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New OC and a new friend
Please, wake up. (Cyrius & Isabelle) (Complete)
Isabelle, toujours au chevet de son frĂšre, veille sur lui. De son cĂŽtĂ©, Cyrius parvient Ă trouver en lui le courage nĂ©cessaire pour rendre visite Ă Aiden. La rencontre entre la soeur d'un cĂŽtĂ©, et le petit ami de l'autre, ne se passe pas forcĂ©ment de la meilleure des façons, mĂȘme si la consĂ©quence finale n'est pas si dĂ©sastreuse...
Finalement, Cyrius Ă©tait de retour. Lui qui, pourtant, nâavait pas prĂ©vu de revenir dans ce bĂątiment, Ă cet Ă©tage, devant cette porte. Mais ça avait Ă©tĂ© plus fort que lui. Ses pas, une nouvelle fois, lâavaient un peu guidĂ© par automatisme jusquâau couloir de rĂ©animation. Il avait gravit les marches sans vraiment les voir, lâesprit Ă©chappĂ© vers un endroit encore inconnu Ă sa conscience.Â
Le jeune homme avait fait lâeffort de venir jusquâĂ la porte. Mais, une fois la main sur la poignĂ©e, il nâavait pu se rĂ©soudre ni Ă lâouvrir, ni Ă franchir les derniers mĂštres qui le sĂ©parait de Celui-qui-ne-se-rĂ©veillerait-plus.Â
Pour ça, il aurait fallu du courage. Mais voilĂ . Toute once de courage sâĂ©tait Ă©chappĂ©e de Cyrius. Et plus le temps passait, plus la lĂąchetĂ© revenait prendre possession de lui.Â
CâĂ©tait au dessus de ses forces. Sa main glissa contre le panneau de la porte, et le blond posa son front se colla au bois. Il se mordait trĂšs fort les lĂšvres. Pour ne pas hurler.Â
-Â Il va falloir que tu entres pourtant Cyrius.Â
Le jeune homme sursauta, et se retourna dâun coup, faisant face Ă une infirmiĂšre. Son esprit restait encore un peu embrumĂ© de sa derniĂšre nuit - piquĂ©e dâinstants de flottements - et il mit un temps avant de la reconnaĂźtre. Anna. Elle avait travaillĂ© dans le service oĂč Cyrius Ă©tait soignĂ©, et il la connaissait plutĂŽt bien. Elle aussi.Â
- Je sais. Câest dur. Mais Aiden Lending a besoin de ses proches. Tu connais aussi bien la thĂ©orie qui affirme quâon entend ce qui se passe autour de nous quand on est dans le coma.
Il y aurait pu avoir de lâironie dans sa voix. AprĂšs tout, combien de fois avait-elle vue Cyrius jurer Ă lâĂ©quipe soignante quâil dĂ©testait un certain Aiden ? Mais elle avait rapidement compris que Cyrius ne racontait jamais toute la vĂ©ritĂ©. Le mystĂšre faisait parti intĂ©grante de lui.
- Comment va-t-il ?
La voix enrouĂ©e du blond lui arracha presque un sourire douloureux. Il nâavait plus rien Ă voir avec lâĂȘtre solaire qui nâhĂ©sitait jamais Ă faire le clown dans les couloirs de lâhĂŽpital.Â
Un jour, elle avait dĂ» lui courir aprĂšs, alors quâil sâĂ©tait emparĂ© dâun fauteuil roulant pour faire la course avec un enfant paralysĂ©. Quand elle les avaient enfin retrouvĂ©, Ă lâautre bout du bĂątiment, le sourire de Cyrius et de lâenfant Ă©tait tel quâAnna nâavait jamais osĂ© les rĂ©primander pour quoi que ce soit. Cyrius avait toujours su amener un peu de chaleur, presque de la joie, dans les couloirs dĂ©sinfectĂ©s de lâhĂŽpital.Â
Aujourdâhui, il semblait Ă Anna quâil avait Ă la fois perdu cette joie, et une partie de lui mĂȘme.Â
Les mains de Cyrius tremblaient trop violemment. Elle nâeut pas le coeur de lui mentir.Â
- Son Ă©tat est stable. Les mĂ©decins ont levĂ© le coma artificiel. On attend juste quâil se rĂ©veille de lui-mĂȘme maintenant.Â
- Ăa fait plus de dix heures ? Les signes.. Son esprit le bloque nâest-ce pas ?
Anna aurait voulu sourire. Elle se rappelait des paroles de Docteur Sanchez, au temps oĂč elle travaillait dans son service. "Vous ne trouverez pas plus perspicace que Cyrius Millers concernant les diagnostics. Dommage quâil prĂ©fĂšre ĂȘtre un artiste plutĂŽt que mĂ©decin."Â
Elle nâeut pas le besoin de lâapprouver. Il avait compris.Â
-Â Entre Cyrius. Je viens avec toi si tu veux.Â
LâinfirmiĂšre aurait jurĂ© voir comme une once de soulagement dans les yeux de Cyrius. Un soulagement Ă©phĂ©mĂšre.
Elle ouvrit dâun geste la porte, plaçant ses mains sur les Ă©paules Cyrius et le poussa avec douceur Ă lâintĂ©rieur. Si Anna adressa un sourire confiant Ă la soeur dâAiden assise dans un coin de la piĂšce, Cyrius lui, ne sembla pas remarquer la jeune femme.
Ses yeux gris fixaient le corps dâAiden, toujours immobile, toujours pĂąle. EntourĂ© de ses machines clignotantes et chuintantes. Il se figea, ses poings se serrant presque avec rage. CâĂ©tait entiĂšrement de sa faute. Tout Ă©tait de sa faute.
