Ce soir aprĂšs le dĂźner je lui ai dit, âne mâattend pas, jâai de lâinspiration, je vais Ă©crire un peu.â Ăa fait pompeux le âjâai de lâinspiration, je vais Ă©crire un peuâ. Autant dire â Pardonne-moi jâai un Renaudot sur le bout de la langue.â Mâenfin. Je lâai dit. Je me sentais trĂšs nostalgique, sensible avec le sarcasme pas loin, un bon cocktail qui a fait ses preuves. Jâai cru que jâallais pondre des choses drĂŽles sur des sujets lĂ©gers. Câest tout lâinverse. Ăa arrive. Je vais bien, rassurez-vous. Visiblement pas ce soir entre 22 et 2h mais jâinsiste, ça va (Papa jâai dit CA VA, tâaffole pas. Je tâaime).
1er chapitre de mon recueil âY a dâla joieâ.
Un million de solitudes dans un seul corps. Ăa s'y bouscule, ça pousse les organes pour se faire de la place. âLes poumons, un seul ça lui suffira. Lâestomac, Jean-mi, on va lui couper en 4 de toute façon elle bouffe comme un moineau. Le cĆur il lui sert plus Ă rien on va lui ranger au fond des chaussettesâ. Peut-ĂȘtre quâelles se sont dit ça mes solitudes ce soir. Parce que je sens bien que je lui marche dessus Ă mon cĆur. Ca fait un bruit flasque et humide, reconnaissable entre tous. La symphonie du myocarde Ă©crabouillĂ©. Un grand succĂšs au top 50 qui revient chaque annĂ©e en trombe aprĂšs lâĂ©tĂ©, le 17 juin ou aux fĂȘtes de NoĂ«l. Câest quâelle est pas marrante-marrante la bougresse. Aujourdâhui mon vide est tellement volumineux quâil dĂ©borde dans mon assiette, dĂ©gouline sur mes chaussures, sort par mes narines comme deux spaghettis gigantesques. Mais personne capte rien. Câest ça le vide. Sinon ce serait du cinĂ©ma. Regardez comme je suis vide ! Non. On est vides. Point. Demain ça ira mieux ils disent. Enfin. Ils diraient si ils savaient.
Allez. 2e chapitre. Plus personnel. Je fais don de mon Ăąme Ă la patrie reconnaissante.
Je me souviens de ce jour oĂč Ă©tendus sur la plage tu me regardais dormir. Mes yeux se sont ouverts sur les tiens. Deux sentinelles amoureuses noyĂ©es dans mon visage abandonnĂ©. Lâangoisse mâa engloutie. Ne refais plus jamais ça. A trop me dĂ©tailler tu feras sâeffondrer les ruses dont jâabuse pour paraĂźtre plus belle que je ne le suis. Tu verras pousser mes dĂ©fauts comme des bourgeons pourris avant dâavoir Ă©clos. Corps difforme et monstrueux avec pourtant mon rire et mes Ă©clats. Regarde-moi Ă juste distance quand je bouge, quand je danse, quand je ris, quand je mâassied sur ton sexe et sois gentil laisse en place le masque que je met tant dâefforts Ă porter. Ne t'avise plus jamais dâobserver la bĂȘte assoupie.
Edit : On est le lendemain matin. CâĂ©tait soir de Super Lune Bleue. Y a que les cons pour dire quâil nây a pas de hasards. Par chance elle revient en 2037. SauvĂ©e.