sauf que face Ă cette forte opposition, les ABCD de lâĂ©galitĂ© ont Ă©tĂ© rapidement enterrĂ©s.
« On regrette que les ABCD de lâĂ©galitĂ© aient Ă©tĂ© supprimĂ©s », peste JoĂ«l Deumier, de SOS homophobie. Johanna Dagorn, qui a fait partie de la dĂ©lĂ©gation ministĂ©rielle chargĂ©e de la prĂ©vention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire, Ă©tait au ministĂšre lors de la polĂ©mique autour du sujet : « Ce sont les instructeurs et les instructrices dâacadĂ©mie qui ont dâabord Ă©tĂ© formĂ©.e.s. Sauf que celles et ceux qui se sont retrouvĂ©.e.s avec les questions lĂ©gitimes des parents, câest bien le corps enseignant. Et ils et elles Ă©taient terrorisĂ©.e.s car sans formation sur la question du genre, ça ne sâimprovise pas. »
Najat Vallaud-Belkacem, invitĂ©e dâOn nâest pas couchĂ© le 25 octobre 2014, sâexprime sur les ABCD de lâĂ©galitĂ©
Face Ă cet Ă©chec cuisant, amplifiĂ© par les rĂ©actionnaires de La Manif pour tous, lâĂducation nationale est sortie totalement figĂ©e, paralysĂ©e. « Lâinstitution refuse la question du genre depuis les ABCD de lâĂ©galitĂ©. Nous nâavons plus le droit de prononcer ce terme alors que câest la voie royale pour parler des LGBTphobies. », sâagace Johanna Dagorn. « Il y a toute une polĂ©mique autour du mot genre qui a disparu de lâĂducation nationale », confirme CĂ©cile Ropiteaux.
Une campagne et puis sâen va
Pendant ce temps, les Ă©lĂšves LGBT+ continuent dâĂȘtre en premiĂšre ligne face aux stĂ©rĂ©otypes de genre. Outre la campagne « Lâhomophobie nâa pas sa place Ă lâĂ©cole » initiĂ©e en 2015 â et encore, on ne parle pas de LGBTphobies â pas grand chose Ă signaler. Pour JoĂ«l Deumier, lâĂducation nationale semble bien au fait de ces problĂ©matiques mais les outils pour lutter contre ne sont pas Ă la hauteur : « Il faut aller beaucoup plus loin », insiste-t-il. « Il faut sensibiliser et former beaucoup plus le personnel de lâĂducation nationale ». Lâassociation quâil prĂ©side sâoccupe dâintervenir directement dans les collĂšges et les lycĂ©es.
En 2016, 22 000 Ă©lĂšves ont Ă©tĂ© sensibilisĂ©.e.s Ă la lutte contre LGBTphobies grĂące aux bĂ©nĂ©voles de la structure. Une action de sensibilisation rendue possible par lâagrĂ©ment du ministĂšre et qui se traduit par une aide financiĂšre notamment pour couvrir les dĂ©placements des bĂ©nĂ©voles. « Sur un an, SOS homophobie fait au moins une intervention en milieu scolaire par jour. En deux heures, on sâemploie Ă dĂ©construire les stĂ©rĂ©otypes de genre et les idĂ©es reçues sur les orientations sexuelles », explique JoĂ«l Deumier.
