Contes glacés par Jacques Sternberg chez Marabout en 1974 illustrations de Roland Topor. #contes #jacquessternberg #rolandtopor #marabout #imaginaire #humournoir (à Librairie Abraxas-Libris) https://www.instagram.com/p/CWa9xF8IHDY/?utm_medium=tumblr
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Contes glacés par Jacques Sternberg chez Marabout en 1974 illustrations de Roland Topor. #contes #jacquessternberg #rolandtopor #marabout #imaginaire #humournoir (à Librairie Abraxas-Libris) https://www.instagram.com/p/CWa9xF8IHDY/?utm_medium=tumblr

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Comme je ne supporte absolument pas les grandes pièces modernes à peine meublées, blafardes et inondées de lumière solaire comme un violent néon, ces pièces qui évoquent à mes yeux la clinique modèle ou le tiroir de la morgue, je me suis concocté un cocon aux murs sombres, bourré de livres, de disques, de gravures, d’objets hétéroclites, de maquettes, de jouets et de camelote, aussi encombré qu’une vieille loge de concierge, marqué très certainement par mes souvenirs d’enfance, mon amour des lumières glauques des Flandres, ma passion des collections avortées et mon goût pour l’entassement comme pour le kitsch et l’insolite (Jacques Sternberg, Vivre en survivant, 1977).
Saint-Maurice-de-Rémens, Ain.
Une bibliothèque, c'est un des plus beaux paysages du monde.
Jacques Sternberg (Vivre en survivant)
La Rencontre
Je le croisais tous les soirs à la même heure, au même endroit. Lui passait toujours sur le trottoir de droite, moi je passais toujours sur celui de gauche. Fait d’autant plus frappant que nous étions toujours les seuls à longer cette ruelle des faubourgs. Je le croisais ainsi depuis des années. Jamais je ne lui avais adressé la parole. Je ne le saluais même pas.
Puis, un soir, en arrivant dans ma rue, je me rendis compte d’un fait, insolite peut-être, qui me frappa avec une force certainement insolite : malgré moi, par distraction sans doute, j’avais pris le trottoir du passant ; j’allais donc le frôler pour la première fois depuis tant d’années. J’entendis son pas à l’heure habituelle. Je vis son ombre d’abord, sa silhouette ensuite et, fait étrange, lui aussi avait changé de trottoir. Je le croisai comme d’habitude, au même endroit, un peu avant le réverbère, je vis son visage et je me sentis m’étouffer : l’homme avait incroyablement changé, c’était certain. Il avait, à n’en pas douter, les traits de mon visage et je compris que moi, finalement, je devais avoir les siens.
Jacques Sternberg, « contes glacés », 1974.