- Cyrius.. Murmura Anna. Vas-y. Essaie, ça ne coĂ»te rien. Je sais quâil a besoin de toi.Â
Alors enfin, et seulement aprĂšs une derniĂšre sensation de perte totale de contrainte, Cyrius osa franchir les derniers pas qui le sĂ©parait dâAiden. Il ne sentait pas le regard dâIsabelle sur lui, tandis que ses doigts vinrent sâentremĂȘler Ă ceux de son amoureux. Il traça des cercles quâil aurait voulu apaisant sur la peau fine et marquĂ©e de veines bleutĂ©es.Â
- Hey Lending. .. Il serait temps de te rĂ©veiller maintenant.Â
Il ne vit pas non plus Anna sâĂ©clipser discrĂštement pour lui laisser une certaine intimitĂ©. Mais entendre la voix dâIsabelle le fit sursauter une nouvelle fois. Violemment.Â
Il tourna son regard orageux vers elle, la fixant droit dans les yeux. Comme pour lui demander comment elle osait le dĂ©ranger maintenant. Sa main toujours dans celle dâAiden.
Depuis lâannonce que son petit frĂšre avait trĂšs peu de chances de lui revenir, Isabelle sâĂ©tait jetĂ©e Ă corps perdu dans la thĂ©orie dâAnna. Elle nâarrĂȘtait pas de lui parler, sâimaginant que chaque mot, chaque syllabe Ă©tait un pas de plus pour Aiden.
- Je te jure, papa et maman deviennent fous. JâespĂšre que ces connards vont vite ĂȘtre attrapĂ©s, quâils puissent venir te voir. Te voir par Skype ne leur a pas suffit.Â
Elle passa une main dans les cheveux de son frĂšre et sourit en repensant Ă ce que ses parents avaient dit Ă Aiden pour quâil sorte de son sommeil. Son sourire sâĂ©largit un peu plus alors quâelle repensait Ă leur enfance.
- Tu as toujours tout fait pour les rendre fous. Depuis que tâes petit. TU te souviens quand tu avais cachĂ© le chat dans le frigo pour quâil arrĂȘte dâavoir chaud? Le pauvre Ă©tait gelĂ© en sortant. Papa et maman en Ă©tait malades, mais le chat ne tâen a que plus aimĂ© bizarrement.
Un Ă©clat de rire, un peu forcĂ©, mais quand mĂȘme prĂ©sent, rĂ©sonna dans la piĂšce, avant de sâĂ©teindre brusquement lorsque la porte de la chambre sâouvrit.
Qui venait rendre visite Ă Aiden? Ce nâĂ©tait pas lâheure des relevĂ©s par les infirmiĂšres, ce qui signifiait que quelquâun Ă©tait venu pour voir Aiden. Son coeur bondit de joie, et un lĂ©ger sourire vint prendre place sur ses lĂšvres. Quelquâun allait lâaider Ă ramener Aiden. Enfin.
Son sourire mourut aussitĂŽt quâelle reconnut celui venu parler Ă Aiden. Elle aurait prĂ©fĂ©rĂ© ne jamais le voir. Parce que si son frĂšre Ă©tait dans ce lit, câĂ©tait en grande partie la faute de celui qui venait de rentrer.
Millers.Â
Anna eut beau lui adresser un mince sourire dâencouragement avant de quitter la piĂšce, Isabelle nâĂ©tait pas prĂȘte Ă laisser Millers sâapprocher dâAiden, malgrĂ© son air abattu et les paroles quâil prononça.
- Quâest-ce que tu fais lĂ ? Tâas pas lâimpression que câest de ta faute quâil dans cet Ă©tat?
Elle Ă©tait violente, et injuste, car Aiden lui avait dit quâil savait ce quâil faisait, mais il fallait trouver un coupable, et celui-ci Ă©tait tout dĂ©signĂ©. Elle fixa Cyrius dâun oeil noir, attendant quâil rĂ©ponde. Ou sâen aille, ce qui ne serait peut-ĂȘtre pas plus mal.
Le regard dâIsabelle sur lui perturbait Cyrius. Il avait dĂ©jĂ cette flamme de rage. Si sombre et brĂ»lante. Aiden avait la mĂȘme quand il sâĂ©nervait.Â
Le jeune homme blond serra un peu plus fort la main dâAiden. Dans un premier temps, il ne rĂ©pondit rien Ă la rĂ©plique violente dâIsabelle.Â
Il y avait une diffĂ©rence entre se savoir coupable, et se lâentendre dire. On lâavait mĂȘme accusĂ©, un peu plus tĂŽt dans la soirĂ©e, dâavoir lui mĂȘme tentĂ© de mettre fin Ă la vie de celui quâil aimait. CâĂ©tait encore plus douloureux de se tenir alors Ă ses cĂŽtĂ©s, de seconde en seconde.
Mais il sâaccrochait avec de plus en plus de force Ă sa main. Sentant le regard dâIsabelle se durcir.Â
Cyrius ne put sâempĂȘcher de lui rĂ©pondre avec une nonchalance qui ne masquait pourtant pas une certaine aciditĂ©.
- De ma faute ? Oh si, je sais que câest de ma faute sâil est lĂ . Je lâai vu se prendre la balle qui mâĂ©tait destinĂ© sans rĂ©agir. Je lâai vu se vider de son sang sans bouger jusquâĂ lâarrivĂ©e des secours.