Mais pour CĂ©cile Ropiteaux, du Collectif Ă©ducation contre les LGBTphobies en milieu scolaire, câest dĂšs la primaire quâil faut intervenir : « On a facilement des dĂ©bats sur les questions de sociĂ©tĂ© avec les enfants. Ils sont beaucoup plus ouverts dâesprit quâĂ lâadolescence. » Le 12 mars dernier, aprĂšs avoir Ă©tĂ© reçu par le ministre de lâĂducation nationale, Jean-Michel Blanquer, le Collectif a indiquĂ© que la campagne « Lâhomophobie nâa pas sa place Ă lâĂ©cole » sera renouvelĂ©e pour la prochaine annĂ©e scolaire et que le groupe de travail sur les LGBTphobies Ă la direction gĂ©nĂ©rale de lâenseignement scolaire (DGESCO) sera rĂ©activĂ©. Seulement, le Collectif a indiquĂ© ne pas avoir obtenu le moindre engagement concernant la lutte contre les discriminations dĂšs lâĂ©cole primaire. « Les attaques reÌactionnaires contre les ABCD de lâeÌgaliteÌ continuent de produire leurs effets neÌgatifs sur le ministeÌre. », a dĂ©plorĂ© le Collectif dans un communiquĂ©. Et dâajouter : « Une campagne et quelques actions autour du 17 mai, si elles sont neÌcessaires, sont loin dâeÌtre suffisantes. (âŠ) Câest bien en sâattaquant en profondeur au systeÌme de genre et aux steÌreÌotypes qui lui sont associeÌs quâon pourra faire reculer les violences et discriminations sexistes et LGBTphobes. ».
De toute Ă©vidence, si le travail des associations sâavĂšre primordial, il ne peut se suffire Ă lui-mĂȘme. « Notre travail est indispensable mais il ne peut pas remplacer une bonne formation des enseignants. Les pouvoirs publics ne peuvent pas se dĂ©charger sur nous. », alerte JoĂ«l Deumier. Formations, campagnes pour inciter les Ă©lĂšves Ă tĂ©moigner, le prĂ©sident de SOS homophobie attend des actes concrets. « Un.e jeune LGBT+ a 4 Ă 6 fois plus de risques de tenter de se suicider que le reste de la population. Câest donc une question de santĂ© publique qui doit inciter les pouvoirs publics Ă prendre le sujet Ă bras le corps. Il faut montrer que lâĂtat assure une prĂ©sence physique et symbolique auprĂšs des victimes. Il nây a que comme ça quâon pourra prĂ©venir le harcĂšlement scolaire LGBTphobe », espĂšre-t-il.
On serait malhonnĂȘte de ne pas mentionner le kit contre lâhomophobie Ă lâĂ©cole mis Ă disposition des Ă©quipes pĂ©dagogiques rĂ©cemment. « On lâavait fait en 2013 mais il a Ă©tĂ© gelĂ© au cabinet pendant deux ans et demi, souligne Johanna Dagorn. Et il sâagit dâhomophobie, je ne vous parle mĂȘme pas de transphobie. » Pour la chercheuse Ă lâObservatoire international de la violence Ă lâĂ©cole, il faut absolument sensibiliser et prĂ©venir autour des LGBTphobies : « Il faut une vĂ©ritable prise en charge, aussi bien des victimes que des auteur.e.s mais aussi et surtout des tĂ©moins. ». Pour elle, le constat est sans appel, la France est en retard « mais ce nâest mĂȘme plus le mot ». Avec les consĂ©quences que lâon connaĂźt : moins lâĂ©cole est inclusive et plus les minoritĂ©s trinquent.
*Le prénom a été changé
- Philippe Peyre
Quentin Zuttion : « J'adore les sentiments pathétiques, ce sont les plus vrais »
(Publié en premium sur Komitid le 19 juin 2018)
Celui qu'on appelait encore « Monsieur Q » il y a quelques mois vient de publier sa seconde bande dessinée et de terminer les planches de sa troisiÚme. Rencontre.
Ă quelques jours de la sortie de sa seconde BD, Chromatopsie (Ă©ditions Lapin), Quentin Zuttion nous a reçus chez lui, dans le 18e arrondissement de Paris. Autour dâune tisane Ă la verveine, fenĂȘtre ouvertes laissant entendre la musique de lâaverse sur les pavĂ©s de la cour et cigarette Ă la main, il revient sur sa nouvelle oeuvre, son Ă©volution et ses projets.
