Lin Zhao "Combattante de la liberté", Anne Kerlan
Introduction
LâHistoire a-t-elle le pouvoir de ramener les morts Ă la vie ?
âLin Zhao : « Combattante de la libertĂ© »â dâAnne Kerlan est une biographie historique publiĂ© en 2018. Elle retrace la vie et le combat de Lin Zhao (ææ) jeune intellectuelle chinoise, engagĂ©e et fidĂšle a ses idĂ©aux sous le rĂ©gime de Mao.
Jâai choisi de travailler sur cette biographie aprĂšs avoir lu la ârencontreâ entre Anne Kerlan et Lin Zhao. En effet, dans lâintroduction du livre, lâautrice raconte quâelle dĂ©couvre Lin Zhao grĂące Ă une projection Ă Paris en 2008 du film de Hu Jie (èĄæ°), un soldat devenu artiste indĂ©pendant et rĂ©alisateur de documentaires, : âĂ la recherche de lâĂąme de Lin Zhao â (ć°æŸææçéé).
Hu Jie dĂ©cide de quitter son travail aprĂšs avoir dĂ©couvert Lin Zhao pour se consacrer entiĂšrement Ă la rĂ©alisation dâun documentaire sur elle. Personnage majeur dont le destin semble ne faire quâun avec une histoire de Chine que peut connaisse alors.
Son documentaire est un monument funĂ©raire Ă la mĂ©moire de Lin Zhao, ce travail fait naitre en lui une mission âremettre les victimes et leur histoire dans lâordre du visibleâ. Mission rĂ©ussie, car grĂące Ă ce film et aux diffĂ©rents tĂ©moignages des proches de la jeune fille, Lin Zhao devient âIcĂŽne de la dissidence chinoise contemporaineâ
AprĂšs avoir regardĂ© le documentaire, Anne est bouleversĂ©e par le destin tragique de Lin Zhao. Elle doit raconter cette histoire. Donc, elle demande lâaccord du rĂ©alisateur dĂ©s la fin de la projection. Il la lui donne volontiers, car il souhaite faire connaitre cette histoire au plus grand nombre.
La fascination pour Lin Zhao parait alors contagieuse, il fallait que je m'y intéresse !
Historienne et sinologue française, spĂ©cialiste notamment du cinĂ©ma chinois. Ăgalement directrice de recherche au CNRS et du CNRS-EHESS. Anne Kerlan sâintĂ©resse aux figures oubliĂ©es de lâhistoire de la Chine moderne ainsi quâaux diffĂ©rentes formes de rĂ©sistances face Ă lâoppression. Des sujets largement abordĂ©s dans la vie de Lin Zhao. TĂ©moins des nombreux excĂšs de la politique de Mao et victimes des rĂ©pressions du rĂ©gime quâelle nâaura de cesse de dĂ©noncer.
Lâauteure souhaite, comme le film de Hu Jie faire connaitre lâincroyable destin de « La fleur de Beida », mais elle ne se limite pas Ă une simple reformulation du documentaire. Elle travaille autour des faits, des Ă©vĂ©nements, des reprĂ©sentations, des souvenirs, des opinions, des rumeurs qui lui permettent de retracer la vie, la figure de Lin Zhao â Ătudier la formation et lâĂ©volutionâ. Les fait deviennent aussi importants que lâimage quâelle a laissĂ© dans les esprits pour celle qui veut raconter son histoire et son Ă©lĂ©vation au rang dâicĂŽne.
Pour cela, lâouvrage nous fait suivre chronologiquement les grandes pĂ©riodes de la courte vie de Lin Zhao.
Développement : SynthÚse
La PremiĂšre et unique partie du livre est titrĂ©e âSuzhouâ.
Lin Zhao est souvent comparĂ©e Ă cette ville qui l'a vu naitre. En effet, lâapparence et la façon dâĂȘtre de Lin marquait au fer rouge la mĂ©moire de ses interlocuteurs du mĂȘme effet que la beautĂ© dâune des plus ancienne citĂ© de Chine. Mais, au moment oĂč Hu Jie sây rend, Suzhou est en pleine transformation. Toutes les traces de Lin et de sa famille sont effacĂ©es. Il faut vite raconter lâhistoireâŻ! Avant quâil nâen soit de mĂȘme pour leurs vies.