Il tourna son regard ombrageux sur la jeune femme. Lui adressa un large sourire, trĂšs crispĂ© pourtant.Â
- Jâai Ă©tĂ© gĂ©nĂ©reux sur ce coup lĂ .Â
Cyrius avait presque envie de pousser Isabelle en dehors de la piĂšce. Ne comprenait-elle pas quâil souffrait lui mĂȘme de la situation ? Que ni lâun ni lâautre nâavait eu de vraie maĂźtrise de la situation.Â
Si Cyrius ne le sentit pas revenir, son courage reprenait petit Ă petit place. Il sâassit sur le bord du lit, glissant sa main contre la joue dâAiden.Â
- Lending, va falloir penser Ă te raser. SĂ©rieux, tu fais nĂ©gligĂ© lĂ .Â
Son regard brilla un peu, presque amusĂ©. Eclat de courte durĂ©e.Â
Dâun geste distrait, il remonta les manches de sa chemise au dessus de ses coudes pour passer sans gĂšne sa main dans les cheveux bruns dâAiden. Non sans avoir gratter lĂ©gĂšrement lâintĂ©rieur de son bras droit au passage.
Isabelle se vit dans un premier temps ĂȘtre superbement ignorĂ©e par Millers qui se contenta de tenir la main dâAiden, son petit frĂšre, et de le regarder. Sans savoir pourquoi, la prĂ©sence du blond dans la mĂȘme piĂšce quâelle lui donnait envie de le frapper.
Comme si la haine qui animait son frĂšre Ă©tait passĂ©e en elle. Sentiment ridicule, puisquâAiden avait arrĂȘtĂ© de dĂ©tester Cyrius un bon moment auparavant. Mais de son cĂŽtĂ©, elle en voulait au blond, encore plus quâelle en voulait Ă Aiden de la laisser seule.
Elle sâapprĂȘtait Ă lui renvoyer une pique pour le faire rĂ©agir lorsquâil prit la parole de lui-mĂȘme, coupant court Ă toute inspiration de la jeune femme.
Isabelle ne put sâempĂȘcher de frissonner en entendant le rĂ©cit - court mais poignant - du blond. Elle avait presque oubliĂ© que lui aussi avait vĂ©cu la scĂšne, aux cĂŽtĂ©s dâAiden qui plus est. Et quâil devait probablement se sentir coupable de la situation.
Mais rĂ©action Ă©goĂŻste oblige, Isabelle aurait prĂ©fĂ©rĂ© mille fois soutenir Aiden au chevet de Millers que de voir le blond serrer la main de son frĂšre Ă lâheure actuelle. Surtout lorsquâil lui sourit. Isabelle souffla fortement.
- Jâai envie de tâarracher la tĂȘte. Isabelle vrilla son regard dans celui du blond. On dirait que tu tâen fous. Que tout ça nâest quâune blague. Sauf que câest sĂ©rieux. Aiden est dans le coma, et il risque de ne pas se rĂ©veiller. Et tu es lĂ , Ă te foutre de ma gueule. Bordel, Millers, essaie dâĂȘtre un peu sĂ©rieux! Je croyais que tu lâaimais, Aiden!
Elle avait presque criĂ© ses derniers mots, pour empĂȘcher sa voix de se briser. Parce que si elle Ă©tait en colĂšre contre le blond qui se trouvait toujours debout, elle Ă©tait surtout triste pour Aiden, car elle comprenait que Millers nâaimait pas vraiment son frĂšre.Â
Il lâexclut de nouveau, et sâassit auprĂšs dâAiden sur le lit. Il passa dâabord une main sur la joue de son frĂšre, et Isabelle se mordit la lĂšvre. Pourquoi se montrait-il si tendre alors quâil se moquait dâAiden? Avait-elle mal interprĂ©tĂ© les signes?Â
Elle continua Ă rĂ©flĂ©chir lorsquâelle vit le blond passer ses mains dans les cheveux dâAiden, geste que seule elle avait fait jusquâici. Elle Ă©tait partagĂ©e entre le laisser faire, et se battre Ă nouveau verbalement contre lui.Â
Isabelle Ă©tait prĂȘte Ă le laisser tranquille lorsquâelle le vit se gratter lâintĂ©rieur de son bras. Et une idĂ©e horrible vint sâinsinuer dans son esprit. Elle avait dĂ©jĂ vu dâautres personnes faire ça, lors dâun Ă©pisode sombre de sa jeunesse. Elle espĂ©rait simplement quâelle se trompait.
- Dis-moi que ce que tu fais nâest pas du Ă ce que je pense que tu as fait? Dis-moi que je me trompe ou tu te barres dâici tout de suite.
Sa question nâĂ©tait pas claire, mais elle savait que Cyrius avait compris. A lui de lui donner la bonne rĂ©ponse, et il avait intĂ©rĂȘt Ă pas se planter. MĂȘme si dans sa tĂȘte, elle connaissait dĂ©jĂ la rĂ©ponse.
Cyrius prĂ©fĂ©rait ignorer Isabelle plutĂŽt que lui porter une trop grande attention. Il sentait venir dâelle des Ă©lans de rage, et de colĂšre. Pensait-elle sĂ©rieusement quâil Ă©tait le seul responsable dans lâĂ©tat de son frĂšre ? Pensait-elle sĂ©rieusement quâil devait en porter seul tout le fardeau ?Â
Et surtout avait-elle raison ?Â
Si Cyrius avait dans un premier temps refusĂ© tout contact avec Aiden, aillant plus peur de couler en le voyant que de se sentir apaisĂ©, il comprit soudainement que le jeune homme toujours inconscient Ă©tait en rĂ©alitĂ© son dernier rempart. DerniĂšre barriĂšre entre lui et la folie qui le guettait.Â
Encore plus face Ă sa soeur, quâil ne connaissait pas.
Lui parler lui sembla alors une bonne idĂ©e. Comme si Cyrius Ă©tait toujours capable de crĂ©er une bulle rien quâĂ eux. Son doigt glissa lentement contre sa joue, remontant sur lâarrĂȘte du nez, avec douceur.Â
Le blond ferma lentement les yeux. Se souvenant du rire dâAiden. De ses derniĂšres paroles.