Komitid : Quâest-ce qui tâa inspirĂ© le format si particulier de Chromatopsie ?
Quentin Zuttion : Jâavais beaucoup dâhistoires Ă raconter et je ne me sentais pas capable de faire une longue BD pour chaque. Câest pour ça que jâai choisi des saynĂštes plutĂŽt et pour avoir aussi un panel de personnes trĂšs diffĂ©rentes en termes dâĂąge, de morphologie⊠Chacun de ces personnages a des questionnements diffĂ©rents mais qui se recoupent tous sur la question de leur propre corps et de leurs sentiments. Ce que je voulais faire, câĂ©tait trouver comment, corporellement, un sentiment quâon nâarrive pas Ă expliquer peut se manifester. Pour ça, le dessin est pratique, puisquâon peut tout faire, tout dĂ©former. Ce sont onze histoires de personnes qui muent, qui se transforment, se mĂ©tamorphosentâŠ
Les couleurs, câest plus un prĂ©texte, en fait. Une des premiĂšres histoires dont jâavais Ă©crit le scĂ©nario, câĂ©tait pour Pourpre, avec cet.te ado qui enfile la robe de sa mĂšre et se masturbe sur fond de musique pimpant dans sa chambre, et Ă la base, je nâavais pas cette idĂ©e de couleur mais Ă la fin, sa mĂšre lui dit  « ça te va bien cette couleur » pour son rouge Ă lĂšvres, et câest une phrase que je trouvais jolie. Donc je me suis dit que tous mes personnages devaient trouver la couleur qui leur va bien, ou qui ne leur va pas du tout, justement.
Depuis combien de temps travaillais-tu sur ce projet ?
Jâai commencĂ© en fĂ©vrier 2017, donc ça fait plus dâun an. Il y a eu une grande pĂ©riode oĂč jâen nâai pas fait du tout. Jâen avais Ă©crit six entre fĂ©vrier et mai de 2017, et ensuite jâai rien fait jusquâĂ la rentrĂ©e qui a suivi. Câest Ă ce moment lĂ que jâai trouvĂ© mon Ă©ditrice et on a fait les autres couleurs.
Est-ce quâun projet comme ça câest compliquĂ© Ă pitcher aux Ă©diteurs, ou bien y a-t-il une demande ?
Alors oui, câĂ©tait assez compliquĂ© (rires). Parce que mon truc des couleurs ça donne un cĂŽtĂ© sympa et ludique, mais jâai trouvĂ© ce truc une fois que jâavais dĂ©jĂ huit-neuf histoires et au final, ce qui les lie, câest trĂšs conceptuel, abstrait. Donc nâĂ©tait pas facile Ă pitcher, ces histoires de dĂ©cors en mutation, qui se cherchent. Mon seul moyen de les lier Ă©tait de partir dans lâonirique et le fantasmatique.
Jâavais prĂ©sentĂ© le projet Ă plusieurs Ă©diteurs avant de trouver mon Ă©ditrice et dans le dossier jâavais fait un petit texte de prĂ©sentation, assez mĂ©dical, sur le thĂšme de lâautopsie, puisque lâon parle autant de corps : ils vont tous sâouvrir et sâanalyser sous toutes les coutures. Câest pour ça que jâai repris ce format pour la couverture et les chapitrages entre chaque histoires, oĂč on est sur de la planche anatomique. Jâaime bien ramener tout le cĂŽtĂ© fantasme Ă quelque chose de trĂšs organique. Câest quelque chose qui me rassure. On va te dĂ©couper et on va regarder dedans. Si on pouvait le faire en vrai sans que ça fasse mal⊠ça mâarrangerait pas mal.
Sexualités LGBT+, fin de vie, genre, violences conjugales, grossophobie, chemsex⊠pourquoi avoir choisi de décortiquer ces thÚmes là dans Chromatopsie ?