Les trois chapitres qui suivent se concentre sur lâenfance de Penglin Zhao. De sa naissance dans une Chine en guerre, Ă son adolescence dans une Chine en guerre. Les ambitions de ses parents pour leur patrie et pour leurs enfants. La naissance de ses idĂ©aux. Sa transformation en Lin Zhao.
Elle naĂźt en 1931 ou 32 seulement un ou deux ans aprĂšs le mariage de ses parents : Xu Xianmin (èźžćźȘæ°) et Peng Guoyeng (ćœćœćœŠ). Couple de progressistes, engagĂ©s et activistes, le couple est atypique. Un fonctionnaire et une jeune rĂ©volutionnaire, liĂ© entre autre par une mĂȘme ambition : Sauver la nation âGrandir dans une Chine en paix, forte et juste. Une Chine enfin unie qui leur offrirait le meilleur des avenirsâ.
Son pĂšre choisi son nom en rĂ©fĂ©rence Ă Ban Zhao, la premiĂšre historienne chinoise. PremiĂšre enfant du couple, Lin Zhao est fragile, elle tombe souvent malade et est choyĂ©e par ses parents qui s'inquiĂštent beaucoup pour elle. Sa petite-sĆur la dĂ©crit comme Ăąme sensible : âElle aimait pleure[...], aimait avec passion, haĂŻssait Ă lâexcĂšsâ qui trouve le rĂ©confort dans la lecture, la religion et lâamitiĂ©.
Elle grandit dans un pays et un environnement familial instable, en 1939 ses parents doivent se sĂ©parer Ă cause des affrontements entre la Chine et le Japon. En 1946, les affrontements entre KMT et PCC Ă©clatent malgrĂ© un appel de la population Ă rĂ©gler dĂ©mocratiquement lâopposition.
Dans cette Chine en crise (monĂ©taire et politique) dĂ©truite par les affrontements et des dirigeants corrompus, les espoirs dâun pays libre, dĂ©mocratique et pacifiĂ© sont peu a peu balayĂ© et la population se soulĂšve. Le couple des parents de Lin se fracture pour raison idĂ©ologique. Le cercle familial est brisĂ©. Câest dans ce contexte que naissent ses premiers engagements.
Xu Xianmin scolarise sa fille dans un collĂšge catholique. Avec des camarades de classe, elle fonde la BibliothĂšque de la grande Terre (性ć°ćæžé€š) et la revue Naissance (ćșç), lieux de rencontre et de dĂ©bat ou ses idĂ©es communistes peuvent fleurir. Pour la protĂ©gĂ©e face aux rĂ©pressions du KMT, trĂšs dure face Ă la diffusion de ces idĂ©es, sa mĂšre la change dâĂ©cole dans lâespoir quâelle cesse ses activitĂ©s, mais rien nây fait. Lin Zhao se convertit au communisme en Ă©tĂ© 1948, mais en est exclue peu aprĂšs, avant les efforts de guerre, Ă cause de ses origines sociales qui porte la rende dangereuse.
La grande honte de ne pouvoir se battre au cĂŽtĂ© de ses camarades durant ce moment charniĂšre de lâhistoire du socialisme chinois va la torturer. Elle va jusquâĂ se faire renier par sa famille pour pouvoir servir le parti en tant quâĂ©tudiante en journalisme Ă Wuxi (çĄé«). Son dĂ©sir de se faire accepter par âsa nouvelle familleâ est plus fort que tout.
Elle sâĂ©panouit totalement dans ces Ă©tudes, elles lui permettent de disposer âToute son Ă©nergie et son talent au service de la Chine nouvelleâ. Elle marque tout de suite ses camarades par son jeune Ăąge, sa stature et son Ă©rudition. Durant les universitĂ©s des champs, elle dĂ©couvre les joies du travail rural ou chaque blessure quâelle se fait devient un trophĂ©e, mais elle fait aussi face Ă la violence du parti. Lynchage des propriĂ©taires, exĂ©cution.