Alors il murmura dans un souffle, mais il savait quâIsabelle lâentendait quand mĂȘme. Comme Aiden sâil Ă©tait toujours avec eux.Â
- JâĂ©tais avec lui jusquâau bout. Il mâa dit.. Il mâa dit de te dire quâil tâaimait Isabelle.
Et ses doigts fins continuĂšrent de glisser sur la peau de lâĂȘtre inconscient. Redessinant le contour de ses pommettes.Â
Une larme solitaire roula sur la joue de Cyrius. Isabelle avait raison, il le savait. CâĂ©tait de sa faute. De son unique faute.
Sa voix pourtant, malgrĂ© quâelle Ă©tait rauque, brĂ»lait dâune force nouvelle. Apaisante ?Â
- Lending, je ne sais pas Ă quoi tu joues, mais le rĂŽle de la Belle aux Bois Dormant ne te va pas spĂ©cialement. Tu es trop jeune pour ça. .. Tu nâas plus rien Ă craindre. Ce qui sâest passĂ© Ă la NYADA.. Câest fini. Ăa ne reviendra pas. Tout va bien maintenant. Je suis toujours lĂ . Toi aussi. Et celui qui.. Qui a fait ça ne fera jamais plus de mal Ă personne. Ni Ă toi, ni Ă moi, ni Ă lui-mĂȘme. Il nâen a plus la possibilitĂ©, tu comprends ? Tu nâas plus rien Ă craindre. Tu nâas plus quâĂ ouvrir les yeux.. Je ne dis pas que ça sera tout les jours facile. Je ne te mentirais pas, ça ne le sera pas. Tu vas te rĂ©veiller avec des cauchemars pleins les yeux, et tu vas sursauter encore longtemps au moindre claquement de porte. .. Mais je serai lĂ . On va sâen sortir Aiden. Ensemble.Â
Isabelle ne disait plus rien, au grand soulagement de Cyrius. Ou du moins, si elle sâexprimait, il ne lâentendait pas. Perdu quelque part loin. Loin, avec le souvenir du regard dâAiden gravĂ© sur ses pupilles.Â
Il nâavait plus envie de partir. Mais sa tĂȘte lui tournait un peu. Peut-ĂȘtre Ă cause des larmes qui ne sortaient plus.
Cyrius se demanda si Aiden les entendait. Si câĂ©tait Ă lui de prendre la dĂ©cision de partir ou de rester. Avec sa main dans la sienne, il eut alors la sensation quâil devait aussi lui laisser la possibilitĂ© de partir en paix. Si telle Ă©tait sa dĂ©cision.Â
Il lâaimait assez pour le laisser partir. MalgrĂ© la douleur qui lui brĂ»lait les entrailles.Â
- .. Mais si tu dĂ©cides de nous quitter Aiden.. Merci. Dâavoir Ă©tĂ© lĂ , dâavoir fait ce que tu as fait. Tu as le droit de vouloir lĂącher et dâĂȘtre Ă©puisĂ©. Personne ne tâen voudra. Tu peux partir..
Cyrius se releva, avec un petit sourire aux lĂšvres. Il Ă©tait Ă la fois soulagĂ©, et brisĂ© de douleur. Il se pencha une derniĂšre fois vers son amoureux, dĂ©posa un baiser sur son front et murmura dans un souffle :Â
-Â Je tâaime.Â
Il nâavait plus rien Ă dire. Il se sentait Ă©puisĂ©.
Une fois debout, Cyrius glissa son regard gris glacial dans celui dâIsabelle. Il ne nia rien, ni la trace de piqĂ»re, ni le mot âdroguĂ©â quâil lisait sur son visage. Il sourit amĂšrement, secouant ses cheveux blonds.Â
- Quoi, tu oserais me mettre Ă la porte ? ..Â
A sa grande frustration, Isabelle ne put se donner le droit dâarrĂȘter Cyrius dans ses gestes. Il nâavait jamais vu personne regarder Aiden de cette façon, et les gestes quâeffectuaient le blond⊠Ils Ă©taient sincĂšres, et la jeune femme se dit que ces gestes valaient peut-ĂȘtre plus que mille mots.
Elle croisa les bras, debout, attendant une prochaine rĂ©action de Cyrius, lâespoir quâAiden finisse par ouvrir les yeux toujours prĂ©sent. Mais une seule personne les rouvrit, et ce nâĂ©tait pas son frĂšre.
Elle plaqua sa main contre sa bouche en entendant les paroles du blond, à peine audibles. Elle tenta de se maßtriser mais ne put contenir un sanglot étouffé.
JâĂ©tais avec lui jusquâau bout. Il mâa dit.. Il mâa dit de te dire quâil tâaimait Isabelle.
Isabelle nâavait jamais doutĂ© de lâamour de son frĂšre. Mais les deux jeunes gens se le disaient rarement, car câĂ©tait inutile entre eux. Cependant, entendre que tout ou partie des derniers mots dâAiden avaient Ă©tĂ© pour elleâŠ
CâĂ©tait beaucoup trop dur.Â
Elle tourna le dos Ă Cyrius, le temps de retrouver suffisamment de self control pour endurer le reste de cette visite. Elle se retourna pour entendre les paroles du blond Ă Aiden, qui la touchĂšrent peut-ĂȘtre plus que de raison.
