FRANCE : MÉDECINS ÉTRANGERS SOMMÉS DE RENDRE DE RENDRE LES PRIMES
Une cinquantaine de médecins étrangers de Seine-et-Marne doivent rembourser jusqu'à 80 000 euros de primes. Un scandale administratif qui frappe ceux qui ont maintenu à flot des hôpitaux en pénurie. Par la rédaction | 09 août 2026 Une prime versée, puis réclamée Depuis 2020, le Grand Hôpital de l'Est Francilien, qui regroupe les établissements de Meaux, Marne-la-Vallée, Coulommiers et Jouarre en Seine-et-Marne, recrute des praticiens à diplôme hors Union européenne, connus sous l'acronyme Padhue, pour maintenir en fonctionnement des services confrontés à une pénurie chronique de personnel médical. Pour attirer ces médecins, souvent originaires du Maghreb et parfois installés en France depuis de nombreuses années, l'établissement leur verse une prime différentielle représentant entre trente et cinquante pour cent de leur traitement, inscrite explicitement dans leurs contrats de travail respectifs, ce qui leur donnait toutes les raisons de considérer ce complément comme parfaitement légitime. Cette gratification permet à certains praticiens de percevoir jusqu'à deux mille huit cents euros nets supplémentaires par mois, portant leur rémunération totale autour de quatre mille euros, contre un salaire de base d'environ mille cinq cents euros bruts mensuels pour un statut administrativement jugé équivalent à celui d'un stagiaire, malgré des responsabilités souvent comparables à celles d'un praticien titulaire. Or, fin 2024, la nouvelle direction du GHEF juge cette prime dépourvue de toute base réglementaire, sur la base d'un signalement du Trésor public, et informe les praticiens de la suppression du versement à compter du 1er février 2025, sans préavis véritable ni accompagnement. Trois mois plus tard, l'établissement va plus loin : il exige le remboursement de l'intégralité des sommes perçues au cours des deux dernières années, soit la période maximale autorisée par la législation applicable aux trop-perçus administratifs. Le 6 août 2026, une soixantaine de médecins reçoivent des titres de perception émis par le Trésor public, document administratif formel exigeant le reversement immédiat des primes de recrutement et de fidélisation, une notification vécue par plusieurs praticiens comme une véritable humiliation professionnelle. Au total, l'établissement cherche à récupérer deux millions sept cent mille euros, certains praticiens devant restituer individuellement jusqu'à quatre-vingt mille euros, voire cent mille euros selon certains témoignages recueillis par la presse spécialisée dans les semaines suivant cette annonce. Des soignants indispensables au système Ainsi, cette décision frappe directement des professionnels qui ont accepté, selon leur avocate Delphine Krzisch, de travailler au-delà du temps réglementaire pour remplir des plannings vidés par la pénurie, notamment dans la période particulièrement difficile qui a suivi la crise sanitaire du Covid-19. Un anesthésiste cité par la presse spécialisée résume la contradiction de la situation en une formule sans détour : un trop-perçu doit certes être régularisé, mais faire payer cela à des soignants sous contrat alors que les directions savaient depuis le début relève de l'hypocrisie la plus pure. Un médecin généraliste ajoute, dans le même esprit, que ce sont toujours les plus fragiles qui paient lorsqu'une administration se trompe, sans que celle-ci n'assume jamais la moindre responsabilité pour ses propres erreurs de gestion. Interrogée par l'Assemblée nationale sur ce dossier, la députée Céline Thiébault-Martinez souligne que ces primes, versées entre 2020 et 2024 à environ une cinquantaine de médecins, étaient explicitement inscrites dans leurs contrats de travail respectifs, ce qui rend leur remise en cause a posteriori d'autant plus contestable sur le plan juridique et moral. La réponse ministérielle, publiée au Journal officiel le 12 mai 2026, confirme que si les situations signalées ne correspondent effectivement pas au cadre réglementaire en vigueur, les praticiens concernés ne peuvent légalement prétendre à cette indemnité, rendant son versement irrégulier et justifiant, selon le droit administratif strict, la demande de remboursement par le Trésor public. Le Conseil d'État applique régulièrement ce principe, sauf dans l'hypothèse où rien ne peut être reproché à la victime du trop-perçu, une nuance juridique qui pourrait constituer un angle de défense sérieux pour les praticiens concernés devant les juridictions administratives compétentes. Un parcours semé d'obstacles Par ailleurs, ce contentieux financier s'inscrit dans un cadre réglementaire plus large, celui du parcours de reconnaissance des diplômes étrangers en France, resté extrêmement sélectif malgré l'ampleur documentée de la pénurie de soignants sur l'ensemble du territoire national. Deux décrets du 28 mai 2025 ont créé une voie interne aux épreuves de vérification des connaissances pour les médecins déjà en poste en France, et une instruction de la Direction générale de l'offre de soins a prolongé ce dispositif dérogatoire jusqu'au 31 décembre 2026, sans toutefois transformer fondamentalement la philosophie générale du système. Ce cadre n'ouvre en effet pas la voie à une régularisation massive attendue par de nombreux praticiens : la gestion reste au fil de l'eau, spécialité par spécialité, via un arrêté annuel fixant un nombre de places sans quota officiellement publié à l'avance, même pour les quatre spécialités identifiées comme prioritaires par les autorités sanitaires. Selon la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques, deux cent trente-sept mille deux cents médecins étaient en activité en France au 1er janvier 2025, un chiffre historiquement élevé qui masque pourtant une tension sans