Parce que la plupart sont des sujets qui me touchent, certains pas personnellement et dâautres que jâai pu vivre. Les situations que je nâai pas vĂ©cues, câest surtout venu de lâentourage. Il y a une seule histoire oĂč câest du tĂ©moignage, en quelque sorte : Orange. CâĂ©tait le rĂȘve dâune copine, et jâai brodĂ© autour, mais quand elle mâa racontĂ© ça, mĂȘme si je ne le subis pas moi-mĂȘme, je voulais faire en sorte que ça parle au plus de gens possible. Câest pour ça que jâai pris lâimage de sâarracher la peau⊠Je pense quâon est trĂšs nombreux sur cette Terre Ă avoir eu envie, Ă un moment, de changer de peau, de sâĂ©plucher les pores.
Ă quel point est-ce que Chromatopsie est autobiographique ?
Presque toutes ces histoires ont une part autobiographique, on met toujours de soi. AprĂšs, les deux qui me ressemblent le plus, mĂȘme physiquement vis-Ă -vis du personnage, câest Blanc et Noir, deux histoires de rupture. Les deux plus abouties et les moins dans la dĂ©monstration, elles nâont pas de « morale ». Blanc et Noir, surtout Blanc, sans texte sur une trentaine de pages, ça peut ĂȘtre toute une vie, câest pas forcĂ©ment un instant T. De plus loin, il y a aussi un peu de moi dans Rose et Jaune.
Pour Bleu, pas vraiment. Il y a un double niveau de lecture qui fait que les plus jeunes vont voir ça comme lâhistoire dâun crush, avec les papillons dans le ventre. Et les plus averti.e.s y verront la thĂ©matique du chemsex. Vu que jâai un public de 15 Ă 35 ans, ce ne sont pas toujours les mĂȘmes choses qui sont perçues.
Quelle est ta couleur préférée ?
Ce sont tous mes petits bĂ©bĂ©s, je ne saurais pas faire un choix comme ça ! Je ne dirais pas que câest ma prĂ©fĂ©rĂ©e, mais celle dont je suis le plus fier, câest Blanc. Pourquoi ? Je ne sais pas trop. Câest, comme Noir, une histoire de rupture. Et lĂ , je suis fier dâavoir pris ma part dans cette rupture. Elle mâa permis aussi de comprendre que « tout nâest pas tout blanc ou tout noir » justement, je suis content dâavoir compris certaines choses.
Avant, il y a encore deux-trois ans, jâĂ©tais trĂšs « nan mais de toute façon câest tout de leur faute, câest tous des connards narcissiques manipulateurs ». Mais non, pas toujours. On a le pervers narcissique assez facile aujourdâhui, jâai lâimpression⊠Et on a tous fait des manipulations sur les gens, jâen suis sĂ»r. Câest inconscient tout ça. On est tous le monstre de quelquâun, comme le dit la conclusion de Noir, on ne sait pas ce que disent nos ex de nous, Ă moins de rester ami.e.s, comment ils ou elles vivent aprĂšsâŠ
Blanc, câest un tĂ©moignage de rupture avec beaucoup de recul, Noir, câest un tĂ©moignage de rupture avec cinq jours de recul. AprĂšs une rupture, quand tâes dedans, câest violent. LĂ jâavais un vrai besoin de le sortir, mĂȘme si ce nâest pas ce que jâavais initialement prĂ©vu. Parce que maintenant, quand on parle de rupture, on a souvent que le droit dâen rire et sinon on nous dit quâon est pathĂ©tique. Et je me suis dit que jâallais aller Ă fond dans le pathos. Jâadore ces sentiments lĂ , enfin, jâadore, câest beau, mĂȘme quand tu deviens un peu creepy tu vois. Moi je lâai Ă©tĂ©. On se dit que câest pas bien, mais Ă la fois, on nâa pas le choix : ton monde sâĂ©croule ! Donc pardon, mais oui, on va ĂȘtre un peu creepy, et oui on va tenter quelque chose, tout en Ă©tant pitoyable⊠Et ces sentiments lĂ , quâest-ce que tu veux en faire ? Oui, si câest sĂ»r que si ça dure 5 ans, que tu le prends en filature, lĂ yâa un problĂšme, mais si ça dure deux semaines, ben faut pas sâinquiĂ©ter. Laissez-nous honorer nos sentiments ! Björk a dit « I did it for love so I honored my feelings ». Et elle a raison. Jâadore les sentiments pathĂ©tiques, ce sont les plus vrais. AprĂšs oui, on grandit, on a du recul, mais sur lâinstant, on a treize ans et demi, et on oublie tout ce quâon a appris. Tout.