Cyrius faisait des promesses. Des promesses qui sonnaient vraies, crĂ©dibles et tenables aux oreilles de lâĂ©tudiante. Il disait la vĂ©ritĂ© Ă Aiden, et malgrĂ© la colĂšre quâelle ressentait vis-Ă -vis de lâĂ©tudiant en art, elle Ă©prouva de la reconnaissance.Â
Elle nâosait rien dire cependant, ne voulant pas troubler ce moment qui nâappartenait quâĂ Aiden et son petit ami. Oui, Isabelle comprenait ce que son frĂšre pouvait trouver au blond. Le caractĂšre, le physique aussi. NâĂ©tait ce petit dĂ©tail qui la dĂ©rangeait, elle lâaurait trouvĂ© parfait pour Aiden.Â
Oh, et si lâon exceptait aussi sa colĂšre envers lui.
Un long silence sâinstalla, seulement perturbĂ© par le bip bip incessant des machines rappelant quâAiden Ă©tait encore avec eux, mĂȘme si le lien qui existait entre eux Ă©tait tĂ©nu. Il nâappartenait quâĂ eux de le rendre plus dense, et de faire revenir Aiden.
Cyrius, lui, en avait dĂ©cidĂ© autrement. En donnant le droit Ă Aiden de partir sâil en avait envie. Dâabord profondĂ©ment choquĂ©e, Isabelle sâĂ©croula sur le siĂšge le plus proche. Comment pouvait-il autoriser Ă Aiden de partir⊠de les laisser seuls, ici?
Puis elle se mit Ă rĂ©flĂ©chir. A essayer de se mettre du cĂŽtĂ© dâAiden. De se battre contre les pires images que son cerveau pouvait lui envoyer. De lutter pour se rĂ©veiller, mais dâĂȘtre constamment piĂ©gĂ©. Sans Ă©chappatoire.Â
Elle ne le faisait que depuis quelques instants, mais elle se sentait dĂ©jĂ haletante, et avait du mal Ă respirer. Elle rouvrit les yeux, et observa Cyrius, qui baisait le front dâAiden. Elle sâinterrogea sur la maturitĂ© dont il avait fait preuve. Mais Ă©tait-ce vraiment de la maturitĂ©, ou Ă©tait-elle simplement Ă©goĂŻste?
Peut-ĂȘtre un peu des deux. DĂ©cidĂ©ment, Millers remontait dans son estime.
Enfin⊠ça câĂ©tait avant. Avant quâil ne la regarde, plongeant ses yeux gris dans les siens. De grands yeux expressifs, qui Ă lâheure actuelle nâexprimaient que fatigue et tristesse. Et quâil ne lui offre ce sourire, et cette rĂ©plique.
Quoi, tu oserais me mettre Ă la porte ? ..Â
Cette question la ramena des annĂ©es en arriĂšre, alors quâelle hĂ©bergeait une amie - maintenant rayĂ©e de ses contacts Ă jamais - qui venait de se faire renvoyer de chez elle.Â
Au bout de quelques semaines, Isabelle avait remarquĂ© que son âamieâ se piquait. Le pire Ă©tait la fiertĂ© quâelle en retirait. Sa famille avait une politique trĂšs stricte en matiĂšre de drogue, et elle aurait dĂ©jĂ du lui demander de quitter la maison familiale. Mais Sanah Ă©tait son amie, et elle avait voulu lâaider.
Jusquâau jour oĂč Sanah demanda Ă Isabelle dâaller lâapprovisionner, jurant que câĂ©tait la derniĂšre fois. Elle avait failli se faire attraper par la police, et nâavait du sa chance quâĂ Aiden qui lâavait dĂ©lestĂ©e de la marchandise avant quâelle ne se fasse arrĂȘter par la police pour contrĂŽle.
Elle avait tellement eu peur quâelle avait jetĂ© la drogue dans un terrain vague, et demandĂ© Ă Sanah de quitter les lieux sur le champ.
Quoi, tu oserais me mettre Ă la porte ? ..Â
Tels avaient Ă©tĂ© les mots de Sanah, et oui, Isabelle lâavait forcĂ© Ă partir. Depuis, elle exĂ©crait par dessus tout les droguĂ©s de toute espĂšce.Â
- Oui je te mettrai Ă la porte. Sans aucun remords. Parce que mon frĂšre mĂ©rite mille fois mieux que quelquâun qui se drogue. Surtout quelquâun dans ton Ă©tat.Â
Elle vit lâĂ©clair dans les yeux de Cyrius. NâĂ©tait-il pas au courant quâAiden lui confiait tout? Non? Tant pis. Elle poursuivit.
- Je tâaurai dĂ©jĂ foutu dehors en te voyant te gratter le bras si je nâavais pas lâimpression que tu es sincĂšre avec lui, dit-elle en dĂ©signant son frĂšre du regard. Je te laisse deux choix. Soit tu te casses, et tu ne reviens pas. Soit tu tâasseois, et tu mâexpliques pourquoi tâas fait cette connerie.Â
Cyrius se mordit la lÚvre, alors Isabelle asséna son dernier argument, qui ferait choc, elle le savait.
- Sache que lui non plus ne supporte pas les drogués. Alors fais-ton choix, mais fais le vite. Et fais le bon.
Le temps que Cyrius passa aux cĂŽtĂ©s dâAiden le brisa un peu plus. Il ne savait pas si voir son petit ami lui avait fait du bien, ou si au contraire, il se sentait encore plus mal quâavant. La sensation Ă©tait Ă©trange.Â
Il avait laissĂ© se former autour dâeux deux une bulle intimiste. Entre celui-encore-debout-mais-plus-pour-longtemps et celui-qui-ne-se-rĂ©veillait-toujours-pas.  Ignorant parfaitement la perte de contrĂŽle dâIsabelle. Il ne vit pas ses larmes, ne lâentendait plus renifler. Ne comptait plus celui quâil avait trop longtemps dĂ©testĂ©.
