M ayant totalement disparu de la circulation- pour le moment du moins car ils reviennent tous. J’ai accepté de rencontrer Y. Oui je suis une fille Bien et je ne date pas plusieurs garçons en parallèle. Quoique en voyant le genre de type que je me trimbale à chaque fois ça ne serait pas une perte, voir même plutôt une riche idée..
C’est mon cousin qui a tenu à tout prix à me le présenter. Tu vas voir il est top, successful, sympa et riche.
Je valide les trois premiers adjectifs, mais présenter quelqu’un comme riche? Ca me laisse un peu perplexe. Je n’ai jamais jugé une personne à la faveur de son compte bancaire. En fait, je me suis plutôt souvent tapée des ratés et ça ne m’a jamais posé aucun problème. Au contraire même, le riche à la limite c’est pas trop mon truc. D’abord ça ravive tous mes complexes d’infériorité d’un coup : Les baby-sitting puis les jobs de serveuse, hôtesse et de prof d’anglais (haha) pour pouvoir me payer ce que je voulais au lieu que papa me fasse un virement tous les mois..Le Chanel dix-huitième main pour lequel j’ai trimé tout l’été et que je contemple énamourée lorsque Chloé me balance son Balanciaga flambant neuf sous le nez. Bref je me sens souvent un peu petite à coté de quelqu’un qui me jette sa voiture à 6 chiffres à la figure alors que mon seul moyen de transport c’est le vélib. Je ne sais pas comment on en est arrivé à une société ou l'argent est érigée en valeur et ou le riche est mieux. « Tu as donc tu es », ou quelque chose dans le genre.
Concernant le reste la question pernicieuse lorsque l’on me présente quelqu’un de « Gé-nial-tu-vas-voir ».. S’il est tellement bien..alors pourquoi personne n’a encore voulu de lui ??
Je connais désormais la réponse..#Suspens
Première fois, il m’en met plein les yeux. Vient me chercher dans son énorme 4X4, Rolex au poignet, tenue étudiée- tous les signes de la réussite sont exhibés. Petit bar stylé, addition payée et il me raccompagne gentiment en bas de chez moi sauf que…Je suis à peine descendue de son carrosse qu’il redémarre, sans attendre de voir si je suis rentrée sans encombres dans l’immeuble. Mauvais point, parfois même un chauffeur de taxi lambda prend cette peine..Mon radar se met en marche. (J’ai aussi un Gaydar mais vu la façon dont il a maté la serveuse je ne pense que nous en aurons besoin cette fois-ci).
Deuxième fois, il me force un peu la main mais je me raisonne. Il faut que je rencontre des gens, que je m’oblige un peu, et puis il est gentil, et puis ça rend SuperGuy dingue. Deux pierres d’un coup, que demande le peuple.. Je commence à me préparer. Il vient me chercher, choisis un endroit sympa et..la conversation languit…Je fais un effort pour piocher dans mes sujets-de-conversation-pour-date-qui-ne-décolle-pas. Ajouter à ça le regard un peu en coin, le mordillement des lèvres en lui disant qu’on ne comprend pas, qu’en général on est une vraie pipelette mais que là sa présence nous intimide apparemment. (Ha les vertus de la flatterie..) En parallèle  faire succéder les gin-tonic à rythme régulier et ça passe à peu près.
Le problème c’est que malgré tous mes efforts pour couper le contact avec SuperGuy c'est peine perdue et plus les jours passent plus je suis folle de lui. Sa façon de me sentir, de me comprendre à demi-mot, son rire qui me fait fondre, cette faculté qu’il a d’être présent alors qu’on est à des milliers de kilomètres l’un de l’autre..#cloquée
Oui mais voilà , il est loin et Y est là et sur le papier tout est plus qu’en règle alors j’arrête de fantasmer, je me fais une raison et j’accepte le troisième rendez-vous.
J’y vais toujours en traînant les pieds directement depuis le boulot. Cette fois il insiste pour qu’on aille dîner. Il propose un resto très branché mais je décline pour un sushi tranquille (Le sixième sens féminin). La conversation n’est toujours pas ultra-fluide mais j’ai désormais compris qu’il suffit de ponctuer par un « je me sens à l’aise de me taire avec toi c’est agréable » pour faire passer la pilule.. En attendant de passer commande la serveuse nous dépose une petite salade qu’il s’empresse de goûter, manger et terminer sans m’en proposer une bouchée..On passe le menu en revu et me voyant un peu perdue il me propose d’opter pour une des formules. Le midi en mode économe qui fait baisser mon taux de culpabilité pour manger dehors de 20% je veux bien.. Mais le soir en plein date? Le doute commence à pointer le bout de son nez…Quand je finis de commander il me glisse quand même l’air de ne pas y toucher que c’est quasiment la même chose que ce que la formule proposait..Je fronce les sourcils-ride du Lion, défroncer. Il commande du vin mais pas d’eau et pas d’entrées (en même temps il s’est déjà tapé toute la salade donc question légumes tout va bien pour lui..). C’est toujours une situation délicate car sachant qu’en général c’est l’homme qui invite je n’ose pas trop me lâcher et commander mon eau, mon vin et mon thé mais j’apprécie un garçon qui prend la peine de penser que je dois m'hydrater.  Bref, le dîner ne se déroule pas trop mal : Je récite mentalement mes mantras entre deux blancs. Ne pas monopoliser la conversation/ le faire parler de lui/ ne pas trop la ramener/ rire à ses blagues/ faire l’idiote et l’addition arrive.
Il existe plusieurs écoles et jusqu’à ce soir je prônais le savoir-vivre et la politesse, meaning-sortir son porte-monnaie, sortir ses billets et réellement proposer de partager l’addition. Il y a quelques heures j’ai viré extrême-droite je suis maintenant partisane du regard-en-l’air, absorbage-de-ses-cuticules, éclipse-aux-toilettes ou toute autre technique consistant à laisser l’homme payer sans sourciller.
Car oui le grand soir est arrivé ou je me suis mangée l’addition. J’ignore comment il a fait son compte mais le repas a été pour moi.  Le terme s’impose, j’ai nommé Le Goujat!