Je le vis comme la fin dâune parenthĂšse inattendue, comme une grĂące en suspens, comme les derniers Ă©chos dâune Ă©poque rĂ©volue. On se chuchote que câest fini.
JâespĂšre, et dans le dĂ©sordre, que le lundi 11 ce sera malgrĂ© tout la joie, que nous sortirons sans nos attestations avec le sentiment fumeux dâĂȘtre libres, et naĂŻfs, et des enfants mal rĂ©veillĂ©s. JâespĂšre quâil fera beau et que ce sera facile. JâespĂšre que mes amis viendront Ă moi pour que soudain les corps rĂ©apparaissent, quâils existent, quâils sentent la sueur, les fleurs, quâils soient gros, lourds, chargĂ©s, engorgĂ©s, quâils soient vifs et agiles, quâils se voient et quâon se frĂŽle et mĂȘme Ă un mĂštre, ça fait vibrer, un corps. JâespĂšre que les rideaux fermĂ©s des restaurants, que les rideaux tombĂ©s des théùtres, que les Ă©crans noirs des cinĂ©mas humeront sur nous les effluves de lâespoir et quâils pourront compter sur nous, bientĂŽt. JâespĂšre que nous serons lĂ . JâespĂšre que les Ă©lĂšves de France pourront peu Ă peu revenir, voir et entendre, reprendre lâĂ©tude de La Princesse de ClĂšves, tourner les pages momifiĂ©es par lâattente.
JâespĂšre nâimporte comment, dans tous les sens, sans ordre, sans hiĂ©rarchie, sans prioritĂ©, sans conscience professionnelle, sans conscience politique.