Game of Thrones S05E07 : le cadeau empoisonné
Quoi de mieux pour commencer Ă faire ses premiĂšres armes que de sâattaquer au dernier Ă©pisode de Game of Thrones, dans une dĂ©marche quâon pourrait aisĂ©ment qualifier au premier abord de putaclik (surtout rebloguez, câest trĂšs important)? Moins controversĂ© que le prĂ©cĂ©dent, il mâa personnellement plongĂ©e encore un peu plus dans la gĂȘne, pour sa reprĂ©sentation des personnages fĂ©minins, encore et toujours, mais aussi pour son discours politique conservateur.
Mais avant de rentrer dans les dĂ©tails, en plus du titre et des tags explicites Ă ce sujet, je tiens Ă rappeler que ça va spoiler sĂ©vĂšre la sĂ©rie, voire peut-ĂȘtre les livres. Tant quâon est dans les avertissements, je prĂ©fĂšre vous prĂ©venir quâil sera fait mention de viol et de tentative de viol. Si je parle dâun autre contenu choquant dont je nâai pas fait mention, nâhĂ©sitez pas Ă mâen informer et veuillez mâexcuser pour lâomission.
ThĂšme musical du post :Â
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Contrairement au S05E06, lâĂ©pisode de dimanche dernier est relativement mieux Ă©crit. Il y a des dĂ©veloppements de personnages somme toute intĂ©ressants, notamment celui de Tommen, dont le discours se rapproche trĂšs Ă©trangement de celui de son grand frĂšre, mĂȘme si les motivations ne sont radicalement pas les mĂȘmes (le ton impĂ©rieux de Joffrey Ă©tait guidĂ© par une volontĂ© dâasseoir son pouvoir, celui de Tommen par son impuissance dans ce domaine). MalgrĂ© toutes les dĂ©sillusions que mâa fait subir cette saison, jâespĂšre tout de mĂȘme que cette voie soit travaillĂ©e dans les Ă©pisodes Ă venir.
Ceci Ă©tant dit, jâai prĂ©cisĂ© que la qualitĂ© de lâĂ©criture est toute relative. Parce quâelle tombe dans des travers grossiers, vus et revus jusquâĂ lâexcĂšs ailleurs, et quâon aurait pas voulu voir dans une sĂ©rie dite de qualitĂ© comme Game of Thrones.
Sansa et Gilly : en attente dâun hĂ©ros
Eh non, inviter Ă subir la Bonnie pendant la lecture de ce post, ce nâĂ©tait pas gratuit. Parce que par deux fois, nous avons un personnage fĂ©minin qui place son sort entre les mains dâun personnage masculin. Deux fois en un seul Ă©pisode de 50 minutes : premier travers qui me fait dire quâil y a quelque chose qui cloche dans lâĂ©criture.
Le premier personnage fĂ©minin mise dans cette situation, câest Sansa. Depuis sa nuit de noces (une scĂšne qui est, comme bon nombre dâarticles lâont soulignĂ©, non seulement gratuitement atroce, mais aussi une aberration scĂ©naristique) Sansa est violĂ©e chaque nuit et enfermĂ©e dans sa chambre le jour. Alors que Reek vient la servir, elle lâinterpelle et lui demande tout de go son aide. Ce nâest pas une grande surprise : tout dans le montage de la scĂšne de viol du S05E06 laissait Ă penser quâon dĂ©truisait une Sansa tout juste devenue badass pour permettre la rĂ©demption et la relevĂ©e dâun Theon complĂštement anĂ©anti. Ce quâon redoutait tant de voir, câest-Ă -dire une Sansa rĂ©duite tellement Ă nĂ©ant quâelle demande Ă lâassassin prĂ©sumĂ© de ses frĂšres son assistance, on lâa, inĂ©vitablement.
Et pire que ça, elle contribue Ă le remettre sur les rails de la noblesse et de lâhĂ©roĂŻsme.
Beaucoup de personnes ont acclamĂ© la force de Sansa pour ces belles paroles qui ont des faux-airs de coups de pied au derche. Ce nâest radicalement pas le cas : le personnage est tout sauf en position de force. En rappelant lâhistorique de Theon, elle essaie de rĂ©veiller en lui le hĂ©ros dont elle a besoin pour ĂȘtre sauvĂ©e (notez ici lâemploi de la forme passive).