Parmi ces thématiques trÚs prenantes, quelle a été la couleur la plus facile à dessiner pour toi ?
Rouge ! Câest un thĂšme que je voulais aborder depuis longtemps, mais je voulais le faire de maniĂšre agressive, violente, trash, provocâ. Parce que je trouve que dans le coming out, il y a toujours une forme dâexcuse, quâon le fasse Ă nâimporte qui il y a toujours ce moment « assieds-toi, faut que je te parle⊠», une forme dâexcuse, de prise de pincettes pour ne pas brusquer.
Et ça, câest un grand fantasme que jâavais lors des repas de famille oĂč tout le monde ne savait pas⊠Me lever et leur crier dessus que jâadore bouffer de la queue et que je me sens jamais aussi puissant quâavec une bite dans la bouche. Yâa quelque chose de jouissif lĂ -dedans, dâavoir quelquâun de vraiment pas dâaccord en face. Regarde-moi comment je vais te dĂ©goĂ»ter, et comment ça me fait plaisir de te dĂ©goĂ»ter⊠Câest pour ça que je voulais commencer par celle-lĂ . Et le symbole de la viande câest parce que dans ma sexualitĂ© Ă moi, il y a un truc trĂšs bouffe, en fait. Et pour plein de monde on dit «  toi je vais te bouffer, te bouffer la chatte, te bouffer le cul ». Le rouge, trĂšs sanguin, sây prĂȘtait.
Jâavais ce scĂ©narâ en tĂȘte depuis longtemps, je pensais le faire avec un garçon, et tout le dirty talk avec mes mots Ă moi, de pĂ©dĂ©. Mais ça va tellement mieux Ă une fille je trouve. Donc jâai fait appel Ă Diane Saint RĂ©quier.
Comment avez vous travaillé, Diane et toi ?
En fait, toute la partie dirty talk, câest elle. Le dialogue qui amĂšne Ă cette scĂšne lĂ , câest moi. Nous avons co-Ă©crit cette histoire lĂ . Je lui ai tout simplement demandĂ© ce quâelle Ă©crivait en sextos Ă sa meuf, en lui disant que je tenais Ă ce que ce soit le plus rĂ©aliste possible, le plus elle possible, avec ses mots. Je lâai choisie aussi parce que je sais quâelle peut avoir un cĂŽtĂ© « agressif » pas dans le sens « mĂ©chante », mais « rentre-dedans », et parce quâelle nâa pas peur.
Et puis jâaime quand le fĂ©minin, quâon associe toujours Ă la douceur, devient un peu monstrueux. Câest pareil avec Orange. Mais au final, les histoires des meufs, cis, de la BD sont celles que jâai amenĂ©es le plus loin je trouve. AprĂšs, il y a aussi eu un travail avec lâĂ©ditrice pour remasteriser quelques histoires afin dâouvrir le propos vers quelque chose dâun tout petit peu plus universel, pour ne pas risquer de perdre la personne qui lit, lâinclure. On a retouchĂ© quelques fins, par exemple, par souci de comprĂ©hension. Parce que moi, si je mâĂ©coute⊠Rouge, Ă la base, ça devait pas du tout se terminer comme ça. Dans mon idĂ©e de base â mĂȘme si lâĂ©ditrice a bien fait car ça fait redescendre, ça adoucit â je voulais quâune fois quâelle Ă©tait dans lâassiette, son pĂšre la dĂ©coupe et que tout le monde en prenne une part. On a finalement choisi lâoption oĂč la gamine a fantasmĂ© tout cet Ă©pisode un peu fou, mais câest mieux. Parce que câest ce qui nous arrive, en fait. On ne le fera jamais comme ça, notre coming out. On nous fera pas de steak, on se branlera pas avec.
