Salut, tu fais quoi dans la vie ?
18h32 - un vendredi soir. Ca fait 2 minutes que la voiture a démarré et la missive est lancée : « Et toi, tu fais quoi dans la vie ? » Aie !
Vous connaissez ce genre de situation ? Quand de parfaits inconnus sâapprĂȘtent Ă passer une ou plusieurs heures ensemble confinĂ©s dans une voiture et tentent de faire connaissance (parfois simplement de parler pour tenir Ă©veillĂ© le conducteur qui sâendort) ?
Je dois vous avouer quâĂ ce moment pour moi, cette question câest la question Ă 1 million ! (Jean Pierre Foucault sort de ce corps !)Â
 « Karen !  Karen ! (Oui, je me parle Ă moi-mĂȘme. Je vais bien, je vous assure) Mais quâest ce que tu fais de ta vie ? » The big question quoi ! Mon problĂšme avec cette question, câest quâelle sous entend principalement la question suivante : « tu bosses dans quoi ? » Et lĂ , alors que tu viens Ă peine de tâinstaller sur la banquette arriĂšre, tu sens la bouffĂ©e de chaleur arriver. Tu sens monter en toi le stress,  la culpabilitĂ©, le malaise, le besoin de te justifier. «Euh..BahâŠÂ » Moment de rĂ©flexion. Tu te demandes par oĂč commencer et puis tu lĂąches dâune toute petite voix «  En fait, je bosse pas en ce moment. Je suis en pĂ©riode de rĂ©flexion ». Les gens, tu les connais depuis deux minutes ; vous nâavez pas gardĂ© les vaches ensemble non plus ! Tu te vois mal leur raconter que « en fait, Ă la base, jâai une formation de blablabla et jâai bossĂ© chez blablabla et aussi chez blablabla mais blablaba du coup jâai repris des Ă©tudes en blablabla. Jâai  bossĂ© ensuite en tant que blablablaâŠMais blablabla. Tout ca pour dire quâaujourdâhui je ne sais toujours pas ce que je veux faire, vers oĂč je veux aller et que je suis en train de rĂ©flĂ©chir à tout ça». Sinon, tâes assurĂ©e, tu passes direct de la case «ChĂŽmeuse» à «Psychopathe paumĂ©e ». A Ă©viter donc.
 Bon, ok, je pousse le bouchon un peu loin. Mes compagnons de voyage ont la plupart du temps Ă©tĂ© plutĂŽt bienveillants et nos Ă©changes ont mĂȘme donnĂ© lieu Ă de grandes discussions philosophiques. Toutefois, je milite pour la fin du «Je travaille donc je suis». En quoi un mĂ©tier rĂ©sume qui nous sommes ? Pourquoi lâobtention dâun job serait la condition sinequanone pour assoir sa place en sociĂ©tĂ© ?