Mais Cyrius sentit ses derniĂšres onces de courage sâenvoler. Il lui semblait quâil avait tout dit. Il lui permettait de continuer, ou dâabandonner. MĂȘme si la douleur de le perdre lui paressait alors insurmontable.Â
Le rĂ©alisateur se dĂ©tourna du lit. Le coeur aux bords des lĂšvres.Â
Il Ă©vita dans un temps le regard dâIsabelle. Avant de lui rĂ©pondre avec une dĂ©sinvolture quâil savait parfaitement agaçante. Elle remettait en cause son amour pour Aiden - mais nâavait-elle pas raison de le faire ? Elle le jugeait. Pensait pouvoir lui apporter une quelconque aide.
Cyrius ressentit un élan de colÚre le saisir. Comment osait-elle penser pouvoir le comprendre ? Comment osait-elle penser pouvoir tout décider ?
Il hĂ©sita dâabord, indĂ©cis. Nâavait-elle pas raison ? Risquait-il vraiment de tout perdre ? Le blond secoua la tĂȘte. Il avait dĂ©jĂ tout perdu. LâindĂ©cision se changea en une aciditĂ© tenace.
Dâun pas fĂ©lin, un peu trop jouĂ©, le regard brillant dâune lueur quâil savait mauvaise - instinct retrouvĂ© de ses anciens face Ă face avec Aiden -, Cyrius sâapprocha dâIsabelle. Assez prĂšs pour la perturber.
Il nây avait rien de joueur, de cette sensualitĂ© malsaine animant les combats visuels ou physiques des deux anciens ennemis. Il Ă©tait face Ă sa soeur. Cyrius ne jouait pas. Il nây avait que cette douleur quelque part, qui lui faisait perdre la tĂȘte.Â
Il ne se gĂȘna pas pour se coller contre elle, lui attrapant le poignet. Et il souffla Ă lâoreille de la jeune femme, la voix vibrante dâune colĂšre froide :Â
- Ah oui, tu crois vraiment que je vais me confier Ă toi ? Tu veux que je te racontes quoi  Isabelle ? Ce que jâai vu ce jour lĂ Â ? Quand Lending sâest Ă©croulĂ© devant moi en se prenant la balle qui mâĂ©tais destiné ? Le sang quâil perdait sans que je stoppe lâhĂ©morragie ? Comment jâai appuyĂ© sur la gĂąchette pour abattre celui qui nous faisait face ? Tu veux que je te raconte quoi Isabelle ? .. Les cris, le sang, et son regard vide ? Tu veux que te racontes lâhorreur de ce quâil a vĂ©cu ? De ce que jâai vĂ©cu ? Crois-moi, tu nâas aucune envie de savoir.Â
Il la fusilla du regard, lĂąchant le poignet quâil avait attrapĂ©. Il sâĂ©loigna dâelle en sifflant :Â
- Et surtout aucune raison de savoir ça. Tu nâes que sa soeur. Et tu nâes rien pour moi.
Cyrius se dirigea Ă grandes enjambĂ©es vers la porte. Il masquait ses mains tremblantes en serrant les poings. Aucun regard vers le lit dâAiden.Â
Mais avant de partir, la main sur la poignĂ©e, il se tourna vers Isabelle une derniĂšre fois. Son sourire ironique Ă©tait revenu sur son visage.Â
- Je vais te dire une bonne chose que tu vas devoir te mettre bien au fond de ta caboche de Sainte Nitouche CoincĂ©e. Tant quâAiden respirera, tu vas me voir encore et encore. Tu ne mâempĂȘcheras pas de rester lĂ . Drogue ou pas drogue. .. Jâen ai rien Ă foutre de ce que tu peux penser. Tu ne peux dĂ©cider ni de sa vie, ni de la mienne. Je fais ce que je veux de mon corps. Alors tes menaces, tu vas les foutre au cul de quelquâun dâautre. Et au passage, baise cette personne un bon coup, ça te dĂ©coincera.
Il lu toute lâanimositĂ© dans le regard de la brune. Ce qui dĂ©clencha un rire nerveux plutĂŽt glaçant, qui secoua les Ă©paules du blond.
- Et crois-moi, Aiden mâa dans la peau. AprĂšs tout.. Je suis son petit ami.
Isabelle nâapprĂ©cia pas du tout le rapprochement qui sâopĂ©ra entre Cyrius et elle. Elle nâapprĂ©cia pas non plus le regard mauvais quâil lui jeta. Apparemment Cyrius avait dĂ©cidĂ© dâĂȘtre ironique et sâĂ©tait mis en colĂšre.Â
Dans un sens, cette nouvelle Ă©tape dans leur confrontation ne dĂ©rangeait pas plus que cela Isabelle. Sâil fallait sâĂ©nerver, elle le ferait, sans une hĂ©sitation. Elle espĂ©rait juste quâil ne se mettrait pas Ă la frapper, comme il le faisait avant avec Aiden. Elle Ă©tait consciente quâelle ne parviendrait pas Ă se dĂ©fendre face Ă lui.
Elle eut lâimpression quâil allait rĂ©ellement la frapper lorsquâil lui attrapa le poignet. Elle supporta la prise violente sans sourciller, peu dĂ©sireuse de cĂ©der le moindre pouce de terrain au blond.Â
Sâil voulait la guerre, il lâaurait. Pour sĂ»r.
Isabelle Ă©couta dâabord Cyrius lui cracher son venin Ă la figure. Tant bien que mal, elle se força Ă Ă©couter le laĂŻus de lâĂ©tudiant en entier. Bien sĂ»r, ce quâil disait se tenait, mĂȘme si elle ne le lui avouerait pas. Sous la colĂšre, la peine sâentendait, mais la douleur dans son poignet empĂȘchait Isabelle de la plaindre. Doucement, mais sĂ»rement, la pression montait. Mais elle ne disait rien.Â
JusquâĂ ce que Cyrius dĂ©passe les bornes.Â
Tu nâes que sa soeur.