La préface a été écrite par un certain Martin Dust, nom que tout le monde ne connaßt pas encore. Pourquoi ce choix ?
Câest un ami artiste et je trouve quâil Ă©crit merveilleusement bien. Je ne voyais vraiment pas quelquâun dâautre, sachant que je ne pensais mĂȘme pas que cette BD serait prĂ©facĂ©e, ce qui est rare. Lorsque mon Ă©ditrice mâa proposĂ©, jâai forcĂ©ment pensĂ© Ă lui. Martin a vu assez vite un cĂŽtĂ© un peu politique, de corps politiques, dans ma bande-dessinĂ©e et ça mâa plu de lui laisser dire ce quâil avait Ă dire sur le livre. Il lâa fait, câĂ©tait trĂšs beau, jâai un peu pleurĂ©. Je ne pensais pas quâon pouvait dire autant de choses sur cette BD mais maintenant jâai encore plus de mots pour en parler.
Sur tes pages sur les réseaux sociaux, tu es récemment passé de Monsieur Q à Quentin Zuttion. Pourquoi ?
Parce quâon grandit, Olga (Rires). Jâavais envie de signer avec mon nom parce que je suis fier, je ne voulais plus me cacher derriĂšre un pseudo que jâai pris au tout dĂ©but quand je travaillais sur mon blog et oĂč on ne savait pas ce que ça allait donner. Je trouvais ça rigolo, Monsieur Q, parce que je parlais pas mal de cul oui. AprĂšs ça a bien changé⊠Jâai fait le changement au 1er janvier 2018, je pensais que ça poserait peut-ĂȘtre quelque soucis pour les personnes qui voudraient me taguer et puis bon, je me suis dit quâon allait bien sây faire hein. Je pense quâen terme de crĂ©dibilitĂ©, mon vrai nom, câest mieux aussi, mĂȘme si Monsieur Q câest mignon, et que plein de gens mâappellent « pâtit Q ».
Tu racontes rĂ©guliĂšrement les galĂšres du mĂ©tier sur les rĂ©seaux sociaux, câest quoi ĂȘtre auteur de BD aujourdâhui en France ?
Eh ben⊠câest dur ! Câest trĂšs trĂšs dur. Moi, clairement, jâen survis plus que jâen vis. Il y a trĂšs souvent des moments oĂč je nâarrive pas Ă joindre les deux bouts. Jâai la chance dâavoir une maman qui peut mâaider une fois de temps en temps, sans quoi je ne pourrais pas faire ça Ă temps plein. On est rĂ©munĂ©rĂ©s par un Ă valoir quand on signe un contrat, la maison dâĂ©dition nous file une avance sur les droits dâauteur, et une fois que le livre est en vente, on commencera Ă toucher les droits dâauteur Ă partir du moment oĂč lâĂ valoir sera remboursĂ© par les ventes. Dâune maison dâĂ©dition Ă lâautre, les Ă -valoir varient Ă©normĂ©ment.
Ă cĂŽtĂ© de ça, les milieux des salons et de la presse, entre autres, restent rĂ©gis par la loi de la sacro-sainte visibilitĂ© : les gens pensent faire une faveur aux auteur.e.s et nous avons « la chaaance » dâĂȘtre invitĂ©.e.s, donc on devrait sâen contenter. Dans ces cas lĂ quand on demande une rĂ©munĂ©ration, on nous rĂ©torque que de toute façon on trouvera une autre personne qui elle, sera contente de venir, et ne fera pas chier. Cela fait partie des choses qui tuent le mĂ©tier.