Mais malgrĂ© tout, ses origines sociales la rattrapent. Elles portent le doute sur elle et sur la sincĂ©ritĂ© de son engagement. Bien quâelle soit complĂštement investie et pleine de bonne volontĂ©. AprĂšs avoir rappelĂ© Ă lâordre par le Parti pour avoir dĂ©noncĂ© ses parents, le parti lui demande de dĂ©noncĂ© ses parents. Elle ne comprend plus, commence Ă tenir tĂȘte, â ne se soumet pas sans raison Ă lâautoritĂ©â. Elle va en payer le prix. Cible de nombreuse session dâattaque ou des cadres et dâautres Ă©tudiants lâaccuserons de ne pas assez prouvĂ© sa fidĂ©litĂ© au parti, de ne pas lui ĂȘtre dĂ©vouĂ©. Son seul refuge durant cette pĂ©riode et celles qui suivent sera son journal intime âLe petit paradis de mon Ăąmeâ ou lâĂ©criture, seul âendroitâ oĂč elle peut se dĂ©voiler. Ses faiblesses, sa maladie, ses sentiments profonds quâelle ne peut dĂ©voiler aux vautours qui cherchent la moindre faille en elle pour dĂ©truire ses convictions.
En aout 1954, elle intĂšgre lâUniversitĂ© de PĂ©kin (ć性) lieu majeur du pouvoir politique chinois du 20e siĂšcle. Elle sâĂ©panouit toujours dans le milieu intellectuel, impressionne par sa plume et sa culture classique. RĂ©dige des poĂšmes Ă la gloire de Mao.
En 1956, le partit lance la âpolitique des 100 fleursâ, il sâouvre aux intellectuels, malgrĂ© la haine de Mao a leurs Ă©gards, il a besoin de leurs talents. La parole des Ă©tudiants se libĂšre Ă lâuniversitĂ©. Des dĂ©bats et des discussions animent le campus des universitĂ©s de tout le pays. Lin Zhao participe Ă la revue BĂątiment rouge crĂ©e durant cette pĂ©riode de libertĂ©, elle y publie des poĂšmes ou elle transmet avec prudence des messages dâespoir Ă ses camarades Ă©tudiants. Câest la renaissance de lâesprit libre et critique du 4 mai 1919, nĂ©e au sein mĂȘme de cette mĂȘme Beida quelques dĂ©cennies plus tĂŽt.
Mais les beaux jours touchent Ă leur fin.
Le poĂšme mural (性ćć ±) âLe moment est venueâ crĂ©e lâĂ©mulsion chez les Ă©tudiants de Beida. Les revendications, les critiques du parti, bien que sans rĂ©el remise en cause du socialisme, prolifĂšre. Mais malgrĂ© les grandes ambitions de diffusion de ces idĂ©es par le biais de revues comme âPlace publique (ć»Łć Ž)â. La rĂ©alitĂ© des rapports de force entre les Ă©tudiants qui ne remettent pas en question le Parti et les rĂ©formateurs est Ă©crasante.
Le pouvoir se sent menacĂ©. Lin Zhao est tiraillĂ©e entre sa conscience vis-Ă -vis de ses amis et sa fidĂ©litĂ© au Parti face Ă la campagne anti-droitier de juin 1957. âDans tout le pays, ceux qui aiment la justice, la libertĂ©, la dĂ©mocratie vont au-devant de la catastropheâ. Ă son tour, Lin est dĂ©noncĂ© par une de ses amie puis forcĂ©e Ă lâauto critique. Elle est condamnĂ©e Ă la rééducation par le travail. Suite à ça, elle va tenter de se suicider deux fois, mais nây arrivera pas, alors elle entame complĂ©tement son chemin vers la rĂ©bellion.
Lin Zhao accepte son statut de droitiĂšre et met fin au conflit interne qui la torturait â Jamais je ne me laisserais rĂ©duite Ă ĂȘtre esclave dâune tyrannieâ
En mai 1958, Mao dĂ©ploie le âGrand bondâ en avant, âGuerre Ă la nature, Ă lâindustrie, Ă la science, guerre aux Hommesâ. Les communes populaires instaurĂ©es suite Ă cette politique seront le âsocle organisationnelâ de la famine de tout le pays et mĂšneront Ă un â Peuple de fantĂŽmes affamĂ©sâ.
