Car les âges d'or n'ont qu'un temps et au milieu des années soixante-dix, deux cinéastes anticipent le virage reaganien que se préparent à prendre l'Amérique et son cinéma dans les années quatre-vingt. Steven Spielberg et surtout George Lucas qui, après un film audacieux à la limite de l'expérimentalisme (THX 1138, 1971) et avant La Guerre des étoiles (Star Wars 1977), pressent ce que Jean Baudrillard, à propos du "succès de Reagan", qualifiait dans Amérique " : "d'entreprise de résurrection en trompe l’œil de la scène primitive américaine". "Cela devenait déprimant d'aller au cinéma", déclare George Lucas à propos d'American Graffiti (1973). "J'ai décidé qu'il était temps de faire un film qui fasse du bien aux gens, pour qu'ils se sentent mieux en sortant du cinéma. Je me suis rendu compte que la jeune génération était perdue. Les gens ne faisaient qu'une seule chose, s'asseoir dans un coin et se défoncer. Je voulais retrouver le sens de ce qu'était l'adolescence pour une certaine générations d'Américains, disons de 1945 à 1962." En arrêtant l'action d'American Graffiti quelques mois à peine avant le début de la guerre du Vietnam et l'assassinat de Kennedy, George Lucas signe un film rétro sur l'Amérique des années cinquante, ses courses de voitures, ses clones de James Dean et ses valeurs refuges, comme si l'heure était venue de biffer la contre-culture de la décennie écoulée et de procéder enfin, aussi bien cinématographiquement que politiquement à la résurrection anachronique d'un monde parfait.
Jean-Baptiste Thoret, Le cinéma américain des années 70, p.44














