La Fleur, les Abeilles et la Fillette
Une fleur aux couleurs superbes
      à toute gerbe
Exposait ses rameaux jouvenceaux
Et sâoffrait entiĂšre Ă la vue
      Des joyeux pinceaux.
--Nâas-tu pas honte dâĂȘtre Ă nue?
Lui reprochaient les abeilles
--Un jour viendra quâon te prendra,
      Par les oreilles
      On te tirera!
--Nâayez crainte, rĂ©torqua-t-elle,
Nul nâose occire une belle.
Ă ces mots, tourna sa tige
Et mit fin Ă ce litige.
Piquées, les abeilles quittÚrent
      Un peu amÚres.
Et puis vint une jeune catin,
      En un bon matin,
Cueillant les blanches marguerites
Dâun air gai et en exaltant
      Tous les mérites
De son trĂ©sor digne dâun Sultan
Quâelle offrirait Ă sa mĂšre,
Mais, ne se retint pas dâĂŽter
      à notre fiÚre
      Fleur toute beauté
Pour la fille nâĂ©tait probe
Rien que la blafarde robe.
La gueuse fleur était pourprée,
Dâune balafre fut dĂ©figurĂ©e,
ĂpluchĂ©e de ses pĂ©tales,
      Devint trÚs pùle.
Les abeilles reprirent en chĆur
      Dâune ire sans cĆur
--Vois ce qui en est de la beauté,
On tâa dĂ©fleurie sans peine,
      Quelle cruauté!
--Ăpargnez-moi votre grandâ haine,
Pourquoi blĂąmer lâĂąme libre,
Je ne suis quâune victime
      Ă! Ă la fibre
      Rendez la dime!
Trop souvent, câest lâinfortunĂ©e
Quâon ose, de mots, importuner.
Pourtant, sans tous ces vils mĂątins,
Sans cette naĂŻve catin,
Je serais toujours une fleur
      Libre de couleurâŠ
