Suite Ă lâĂ©pisode anti-droitier, Lin Zhao est renvoyĂ©e Ă Shanghai auprĂšs de sa mĂšre. Elle nâest pas dĂ©cidĂ©e Ă faire taire ses idĂ©es.
En 1959, elle prend contact avec un groupe dâĂ©tudiants de lâUniversitĂ© de Lanzhou (èć·) dans le Gansu (çè ) loin de Shanghai. Ces Ă©tudiants projettent la crĂ©ation dâun journal. Pour Ă©clairer les consciences du pays sur les causes de sa chute.
Le nom du journal, âĂtincelleâ (æç«), est directement inspirĂ© dâune citation de Mao : â Une Ă©tincelle peut mettre feu Ă toute la plaineâ. Les membres se rassemblent autour dâun idĂ©al âUn parti qui ne se situerait pas au-dessus du peuple, des chefs qui nâĂ©taient pas mieux traitĂ©s que des ouvriers modĂšles.â Dâabord opposĂ©s au projet par peur de passĂ© pour une opposante de principe au parti, Lin finit par participer au projet. Elle publie un poĂšme dans le journal sous pseudonyme. Le premier numĂ©ro parait en janvier 1960. Critique radicale, appel Ă la rĂ©volte, analyse de la situation du pays, messages dâespoirs, diffusion de documents confidentiels. Le poĂšme de Lin âLa passion de PromĂ©thĂ©eâ reprĂ©sente la moitiĂ© du journal, portant une dimension prophĂ©tique, il met en scĂšne des prisonniers prĂȘts Ă sacrifier leurs vies pour la libertĂ© et du plus rĂ©solu dâentre eux qui Ă©crit de son sang. Le poĂšme galvanise ses camarades en donnant Ă leur engagement une dimension hĂ©roĂŻque.
Ils sont vite rattrapĂ©s par le monstre sans tĂȘte du PCC. DĂ©noncĂ© en pleine prĂ©paration du second numĂ©ro, les Ă©tudiants sont jugĂ©s et condamnĂ©s Ă des peines trĂšs lourdes. Lin est arrĂȘtĂ©, elle aussi, peu aprĂšs, son pĂšre se suicide, il semble connaitre le sort qui sera rĂ©servĂ© Ă sa fille en prison et il sait quâil ne pourra pas y faire face.
Pendant une annĂ©e entiĂšre, elle est enfermĂ©e sans procĂšs. Directement sujette Ă la torture, enchainĂ©e six mois dâaffilĂ©e. LibĂ©rĂ©e pour raison mĂ©dicale grĂące Ă lâintervention de sa mĂšre, elle sort de prison, convaincue de la nĂ©cessitĂ© de son combat. Sa rĂ©adaptation au monde extĂ©rieur est difficile, elle est seule, trĂšs peu ose la soutenir ou lui parler franchement, tous ont peur de la rĂ©pression. Parfois, elle imagine une vie plus sereine, mais la rĂ©alitĂ© la rattrape et elle ne peut fermer les yeux. Elle a dĂ©jĂ commencĂ© Ă Ă©crire sur ses conditions de dĂ©tention. Pour tenir le coup, pour dĂ©noncer et elle utilise dĂ©jĂ son sang.
Le 8 novembre 1962, elle est rĂ©-arrĂȘtĂ©e et transfĂ©rĂ©e en prison. Elle nâen sortira pas avant son exĂ©cution le 29 avril 1968.
Torture psychologique et physiologique. MenottĂ©e, affamĂ©e, mourant de froid, battue, interrogĂ©e des heures durant, violĂ©e. Les conditions de dĂ©tentions sous le rĂ©gime de Mao sont dures. Tellement que Lin Zhao multiplie les tentatives de suicide, elle attend lâexĂ©cution comme une dĂ©livrance. Mais son calvaire ne cesse. Alors, elle se bat. Lin Zhao Ă©crit, elle dĂ©nonce le rĂ©gime, elle dĂ©nonce le totalitarisme, elle dĂ©nonce ses conditions de dĂ©tention â Lâhistoire me jugeras innocenteâ. Elle refuse la rĂ©forme totale de sa pensĂ©e, objectif de la prison.