Alors quâil lĂąchait son poignet - mais pas son regard, quâil fusilla allĂšgrement - le blond ne tarda pas Ă se rendre compte de son erreur. Isabelle Ă©clata de rire. Un rire sans joie, un rire ironique⊠Puis la jeune femme avança vers Cyrius, lâobligeant Ă reculer Ă chaque phrase, lâintensitĂ© de sa voix allant crescendo.
- Ecoute moi bien, espĂšce de petit merdeux. Je mâen fous de savoir ce quâil sâest passĂ© dans cette Ă©cole, dâaccord? Oui, tu as vu des choses horribles. Oui, tu as vu Aiden se vider de son sang, parce quâil sâest sacrifiĂ©. Pour toi. Parce quâil tâaime. Tu as tuĂ© ce connard qui lâa mis dans cet Ă©tat? Formidable, tu veux une mĂ©daille? Tâes pas le seul Ă avoir fait ça tu sais? Lâhorreur que tu as vĂ©cu? HonnĂȘtement, je mâen contrefous. ArrĂȘte de te victimiser. Tu es debout. DEBOUT. Aiden, lui, est allongĂ© dans ce putain de lit, DANS LE COMA. Et comment tu le remercies de tâavoir sauvĂ©? Hein comment? En te piquant, comme le pauvre lĂąche que tu es. Je sais mĂȘme pas ce quâAi peut trouver Ă un gars comme toi, qui nâa mĂȘme pas le courage dâaffronter la rĂ©alitĂ©, et qui prĂ©fĂšre se planquer derriĂšre la piquouze.Â
Isabelle perdait son sang froid de façon impressionnante. Elle qui se retenait depuis des jours de partir en vrille, Cyrius lui servait de dĂ©fouloir.Â
- Je ne suis que sa soeur, câest bien ce que tu viens de dire? Laisse moi rire. Je pense que tu nâas pas bien compris comment on fonctionne dans la famille. On a pas le mĂȘme concept de frĂšre et soeur que tu veux bien le croire. Alors range tes airs supĂ©rieurs. Ăa ne te va pas du tout, Cyrius.
Elle appuya bien sur lâutilisation du prĂ©nom, au courant de la haine du blond pour son prĂ©nom. Un sourire carnassier prit place sur le visage de la jeune femme alors que lâautre grimaçait.Â
Isabelle resta sur place alors que Cyrius se dirigeait rapidement vers la porte. La main sur la poignĂ©e, il se retourna pour verser un peu plus sa bile sur Isabelle, qui lâaccueillit avec un haussement de sourcils.
- Tu crois vraiment ce que tu es en train de dire? Ecoute bien ce que la Sainte Nitouche CoincĂ©e, qui dâailleurs doit lâĂȘtre un peu moins quâun connard sans rein qui a passĂ© sa vie sans alcool ou autre choses de ce genre, a Ă te dire. Si je lui dis la vĂ©ritĂ©, Ă savoir que tu te transformes en un putain de junkie, il nâaura mĂȘme pas besoin de moi pour te jeter. Et pour ce qui est de tâempĂȘcher de rester lĂ , je pense que tu me connais mal. Sâil faut que je reste lĂ H24 pour quâil nâait pas besoin de revoir ta sale gueule de blondinet en chaleur, je le ferai. Crois-moi, ce ne sont pas des menaces en lâair.
Elle se tut, fusillant Ă son tour Cyrius du regard. Elle Ă©tait plutĂŽt forte Ă ce jeu lĂ . Moins quâAiden, mais tout de mĂȘme. Sauf que ce regard ne fit que dĂ©clencher le rire du blond. Un rire dĂ©testable par ailleurs.
- Il tâa dans la peau. Mais tu ne le mĂ©rites pas. Tu es trop faible pour mĂ©riter quelquâun dâaussi bien quâAiden. Mais tâas raison, dĂ©gage, ça vaut mieux.Â
Elle se retourna, et prit une profonde inspiration, espĂ©rant que lorsquâelle se retournerait, Cyrius serait parti, et quâelle pourrait se calmer tranquillement.
Elle se trompait lourdement.
Câest Ă cet instant, et Ă cet instant seulement, que Cyrius se rendit compte Ă tel point il nâen pouvait plus. Le regard dâIsabelle Ă©tait impossible Ă soutenir. Ses paroles vrillaient ses tympans, le brisait, comme jamais il ne lâavait Ă©tĂ© auparavant.Â
Il chancela, sâappuyant brusquement au mur. Sa tĂȘte lui tournait, son ventre lui faisait mal.
Tu es debout. DEBOUT. Aiden, lui, est allongé dans ce putain de lit, DANS LE COMA.
Il Ă©tait debout. Mais ses forces lâabandonnaient. Elles sâenvolaient, et il nâĂ©tait pas capable de les rattraper.Â
Je sais mĂȘme pas ce quâAi peut trouver Ă un gars comme toi, qui nâa mĂȘme pas le courage dâaffronter la rĂ©alitĂ©, et qui prĂ©fĂšre se planquer derriĂšre la piquouze.Â
Cyrius ne bougea pas plus que ça, appuyĂ© au mur. Son regard sâĂ©tait fait vide, lointain. Il encaissa la colĂšre dâIsabelle sans broncher. Sans tiquer. Sans ciller. Peut-ĂȘtre mĂȘme ne la regardait-il plus. Peut-ĂȘtre mĂȘme ne lâentendait-il plus.Â
Si je lui dis la vĂ©ritĂ©, Ă savoir que tu te transformes en un putain de junkie, il nâaura mĂȘme pas besoin de moi pour te jeter.
