La désagréable impression de copier les autres était renforcée par la dépendance au plaisir, pareille à celle que provoquent les drogues. Il nous fallait augmenter les doses, resserrer la fréquence de nos ébats. Et nos corps se dérobaient, éreintés, comme ceux des papillons nocturnes ivres de lumières. Venait alors ce constat qui, chaque nuit, nous blessait de sa banale et cinglante vérité: le plaisir ne vise que lui-même, étant un merveilleux but en soi. Une boucle répétitive, vertigineuse, exténuante, savoureuse, parfumée à l'odeur d'une peau hâlée et salée, incurvée par des muscles durcis de longues nages quotidiennes, pimentée de plats brûlants, d'un vin épais au goût de noix, un envol haletant vers la jouissance et une dégringolade, en vrille, dans l'abîme des draps saturés d'embruns, sous une étoile si proche au milieu des branches d'un grenadier. Une enivrante boucle sans issue.