Alors oui, ici, tout cela est subverti par lâĂ©tat mental extrĂȘmement fragilisĂ© de Theon qui va trahir Sansa. Il nâempĂȘche quâau vu de lâhistoire de la jeune fille Stark, ce nâest plus quelque chose quâon devrait voir. Enfin quand mĂȘme, câest Sansa Stark, la fille de Ned Stark et de Catelyn Tully, la protĂ©gĂ©e et disciple de lord Baelish, celle qui a Ă©prouvĂ© et surmontĂ© toutes les vicissitudes de la vie Ă Kingâs Landing. Peu importe les moyens entrepris, elle peut se sauver.
Un viol et une Damsel in Distress mal amenĂ©s, ça devrait suffire, non ? Apparemment, pas pour les scĂ©naristes, qui en rajoutent une couche avec Gilly. La sauvageonne se fait alpaguer par deux hommes de la Garde de Nuit. Et quâest-ce qui arrive dans Game of Thrones Ă une femme qui se retrouve face Ă deux hommes qui ne nourrissent pas Ă son Ă©gard de bonnes intentions ? La rĂ©ponse est obvious. Le viol serait, semble-t-il, le plot device magique Ă utiliser quand on ne veut plus se casser la tĂȘte Ă trouver une autre maniĂšre dâamener un rebondissement ou un character development.
Petit apartĂ© : Non, personne nâinterdit la reprĂ©sentation du viol et oui, câest un acte extrĂȘmement ancrĂ© dans lâunivers de A Song of Ice and Fire et Game of Thrones. Mais ce nâest pas parce quâil fait partie de la âcultureâ du monde fictif qui nous est prĂ©sentĂ© que nous devons le voir Ă toutes les sauces. AprĂšs tout, lâĂ©masculation aussi est une pratique rĂ©pandue dans les livres et la sĂ©rie, il ne me semble pas que ce soit quelque chose que lâon voit de maniĂšre trĂšs frĂ©quente. Quand on voit une violence sexuelle Ă lâĂ©cran, ce nâest pas uniquement parce que câest quelque chose de commun dans lâunivers fictif, mais câest aussi un choix narratif/scĂ©naristique. Et ça, câest Ă questionner. Quâest-ce que cela apporte Ă lâintrigue ? Aux personnages ? Si ça nâapporte rien au tout dans lequel la scĂšne sâinscrit, câest de la gratuitĂ©. Et si câest gratuit, ça tend Ă la banalisation. Il nây avait quâĂ voir les tweets parlant de Sansa la semaine derniĂšre pour se rendre compte de tout ça.
Bref, cette scĂšne avec Gilly, apporte-t-elle quelque chose Ă lâintrigue ? Nope, tout juste si elle fait Ă©cho aux paroles de Stannis, dĂ©crivant les hommes de la Garde comme des meurtriers et des violeurs. Apporte-t-elle quelque chose au personnage de Gilly ? Un sentiment dâinsĂ©curitĂ©, une envie de quitter ce lieu qui nâest plus sĂ»r ni pour elle ni pour son bĂ©bĂ© ? Non plus. Le bĂ©nĂ©ficiaire de cette scĂšne, câest Sam qui montre toute lâĂ©tendue de sa bravoure insoupçonnĂ©e.
Sam se comporte en héros
Samwell Tarley a fait preuve de courage Ă plusieurs occasions, dâabord en tuant un Marcheur blanc puis durant la bataille de ChĂąteaunoir. Mais dans "Le cadeau", il se bat contre deux de ses frĂšres de garde qui voulaient violer Gilly. Sa rĂ©compense? Elle lâembrasse et couche enfin avec lui! Bienvenue au couple Gill-well!Â
Source : http://www.huffingtonpost.fr/2015/05/25/game-of-thrones-s05e07-resume-episode-7-saison-5-_n_7435364.html?ncid=fcbklnkfrhpmg00000001
En un paragraphe, ce rĂ©cap a montrĂ© toute lâ(in)utilitĂ© de cette scĂšne : le point nâest pas tant de montrer que Castle Black est une menace pour Gilly que de montrer lâhĂ©roĂŻsme de Sam. Et si on peut penser que lâhĂ©roĂŻsme est dĂ©sintĂ©ressĂ©, ce nâest clairement pas le cas. Il reçoit bel et bien une rĂ©compense, qui est... non, pas le sentiment dâaccomplissement personnel, de dĂ©passement de soi, mais bel et bien la fille, et plus prĂ©cisĂ©ment un rapport sexuel avec la fille. Depuis le temps que sâest instaurĂ©e une tension entre les deux, Ă©tait-ce vraiment nĂ©cessaire de concrĂ©tiser tout ça en donnant lâimpression que câest un dĂ» ?Â
Cette vision de lâhĂ©roĂŻsme (masculin, toujours), câest quelque chose que lâon a maintes et maintes fois vu : dans les contes de fĂ©es, puis dans les films et dans les jeux vidĂ©o (entre autres)... Dans lâunivers de George R.R. Martin, qui se plaĂźt de temps Ă autre Ă tordre le cou aux pires clichĂ©s, ça fait tache. Et si ce nâĂ©tait encore que lâaffaire dâun arc narratif... Dans le mĂȘme Ă©pisode, nous avons deux fois cette rĂ©currence de la femme comme prĂ©texte Ă rĂ©veiller les sentiments hĂ©roĂŻques de lâhomme. Dans le cas de Theon et Sansa, câest certes subverti, mais la dynamique reste la mĂȘme.