précédent sur l'accès aux soins, ces praticiens exerçant majoritairement dans les grandes métropoles où l'offre médicale est déjà la plus dense du pays. Les médecins étrangers, qui représentent environ onze pour cent du corps médical français selon les données disponibles les plus récentes, occupent une place disproportionnée dans les spécialités en tension telles que la psychiatrie, les urgences et la gériatrie, ainsi que dans les établissements situés en zones rurales ou périurbaines parmi les plus fragilisées du territoire national. Une pénurie qui gagne tout le pays Or, la situation de la démographie médicale française s'est considérablement dégradée ces dernières années, rendant d'autant plus incompréhensible pour de nombreux observateurs la fragilisation financière de praticiens pourtant déjà en poste depuis plusieurs années. Selon les données croisées de plusieurs organismes spécialisés, quatre-vingt-sept pour cent du territoire national est aujourd'hui classé en situation de fragilité médicale, un zonage établi par les agences régionales de santé à partir de l'accessibilité potentielle localisée, indicateur calculé chaque année par la Drees. En Auvergne-Rhône-Alpes, le nouveau zonage publié en 2026 classe soixante-dix-huit pour cent des habitants en zone sous-dense, dont vingt-huit virgule cinq pour cent en zone d'intervention prioritaire, soit plus de deux millions de personnes concernées dans cette seule région administrative. Selon l'Assurance maladie, environ six millions quatre cent mille personnes n'avaient pas de médecin traitant déclaré en 2025, un chiffre en progression continue depuis 2017, tandis qu'une enquête de la Fédération hospitalière de France publiée en janvier 2026 révèle que quatre-vingt-un pour cent des Français déclarent avoir renoncé à consulter un professionnel de santé faute de disponibilité suffisante dans leur secteur géographique. Dans l'Yonne, département particulièrement touché par ce phénomène, la densité de médecins généralistes est passée de cent vingt-neuf pour cent mille habitants il y a dix ans à seulement cent six aujourd'hui, tandis que la proportion de médecins âgés de plus de soixante-dix ans y a été multipliée par près de sept, passant de deux virgule trois pour cent en 2017 à quinze virgule quatre pour cent en 2025. Dans ce contexte déjà critique, plusieurs interlocuteurs anonymes cités par la presse spécialisée redoutent qu'une grève ou des départs collectifs des praticiens étrangers concernés par le contentieux du GHEF ne mettent directement à genoux des établissements hospitaliers déjà à la limite de leurs capacités opérationnelles. Un système face à ses contradictions "On ne construit rien de solide en ignorant le réel", rappelle un dicton souvent cité en pareille circonstance, et qui trouve ici une résonance particulière. La direction du GHEF, de son côté, se contente d'indiquer qu'en lien avec la trésorerie publique, le remboursement des sommes dues pourra être étalé dans le temps, une réponse jugée largement insuffisante par les praticiens concernés et par leur conseil juridique, qui y voient une manière d'éluder le fond du problème plutôt que d'y répondre véritablement. L'avocate Delphine Krzisch pose la question qui structure désormais l'ensemble du débat public autour de ce dossier : qui pourra encore accepter de travailler demain dans le secteur public hospitalier si l'employeur peut exiger, du jour au lendemain, le remboursement de primes pourtant explicitement mentionnées dans le contrat de travail signé conjointement par les deux parties au moment de l'embauche. Cette affaire dépasse ainsi très largement le seul cadre comptable et administratif pour interroger la solidité du contrat implicite qui lie la France à ces praticiens venus de l'étranger pour combler des vides que le système de formation national ne parvient toujours pas à résorber malgré les réformes successives. Alors que la loi du 27 juin 2025 tente de répondre à la crise en rénovant le numerus apertus et en généralisant, dès septembre 2026, une quatrième année d'internat obligatoire en médecine générale ciblant prioritairement les zones sous-denses du territoire, la fragilisation financière et symbolique de médecins déjà en exercice depuis plusieurs années envoie un signal profondément contradictoire à l'ensemble d'une profession dont le pays continuera, quoi qu'il arrive, d'avoir un besoin structurel majeur dans les années à venir. DB News, votre source d'information fiable, libre et indépendante sur l'actualité africaine et du monde depuis 18 ans. DB News Sources : - Egora, "Jusqu'à 80 000 euros à rembourser : des médecins forcés à restituer des primes versées par le Grand Hôpital de l'Est francilien", août 2026 - Planet.fr, "Scandale à l'hôpital : 50 médecins sommés de rembourser des millions d'euros de primes", 6 août 2026 - Assemblée nationale, "Demande de remboursement de primes versées à des soignants du GHEF", question écrite n° 9117, réponse du 12 mai 2026 - What's Up Doc, "Des médecins sommés de rembourser jusqu'à 80 000 euros de primes versées par leur hôpital", août 2026 - Caducée, "Médecins PADHUE du GHEF : entre précarité et scandale administratif", 2025 - L'Info au Quotidien, "Scandale : des médecins sommés de rembourser leurs primes hospitalières", juillet 2025 - Coopérer pour Former, "11% des médecins sont étrangers : voici comment la France les recrute (et les garde) en 2026", avril 2026 - Alan, "Déserts médicaux en France : comprendre, localiser et trouver des solutions", mars 2026 - ELMARQ, "Déserts médicaux : 6,7 millions de Français sans médecin traitant", avril 2026 - CartoSanté, "Déserts médicaux en France : carte et état des lieux 2026", mars 2026 © DB News 2026 — Tous droits réservés. 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