Mon corps se coule dans lâeau transparente et tiĂšde. Je mâallonge, mais ne coule pas. Câest juste chaud comme il faut. Je mâinstalle dans une sensation surprenante et familiĂšre. Je mâĂ©tale de tout mon long et je flotte. VoilĂ , je flotte.
Je flotte dans un bassin nettement plus grand quâune baignoire, assez grand pour y tenir complĂštement allongĂ©e, sans toucher les bords. Je me laisse aller dans lâeau, je mâabandonne Ă sa douce chaleur. Je nâai rien dâautre Ă faire que de ne rien faire. Faire rien et mâappliquer Ă bien le faire.
LâobscuritĂ© se fait, le silence sâinstalle. Je ne vois rien, je nâentends rien. Je suis posĂ©e dans lâeau, immobile. Au dĂ©but, je sens le contact de lâeau sur ma peau, puis les sensations sâestompent peu Ă peu. Isolation sensorielle, câest bien le but recherchĂ©.
Un moment, jâai lâimpression de tourner, dâabord vers la gauche, et ensuite en arriĂšre. Ce nâest quâune impression. Puis je finis par perdre le sens des directions. Parfaitement immobile, je flotte. Câest tout. RelĂąchement, dĂ©tente, abandon. Je me dissous, je mâĂ©vapore, je mâĂ©vade. Je respire posĂ©ment. La paix sâinstalle.
Pour une expérience trÚs concrÚte de lùcher-prise
Toutes les petites tensions dans mon corps se dissipent. Mes articulations se relĂąchent, mes muscles se dĂ©nouent. Câest exactement ce que je suis venue cherchĂ©e dans ce bassin de flottaison.
Une crispation sâattarde dans mon dos, vers le haut de mon dos, du cĂŽtĂ© des Ă©paules, entre mes omoplates. Je cherche comment faire sauter ce dernier verrou. Les tensions Ă lâarriĂšre du corps sont souvent rĂ©sistantes. Avec le flotteur, pour caler la nuque ? Bof. Sans le flotteur ? Pas tellement mieux.
Dâelles-mĂȘmes, mes mains se rejoignent derriĂšre ma tĂȘte, entraĂźnant mes bras Ă se relever et Ă sâouvrir. Câest ça ! Au dĂ©but, mes mains se touchent, puis elles sâĂ©cartent spontanĂ©ment. Mes bras se dĂ©ploient en couronne autour de ma tĂȘte. Ah, jây suis ! Mon corps se dilate et sâĂ©tale un peu dans toutes les directions, comme une Ă©toile de mer, posĂ©e sur lâeau, posĂ©e dans lâeau.
Sur ou dans ? Je ne sais plus. Ma peau ne fait plus la diffĂ©rence entre le contact de lâeau et de lâair. Plus rien ne bouge, plus rien ne compte. Ătre simplement lĂ . Respirer, observer, constater, vivre le moment, rien dâautre. Le relĂąchement profond du corps facilite celui de lâesprit, plus facilement quâassis sur un zafu et plus confortablement que dans la position du lotus ! Je ne sais plus ce quâil sâest passĂ© ensuite. Je sais juste que câĂ©tait bien.
Post-scriptum : Cette expĂ©rience dâisolation sensorielle mâintriguait depuis longtemps. Elle me ravit plus que je ne lâimaginais. Je recommencerai, assurĂ©ment. Pendant lâheure quâa durĂ© la sĂ©ance, je nâai pas dormi. En sortant, je me sens pourtant plus reposĂ©e que le matin au rĂ©veil. Je comprends que cette pratique soit apprĂ©ciĂ©e pour ses vertus thĂ©rapeutiques, pour aider par exemple Ă lutter contre la douleur, contre le stress ou contre les Ă©tats dĂ©pressifs. Pas Ă©tonnant non plus quâelle soit employĂ©e par des sportifs de haut niveau en quĂȘte d'amĂ©lioration de leur performance, d'outils de prĂ©paration mentale ou de rĂ©cupĂ©ration. Des artistes y ont recours Ă©galement pour stimuler leur crĂ©ativitĂ©. Et tout cela sans produits dopants, sans substances psychotropes. Rien dâautre quâun bassin rempli dâeau tiĂšde saturĂ©e en sel dâEpsom, du silence et de lâobscuritĂ©.
Merci aux photographes qui partagent leurs photos librement sur unsplash.com.