Nouvelle attaque. Le regard de Cyrius se porta involontairement sur le corps toujours immobile. Elle nâavait pas tord, la belle-soeur. Aiden ne voudrait jamais de lui. Pas avec de la drogue dans les veines. Pas avec cette sensation dâamertume de lâadultĂšre toujours coincĂ©e dans la gorge.
Et encore moins avec du sang sur les mains.
Mais câĂ©tait ce quâil Ă©tait devenu. InfidĂšle, droguĂ©, et tueur. Ce quâil serait encore quelques mois. CâĂ©tait tellement plus simple dâoublier par moment.Â
Il nâarrĂȘterait pas.Â
Cyrius regarda Isabelle se dĂ©tourner, non sans lui avoir donner de lâordre de partir de la chambre. Câest ce quâil aurait dĂ» faire. Mais il ne parvenait pas Ă sây rĂ©soudre, accrocher Ă lâimage dâAiden si paisible.Â
Inconsciemment, il ne souhaitait plus que ça. Dormir. Longtemps. A son tour.Â
Un sourire brisĂ© passa sur son visage, et il fit face une ultime fois au regard dâIsabelle. Y plongeant ses yeux orages.Â
Cyrius ne pleurait pas, mais son regard Ă©tait Ă©teint.Â
- Je suis dĂ©solĂ© Isabelle. Veille sur lui. Tu as raison, je ne reviendrais pas. Il a toujours Ă©tĂ© mieux sans moi.. Je nâai pas ma place ici.
Il ouvrit la porte, comme un automate, et se glissa Ă lâextĂ©rieur de la petite chambre. Laissant les derniĂšres onces de son envie de se battre derriĂšre lui.
Isabelle sâĂ©tait attendue Ă beaucoup de choses de la part de Cyrius - au vu des histoires quâAiden lui avait racontĂ©e - mais certainement pas au vide qui fit face Ă ses propres dĂ©clarations.Â
Câest pourquoi Isabelle, Isabelle la gentille, refit surface. La jeune femme se sentit brusquement coupable dâavoir infligĂ© tant de violence au jeune homme, mĂȘme sâil ne sâagissait que de violence verbale.Â
Pourtant, elle nâarrivait pas Ă ouvrir la bouche, ne serait-ce que pour sâexcuser, ou Ă©mettre le moindre son. Cyrius, lui, restait lĂ , immobile, silencieux.Â
Jusquâau moment oĂč il se dirigea vers la porte, et quâIsabelle lâattaqua une derniĂšre fois, avant de lui tourner le dos. Le silence sâabattit une nouvelle fois dans la petite chambre aux murs blancs. Il devint tellement insupportable quâelle se retourna une derniĂšre fois, et quâelle croisa le regard de Cyrius. Ce quâelle vit la remplit de tristesse et de culpabilitĂ©.
Les yeux gris pourtant si expressifs quelques instants auparavant sâĂ©taient Ă©teints.Â
Ainsi que le ton sur lequel il annonça Ă Isabelle quâil devait partir. Quâelle avait raison. Son coeur se serra, et elle sâen voulut un peu plus. Qui Ă©tait-elle pour empĂȘcher son frĂšre de voir quelquâun qui lâaimait autant?Â
Elle voulut ouvrir la bouche pour rattraper le coup, mais Cyrius sâĂ©tait dĂ©jĂ glissĂ© hors de la chambre, laissant Isabelle seule avec son remord. Un peu abattue par cette premiĂšre rencontre avec le petit ami de son frĂšre, Isabelle se dirigea vers la fenĂȘtre lorsquâelle entendit quelquâun tousser.
Elle regarda vers la porte et ne vit personne. Elle se tourna Ă nouveau vers la fenĂȘtre lorsque.
Quelquâun. TousserâŠ
Isabelle se tourna cette fois vers le lit oĂč Ă©tait Aiden. Et elle fondit en larmes.Â
Aiden avait ouvert les yeux.
Elle sâassit sur le lit, et commença Ă caresser les cheveux de son frĂšre, qui lui souriait. Dans un mĂ©lange confus de rires et de sanglots, Isabelle parla pour la premiĂšre fois depuis des jours Ă son frĂšre, qui cette fois, pourrait lui rĂ©pondre.
- Ai⊠EspĂšce de petit con. Je tâinterdis de recommencer un coup pareil⊠Mon DieuâŠ
Le doux sourire prĂ©sent sur le visage de son frĂšre se transforma en rire.Â
- Quel accueil. Ăa me fait plaisir de te voir aussi, Isa.
La jeune femme renifla, et éclata de rire, et Aiden en profita pour se moquer à nouveau.
- Parfaitement sexy. Mais continue de renifler, je tâen prie.Â
- Ne me fais pas regretter dâĂȘtre restĂ©e attendre que tu te rĂ©veilles, toi. Et ne profite pas de ta faiblesse pour ĂȘtre un immonde petit personnage.Â
Aiden rit Ă nouveau et tendit - difficilement - les bras vers elle. Elle sâautorisa un instant de faiblesse et laissa son petit frĂšre lâĂ©treindre. Ces jours avaient Ă©tĂ© tellement dursâŠ
- Isa? Est-ce que Cyrius va revenir, malgrĂ© ce quâil a dit?
Silence.
- Oh⊠Tu as entendu⊠ça?Â
- Je nâai pas tout entendu. Mais jâai entendu une partie. Et je crois que⊠que câest sa derniĂšre phrase qui mâa fait revenir. Je voulais lâempĂȘcher de partir. Aiden soupira. Je nâai pas Ă©tĂ© assez rapide.
- Hey⊠Je suis sĂ»r quâil va revenir. Sâil tâaime autant quâil le dit, il reviendra. Je suis sĂ»r quâil reviendra demain.Â
Elle ne savait pas Ă quel point elle se trompait.






