Clubbing Chez Moi*
* Itoladisco (FRA) / Les Ptits Chanteurs à la Gueule de Bois (FRA) / Renard le Rouge (FRA) @ Concert Chez Moi (Nice), le 25-05-18
Vendredi 25 mai, c’est la fête des voisins. Or avec Concert Chez Moi, et avec le temps, on est tous devenus un peu voisins. Par conséquent, c’est la fête chez Élodie. Sa maison (la plus souvent réquisitionnée par CCM) ravit toujours autant : quel miracle de disposer d’un “bien“ pareil au cœur de Nice-Nord… Mais avant qu’on ne retombe dans notre travers « Century 21 Jump Street », remercions l’abnégation d’Élodie et de ses colocataires qui sont devenus, à force, promoteurs de spectacles. Et leur demeure une référence du (gros) son nissart. Pour preuve, ces trois concerts de soutien au Ti-Fest, évènement estival conçu - avec l’appui de CCM - par l’association tout-terrain Ti’ Pantaï. Emmenée par son attaquant de pointe Gianni, elle réunira tout son monde du 6 au 8 juillet dans un cadre champêtre proprement dément, à Tourrette-Levens.
Je rejoins Ju’ assez tôt, vers 7h : outre les retrouvailles amicales, l’urgence c’est cet IGP Mont-Caume Verdarail 2016 à regoûter, et à faire goûter. Ce rouge varois en cours de conversion “bio“ est une merveille tout-terrain, lui aussi : lancé tel une KTM d’enduro, il laisse sur place et au bord du chemin pas mal de tentatives de vins plus ou moins naturels que des bars branchés (sur 110V), aux noms en forme de calembours, s’échinent à refourguer à des bobos (peut-être vous) en mal de repères. Au prix fort, cela va de soi. Bon, on ne va pas engager un débat sur les vins naturels, aussi parlons de choses qui mettront à peu près toute la compagnie d’accord…
 D’abord, cette observation : les chiens sont vraiment sympas ce soir. Comme souvent, les canidés ont leurs entrées à CCM… sans doute aussi parce que c’est chez eux : ça doit être pour cela. Il y a celui-ci, avec sa barbiche de chèvre, ses yeux comme des billes et son air attentif. Il y a cet autre, patapouf de poils gris qui s’avance doucement « avec son air bonhomme » (dixit Karyn), et se nomme je crois Zolie. Il y en a d’autres, dont un “staff“, celui-là Julien l’apprécie nettement moins. Moi aussi je suis pour les animaux gentils, même si paradoxalement j’aime surtout les chats sauvages, type puma. Je n’exclus pas non plus d’avoir un jour des sangliers, de façon à rendre mémorables mes balades dans le centre-ville. Ou alors, tiens, des loups, que je lancerais à l’attaque des chiens d’attaque, pour remettre les pendules à l’heure. Parlons un peu des gens : assistance hétéroclite et croquignole, beaucoup de nouveaux inscrits, tous réunis sous la bannière de l’amitié et de la bonne humeur. Gianni semble préoccupé par son dossier de presse puis se détend graduellement : on est bien placés pour le comprendre, car organiser un festival sur trois jours c’est un sacré labeur. Mais l’homme est valeureux et a su fédérer autour de lui une famille déjà nombreuse.
Parmi ses nombreux soutiens, l’intrigante chorale des Ptits Chanteurs à la Gueule de Bois. Avec un nom pareil, anti-transcendant au possible (tiens, ça pourrait faire l’objet d’un concours, je pourrais ainsi replacer mes Pessicart Dolls et autres Sean Paul Préboist), d’aucuns pouvaient escompter un crash avec perte des boîtes noires. Mais la foule envahissait bientôt salon et la Présidente Emma Catlin dirigeait un récital varié, rassembleur, mettant en valeur des visages familiers, des tronches mignonnes issues de la famille CCM, ou pour résumer des faciès qui effectivement arboraient les signes indubitables de la gueule de bois. Rien à redire, donc. Set-list :  “L’estaca" de LluÃs Llach, traduite en Niçois / "Wasting my Time" de Mansfield TYA / “Ripe and Ruin" de Alt J / “Violet Hour" de Benjamin Fincher / BO de "Princesse Mononoke" de Miyazaki, l'air de "Ashitaka et San" de Joe Hisaishi / "Sobre et marin" du Skeleton Band. Apéritif éclectique, inédit, pas “clubbing“ pour un sou.