âNous avons Ă©puisĂ© toute notre bienveillance Ă lâĂ©gard de Lin Zhao. Elle nâest pas rĂ©ceptive Ă nos enseignements, rĂ©siste. La seule issue est la mort.â
Le chaos de la RĂ©volution culturelle frappe jusque dans les murs de la prison. Ses conditions de dĂ©tentions empirent. Faim perpĂ©tuelle qui lâobsĂšde. Son esprit et son corps, les seules choses quâelle a le pouvoir de conserver, seuls outils Ă sa disposition pour continuer sa lutte. Son corps comme forteresse, comme arme. Elle crie sa libertĂ©, met Ă lâĂ©preuve son corps avec de longues et nombreuses grĂšves de la faim. Pour lui retirer cette arme, elle est nourrie de force par un tuyau en plastique enfoncĂ© dans le nez. Elle Ă©crit de son sang. Car lâĂ©criture la rend libre, une Ă©chappatoire et son sacrifice pour sa patrie et un moyen de rendre hommage Ă son pĂšre. Câest aussi un combat contre la folie pour ne pas perdre sa crĂ©dibilitĂ© politique. Elle crĂ©e son refuge dans la lutte qui lui permet de ne pas sombrer dans la folie et trouve dans la foi un rĂ©confort.
Il nous est parvenu lâĂ©quivalent de 380 pages A4 remplie de caractĂšres des cinq ans, quatre mois et sept jours de dĂ©tention de Lin Zhao.
Le 1er mai 1968, aprĂšs 6 mois sans nouvelle, car la prison avait interrompu les correspondances entre Lin et sa famille, un policier vient rĂ©colter la facture de 5 yuans pour la balle qui a servi Ă lâexĂ©cutĂ©e. Les conditions de son exĂ©cution restes floues, mais lâimpact quâelle a eu sur la famille a Ă©tĂ© dĂ©vastateur.
Sa mĂšre n'a jamais cessĂ© de se battre pour la libĂ©ration de sa fille malgrĂ© quâelle est Ă©tait confrontĂ©e aux mĂȘmes difficultĂ©s extrĂȘmes que tous les citoyens chinois de lâĂ©poque. Lin avait conscience de la torture que causait sa condition sur la santĂ© de sa mĂšre. âPeu importe si je vis peu de temps, mais je vous en prie, accordez une longue vie Ă ma mĂšreâ. Elle en Ă©tait dĂ©solĂ©e, mais ne regrettait pas son engagement. AprĂšs la mort de sa fille, Xu Xianmin vĂ©cu une vie misĂ©rable. Elle tente de suicider, mais rate, puis la fin de sa vie est rythmĂ©e par les coups portĂ©s par fils. Il la porte elle et sa sĆur aĂźnĂ©e comme responsable de ses Ă©checs, elle meurt misĂ©rablement, en 1975, complĂ©tement abandonnĂ©e et mĂ©connaissable. Emplie de rancĆur pour sa grande sĆur, le petit frĂšre de Lin a complĂ©tement coupĂ© les ponts avec sa famille et fait carriĂšre aux Ătats-Unis. Sa petite sĆur, elle aussi, sâinstalle aux Ătats-Unis. AprĂšs des annĂ©es, elle voit que sous la prĂ©sidence de Deng Xiaoping les conditions sont favorables pour essayer de rĂ©clamer une procĂ©dure de rĂ©habilitation pour sa sĆur et sa mĂšre. GrĂące à ça, elles sont dĂ©clarĂ©es innocente. Le 22 aout 1981, Lin Zhao est officiellement saine dâesprit et a Ă©tĂ© exĂ©cutĂ©e Ă tort.