Quand on est payĂ©.e.s au lance-pierre par un magazine et quâon nĂ©gocie pour augmenter, câest pareil. Ils trouveront toujours quelquâun qui le fera pour le prix initial parce quâon a la dalle, on nâa pas une marche de manoeuvre Ă©norme et on tire les prix vers le bas. On est dans un cercle vicieux : les nouveaux qui dĂ©barquent prennent ce quâon leur propose, tout de suite, sans chercher Ă toucher plus, et en face on en profite.
Et câest quoi ĂȘtre auteur.e de BD LGBT+ et fĂ©ministe aujourdâhui ?
Jâaimerais bien dire quâon ne veut pas nous Ă©diter car on dessine des gouines et des pĂ©dĂ©s, mais je nây crois plus trop. LĂ quand mĂȘme yâa du changement et je pense que ce nâest plus vrai. Je me dis que si jâai du mal aujourdâhui câest surtout parce que je suis encore jeune dans le mĂ©tier, et que plein de grosses maisons dâĂ©dition doivent penser que je ne suis pas prĂȘt.
Je ne veux pas me cacher derriĂšre autre chose. Câest triste et Ă bien Ă la fois, mais ces sujets commencent Ă ĂȘtre un peu trendy. Les Ă©diteurs voient un filon sans doute, mais on ne va pas leur jeter la pierre : la sociĂ©tĂ© Ă©volue et je comprends quâils veulent avoir des collections qui parlent de la sociĂ©tĂ© dâaujourdâhui. Ma BD de septembre, je ne sais pas si il y a 10 ans ça aurait intĂ©ressĂ© quelquâunâŠ
Tu peux nous en dire un peu plus sur cette troisiĂšme BD qui sortira en septembre ?
Câest une BD longue cette fois-ci avec une seule histoire de 144 page sur lâadolescence dâun pâtit mec trans. Câest la premiĂšre fois que je travaille avec une scĂ©nariste, Catherine Castro, journaliste Ă Marie-Claire, Ă partir du tĂ©moignage dâun pâtit gars quâon connaĂźt tous les deux. On passera dâun rendez-vous chez lâendocrino Ă une bataille dâeau avec son petit frĂšre, de chez le coiffeur Ă sa premiĂšre fois avec sa meuf. On retrace vraiment plein de moments de son adolescence, de ses douze ans Ă sa majoritĂ©, aprĂšs le bac. Aujourdâhui, il a 17 ans, mais on est allĂ©.e.s un peu plus loin.
Et aprĂšs ? Dâautres projets dans les cartons ou juste envie de dormir pendant mille ans ?
Alors, je vais dormir mille ans. Mais yâa bien un moment oĂč il faudra que je retourne dessiner. Jâai une autre idĂ©e en tĂȘte pour aprĂšs, je commence doucement les dossiers de prĂ©sentation : je voudrais Ă©crire lâhistoire dâune jeune femme qui fait de lâescrime thĂ©rapeutique. Jâai dĂ©couvert que ces groupes de femmes existaient il y a six mois. Elles y gĂšrent des problĂšmes de santĂ© mentale ou des traumatismes et jâaimerais raconter une reconstruction via cette discipline jusquâĂ la compĂ©tition. Le mouvement de lâescrime est trĂšs beau, chevaleresque, dansĂ©, je pense que ça rendra trĂšs bien en BD.
- Olga Volfson

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Komitid a rencontré l'un des membres du collectif Représentrans, Gabe Harrivelle.
Extrait de mon interview chez Komitid
Excerpt of my interview by Komitid
A l'occasion de la journée de visibilité lesbienne, le 26 avril, l'association Osez le féminisme ! (OLF) avait prévu de sortir un recueil de témoignages, « Naissances lesbiennes ». Confinement oblige, la date de parution a été repoussée à fin juin.