Vous reprendrez bien une petite interlude Brienne qui fait le planton ?
"You are the few, we are the manyâ
Autre temps fort (Ă mes yeux) de lâĂ©pisode, qui pour le coup est une excellente scĂšne mais mâa fait grave tiquer : lâĂ©change entre le High Sparrow et Olenna Tyrell.
Dans cette scĂšne, la Queen of Thorns va Ă la rencontre du nouveau Grand Septon pour nĂ©gocier la libĂ©ration de ses petits-enfants. De lĂ part une discussion qui permet de mieux connaĂźtre le nouveau grand chef religieux et ses motivations.Â
EgalitĂ©, rejet de la corruption, minoritĂ© dorĂ©e contre majoritĂ© plĂ©bĂ©ienne qui pourrait ĂȘtre amenĂ©e Ă se rĂ©volter... Il y aurait quelque chose de plaisant Ă entendre dans tout ça. Si cette scĂšne Ă©tait retirĂ©e de son contexte, jâen aurais presque de la sympathie pour ce personnage (ce que jâĂ©prouve dĂ©jĂ malgrĂ© tout envers lui) et pour sa cause, voyez... Mais on parle de fanatiques religieux qui considĂšrent lâhomosexualitĂ© comme une insulte Ă leurs dieux. Et honnĂȘtement, quand tu vois leur maniĂšre de procĂ©der, si tu as un tant soit peu de bon sens, ça ne te donne pas du tout envie de les rejoindre :
Rappelons Ă©galement que la sĂ©rie (de mĂȘme que les livres) nâa jamais montrĂ© une vision valorisante du peuple de Westeros. Nos portes dâentrĂ©e dans ce monde se font Ă travers des seigneurs ou des membres de la famille royale, jamais Ă travers un homme ou une femme vivant Ă Flea Bottom aka le quartier le plus pauvre de Kingâs Landing (une exception : Gendry, le bĂątard de Robert Baratheon. Mais il a tout de mĂȘme un lien avec les gens dâen haut et nâest, ni dans les livres ni dans la sĂ©rie, un PoV character). Câest Ă peine si on le voit, ce peuple dĂ©fendu par le High Sparrow, la derniĂšre fois devant remonter aux Ă©meutes de la saison 2 oĂč (tiens ça faisait longtemps) Sansa avait failli se faire violer.Â
On a de fait plus ou moins dâempathie avec les personnages constituant la noblesse, tout bonnement parce quâon les voit beaucoup plus Ă lâĂ©cran et que nous les connaissons, par consĂ©quent, mieux. En tant que spectateur ou lecteur, ils nous sont familiers et ce qui leur arrive nous intĂ©resse. Alors quand le High Sparrow laisse sous-entendre que ça chauffe pour les â1%â de Westeros, naĂźt quelque part une aversion pour ce peuple, parce quâil est dĂ©fendu par des fanatiques qui font rĂ©gner la terreur et qui ont un pouvoir sans bornes et parce que cette masse qui nous est inconnue reprĂ©sente une menace pour des personnages auxquels nous nous sommes attachĂ©s.
Les partis pris ici n'ont peut-ĂȘtre pas Ă©tĂ© choisis consciemment, mais ils nâen vĂ©hiculent pas moins un message de dĂ©fiance envers le peuple, message lui aussi vu dans dâautres oeuvres (je pense par exemple au Dark Knight Rises, qui en tient aussi une couche dans le domaine). Certains ne verront pas le problĂšme, selon leurs opinions politiques. En tout cas, ça nâen reste pas moins rĂ©vĂ©lateur dâune certaine idĂ©ologie. Et lâon sait que bien que la sĂ©rie se passe dans un univers fictif, elle en dit parfois Ă©normĂ©ment sur notre monde.