Les derniers chapitres se concentrent sur la réapparition de la figure de Lin
Hommages et commĂ©morations sont organisĂ©s en la mĂ©moire des victimes du rĂ©gime, Lin Zhao y est mise Ă lâhonneur. Les gens qui lâont connue se rĂ©unissent, se remĂ©morent sa stature, racontent leurs souvenirs, expriment leurs regrets. En janvier 1981, un article retraçant son histoire est publiĂ© dans le âQuotidien du peupleâ. Un autre article de Chen Weisi intitulĂ© âLa mort de Lin Zhaoâ retrace Ă©galement le tragique destin de la jeune poĂšte. Et ce malgrĂ© le licenciement de certains Ă©diteurs qui ose aborder le sujet de sa condamnation.
MalgrĂ© la diffusion de son histoire, son dossier judiciaire reste solidement fermĂ©, les autoritĂ©s ont conscience de lâimpact quâils pourraient avoir. Ses textes sont scellĂ©s ou dĂ©truit. Sans lâintervention dâun fonctionnaire bienveillant, la sĆur de Lin nâaurait jamais mis la main sur une partie des Ă©crits de sa sĆur et ils ne nous seraient jamais parvenus.
Le rĂ©cit du sacrifice dâune belle et prĂ©cieuse vie pour la vĂ©ritĂ© Ă©meut et se rĂ©pand en grande partie grĂące au film de Hu Jie. PortĂ©e au rang DĂ©esse de la littĂ©rature du peuple chinois, âElle devient un repĂšre pour dâautres victimes dâinjustice en Chineâ, Les internautes sâemparent de la figure de Lin Zhao et sâinspirent de son histoire pour trouver la force dans leurs propres luttes.
Un symbole qui inquiĂšte par la force de sa diffusion.
Analyse
Puisque la biographie est construite autour dâun parallĂšle entre la vie de lin et lâhistoire de son pays. Nous pouvons suivre avec clartĂ© les consĂ©quence que lâun Ă sur lâautre. Je pense que certain Ă©vĂ©nement majeur de lâhistoire de Chine et de la vie de Lin auraient mĂ©ritĂ© plus de prĂ©cision. Par exemple les universitĂ© des champs et la confrontation de Lin et de son entourage avec les diffĂ©rentes politiques de Mao. Mais les ouvertures sur chaque Ă©vĂ©nement des pĂ©riodes abordĂ©es nous permettent de ne pas nous perdre dans la chronologie.
Les noms chinois sont transcrits en pinyin sans ton.
Le placement de notes Ă la fin de lâouvrage rends leur consultation assez lourde, jâavoue en avoir sautĂ© beaucoup pour ne pas rendre trop lourde ma lecture.
Les extraits de textes de Lin Zhao sont bien rĂ©partis dans le livre. Câest apprĂ©ciable dây avoir accĂšs et chaque fois quâils apparaissent la lecture est mise en pause, car on se rend compte quâils sont prĂ©cieux.
Contrairement au film de Hu Jie, la biographie d'Anne Kerlan ne se concentre pas sur la dimension de martyre chrĂ©tien du personnage de Lin Zhao. GrĂące aux diffĂ©rentes sources et nombreux tĂ©moignages de proches de Lin quâelle entrecroise, lâimage de Lin qui nous est prĂ©sentĂ©e est assez concrĂšte. On suit lâĂ©volution de ses Ă©motions et de ses dĂ©sirs comme plongĂ© dans sa psychĂ©, ce qui fait que lâon ressent presque l'injustice des Ă©vĂ©nements qui la touchent.
Conclusion
Le destin de Lin Zhao est important et le livre d'Anne Kerlan est une parfaite maniĂšre de commencer Ă sây intĂ©resser. Son rĂ©cit devient quasiment essentiel pour comprendre les enjeux des rĂ©pressions politiques du rĂ©gime de Mao et les diffĂ©rentes formes de rĂ©sistance qui sây sont opposĂ©es.
Comment une jeune fille brillante, sentimentale et passionnée de culture classique chinoise s'est retrouvé coincé dans un cercle de violence aussi puissant�
Grande figure de la dissidence chinoise, Lin Zhao inspire et fascine. En Chine comme ailleurs, la vie de Lin Zhao ne cessera dâinspirer. âLe combat continuâ, le pari est tenu.


