 Dehors, dans la tiédeur de la terrasse surplombant un jardin à la niçoise, Olivier répondait aux questions de Julien à propos de l’avancée du chantier du tramway. Interview Alt_Riviera ? En tout cas cela parlait voussoirs, tunnelier, extraction de (nuit de) boue, exploits techniques sous la rue Cassini, chantiers en Chine… - Et une ligne 100% en surface, ce n’était pas mieux, par hasard ? - Globalement, oui, c’était surtout moins cher, le projet niçois étant, à sa manière, dantesque, comparable sans doute à l’album inachevé Smile des Beach Boys multiplié par l’ultime disque de Johnny puis divisé par un maxi-45 tours de reprises de Dick Rivers par le chanteur (en chantier) coréen Psy… Et là , tandis que je m’imaginais le Gangnam Style quotidien de Christian Estrosi, clameurs à l’intérieur : les PCALGDB s’y taillaient un beau succès. Mais j’accélère sinon on ne l’aura jamais, ce Clubbing Chez Moi : Â
 Itoladisco : d’entrée - c’est perceptible depuis le balcon - “ça crache“, fort et clair, « loud & clear », avec une sono plus que pas mal et surtout des titres qui semblent avoir pris de l’assurance… Eh mais, minute : je rêve ou c’est tube sur tube ? Retour dans le séjour : déchirade multimédia : les vidéos de Jérémy percutent elles aussi, énergiques, séduisantes, émouvantes quand voici qu’apparaissent les museaux des muses Jingran et Lisa (et Jérôme se moque de moi). Le son itolien se fait irrésistible. Probablement surexcité par le rouge, je répète à Ju et Manu qu’Itoladisco doit désormais viser les grands festivals électro. Oh, je sais ce que tu vas dire, JB Fincher-Bec : tu es déçu, le set n’est pas au point, « je suis dég’, faut qu’on travaille avec Jérémy »… Mais entretemps, Manu - qui se projette déjà après l’été car voyez-vous le temps passe vite ! - m’a annoncé qu’Aphex Twin jouerait à ClubToClub, à Turin… début novembre, et qu’on irait, lui et moi… Il n’y a pas de coïncidence, cher Finchie, il va falloir que Super Issue devienne partenaire de ClubToClub… Â
 Renard le Rouge : ce n’est pas faute d’avoir tenté de déstabiliser ce DJ, en effet il a eu l’idée outrecuidante de mettre un copyright sur ce nom qui nous paraissait taillé sur mesures pour Claire (qui une fois de plus a opté pour son entraînement à Fuon Codéine). Pourtant, toujours pédagogue, il m’explique le choix de son nouveau sobriquet (le Roman de Renart + un cubi de rouge, enfin c’est ce que j’ai retenu), avant de répliquer de la seule manière sensée : à l’aide d’un set sacrément efficace, tech-house, étonnamment “clubbing“, joué fort, destiné à fédérer les filles et à tout ratiboiser… Pas de doute, Stéf reste un garçon surprenant.    Â
Puis on traîne, indéfiniment ; il y a une sorte de soirée bis dans le jardin, qui intrigue les toujours caustiques Frank et Jérôme. Sans doute une fête des voisins, mais lesquels ? Puis, soudain, Jérémy annonce qu’il va tenter un truc fou (cesser de fumer et boire ?) mais je n’en connais pas le résultat, puis avec Elodie j’entreprends d’aller jeter un plein caddie de bouteilles vides, à cette heure indue, dans le container prévu à cet effet sous le parc Chambrun : il y en a bien 500, de contenants en verre, je suis content tiens… Mais voici que Ju’ arrive, satisfait de sa soirée, avec son sens toujours inimitable du mot de la fin : « Qu’est-ce qu’ils ont été sympas, ce soir, les chiens ! »
Texte : Arnauld H.
Photos : Julien Griffaud










